À la mi-octobre, Loane Hardel, 24 ans en décembre, ouvrira Violet’s Bookshop rue Saint-Jean, à Saumur. Pensée comme une librairie-café spécialisée en romance, fantasy, manga et lectures en anglais, l’adresse veut surtout devenir un lieu où l’on reste, entre ateliers, rencontres et créations artisanales. Derrière cet univers soigneusement imaginé se joue aussi un véritable pari entrepreneurial, financé entre apport personnel, emprunts et campagne participative.
Le 11/09/2026 à 18:11 par Hocine Bouhadjera
3 Réactions | 385 Partages
Publié le :
11/09/2026 à 18:11
3
Commentaires
385
Partages
L’idée de Violet’s Bookshop remonte à ses années d’études à Bordeaux. Loane Hardel y suit une licence d’anglais et commence alors à imaginer le lieu qu’elle aimerait elle-même fréquenter, à une époque où les librairies mêlant littératures de genre et café sont encore moins nombreuses. « Je commençais à imaginer un endroit qui rassemble ce que j’aime : les livres, le café et tout ce qui est créatif, les ateliers, la peinture... »
Revenue depuis deux ans dans la région de Saumur, où elle vit à la campagne, elle commence alors à transformer l’envie en projet concret. Elle suit une formation spécialisée dans la création et la gestion d’une librairie, ainsi qu’une formation à la création d’entreprise. Deux stages aux Grimoires de l’Orphée, librairie angevine spécialisée notamment en romance et fantasy et dotée d’un espace café, lui permettent ensuite de confronter son idée au quotidien du métier.
Un voyage à Édimbourg fournit une autre référence : Loane Hardel se souvient des librairies, mais aussi de leur architecture et de leur capacité à produire immédiatement une atmosphère. De là vient une partie de l’ambition de Violet’s Bookshop : ne pas seulement disposer des livres sur des rayonnages, mais créer un endroit dans lequel on ait une raison de rester.
Avant de construire son assortiment, la future libraire a diffusé un questionnaire auprès du public local. Sur quelque 130 réponses recueillies dans le secteur de Saumur, 27 % des participants déclaraient déjà lire en anglais et 37 % se disaient intéressés par la lecture en version originale. « Dans le coin, je sais qu’il n’y a pas vraiment d’endroit où acheter des livres en anglais. Moi-même, j’achète forcément sur Internet. J’aimerais que les gens puissent venir ici en sachant qu’ils trouveront de la VO. J’ai déjà reçu plusieurs réponses à la newsletter de personnes ravies de pouvoir enfin avoir ces livres dans une librairie. »
Dans ses premières projections, environ la moitié du fonds sera consacrée à la romance et à la fantasy. Autour de 12 % des références devraient être proposées en anglais et une proportion comparable réservée au manga. Poésie, jeunesse, autoédition et quelques titres plus généralistes compléteront l’ensemble, notamment pour ne pas fermer la porte aux touristes de passage.
Le fonds doit plutôt traduire les communautés de lecteurs auxquelles Loane Hardel souhaite s’adresser, avec une place particulière donnée aux genres qui ont connu ces dernières années une forte constitution de communautés en ligne.
Violet’s Bookshop s’installera rue Saint-Jean, dans le centre de Saumur. L’espace de vente représente 82 m², auxquels s’ajoutent 20 m² de réserve. Tout sera installé de plain-pied et accessible aux personnes à mobilité réduite.
Pour l’aménagement, Loane Hardel travaille avec une architecte d’intérieur. Le cahier des charges tient en quelques idées : « Je voulais qu’il y ait des plantes, qu’on retrouve le violet et quelque chose d’ancien, donc j’ai chiné certains meubles. Je voulais surtout que, quand les clients entrent dans la boutique, ils ne se sentent plus vraiment à Saumur, mais dans un autre univers. »
Les livres ne seront d’ailleurs pas seuls. Des artisans de la région et quelques créateurs français proposeront bougies, marque-pages, illustrations, stickers ou pochettes destinées à protéger les ouvrages. Depuis juillet 2024, Loane Hardel est conseillère de vente à la Boutique de la Maison de Pays du Loudunais, au Center Parcs de Morton, où elle travaille déjà au contact de producteurs et d’artisans locaux. Elle veut prolonger cette logique chez Violet’s Bookshop, en faisant une place à leurs créations au milieu des livres.
La même logique vaut pour les animations : ateliers de jaspage ou de création de marque-pages, clubs de lecture et brunchs littéraires sont déjà envisagés. Une association d’amis de la librairie est également en cours de création afin d’accompagner notamment la programmation événementielle.
Derrière les plantes et les clubs de lecture se trouve une réalité moins photogénique : ouvrir une librairie nécessite beaucoup de capital avant même d’avoir vendu le premier livre. Pour Violet’s Bookshop, le plan de financement atteint environ 100.000 €.
Loane Hardel monte le projet avec le soutien de son frère. Ensemble, ils apportent environ 25.000 €. S’y ajoutent le financement bancaire et le dispositif Initiative Anjou. Mais le premier poste de dépense n’est ni le mobilier ni la décoration : « Le plus gros investissement, ça va être le stock. On n’a pas envie d’ouvrir avec une librairie à moitié pleine. Il y a beaucoup de calculs à faire pour avoir le stock le plus juste, mais pour les livres seuls, on est entre 35.000 et 40.000 €. »
Et c’est précisément l’une des dépenses les plus difficiles à faire financer : « Les banques n’aiment pas beaucoup se positionner sur le stock de livres parce que, pour elles, c’est périssable si on fait faillite. C’est aussi pour ça que je fais la cagnotte. »
La campagne Ulule doit ainsi permettre de compléter le financement de l’implantation initiale. Loane Hardel vise 8000 €, somme qu’elle estime nécessaire pour arriver au niveau de stock souhaité lors de l’ouverture. « C’est vraiment ce qu’il me faudrait pour ouvrir avec des étagères pleines. S’il y a davantage, cela pourra servir à la décoration, aux animations et à d’autres choses. »
Le financement participatif sert aussi de premier test communautaire. Les contributeurs peuvent recevoir boissons, marque-pages, stickers ou créations réalisées avec les artisans qui seront ensuite présents dans la boutique. Parmi les objets spécialement conçus figurent notamment un marque-page en perles de verre ou encore une illustration aux accents de sorcellerie.
Loane Hardel parle volontiers de « clients fondateurs » : les contributeurs ne financent pas seulement quelques mètres supplémentaires de rayonnage, ils constituent déjà une partie du public que la librairie espère retrouver après l’ouverture.
Violet’s Bookshop participe d’une conception de la librairie où l’achat n’est plus nécessairement l’unique raison de franchir la porte. L’espace café, les ateliers et les rencontres doivent permettre d’étirer la visite et de faire du commerce un lieu de sociabilité. « Le premier accueil va être hyper important pour donner envie aux gens de revenir. Ensuite, il faudra voir quels ateliers ils recherchent, créer ces moments de partage, avec les clubs de lecture ou les brunchs littéraires. L’idée, c’est vraiment qu’une communauté de lecteurs fasse aussi vivre le lieu. »
À LIRE - Et si, pour faire lire les jeunes, il fallait réinventer la librairie ?
Avant même l’ouverture, Violet’s Bookshop commence à réunir son public en ligne. Réseaux sociaux, newsletter et site internet servent déjà à présenter le projet, annoncer les futurs ateliers, mettre en avant les créateurs partenaires et installer une communauté autour du lieu. « J’interagis avec certaines personnes que je n’ai encore jamais rencontrées. J’ai hâte d’avoir les clés, d’installer les étagères et surtout de pouvoir enfin les accueillir. »
L’ouverture est prévue pour la mi-octobre 2026, sans date plus précise annoncée pour l’instant. Loane Hardel décrit surtout de l’excitation, et « un petit peu d’appréhension, mais très peu, en vrai ».
Elle pense pourtant déjà au-delà de l’ouverture. À terme, Violet’s Bookshop pourrait servir de point de départ à des manifestations plus importantes à Saumur. Deux idées sont déjà sur la table : créer un salon consacré à la romance et à la fantasy et organiser un bal de la fantasy, sur le modèle de rendez-vous qui se développent ailleurs en France.
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle aimerait retrouver en revenant rue Saint-Jean dans deux ou trois ans, Loane Hardel ne parle finalement ni de multiplication des boutiques ni d’agrandissement. « J’aimerais que ce soit devenu un lieu culturel connu dans la région, un lieu chaleureux, que les gens connaissent, et surtout que la librairie soit pérenne. Ensuite, j’aimerais pouvoir développer ces deux gros événements dont on parlait : le salon du livre autour de la romance et de la fantasy, et le bal. »
Saumur compte déjà Le Livre à venir, librairie indépendante généraliste rue de la Tonnelle, avec une annexe jeunesse place du Puits-Neuf, ainsi que la Fnac et l’Espace culturel E.Leclerc. Violet’s Bookshop entend donc se distinguer par un positionnement plus ciblé : romance, fantasy, manga, livres en anglais, espace café et programmation communautaire.
Crédits photo : Loane Hardel (Violet’s Bookshop)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
3 Commentaires
Yolanda
12/09/2026 à 20:59
Bravo !!! Quelle proposition géniale !!!
Sue
13/09/2026 à 07:07
Îl y a un autre magasin qui s'appelle l'immaginaire qui vend ou prêt les livres. Le sélection de livres est superb.
Bouquinerie Imaginarium
15/09/2026 à 10:45
Bonjour Sue ! C’est gentil d’avoir pensé à nous et de rappeler que La Bouquinerie Imaginarium fait aussi partie du paysage littéraire saumurois ! :)