Une maison, normalement, reste là. Patrick Roegiers n’en croit rien. La sienne sort, voyage, se souvient, ricane, change de propriétaire et parfois de siècle. Dans ce Guide anachronique de la maison, Kauffmann, Beckett, Raynaud, Céline, Satie, Feydeau, Malaparte, Hopper ou Keaton deviennent moins les sujets de chapitres que les locataires provisoires d’une même fantaisie.
Dès l’entrée, le programme est donné : « Vouée à l’immobilité, la maison se sent parfois à l’étroit et trouve le temps long entre ses quatre murs. » Roegiers pousse donc les portes, mais surtout les associations. Une demeure appelle une anecdote, qui appelle une œuvre, un jeu de mots, un détail biographique, puis une autre porte. L’érudition circule en chaussons : elle préfère la trouvaille à la démonstration.
Le meilleur du livre naît lorsque la forme d’un habitat rejoint exactement celle d’une œuvre. Chez Beckett, quelques pièces nues, presque rien : « C’est tout. Mais suffisant pour écrire. » Chez Jean-Pierre Raynaud, le carrelage blanc transforme la maison en refuge, laboratoire puis forteresse. Chez Keaton, l’habitation en kit devient machine à chutes. Roegiers saisit ainsi ce qu’un intérieur raconte à l’insu de son occupant : ses manies, ses retraites, ses peurs.
Ce jeu a toutefois son prix. Calembours, parenthèses, raccourcis et clins d’œil se succèdent parfois avec tant d’empressement que le texte paraît vouloir faire pétiller chaque phrase. On aimerait par instants qu’une image reste simplement posée. L’architecture, elle, demeure secondaire : qui chercherait une histoire des formes ou de l’habitat trouvera plutôt une promenade littéraire, subjective et volontiers capricieuse. Tous les portraits, enfin, n’offrent pas la même résistance.
Mais l’anachronisme revendiqué sauve l’ensemble de la visite guidée. « On revient toujours là d’où on est parti. On ne voyage pas pour aller quelque part mais seulement pour partir. » Voilà peut-être la véritable adresse du livre. Roegiers construit une maison de papier où les morts continuent à déplacer les meubles. On y entre pour voir où ils vivaient ; on en ressort en se demandant, avec eux, ce que signifie être chez soi.
Publiée le
11/09/2026 à 14:27
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Paru le 27/08/2026
91 pages
Arléa Editions
15,00 €
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