Le 11 septembre 2026, New York commémore les 2977 morts des attentats d’al-Qaïda tandis que la ville ouvre plus de 170.000 pages d’archives sur leurs conséquences sanitaires. Un quart de siècle après, l’événement déborde encore Ground Zero : guerres, soupçon et Guantánamo ont prolongé son histoire. Huit livres rendent à ce récit ce que les doctrines effacent : des enfants, des corps, des familles et des voix.
Le 11/09/2026 à 13:08 par Nicolas Gary
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11/09/2026 à 13:08
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À New York, les noms seront de nouveau lus un à un. Ce 11 septembre 2026, les familles doivent se retrouver sur l’esplanade du National September 11 Memorial & Museum pour le 25e anniversaire des attentats d’al-Qaïda. Les 2977 victimes venaient de plus de 90 pays.
Sept silences ponctueront la cérémonie : six rappelleront les attaques contre les deux tours et le Pentagone, le crash du vol 93 et l’effondrement des tours ; le dernier honorera ceux qui sont morts depuis des suites de maladies ou de blessures liées à cette journée.
L’anniversaire arrive avec des archives qui empêchent de refermer l’événement sur une journée. Le 8 septembre, la ville de New York a rendu publiques plus de 170.000 pages sur la qualité de l’air, les risques sanitaires et la réponse municipale après les attentats. Une semaine plus tôt, le FDNY indiquait que plus de 10.000 de ses membres étaient certifiés pour au moins une affection physique liée au 11 septembre.
Les livres travaillent cet écart : entre la date commémorée et les existences qui continuent après elle. Ils ne corrigent pas l’Histoire ; ils lui rendent ce que les formules « sécurité nationale », « guerre contre le terrorisme » ou « Ground Zero » finissent parfois par aplatir.
Windows on the World, de Frédéric Beigbeder, choisit l’un des lieux où l’abstraction devient impossible : le restaurant du 107e étage de la tour nord. Le roman reconstruit, minute après minute, les dernières heures d’un père et de ses deux fils. Il s’installe dans un point aveugle : celui d’êtres humains pris au piège dont aucun témoignage direct ne pouvait sortir.
Extrêmement fort et incroyablement près (trad. Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso), de Jonathan Safran Foer, déplace la catastrophe dans l’enfance. Oskar, neuf ans, dont le père est mort dans les attentats, découvre une clé parmi ses affaires et traverse New York pour trouver la serrure correspondante. La catastrophe publique devient une absence privée autour de laquelle un enfant réorganise la ville.
L’Homme qui tombe (trad. Marianne Véron), de Don DeLillo, commence après l’impact. Keith, rescapé couvert de cendres et blessé par des éclats de verre, rejoint son ex-femme. Le roman suit moins l’attentat que sa persistance dans les gestes, le couple et la mémoire. Les archives sanitaires ouvertes cette semaine donnent à cette idée une portée concrète : pour des milliers de personnes, le « lendemain » dure encore.
Un concours de circonstances (trad. Laetitia Devaux), d’Amy Waldman, imagine qu’un jury choisit anonymement le projet de Mohammad Khan, architecte américain musulman, pour le mémorial des victimes. Dès que son identité est révélée, le concours devient une bataille nationale. Le deuil se mêle alors à la presse, à la politique et à la définition de celui qui peut appartenir au récit collectif.
L’Intégriste malgré lui (trad. Bernard Cohen), de Mohsin Hamid, installe cette rupture dans une trajectoire individuelle. Tchenguiz, Pakistanais diplômé de Princeton et promis à une brillante carrière, voit après le l'attentat son rapport aux États-Unis se fissurer. La réussite ne protège plus entièrement du soupçon.
Le présent donne à ces romans une résonance inattendue. 25 ans après, Zohran Mamdani, premier maire musulman de New York, doit participer aux commémorations malgré une campagne réclamant son exclusion de Ground Zero. L’épisode ne se confond pas avec les fictions de Waldman ou Hamid ; il rappelle que l’appartenance au récit du 9-11 demeure un enjeu politique.
Quand blanchit le monde (trad. Karine Lalechère), de Kamila Shamsie, refuse d’isoler 2001 du reste du siècle. Le roman relie Nagasaki, la partition de l’Inde, le Pakistan, New York, l’Afghanistan et Guantánamo. La violence y circule entre générations et frontières : aucun événement ne commence tout à fait le jour où les journaux le datent.
Les Sirènes de Bagdad, de Yasmina Khadra, suit un jeune Bédouin irakien entraîné vers la radicalisation par la guerre et les humiliations. Les enquêtes américaines n’ont pas établi de participation de l’Irak de Saddam Hussein aux attentats du 11 septembre.
L’invasion de 2003 fut néanmoins inscrite par l’administration Bush dans le cadre politique de la « guerre contre le terrorisme », distinction documentée notamment par la commission du renseignement du Sénat américain. Le roman remet dans ce cadre les vies irakiennes prises dans la guerre.
Désigné coupable (Les carnets de Guantánamo) (trad. Éric Betsch), de Mohamedou Ould Slahi, enlève enfin la médiation de la fiction. Arrêté en 2001, transféré en Jordanie, à Bagram puis à Guantánamo, le Mauritanien a passé plus de quatorze ans sous contrôle américain sans être inculpé ni jugé. Son récit restitue l’enfermement et les interrogatoires et l’ACLU a documenté l’isolement, la privation de sommeil, les menaces et d’autres mauvais traitements.
25 ans après, la cérémonie revient aux noms ; les archives rouvertes cette semaine reviennent aux corps. Les livres accomplissent le même geste : empêcher qu’entre une date historique et les doctrines qu’elle a produites disparaissent ceux qui les ont vécues.
Crédits photo : capture d'écran
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 27/05/2015
360 pages
LGF/Le Livre de Poche
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Paru le 23/08/2007
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Paru le 03/02/2010
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Paru le 20/06/2013
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Points
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Paru le 27/08/2014
192 pages
LGF/Le Livre de Poche
6,60 €
Paru le 03/05/2012
490 pages
10/18
9,50 €
Paru le 07/05/2012
317 pages
8,10 €
Paru le 06/01/2022
488 pages
Michel Lafon Poche
9,30 €
3 Commentaires
Jenn - Parole de libraire
11/09/2026 à 16:13
Dommage que vous ne citiez pas ces trois titres indispensables :
- 11 septembre, le jour où le monde a basculé - Baptiste Bouthier & Héloïse Chochois chez Dargaud
- Le jour où les anges ont pleuré: L'histoire vraie du 11 septembre -Mitchell Zuckoff chez Flammarion
- 11 septembre - Une histoire orale - Garrett M. Graff
Trois titres à mettre dans les mains de ceux qui voudraient en savoir plus sur ce qu'il s'est passé en suivant les voix et les histoires de ceux ayant vécus la catastrophe !
Félix
11/09/2026 à 19:20
Tout à fait juste.
Dans le monde entier - c'est comme pour l'assassinat de JFK à Dallas en 1963 - tout le monde sait ce qu'il faisait le 11 septembre 2001 - au moment de la première image télévisée de CNN sur le percutement du premier avion sur la première tour.
Moi, j'étais au bureau.
Mais, le 11 septembre a pour moi et mon épouse un autre rappel important aussi : en 1987, c'est cette date-là que nous atterrissions à Pearson, l'aéroport de Toronto, comme immigrants.....quatorze ans plus tôt, et ce des antipodes par un jour de septembre gris, pluvieux et très froid!
Hier, nous avons vu un documentaire original, car il montrait des images jamais vues auparavant, de la télévision allemande (de DW, Deutsche Welle).
Et à part les idées reçues archi-connues, notamment les pertes de vies innocentes, les raisons perçues (à cause des bases militaires américaines en Arabie Saoudite) et ensuite la démonisation de l'Islam par les médias occidentaux), il y eut aussi la conclusion tragique suivante par le chef des pompiers de New-York d'alors :
les 300 pompiers qui moururent lors de l'effrondement de la 2e tour auraient pu être sauvés, mais l'hélicoptère de la police qui était en haut avait bien aperçu que cette tour commençait à pencher dangereusement, mais ne put communiquer avec eux au bas, car à l'époque la police et ces derniers utilisaient malheureusement une ligne de transmission différente!
Félix
16/09/2026 à 02:54
Addendum : je viens d'apprendre, dans une nécrologie dans "Le Monde" sur le cinéaste chilien Patricio Guzman, que Salvador Allende, le président socialiste, fut aussi assasiné (lors du coup d'état du général Pinochet).....un 11 septembre 1973!