Le Rassemblement national s'investit dans une nouvelle entreprise de mystification : le député d'extrême droite Jean-Philippe Tanguy (Somme) a ainsi proposé de faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon. Mais les combats de la femme de lettres et figure féministe restent radicalement contraires aux idées portées par le parti d'extrême droite.
Le 11/09/2026 à 16:20 par Antoine Oury
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11/09/2026 à 16:20
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La terre pourrait tanguer, tant Olympe de Gouges doit se retourner à l'idée d'être récupérée par le Rassemblement national. Comme le révélait ActuaLitté ce jeudi 10 septembre, le député Jean-Philippe Tanguy a en effet déposé une proposition de résolution pour faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon, aux côtés de l'abbé Charles‑Michel de l’Épée (17121-1789) et Zéna M’Déré (1922-1999).
Le texte a été inscrit à l'ordre du jour de la niche parlementaire du Rassemblement national, le 8 octobre prochain, nous apprend désormais LCP, preuve que le parti y accorde une attention particulière. En cas de vote par l'Assemblée nationale, l'entrée au Panthéon de ces trois figures ne sera toutefois pas assurée, puisque le président de la République reste le seul décisionnaire.
Cette appropriation de l'autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne par le parti d'extrême droite n'est pas inédite, nous rappelle la journaliste et chercheuse indépendante Sylvia Duverger : « Marine Le Pen tente de s'emparer de la figure d'Olympe de Gouges depuis plus d'une dizaine d'années », souligne-t-elle.
Celle qui a été condamnée à deux reprises pour détournement de fonds publics — avant sa saisie de la Cour de cassation — convoque en effet Olympe de Gouges depuis 2012, au moins. Cette année-là, l'AFP indiquait qu'elle souhaitait faire apparaitre la femme de lettres sur des... « billets en francs » (!) quand, quelques semaines plus tard, elle la citait lors d'un forum « Elle - Sciences Po » pour paraitre « la plus féministe » des femmes, rapportait alors Le Monde. Une « passion » familiale : Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen a ainsi nommé sa fille... Olympe.
Récupérer une figure aux idées radicalement opposées à l'idéologie d'extrême droite, afin de se racheter une conduite : la stratégie est connue, et s'inscrit dans le processus de « dédiabolisation » mis en place par le parti, bien aidé par une partie de la classe politique et du système médiatique. « Le père a récupéré Jeanne d'Arc, la fille se targue d'honorer Olympe de Gouges, il n'y a là qu'un procédé habituel », décrypte l'historienne Catherine Marand-Fouquet, autrice de La Femme au temps de la Révolution (Stock, 1989) et militante, depuis des années, pour l'entrée d'Olympe de Gouges au Panthéon.
Bien qu'elle soit engagée depuis 1989 dans un combat pour qu'Olympe de Gouges entre au Panthéon, Catherine Marand-Fouquet s'indigne sans hésiter de la possibilité que le RN participe à cette reconnaissance. « Ce serait un drame personnel, mais il fallait s'y attendre », constate-t-elle en déplorant les résistances, des années durant, à l'accueil d'Olympe de Gouges au sein du monument.
« Faire d’Olympe de Gouges une héroïne nationale comme le souhaite le RN serait une absurdité, puisqu'elle a défendu des valeurs comme l'humanisme, l'universalisme, autant de notions qui sont très loin de ce que pratique au quotidien le RN, elle est même aux antipodes des idées du RN », ajoute Catherine Marand-Fouquet.
En s'autorisant un anachronisme, on pourrait même imaginer qu'Olympe de Gouges, en 2026, serait qualifié de « wokiste » par le Rassemblement national, insulte suprême dans la bouche de l'extrême droite. « Elle serait sans doute, aujourd'hui, partisane d'un universalisme pluraliste », concède Sylvia Duverger.
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« Elle est une figure pionnière de l'antiracisme et de l'abolitionnisme, dès sa première pièce, Zamore et Mirza, ou l'Heureux naufrage, en 1783, ou par ses Réflexions sur les hommes nègres, en 1788 », poursuit-elle. Dans ce dernier texte, elle pointe notamment l'« injuste intérêt des Blancs » instauré par le Code noir : « Depuis quand le RN dénonce-t-il cet injuste et puissant intérêt des Blancs à l’égard des personnes racisés et des minorités ? », interroge Sylvia Duverger.
Ce n'est pas tout : dans sa Lettre au Peuple ou projet d’une caisse patriotique, par une citoyenne (1788), de Gouges suggère « aux personnes fortunées de contribuer volontairement, afin de rembourser la dette de la France, comme elle l'a elle-même fait », relève Sylvia Duverger. Or, le Rassemblement national n'est pas réputé pour sa sévérité à l'égard des plus riches, ayant par exemple voté contre la taxe Zucman, le rétablissement de l'impôt sur la fortune ou la taxation des holdings patrimoniaux.
Quant aux droits des femmes et à l'engagement féministe, dont Olympe de Gouges est devenue une figure tutélaire depuis quelques années, nous avions déjà souligné, dans notre précédent article, à quel point le RN en est éloigné, dans ses propositions et positions politiques. « L'expression latine veut que “in vino veritas” [“Dans le vin, la vérité”, NdR], mais on pourrait aussi dire “Dans les votes, la vérité” », suggère Catherine Marand-Fouquet, en rappelant que les promesses électorales ou les affichages comme ceux du RN doivent toujours être passés au tamis des votes effectués.
Une fois l'extrême droite résolument écartée de la figure d'Olympe de Gouges, son entrée au Panthéon reste évidemment désirable, soulignent Catherine Marand-Fouquet et Sylvia Duverger, la seconde ayant apporté son soutien aux initiatives de la première.
Après la publication de La Femme au temps de la Révolution, en 1989, Catherine Marand-Fouquet apprend que trois entrées au Panthéon sont prévues, pour cette année du bicentenaire de la Révolution française : Nicolas de Condorcet (1743-1794), Gaspard Monge (1746-1818) et l'abbé Henri Grégoire (1750-1831).
En l'absence de femmes, son sang ne fait qu'un tour : « J'ai interrogé Gisèle Halimi à ce sujet, qui m'a dit : “Ils font entrer trois hommes, demandez donc trois femmes !” », se rappelle l'historienne, qui avance alors les noms de Marie Curie (1867-1934), de la résistance Berty Albrecht (1893-1943) et, donc, d'Olympe de Gouges, dans un courrier envoyé à la présidence de la République. Les conseillers de François Mitterrand l'assurent de sa bonne réception, mais sans accéder à sa demande.
En 2013, deux éléments semblent jouer en faveur de l'entrée de la femme de lettres : un rapport des Monuments nationaux, remis au président de la République François Hollande, recommande de féminiser le monument et suggère notamment son nom. Lequel apparait aussi en tête des propositions issues d'une consultation citoyenne.
La porte parait ainsi largement ouverte, mais elle se referme, selon Catherine Marand-Fouquet, avec l'intervention d'Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture, et de l'historienne Mona Ozouf, qui proposent quatre entrées de figures de la Résistance. Il en sera ainsi : en mai 2015, Jean Zay, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz entrent sous la coupole.
Pour Catherine Marand-Fouquet, Olympe de Gouges reste victime « d'une tradition jacobine et d'une historiographie qui lui a longtemps été défavorable, la faisant passer pour une femme légère, un peu folle ou une simple femme de théâtre ». Son histoire personnelle comme son œuvre démentent une telle simplification.
« Sa non-reconnaissance par son père semble avoir développé son esprit critique », note Sylvia Duverger, qui relève qu'Olympe de Gouges, née Marie Gouze avant de se réinventer « a su fréquenter le bon milieu, des philosophes, des écrivains, des gens éclairés et cultivés, et lire ce qu’il fallait lire, notamment Rousseau. » Elle se saisit rapidement de sa plume, et n’hésite pas à moquer certaines postures de ce dernier, y compris sur l'exclusion des femmes de la vie publique...
À ce titre, « la Révolution française a donné des droits, bien sûr », estime Catherine Marand-Fouquet, mais « aussi une régression, pour les femmes, en transférant en quelque sorte l'autorité du roi vers le chef de famille, dans le cercle privé, et en les tenant à l’écart de la vie publique ». Il n'est pas exclu par les historiens, notamment Olivier Blanc, historien et auteur de la première biographie d’Olympe de Gouges, qu'elle ait été victime de violences sexuelles de la part de son mari, mort peu de temps après son mariage et qui lui « était odieux », selon sa propre expression.
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Guillotinée le 3 novembre 1793, Olympe de Gouges « savait ce qu'elle risquait par ses prises de position contre Robespierre ou Marat, mais aussi contre l'esclavage. Aucun de ses engagements n'était dénué de risques, et cela se sent dans ses textes », assure Sylvia Duverger.
Pour ne pas laisser cette figure aux réactionnaires, Catherine Marand-Fouquet envisage une nouvelle pétition — en 2023, elle avait réuni un collectif d’historiens, d’écrivains et d’élus autour de cette cause — pour réclamer l'entrée au Panthéon d'Olympe de Gouges, en l'associant avec George Sand, « dont elle partageait les combats », souligne l'historienne.
Photographie : Détail d'un portrait d'Olympe de Gouges, auteur inconnu (domaine public)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
11 Commentaires
Marie
12/09/2026 à 09:13
Tout cela démontre, si besoin est, l'inculture -l'Aculture?- générale du parti, incapable de choisir entre "popularité" et "populisme".
Jessica Nait-Kaci
12/09/2026 à 18:53
Il ne fait aucun doute qu'Olympe de Gouges mérite sa place au panthéon pour les idées qu'elle a porté et ses idéaux tellement actuels. Cependant, je refuse cette appropriation par le RN!
Aurelien Terrassier
13/09/2026 à 13:37
Hier le Fn et aujourd'hui le Rn toujours ontre le voile bien qu'étant contre la loi sur les signes religieux de 2004, sexiste contre la parité salariale, retour de la femme au foyer, contre l'Ivg, contre les TDS (Travailleuses du sexe), le parti d'extrême droite n'a rien varié dans son anti-féminisme au fil des décennies et ce malgré l'évolution de la forme comestique, on repère toujours des brebis galeuses en son. Olympes de Gouges est aux anti-podes de l'antisémitisme, du racisme, de la xénophobie, du sexisme, de la transphobie, de l'homophobie, du validisme et de la grossophobie. Si le RN était plus sincère et un peu moins incohérent, il aurait proposé sa grande idole disparue il y a quelques mois Brigitte Bardot!
Anjo
13/09/2026 à 14:55
Sa famille aurait refusé tout comme Brigitte B. a refusé plus d'un million de dollars des EU... parce que les époux Rosenberg y avaient été exécutés...Raciste BB?...franc parler et intelligence vont si souvent bien ensembles.
Aurelien Terrassier
13/09/2026 à 21:39
Brigitte Bardot était une multi-condamne pour propos racistes et militante d'extrême droite avec des sorties aussi homophobes et masculinistes aussi. Le mari de BB était d'ailleurs au Fn. Brigitte Bardot a toujours adulé les Le Pen et plus récemment Zemmour. Donc oui je maintiens que le Rn serait donc plus sincère de promouvoir leur marianne au Panthéon celle qui ne représente pas la France sauf celle de Vichy et du Rn qui est aux anti-podes d'Olympe de Gouges.
Anjo
14/09/2026 à 09:08
Vous racontez n'importe quoi, comme d'habitude, se fiant? au dernier qui s'exprime.
Desproges : "Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien", comme Madame Bardot ( cf une émission sacrément réussie sur les quarante ans de la Fondation Bardot, qui a suscité des émules dans quarante pays et sauvé des bêtes à qui ne manque que la parole...pauvre de vous.
Aurelien Terrassier
14/09/2026 à 12:43
Ce que je dis sur BB est vrai et vérifiable sauf pour des trolls de mauvaise foi qui parlent pour ne rien dire sous mes commentaires! PS: laissez Pierre Deproges reposez en paix ça serait mieux!
Baragon
14/09/2026 à 14:46
Hélas, on cherche en vain des arguments de fond dans votre message. Il faut savoir regarder en face les défauts de ses idoles, hein.
MariE
14/09/2026 à 18:38
Barangon@, vos deux lignes montrent que vous êtes un Parangon de Science!
Aurelien Terrassier
14/09/2026 à 22:08
@Baragon Anjo n'en a aucun visiblement. Après je suis habitué à répondre à ces trolls aux idées néfastes sans arguments.
Aurelien Terrassier
20/09/2026 à 14:39
Un parti d'extrême droite fondé pzr d'anciens collabos, waffen SS et pro-Oas avec plusieurs de ses membres et élus condamnés pour incitation à la haine raciale et negationnisme est aux anti-podes d'Olympe de Gouges pour reprendre le titre de l'article. Le Rn malgré ses comestiques médiatiques reste toujours le Fn, un parti d'extrême droite qui a toujours les mêmes valeurs et idées teintées de racisme,antisémitisme, xénophobie, sexisme, homophobie, transphobie, validisme et grossophobie. Il suffit de gratter un peu le vernis pour s'en apercevoir malheureusement avec ses "brebis galeuses" et certains propos tout aussi haineux et obscènes tout le contraire des valeurs et idées d'Olympe de Gouges qui a porté les droits de l'homme au plus haut!