Après vingt-cinq ans à la tête du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Sylvie Vassallo passe la main. Nils C. Ahl doit prendre ses fonctions le 29 septembre, moins de deux mois avant la 42e édition. Traducteur, critique, ancien éditeur puis humanitaire, il arrive avec une ligne assez claire : ne pas renverser la table, mais prolonger une politique qui fait du livre jeunesse un outil de médiation, de démocratisation culturelle et d’émancipation.
Le 10/09/2026 à 16:32 par Nicolas Gary
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10/09/2026 à 16:32
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La succession aura donc lieu sans grand soir. Le recrutement, engagé en janvier par le Centre de promotion du livre de jeunesse en Seine–Saint-Denis (CPLJ-93), a abouti à un choix unanime. En effet, 52 candidatures ont été examinées. La prise de fonctions de Nils C. Ahl est annoncée pour le 29 septembre et Sylvie Vassallo, qui a choisi de faire valoir ses droits à la retraite, accompagnera encore la transition pendant plusieurs mois.
Car le poste ne consiste pas seulement à remplir Paris Montreuil Expo pendant six jours. Créé en 1984, le CPLJ-93 conduit toute l’année des projets à l’échelle départementale, nationale et internationale et revendique un réseau de 1000 partenaires de terrain. L’association est présidée par Sylviane Giampino, par ailleurs présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence et vice-présidente du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge.
Son École du livre de jeunesse, créée en 2011, fournit une assez bonne mesure de ce que recouvre cette activité moins visible. Certifiée Qualiopi, elle propose aujourd’hui 45 formations en présentiel ou à distance et intervient notamment auprès des professionnels de la petite enfance et de l’animation pour les former à la médiation littéraire.
Le calendrier offre d’ailleurs un curieux écho. La Ville de Paris vient d’inaugurer, le 7 septembre, sa première École des métiers du périscolaire. Deux jours de formation préalable deviennent obligatoires pour les futurs vacataires ; la municipalité prévoit également des parcours renforcés et six journées pédagogiques par an dans les écoles. À Montreuil, cela fait quinze ans que l’on travaille une autre pièce du même puzzle : comment donner aux adultes qui entourent les enfants les moyens de faire entrer les livres dans leur quotidien ?
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C’est ce « grand angle » que Sylvie Vassallo place au cœur de la succession : considérer la littérature jeunesse comme un vecteur de démocratisation culturelle dans un département traversé par de fortes inégalités sociales, et faire de cette ambition une affaire qui concerne toute l’interprofession. Durant notre entretien, elle revient sur un combat mené pendant des années pour faire reconnaître cette création comme un « 10e art, puisque la BD est le 9e » : une littérature à part entière, avec cette particularité que texte et image dialoguent et peuvent ouvrir l’enfant vers d’autres formes artistiques.
Le contexte n’encourage guère à ranger cette question au rayon des aimables préoccupations culturelles. En compréhension de l’écrit, le score moyen des élèves français de 15 ans dans l’enquête PISA est passé de 493 points en 2018 à 474 en 2022. La DEPP souligne également que leurs résultats restent parmi les plus fortement corrélés, au sein de l’OCDE, au niveau socio-économique et culturel des familles.
Pas question pour autant de transformer un album jeunesse en médicament statistique. Mais l’Éducation nationale a elle-même inscrit au Programme national de formation 2025-2026 une action intitulée « La littérature jeunesse comme levier pour développer le goût de la lecture », destinée notamment aux formateurs, personnels d’inspection et cadres éducatifs.
Le rapport des États généraux de la lecture pour la jeunesse, publié le 17 avril 2026, apporte un autre chiffre : 40 % des 16-19 ans ne lisent pas de livres, contre 10 % en 1970. Le document doit servir de feuille de route à l’action publique pour les dix prochaines années.
Pour Sylvie Vassallo, l’enjeu consiste justement à ne pas cantonner les œuvres destinées aux enfants à une sous-catégorie éditoriale ou pédagogique. Elle rapproche leur reconnaissance longtemps difficile de la place accordée à l’enfance elle-même, mais aussi à des métiers de transmission très féminisés. La littérature jeunesse serait ainsi cet art par lequel l’enfant peut entrer dans les autres — à condition, évidemment, que quelqu’un lui en ouvre la porte.
Nils C. Ahl connaît, lui, plusieurs côtés de la table. Traducteur de langues scandinaves, notamment pour la jeunesse, il collabore de longue date au Monde des livres : il y publiait encore une critique le 7 septembre dernier, consacrée au roman de Sara Stridsberg. Après un passage par la Ville de Paris, où il travaille sur les questions de logement et d’architecture, il prend en 2015 la direction du domaine étranger des éditions Phébus.
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Puis changement de terrain. Il se tourne vers l’humanitaire, avec des missions en Afrique, en Amérique latine puis en Ukraine, où il a été chef de mission pour Triangle Génération Humanitaire jusqu’en février 2026. L’ONG intervient dans le pays depuis 2015 et travaille aujourd’hui notamment dans les domaines de la protection, de l’accès à l’eau, de l’assainissement et des abris.
Budgets soudain rabotés, sécurité, coordination d’équipes, nécessité de maintenir une activité lorsque les moyens se contractent : Nils C. Ahl voit dans ces années un détour qui le ramène finalement à son point de départ. « Étrangement, l’humanitaire m’a rapproché de ce que j’ai commencé à faire, au départ, avec la littérature jeunesse », résume-t-il.
À Montreuil, la méthode affichée relève donc d’abord de la continuité. « Je prends le train en marche aux côtés d’une équipe motivée et impliquée. » Comprendre le fonctionnement, apprendre à piloter, puis développer l’existant : pas de révolution managériale annoncée. Le futur directeur insiste plutôt sur la « capacité démultiplicatrice en termes d’impact socioculturel » du CPLJ-93, où manifestation publique, formation et médiation fonctionnent ensemble.
Reste cette question que tous les festivals connaissent désormais : avec quels moyens tenir ? Le Département de la Seine–Saint-Denis demeure le principal soutien du CPLJ-93. La direction évoque environ 1,4 million d’euros pour un budget global proche de 5 millions. La dernière délibération départementale publique retrouvée permet au moins de vérifier l’ordre de grandeur : en 2024, 1,37 million d’euros avait été attribué à l’association au titre de son fonctionnement.
Les autres aides sont pour partie attachées aux actions menées sur le terrain et peuvent donc évoluer avec elles. À cela s’ajoutent les ressources issues du mécénat et du fonds de dotation développé ces dernières années. Sylvie Vassallo souligne toutefois que, malgré la tension qui pèse sur les finances culturelles, les principaux partenaires ont jusqu’ici maintenu leur engagement.
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Une ligne, en revanche, n’est pas appelée à bouger : la gratuité totale du Salon. Elle était déjà en vigueur en 2025, édition qui a accueilli précisément 196.000 visiteurs, selon son bilan officiel. Le Département y est également présenté comme le premier partenaire de la manifestation, qu’il coproduit.
Pour Nils C. Ahl, le défi consiste dès lors autant à continuer de déplacer les publics vers Montreuil qu’à rappeler aux pouvoirs publics et aux partenaires privés ce que représente l’événement dans « la vie de la cité ». Et ce qu’il produit une fois les stands démontés. Sa première édition comme directeur se tiendra du 25 au 30 novembre à Paris Montreuil Expo. La 42e édition aura pour thème « Aux frontières du réel », avec une question posée par le SLPJ lui-même : comment la fiction « dessine, démêle et transcende le réel » ?
Le nouveau directeurn y entend, lui, une interrogation sur « la fabrication de la réalité, ou sa déformation ». Autrement dit, un sujet assez indiqué pour quelqu’un qui vient prendre la direction d’un Salon consacré aux livres : la réalité a décidément toujours besoin d’un peu de fabrication.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
1 Commentaire
Edco
10/09/2026 à 18:39
Ah super 👏 Longue vie au salon et dans le même esprit qu' avant ! Pourvu que ....la jeunesse....se déplace !!!🙏🙏🙏