Dans Ce qui se joue, Caroline Hinault imagine une mystérieuse épidémie qui frappe les enseignants et les prive peu à peu de la parole. Derrière la dystopie et l’humour noir, le roman interroge l’école, la transmission et la place des mots dans ce qui nous permet encore de faire société. Fanny, libraire à la Fnac Vélizy, revient sur un texte qu’elle juge aussi touchant que lumineux.
Le 09/09/2026 à 11:30 par Inès Lefoulon
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09/09/2026 à 11:30
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Tout commence par une musique de mort. Dans Ce qui se joue, le nouveau roman de Caroline Hinault publié aux éditions du Rouergue, une épidémie frappe le monde enseignant : le Fatum. Les professeurs touchés entendent d’abord la Marche funèbre de Chopin, puis perdent presque entièrement l’usage de la parole. Il ne leur reste bientôt qu’un mot : « poï ».
Le dispositif pourrait virer à la farce noire. Il ouvre surtout une inquiétude plus vaste : que devient une société lorsque ceux qui transmettent les mots n’arrivent plus à parler ? Fanny, libraire à la Fnac Vélizy, a refermé le livre avec un sentiment moins sombre qu’on pourrait le croire. « C’est un roman que j’ai trouvé à la fois très touchant, pour ce qu’il raconte, et à la fois très lumineux. »
Un entretien à écouter dans notre nouvelle émission, Paroles de libraire, ci-dessous :
La fin, ajoute-t-elle, lui a laissé « une petite note d’espoir ». C’est l’un des paradoxes du texte : la catastrophe n’abolit jamais complètement le rire. « C’est à la fois cocasse, mais en même temps assez tragique. » L’humour, chez elle, n’efface pas le désastre ; il permet de le regarder sans détourner les yeux.
Au cœur du récit, Martial Reverdy arrive du ministère pour observer ce qui se passe dans un lycée frappé par l’épidémie. Costume impeccable, langage technocratique, mission d’observation : il croit connaître l’école avant d’être confronté à sa réalité quotidienne. Face à lui, Monia Boukary, professeure de français, occupe bientôt tout l’espace. Fanny dit s’être immédiatement attachée à ce personnage, exigeant mais jamais malveillant, obstiné à faire chercher le mot juste, à pousser les élèves à réfléchir, à interpréter, à se construire. « C’est le genre de professeur qui, je pense, marque un peu à jamais. »
Cette enseignante lui a rappelé l’une de ses propres professeures de lycée, fantasque, capable de donner envie de lire au-delà des textes scolaires. Le rapprochement dit beaucoup de ce que Fanny retient du roman : une défense de la transmission non comme geste abstrait, mais comme présence, attention, friction parfois. Dans la classe, il ne s’agit pas seulement de préparer un diplôme. Il faut apprendre à comprendre le monde autour de soi — et à y prendre place.
Car la salle de cours devient ici davantage qu’un décor. « La salle de classe, c’est un écosystème que l’on retrouve nulle part ailleurs », souligne Fanny. Puis elle précise : « C’est vraiment une petite société dans la société. » Le roman observe ce huis clos où des adolescents et un adulte doivent, malgré la fatigue, les tensions et les moyens dérisoires, faire quelque chose ensemble.
Une photocopieuse récalcitrante suffit à faire sourire la libraire ; elle y voit aussi un détail d’un réalisme presque brutal, le signe ordinaire d’un métier exercé, selon ses mots, « avec les moyens du bord ». L’image de la classe comme « société en construction » est explicitement formulée dans le roman.
C’est là que Ce qui se joue change d’échelle. Le Fatum n’attaque pas seulement la parole des enseignants : il met en crise le langage comme outil commun. Pour Fanny, perdre les mots, c’est perdre davantage que la faculté de parler. La langue permet de construire une pensée critique, un raisonnement, une identité, mais aussi de comprendre les autres. « Ce n’est pas seulement un roman sur l’école […] c’est aussi un roman sur la langue », insiste-t-elle. Et donc sur ce que les discours peuvent produire, déformer ou manipuler. Elle lit ainsi le livre comme un roman engagé, doublé d’une satire sociale, où l’abandon des services publics affleure derrière l’épidémie fictive.
La forme elle-même refuse de rester sage. Caroline Hinault fait circuler le récit entre théâtre, scénario, poésie, grammaire et autres dispositifs. L’effet aurait pu tenir du jeu de virtuosité. Fanny y voit au contraire une manière d’ouvrir le texte : « C’est peut-être expérimental, mais c’est pas compliqué. » Cette construction, dit-elle, sert l’intrigue et ravive le désir de retourner vers d’autres œuvres. Racine, les classiques, les souvenirs de cours reviennent alors comme des portes entrouvertes. « Une œuvre appelle une autre œuvre. »
Au bout du compte, la libraire ne réduit pas Ce qui se joue à un roman destiné aux seuls enseignants. Elle le conseille aussi aux lecteurs plus jeunes, aux amateurs de dystopie, et à celles et ceux qui cherchent une fiction originale sur notre rapport au monde. Son jugement tient en une formule qui résonne comme une ligne de défense : « C’est un roman qui donne envie de défendre les professeurs, qui donne envie de défendre la littérature. » Derrière l’épidémie, la question demeure, simple et grave : que reste-t-il d’un monde commun quand les mots se retirent ?
Crédits photo : Fanny, Fnac Vélizy
DOSSIER - Prix du roman Fnac 2026 : 30 livres pour lancer la rentrée littéraire
Par Inès Lefoulon
Contact : il@actualitte.com
Paru le 19/08/2026
416 pages
Editions du Rouergue
23,00 €
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Dans l’ombre des salles de classe, les délégués pédagogiques façonnent silencieusement le lien entre enseignants, élèves et livres. À travers le parcours de Laura Gilles, c’est toute une vision exigeante et incarnée de la transmission des langues qui se dessine.
19/01/2026, 17:00
Il y a des livres qui ne naissent pas d’un projet longuement mûri, mais d’un pas de côté. Qui se ressemble, paru en janvier 2026 chez Buchet Chastel dans la collection La Résonnante, appartient à cette catégorie rare : celle des récits qui surgissent presque malgré leur autrice, comme appelés par une nécessité souterraine. Agnès Desarthe le dit d’emblée : sans le hasard d’une commande, ce texte n’aurait sans doute jamais vu le jour. Trop intime, trop chargé, trop risqué peut-être.
13/01/2026, 14:38
À l’aéroport, sur le point d’embarquer pour le Chili, Nicole Mersey-Ortega confie ce que son roman Même le froid tremble a bouleversé dans sa vie. Entre fatigue, lutte politique et désir farouche de liberté, elle raconte comment l’écriture devient un geste pour continuer ailleurs, autrement.
09/12/2025, 15:38
Le dépôt-vente, ce sont ces circuits parallèles aux lieux habituels de commercialisation des livres, pour toucher d’autres publics. Sophie Caillat, fondatrice et directrice des Éditions du Faubourg, maison indépendante lancée en janvier 2020 et Kézia Lacour, nous raconte comment leur vie a changé dans la gestion de ces stocks, par nature éparpillés…
08/12/2025, 16:33
François Belley arrive avec une énergie presque contagieuse, celle de quelqu’un qui vit ses idées autant qu’il les écrit. Présenté comme un « producteur d’idées », il s’amuse de cette formule autant qu'il la revendique pleinement. Ou l'inverse ?
04/12/2025, 17:07
Au Palais de la Porte Dorée, Clara Lodewick sourit encore de l’effervescence provoquée par Moheeb sur le parking, la bande dessinée qui lui vaut le prix Porte Dorée 2025. L’album, pensé comme un huis clos à ciel ouvert, suit un jeune réfugié afghan, échoué dans une attente interminable. Une histoire qui, comme elle le raconte, « remonte à mes 17 ans, quand je passais mes journées auprès d’un collectif d’Afghans sans papiers ».
01/12/2025, 12:00
Dans le silence minéral de la Bibliothèque Abbé-Grégoire à Blois, l’autrice taïwanaise s’installe avec douceur, presque à pas feutrés. Elle a rejoint le festival BD Boum qui a mis Taiwan à l’honneur cette année. Un entretien à pas feutrés…
24/11/2025, 11:46
Quand il se présente, Maxime Garbarini esquisse un sourire timide, presque incrédule face au chemin parcouru. Il se décrit d’abord simplement comme « dessinateur et auteur de comics dans mon temps libre ». Et pourtant, quinze ans après la naissance de Close Call Comics, ce label indépendant devenu, presque malgré lui, une petite pépinière internationale, force est de constater que son univers est désormais solidement bâti, réfléchi, exigeant — à son image.
22/11/2025, 16:01
Dans la voix chaleureuse de Joseph Doverman, quelque chose accroche immédiatement : un mélange d’enthousiasme juvénile et de profondeur tranquille, comme si chaque souvenir culinaire avait laissé une empreinte vivante. L’auteur d’Irlande – Les meilleures recettes d’un pays chaleureux et authentique raconte son parcours comme on déroule un fil de laine, sans effets ni artifices, mais avec cette sincérité têtue qui le caractérise.
16/11/2025, 13:08
Lors du Festival du Livre Gourmand de Périgueux, Claire Bergé-Lefranc et Benoist Husson ont offert un moment suspendu, à mi-chemin entre confidence culinaire et coulisses de création. L’un est fondateur de KidSono — une société spécialisée dans l’audio jeunesse — l’autre cheffe et fondatrice du traiteur Chicken Bacon Lettuce. Ensemble, ils racontent cette aventure singulière : Madeleine de cheffes, un podcast devenu livre jeunesse publié chez Gallimard Jeunesse.
16/11/2025, 10:10
À Périgueux, la rencontre avec Marion Chatelain a pris des allures de conversation joyeuse autour d’un sujet qu’elle porte avec panache : le gras. Son ouvrage Le gras c’est la vie (Flammarion - photos de Rina Nurra), défend une vision chaleureuse, presque philosophique de cette matière tant aimée que souvent mal comprise. Dès les premières minutes, l’autrice rappelle que « le gras rassemble », comme une évidence qui se vérifie autant dans une cuisine familiale que dans une salle de banquet.
15/11/2025, 18:33
À l’approche du Festival du Livre Gourmand 2025, la ville de Périgueux s’apprête à se transformer, une fois encore, en un vaste théâtre dédié à la littérature culinaire et à l’art de vivre. Pour le maire Émeric Lavitola, l’événement incarne bien plus qu’une célébration des plaisirs de la table : c’est une respiration collective, un moment d’unité.
12/11/2025, 15:22
Dans Même le froid tremble, Nicole Mersey Ortega explore la fatigue des corps qui ploient sans jamais rompre, ces corps façonnés par le travail, la honte et le désir. Son écriture, charnelle et politique, redonne souffle et dignité à ceux que la société rend invisibles. À travers la voix de l’autrice, la littérature devient à la fois cicatrice et résistance : un cri discret mais inaltérable.
08/11/2025, 09:46
Dans l’univers feutré de la bande dessinée franco-belge, rares sont les héros à demeurer aussi vivants après un quart de siècle d’albums. Largo Winch, l’aventurier milliardaire créé par Jean Van Hamme et Philippe Francq, fait partie de ceux-là. Avec Si les dieux t’abandonnent, vingt-cinquième tome de la série, le dessinateur s’associe pour la première fois au scénariste et réalisateur Jérémie Guez. Une rencontre placée sous le signe du respect et du renouvellement.
06/11/2025, 15:11
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Malgré l’abordage de One Piece, Sarah Knafo règne sur les ventes de livres Sarah Knafo reste en tête des ventes, Thélyson Orélien grimpe malgré la polémique La Grande Librairie : cette semaine, mères, mémoire et héritage Le Goncourt craint pour son intégrité ? Alors Pangram pour les 15 autres romans, fissa !
1 Commentaire
alan moore
10/09/2026 à 12:18
N’ayant point lu le livre, il m’est donc impossible de le critiquer. Pour autant, je me permets, en tant qu’enseignant, non point de réagir sur ce titre, mais sur le livre non écrit, celui qui n’a pas encore traité le fond de notre EN.
Effectivement, notre EN est malade, gravement touchée par sa bureaucratie kafkaïenne, ses injonctions paradoxales, ses pitreries de projets… Merci du conseil de lecture, mais ces histoires de feu sacré, de sacerdoce, d’amusements pédagogiques, d’élèves magiques, de profs habités, je n’y crois pas.
Pour comprendre l’EN, je m’en réfère à Jourde, à ses Festins secrets, et j’attends de pied ferme le roman qui s’attaquerait aux rouages de notre si belle Éducation nationale. Pas un témoignage, surtout : un véritable roman, qui saurait transformer la réalité en littérature, avec tout ce que cela permet de dévoiler.
Louis Guilloux, avec Le Sang noir, avait déjà, en 1935, mis en scène, avec Cripure, un professeur dont la figure révélait, au-delà de son propre destin, une certaine décadence de l’institution et du monde qui l’entourait. Il faudrait aujourd’hui un Cripure de l’Éducation nationale contemporaine. Et là, je crois qu’il y aurait matière à écrire quelques pages assez féroces…
Alors, point envie de me gausser, tant nous sommes la risée de tous (PISA ou pizza ?) et que la raison se situe dans un certain ministère qui nous impose nos gentils programmes, positionne PARFOIS — euphémisme — 37 élèves dans une classe (c’est drôle ? Parfois ! Bof !) et nos gentils INSPECTEURS qui nous expliquent la vie : « Faut faire comme ça ! » — « Oui, Monsieur, merci, Monsieur ! »
Et rajoutons nos syndicats, toujours prompts à éructer, mais qui, en définitive, attendent leur classe exceptionnelle.
Quel beau roman à écrire, hein ?
Il était une fois un château nommé RECTORAT, gouverné par un GROS château DISNEY qui gérait des imbéciles — mais non ! — diplômés et asservis, lesquels, à leur tour, asservissaient les futurs nobélisables, le tout dans une belle laïcité assurément incritiquable, permettant d’asseoir une magnifique société orwellienne…
Jusqu’au jour où…