Les éditions Télémaque repassent sous le contrôle de leur fondateur, Stéphane Watelet, sept ans après leur entrée dans le giron d’Editis. La cession, révélée ce lundi par La Lettre, intervient au moment où le deuxième groupe français d’édition poursuit une réorganisation de son périmètre. Mais, pour Télémaque, pas de rupture commerciale : la maison continuera d’être diffusée et distribuée par Interforum.
Le 07/09/2026 à 18:33 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
07/09/2026 à 18:33
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Fondée en 2004, Télémaque cultive depuis ses débuts une ligne difficile à enfermer dans un seul rayon : littérature, histoire, beaux livres, sciences, cinéma, essais, livres d’entreprise ou encore revues. Après 14 années de partenariat avec Gallimard, elle avait rejoint Editis en juin 2019, avant de confier sa diffusion et sa distribution à Interforum au 1er janvier 2020.
ActuaLitté avait alors rendu compte du rachat de Télémaque, dont Gallimard détenait une participation minoritaire.
Stéphane Watelet décrit Télémaque, auprès d'ActuaLitté, comme « un éditeur totalement généraliste », difficile à loger dans une organisation qu’Editis cherche désormais à rendre « plus lisible ». Cette singularité a conduit le groupe à lui proposer deux scénarios : intégrer Télémaque à une autre maison généraliste, ou lui rendre son autonomie. La première option aurait, selon lui, fait courir le risque de réduire une liberté éditoriale jusque-là préservée.
Une liberté dont il souligne qu’elle avait jusqu’ici été respectée par Editis. Télémaque avait notamment pu se lancer dans des objets éditoriaux plus atypiques, dont des revues, à l'image de Chimères, consacrée aux cultures de l’imaginaire et lancée avec le concours d’un financement participatif. Mais, « il y a une rationalisation des choses qui se fait dans le groupe, une volonté de rendre encore plus lisible l’offre. Nous avons fait partie de cette clarification-là. »
L’idée de la cession lui a été présentée en janvier. Les discussions ont ensuite avancé rapidement au cours du printemps. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Stéphane Watelet juge toutefois la proposition d’Editis « extrêmement généreuse », notamment parce qu’elle lui permet de reprendre Télémaque sans contrainte susceptible d’en modifier le fonctionnement.
Les derniers comptes disponibles montrent, côté Télémaque, une maison fragile économiquement : en 2024, Télémaque a réalisé environ 546.000 € de chiffre d’affaires et enregistré une perte nette de 185.000 €, après 267.000 € en 2023. Ses capitaux propres étaient négatifs à la fin de l’exercice.
La Lettre relevait également la proximité de Stéphane Watelet avec Arnaud de Puyfontaine, qui dirigeait Vivendi lorsque le groupe contrôlait Editis. « C’est vrai, nous sommes amis, mais en l’occurrence cela n’a vraiment rien à voir », répond l’éditeur. Il souligne que Vivendi a quitté le capital d’Editis depuis près de trois ans et assure que cette relation « n’a jamais été évoquée » dans les discussions. Quant à l’hypothèse d’un rapprochement avec l’ancien actionnaire Vivendi, il la balaie : « Non. »
La cession porte sur l’intégralité de Télémaque, « y compris les droits audiovisuels ». Avant l’entrée chez Editis, Stéphane Watelet détenait 90 % du capital de Télémaque, les 10 % restants appartenant à Gallimard. Les deux actionnaires avaient vendu ensemble leurs participations en 2019. « Et là, je récupère 100 % du capital. »
Cette sortie du capital d’Editis ne signifie toutefois pas la sortie de son écosystème. Télémaque demeure chez Interforum pour la diffusion et la distribution. Pour l'éditeur, ce maintien constituait un élément déterminant de l’opération : « Depuis un an, nous avons une nouvelle équipe avec laquelle cela fonctionne bien. La taille n’est pas un problème dans l’édition sur le plan éditorial, elle peut l’être au niveau de la diffusion et de la distribution. C’est pour cela qu’il était essentiel pour nous de continuer avec Interforum. »
La lecture proposée par Stéphane Watelet entre en résonance avec une transformation plus générale engagée chez Editis. Le groupe a changé de mains en novembre 2023, lorsque Vivendi a finalisé sa vente à International Media Invest, filiale de CMI fondée par Daniel Kretinsky. Quelques semaines plus tard, Denis Olivennes donnait déjà le ton : « publier moins » pour vendre davantage, réduire les retours et concentrer l’effort commercial sur moins de références.
Le groupe a engagé plusieurs restructurations successives, avec rapprochements de maisons, mutualisations et recherche d’économies. ActuaLitté avait notamment détaillé les transformations en cours au sein du groupe.
Depuis avril 2026, Dalila Zein est directrice générale d’Editis, aux côtés de Denis Olivennes, président du groupe. Elle doit notamment poursuivre la réorganisation de la littérature, déjà engagée en 2024 avec le regroupement d’une quinzaine de maisons autour de trois ensembles : Presses de la Cité, Belfond, Bouquins, Le Bruit du monde, Récamier et Plon autour de Sofia Bengana ; Robert Laffont, Perrin et Fleuve autour de Sophie Charnavel ; puis Le Cherche Midi, Seghers, Séguier, Sonatine et Télémaque, avec le département Partenariats, sous la responsabilité de Jean Le Gall. L’objectif affiché était déjà de mutualiser le pilotage de maisons jusque-là plus autonomes.
Sur le versant industriel, le chantier concerne aussi Interforum. La Lettre a indiqué en avril que Dalila Zein entendait réduire le nombre d’éditeurs extérieurs diffusés par la filiale afin d’en améliorer la rentabilité. Aucune liste des maisons concernées n’a cependant été rendue publique. Ces « éditeurs partenaires » sont précisément des structures qui n’appartiennent pas à Editis mais lui confient leur diffusion ou leur distribution - le statut que prend désormais Télémaque après sa sortie du capital du groupe.
En juillet, la réorganisation de la direction a rendu ce mouvement plus concret : après l’annonce du départ de Nicolas Gonçalves, qui pilotait les relations avec les éditeurs partenaires, Marie-Christine Conchon a repris leur gestion et le suivi stratégique et commercial de leurs relations avec Interforum.
Dans le même temps, Alexandra Bentz, chargée de l’illustré, du pratique, de la jeunesse et du tourisme, a été directement rattachée à Dalila Zein, tandis que le groupe annonçait vouloir renforcer ses positions en BD et manga autour de Delcourt. La direction présentait ces changements comme un « raccourcissement des lignes hiérarchiques ».
Stéphane Watelet refuse de tirer de son cas particulier des conclusions pour l’ensemble du groupe. Il reconnaît seulement percevoir « une rationalisation » et « une volonté de rendre l’offre du groupe plus lisible ».
La cession intervient aussi quelques jours après la décision de Laurent Beccaria de reprendre les 49 % détenus par Editis dans Les Arènes et L’Iconoclaste. Dans ce cas, le rachat découle d’une option prévue dans un pacte hérité de la période Vivendi.
Et il ne s’agit pas d’un désengagement de maisons déficitaires : Les Arènes a dégagé 692.000 € de bénéfice en 2024 puis 256.000 € en 2025, tandis que L’Iconoclaste restait bénéficiaire en 2024 après une année 2023 exceptionnelle, portée par le Goncourt de Jean-Baptiste Andrea.
Stéphane Watelet ne devrait d’ailleurs pas rester seul très longtemps au capital. Après en avoir repris 100 %, il prépare l’arrivée d’un petit cercle d’actionnaires minoritaires dont il ne souhaite pas encore dévoiler les noms. « J’ai profité de cette opération pour monter une sorte de comité éditorial : ils prendront des parts symboliques au capital de Télémaque. Ce sont soit des éditeurs indépendants, soit des gens qui connaissent le livre et que cela intéresse de nous aider à réfléchir. »
Télémaque devrait conserver une équipe réduite et publier entre 15 et 20 titres chaque année. Pour le fondateur de la maison, la taille modeste constitue même un avantage dans un marché qu’il juge durablement difficile. « L’évolution du marché du livre nécessite plus que jamais d’être très agile, très léger et prêt à essayer beaucoup de choses différentes. Sur le plan éditorial, il n’y a aucune obligation à être une structure importante. Au contraire. »
Cette indépendance s’accompagnera de nouvelles expériences économiques : « On est en train de monter une expérience dont l’un des étages de la fusée est le crowdfunding. On réfléchit à des façons de concevoir des livres pour des publics précis et d’avoir avec ces publics une relation beaucoup plus fine, beaucoup plus sur mesure. C’est un des axes que nous allons développer. »
Une orientation qui prolonge certaines expérimentations déjà conduites par la maison, mais qui pourrait désormais prendre davantage de place dans son modèle.
Au printemps, Télémaque a lancé la collection Le Roman d’un fait divers, qui propose à des auteurs de raconter de grandes affaires criminelles sous une forme romanesque, complétée par un dossier rappelant les faits. Les deux premiers titres, parus en avril, étaient Dans la peau d’Epstein de Karl Zéro et Je n’ai pas tué de Jérôme Camut et Nathalie Hug.
Stéphane Watelet annonce parallèlement le développement d’une collection consacrée au leadership et à l’expérience de dirigeants d’entreprise, en lien avec Henri Giscard d’Estaing. L’idée : sortir du manuel de management traditionnel pour faire raconter aux dirigeants les décisions, transformations et expériences qui ont marqué leur parcours.
Télémaque entend également poursuivre ses romans historiques et d’aventure, ses publications autour du cinéma et ses essais. Au printemps, il publiait Lettre à Clara, dans lequel Robert Ménard s’adresse à sa fille, dont les convictions diffèrent sensiblement des siennes. Quelques mois plus tard paraît Et pourtant communiste ! de François Asensi avec Valère Staraselski, récit du parcours de l’ancien député et maire communiste de Tremblay-en-France.
Stéphane Watelet fait de cette pluralité une ligne éditoriale à part entière. « L’indépendance, y compris sur le plan politique et sur celui des idées, est une valeur intéressante en ce moment », estime-t-il. Télémaque entend ainsi continuer à accueillir des voix issues d’horizons très différents, sans s’inscrire dans ce qu’il décrit comme un « combat entre groupes idéologiques ». « Ce qui nous intéresse, ce sont les idées diverses et de qualité. Tout ce qui est haineux ne nous intéresse pas, mais les idées différentes, de bords différents, oui. »
La reprise de Télémaque referme enfin une autre partie de la relation de Stéphane Watelet avec Editis. L’éditeur avait été associé à plusieurs projets transversaux du groupe. En 2020, il avait participé au développement du Bureau des Auteurs, dispositif destiné à proposer les auteurs du groupe comme intervenants auprès des entreprises, institutions et collectivités. Au lancement, près de 200 auteurs et quelque 400 thématiques étaient annoncés.
Il avait ensuite pris la présidence de l’Atelier des Auteurs, école d’écriture numérique créée après le rachat de la plateforme Scribay, qui comptait alors plus de 60.000 membres. Cette fonction s’arrête avec son retour à la tête d’une Télémaque indépendante : « Je ne suis plus président de l’Atelier des Auteurs. J’ai rendu ce mandat en redevenant propriétaire de Télémaque. L’Atelier n’est pas mort pour autant : la communauté existe toujours et elle sera peut-être reprise. Je ne sais pas ce que le groupe en fera. »
Pour Télémaque, l’opération ressemble donc moins à une rupture qu’à un retour au modèle de ses débuts : « Ce n’est pas vraiment un nouveau départ parce qu’en fait tout continue », résume Stéphane Watelet. « Mais désormais, on vole de nos propres ailes. »
Sollicité par ActuaLitté, Editis n’avait pas répondu au moment de la publication à nos questions sur les raisons de la cession, son éventuel lien avec la réorganisation de la branche littérature et la portée des récents mouvements concernant Les Arènes et L’Iconoclaste.
Crédits photo : Stéphane Watelet dans les nouveaux locaux des éditions Télémaque.
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
5 Commentaires
Ba ba ba !
08/09/2026 à 09:48
Mais que fou la direction d’edisits ?? Il faut arrêter les conneries. Editis perd tout dont les arènes et l’iconoclaste, telemac. Ba ba ba vous allez vendre quoi bientôt ? Pourquoi l’actionnaire ne change pas cette direction perd des parts de marché ?
Ba ba ba
Emmanuel
08/09/2026 à 11:13
Dans un mois et demi vous aurez une autre surprise...
salarie
11/09/2026 à 14:53
Bonjour,
qu'entendez-vous par là ? Ce message incite à la peur et j'espère avoir vos lumières sur ce sujet.
Le juge
09/09/2026 à 08:47
Que dire des retours depuis la prise en main d'olivennes et Zein ? C'est catastrophique ! Produire moins pour vendre plus ? Ben il va falloir adopter une autre stratégie mes chers amis. Quant à l'indépendance et la liberté il va falloir repasser. Dans ce groupe ils ne veulent pas publier certains livres, et c'est peut-être pour ça que vous perdez des parts de marché. Regardez qui editis publié ou pas et vous comprendrez.
Bon vent Editis, attention aux cumulus DO et DZ
Steeve
17/09/2026 à 09:13
Que se passe t il chez Editis. Des bons éditeurs se barrent, les chiffres n'ont jamais été aussi mauvais depuis le dernier rachat. Et pourtant la direction amis d'olivennes reste. Au 4ème les inquiétudes des salariés du commercial d'Interforum s'interrogent. Que fait encore lucet dans les couloirs d'editis ? L'absences des salariés Olivennes et Rus sont remarquées. Alors que ces deux là reçoivent des très gros salaires, la question se pose sur leur mission. Ne s'agirait il pas d'emplois fictifs.? Alors qu'Editis est dans la tourmente certains se gavent sans rien faire.