Le métier fait rêver tôt. Lions, éléphants, primates, oiseaux ou reptiles suffisent souvent à nourrir l’idée d’une profession passée au contact quotidien des animaux. La réalité du soigneur animalier est pourtant plus exigeante.
Le 17/09/2026 à 15:38 par Victor De Sepausy
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17/09/2026 à 15:38
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Nourrir, nettoyer, observer, entretenir les installations, surveiller l’état sanitaire : l’essentiel du travail se joue loin des moments spectaculaires que le public associe volontiers aux parcs zoologiques.
Le terme lui-même peut prêter à confusion. Le soigneur n’est pas vétérinaire. Il participe au suivi des animaux, repère des modifications de comportement ou d’état physique, effectue certains soins courants selon les protocoles de l’établissement et assiste l’équipe vétérinaire. L’alimentation et l’hygiène occupent une place considérable : préparation des rations, nettoyage des enclos et des bassins, entretien des locaux, contrôle du matériel. À cela s’ajoutent aujourd’hui l’enrichissement des milieux de vie, l’entraînement médical et, dans certains établissements, la médiation auprès des visiteurs.
Pour qui envisage cette orientation, les livres permettent justement de distinguer vocation et représentation idéalisée afin de mieux s'orienter vers une formation de soigneur animalier. L’un des rares ouvrages français entièrement tournés vers le projet professionnel est Objectif soigneur animalier : pourquoi, comment et où se former pour devenir soigneur animalier ?, de Jean-Michel Dupuyoo. Publié en 2020, ce volume de 77 pages aborde le métier, les connaissances nécessaires, la recherche de stages, les formations et la préparation à l’insertion professionnelle.
Une journée de soigneur commence rarement par une longue observation contemplative. Il faut d’abord assurer les besoins élémentaires des pensionnaires. Selon les espèces, les rations varient, les règles d’hygiène changent et les risques diffèrent. Le professionnel doit aussi connaître les comportements ordinaires de chaque animal : une modification de l’appétit, de la locomotion ou des relations avec les congénères peut constituer un signal à transmettre rapidement.
Le cadre réglementaire français insiste précisément sur ces dimensions. Les établissements zoologiques doivent offrir des conditions adaptées aux besoins biologiques des espèces, permettre une large expression des comportements naturels et prévenir les anomalies comportementales. Les installations, les protocoles d’entretien et la composition des groupes doivent donc être pensés en fonction des animaux hébergés. La surveillance sanitaire et comportementale fait également partie des obligations des établissements.
Les formations actuellement proposées traduisent cette évolution. Biologie, nutrition, éthologie, santé animale, sécurité, conception des enclos, enrichissement, conservation ou encore entraînement médical apparaissent dans les programmes. Ce dernier consiste notamment à habituer progressivement l’animal, souvent par renforcement positif, à coopérer pour une pesée, un examen ou certains soins. L’objectif est aussi de réduire le stress et les manipulations contraignantes. Il existe même aujourd'hui des parcours très accessibles quand on se sent appelé par ce métier, avec une école en ligne pour devenir soigneur animalier.
Autant dire que la condition physique compte. Les journées comportent nettoyage, manutention, déplacements, travail extérieur et entretien des installations. Les week-ends et jours fériés ne font pas disparaître les besoins des animaux. L’Onisep (Office national d'information sur les enseignements et les professions) est assez clair sur ce point tout en évoquant aussi la rareté des débouchés dans les parcs zoologiques : la passion constitue un point de départ, certainement pas une garantie d’emploi.
L’édition jeunesse s’est emparée de cette fascination. Publié en mars 2026 chez Grenouille éditions, Soigneur animalier, de Céline S. Leclercq, présente aux jeunes lecteurs les missions quotidiennes, le rapport aux animaux et les étapes permettant d’envisager cette profession. Le livre appartient à la collection « P’tit curieux » et s’adresse aux enfants à partir de 7 ans.
Quelques années auparavant, Les soigneurs animaliers, de Stéphanie Ledu et Stéphane Frattini, illustré par Nicolas André, avait choisi une approche très concrète pour les plus jeunes. Publié par Milan en 2022, l’ouvrage ne limite pas le métier au zoo : parc animalier, sanctuaire, refuge de faune locale et opérations de réintroduction y apparaissent également. Cette ouverture est intéressante, car les métiers du soin animalier se rencontrent dans des structures différentes et ne supposent pas toujours le même rapport aux espèces.
Ces documentaires ont une fonction évidente : susciter la curiosité. Ils peuvent aussi servir à rappeler une donnée essentielle. Travailler auprès d’un animal ne signifie pas rechercher constamment son contact. Avec certaines espèces, le professionnalisme consiste au contraire à respecter les distances, les dispositifs de sécurité et les comportements propres à l’animal.

Pour aller plus loin, il faut quitter les guides professionnels et ouvrir les ouvrages d’histoire. Zoos. Histoire des jardins zoologiques en Occident (XVIe-XXe siècles), d’Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, reste à cet égard une référence. Publié par La Découverte en 1998, le livre suit plusieurs siècles de ménageries et de jardins zoologiques, depuis les collections aristocratiques jusqu’aux établissements confrontés aux questions contemporaines de protection des espèces.
Cette histoire permet de comprendre combien le cadre de travail du soigneur a changé. Les animaux ont longtemps été collectionnés, exposés, dressés et mis en scène selon des conceptions très différentes de celles aujourd’hui revendiquées par les établissements zoologiques. Lire Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, c’est donc replacer les pratiques actuelles de soin, d’aménagement et d’observation dans une évolution beaucoup plus longue des relations entre humains et animaux.
Histoire des zoos par les animaux. Impérialisme, contrôle, conservation, de Violette Pouillard, pousse l’interrogation plus loin. Paru chez Champ Vallon en 2019, l’ouvrage étudie notamment la ménagerie du Jardin des Plantes et les zoos de Londres et d’Anvers en cherchant à restituer l’histoire depuis le côté des animaux. Le livre a reçu en 2020 le prix Jacques-Lacroix de l’Académie française et le prix Suzanne-Tassier de l’Académie royale de Belgique.
Cette lecture est particulièrement utile à celui qui envisage le métier. Elle oblige à ne pas confondre automatiquement captivité, conservation et bien-être. Elle interroge les dispositifs de contrôle, l’histoire des captures, les transformations des cages et la manière dont les comportements animaux peuvent résister aux cadres imposés. Le soin apparaît alors comme une pratique qui exige aussi de savoir regarder l’animal autrement que depuis les seuls besoins de l’institution.
Cette question du regard traverse également Le Point de vue animal. Une autre version de l’histoire, publié en 2012 au Seuil par Éric Baratay. L’ouvrage cherche à restituer expériences, comportements et perceptions des animaux dans l’histoire. Il ne constitue évidemment pas un manuel de soigneur, mais il conduit à une compétence centrale du métier : considérer chaque individu comme un être dont les réactions doivent être observées et interprétées, plutôt que comme le simple représentant d’une espèce.
La réflexion peut enfin être élargie avec Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle, de Jocelyne Porcher, publié par La Découverte en 2011. Le sujet principal est l’élevage et non le zoo. Mais Jocelyne Porcher y étudie précisément le travail avec les animaux, la place de l’affectivité, les conditions de vie et la notion de bien-être. Pour un futur soigneur, le détour est précieux : s’occuper d’animaux relève aussi d’une relation professionnelle, avec ses obligations, ses contraintes et ses responsabilités.
Le métier de soigneur animalier se situe finalement à la rencontre de plusieurs savoirs : zoologie, éthologie, hygiène, alimentation, sécurité, observation et connaissance des institutions. Les livres consacrés directement à la profession donnent les premiers repères. Les ouvrages historiques et les travaux sur les relations entre humains et animaux permettent, eux, de comprendre ce que signifie vraiment « prendre soin ». Une distinction essentielle pour transformer une attirance pour les animaux en projet professionnel informé.
Crédits illustration Pexels CC 0
Par Victor De Sepausy
Contact : vds@actualitte.com
1 Commentaire
Rose
18/09/2026 à 06:42
Parlons seulement de chevaux : capture, domestication, asservissement, isolation, valeur marchande (ils ne peuvent même pas se reproduire naturellement).
Et, l'autre qui parlait de la peur et de la paresse des chevaux ; mais avec un traitement pareil, n'importe qui vivrait dans la terreur, quant à la paresse, ça n'existe pas chez les animaux, d'ailleurs, peut-être pas non plus chez les humains.
Quand on sait qu'à l'origine, les chevaux, naissent libres dans la nature qui les nourrit, vivent en groupe, ils sont puissants, splendides et n'ont besoin de personne.
Les autres animaux sauvages en cage, encerclés de béton et de ferraille, on peut aussi voir leurs yeux tristes.
Alors zoos, soins et bien-être, je me demande.