Pierre Pouchairet n’aime pas tourner autour du pot. Kulunas commence par une promesse de retour, presque de paix, et la fait exploser. Très vite, le Congo-Brazzaville devient un terrain miné où se croisent meurtres de dignitaires, bandes de jeunes criminels, policiers, militaires, journalistes et fantômes du Beach. Une phrase résume le climat : « Le langage de la violence les unit. » Tout est là. La peur, les fidélités troubles, les comptes jamais soldés.
Le récit avance à coups de scènes courtes, de changements de point de vue et de révélations. Pouchairet sait construire une mécanique. Il pose une certitude — « Il n’y a donc aucune raison qu’ils soient trahis et que ça se passe mal. » — pour mieux la dynamiter quelques pages plus loin.
Et quand Claire Dorval comprend qu’« il y avait une histoire dans l’histoire et que c’est ce qu’elle devait trouver. », l’affaire prend une autre dimension : derrière les Kulunas, il y a le pouvoir ; derrière le pouvoir, une mémoire qu’on voudrait enterrée.
C’est là que le livre est le plus convaincant. L’auteur connaît les procédures, les réflexes de terrain, les rapports de force. Il a le goût du détail concret et de la réplique sèche. « Les flics de chez nous sont plus dangereux que les gamins des rues, je peux vous l’assurer. » Ou, devant une scène de crime piétinée : « C’est pas dans ce bordel qu’ils vont trouver des pistes. » Cette langue sans apprêt donne au récit sa vitesse et sa nervosité. Pas de grands effets : ça parle, ça frappe, ça court.
Cette efficacité a cependant un prix. Pouchairet explique parfois ce qu’il pourrait laisser deviner. Les rappels historiques, nécessaires pour comprendre le Beach, alourdissent ponctuellement la traque ; plusieurs seconds rôles restent assignés à une fonction — le corrompu, le brutal, le puissant — et l’accumulation des violences finit par émousser leur impact. Quelques commentaires sur la coopération occidentale et les préoccupations européennes semblent aussi venir commenter l’époque plutôt que servir l’action : de brèves sorties de route dans un ensemble autrement très tenu.
Reste une vraie noirceur morale. Ici, la justice ne lave rien : elle déplace seulement la faute. « Si nous voulons la justice, il va falloir l’exercer par nous-mêmes. » À partir de là, l’investigation devient vengeance, puis contamination. Le policier, le témoin, la victime : chacun glisse. Jusqu’à cette question, brutale et juste : « Un justicier ? Un monstre ? Un flic ? » C’est dans ce brouillage que Kulunas trouve sa meilleure idée : faire du polar non pas une chasse au coupable, mais une lutte pour ne pas lui ressembler.
Publiée le
05/09/2026 à 22:10
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Paru le 13/08/2026
274 pages
Manufacture de livres éditions
20,90 €
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