Cette semaine, la Booksletter traverse le XVIIIe siècle avec George Forster, ausculte la seconde présidence de Donald Trump, raconte l’énigme Mar de Marchis, envisage le scénario d’une guerre biologique et interroge l’avenir de l’intelligence artificielle avec Cory Doctorow. Cinq livres, cinq angles pour lire les inquiétudes, les impostures et les bouleversements d’un monde qui ne manque décidément ni de vertiges ni de matière à penser.
Du Pacifique de James Cook aux couloirs de la Maison-Blanche, d’une identité journalistique fabriquée aux laboratoires de haute sécurité, la sélection de la semaine avance sur des terrains instables. George Forster y croise Donald Trump, Mar de Marchis, Annie Jacobsen et Cory Doctorow : autant de récits où l’histoire, le pouvoir, la science et la technologie permettent de relire autrement les tensions du présent et leurs zones d’ombre.
Du Pacifique de James Cook aux couloirs de la Maison-Blanche, d’une identité journalistique fabriquée aux laboratoires de haute sécurité, la sélection de la semaine avance sur des terrains instables. George Forster y croise Donald Trump, Mar de Marchis, Annie Jacobsen et Cory Doctorow : autant de récits où l’histoire, le pouvoir, la science et la technologie permettent de relire autrement les tensions du présent et leurs zones d’ombre.
The Traveller: The Revolutionary Life of George Forster and His Search for Humanity (« Le voyageur. La vie révolutionnaire de George Forster et sa quête de l’humanité »), d’Andrea Wulf, Allen Lane, 2026.
Lorsque George Forster embarqua en 1772 à bord du Resolution de James Cook, en partance pour son deuxième voyage dans le Pacifique, il n’avait que 17 ans. Il accompagnait son père, le pasteur et naturaliste Johann Reinhold Forster, engagé comme savant de l’expédition. De retour en Angleterre au bout de trois ans, après un périple de 120 000 kilomètres, il publia un récit du voyage considéré par beaucoup comme supérieur à celui de Cook.
Sans idées préconçues sur les populations qu’ils rencontrèrent, il s’efforçait de comprendre leur système de valeurs. Une hypothèse qu’il formula au sujet du peuplement des îles du Pacifique est aujourd’hui confirmée par la génétique. Il jetait un regard critique sur les modalités et les conséquences des contacts entre Européens et autochtones. Nommé fellow de la Royal Society à l’âge de 22 ans, il multiplia les rencontres avec les grands esprits de l’époque, notamment Benjamin Franklin, Goethe et Buffon. Lire l’article.
Regime Change: Inside the Imperial Presidency of Donald Trump (« Changement de régime. La présidence impériale de Donald Trump décryptée de l’intérieur »), de Maggie Haberman et Jonathan Swan, Simon & Schuster, 2026.
À peine deux ans de présidence Trump II, et déjà l’idée de discerner une cohérence derrière la pyrotechnie d’initiatives aux résultats disparates paraît chimérique. Pourtant, deux journalistes du New York Times qui suivent Donald Trump depuis des années, Maggie Haberman et Jonathan Swan, ont tenté – et spectaculairement réussi – l’exercice.
Ils articulent leur décryptage ultra-fouillé, essentiellement fondé sur des entretiens en deep background, avec anonymat garanti, autour d’un traumatisme fondateur : le prétendu « vol » de l’élection de 2020. Après avoir ressassé pendant quatre ans son humiliation et sa frustration, Donald Trump aurait entamé dès sa réélection la quête opiniâtre d’une juste rétribution – d’un « châtiment ».
Magistrats qui l’ont poursuivi, avocats considérés comme félons, journalistes jugés calomnieux et fonctionnaires ayant contrarié son premier mandat : tous figurent, selon les auteurs, parmi les cibles de cette entreprise de revanche. Lire l’article.
La bola (« La boule »), de Daniel Verdú, Alfaguara, 2026.
Il existe des livres qui prétendent percer un mystère et qui, en réalité, en éclairent un autre : celui d’une époque. Ainsi de La bola, livre-enquête du journaliste espagnol Daniel Verdú, correspondant d’El País à Paris. Son sujet : Mar de Marchis, directrice insaisissable de la revue culturelle en ligne Jot Down, morte en 2022 sans avoir jamais montré son visage.
Derrière ce pseudonyme d’aristocrate italienne se cachait une femme bien réelle, María Jesús Marhuenda Irastorza, mère divorcée frappée d’agoraphobie, que ses proches appelaient simplement Chus. Mais pour beaucoup, elle fut toujours « la bola », comme la boule noire de billard devenue l’emblème de son magazine.
Pendant plus d’une décennie, cette voix sans corps dirigea dans l’ombre l’un des titres les plus remarqués du journalisme culturel espagnol, recrutant, à coups de flatteries et de pressions liées à l’influence, des signatures aussi prestigieuses qu’Antonio Muñoz Molina, Fernando Savater ou Manuel Jabois. Lire l’article.
Biological War: A Scenario (« Guerre biologique. Un scénario »), d’Annie Jacobsen, Torva, 2026.
Les livres catastrophistes valent d’être pris avec une pincée de sel. Ce pourrait être le cas de celui d’Annie Jacobsen qui, après en avoir publié un sur l’apocalypse nucléaire, récidive en décrivant un scénario non moins épouvantable : celui d’une pandémie de peste provoquée par la manipulation d’une bactérie en laboratoire. Mais Hamish de Bretton-Gordon, ancien commandant des forces britanniques spécialisées dans la défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire, prend l’hypothèse très au sérieux.
Le scénario détaillé par Jacobsen après avoir interrogé une cinquantaine d’experts est « parfaitement plausible », écrit-il dans la Literary Review. Le premier problème tient aux progrès considérables des technologies de manipulation génétique et à la multiplication des laboratoires de haute sécurité à travers le monde. Quant à l’hypothèse d’une origine en laboratoire du Covid-19 à Wuhan, elle demeure débattue et non établie.
Le second problème est celui de la préparation des autorités sanitaires face à une attaque biologique délibérée, dont les caractéristiques pourraient considérablement compliquer l’identification de l’agent pathogène et la mise au point de contre-mesures médicales. Lire l’article.
The Reverse Centaur’s Guide to Life After AI (« Le guide du centaure inversé pour notre vie après l’IA »), de Cory Doctorow, Verso Books, 2026.
Électron libre, l’auteur de science-fiction Cory Doctorow est un défenseur des logiciels libres et un critique des dérives de l’Internet. On lui doit notamment le néologisme enshittification, généralement traduit par « merdification », pour décrire la dégradation progressive des plateformes numériques. Dans la galaxie des opinions formulées sur les promesses et les risques de l’intelligence artificielle, sa position consiste moins à juger la technologie en elle-même qu’à demander qui la contrôle et à quelles fins.
Dans son nouveau livre, dont la traduction française, Penser l’intelligence artificielle avant qu’il ne soit trop tard, est annoncée chez Eyrolles pour le 29 octobre 2026, il développe l’idée du « centaure inversé ». Le mot « centaure » désigne ici une personne assistée par une machine : à vélo, avec une calculatrice ou un logiciel qui améliore son travail, l’humain demeure aux commandes.
Le « centaure inversé », explique Doctorow, apparaît lorsque la relation se retourne : l’être humain devient l’assistant d’une machine et doit se plier au rythme ou aux décisions qu’elle lui impose. Derrière le débat sur l’IA, l’auteur invite ainsi à regarder moins les prouesses techniques que les rapports de pouvoir qu’elles organisent. Lire l’article.
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Illustration : Le HMS Resolution et le HMS Adventure dans la baie de Matavai, à Tahiti, de l'artiste britannique William Hodges en 1776
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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