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Antonin Artaud : la guerre des archives n’est pas terminée (réponse à Florence de Mèredieu)

Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.

Le 01/09/2026 à 17:05 par Auteur invité

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01/09/2026 à 17:05

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ActuaLitté

J’aurais volontiers préféré ne pas avoir à écrire ce texte. L’exercice critique ne me procure aucun plaisir. Si je reviens néanmoins sur certaines affirmations concernant Paule Thévenin, c’est parce qu’il me paraît nécessaire de rétablir certains faits, de corriger certaines erreurs et de répondre à des accusations qui me semblent injustes ou insuffisamment fondées, en replaçant son travail dans son contexte éditorial et historique.

Plus largement, cette mise au point me donne l’occasion d’aborder plusieurs questions importantes pour les études artaudiennes : l’usage des sources, l’évolution de la recherche, la transmission et la circulation des archives, le rôle de Paule Thévenin dans l’édition de l’œuvre d’Artaud, ainsi que certaines découvertes intervenues au cours des dernières années.

Je tiens enfin à préciser que, malgré le ton critique que pourront prendre certains passages, mon propos ne relève d’aucune animosité personnelle à l’égard de Florence de Mèredieu. J’ai de l’estime pour son travail et ne conteste nullement l’importance de sa contribution aux études consacrées à Antonin Artaud. Mes désaccords portent sur des faits précis, des interprétations et des méthodes. C’est sur ce terrain, et sur ce terrain seulement, que je souhaite lui répondre.

Je reproduirai d’abord son message dans son intégralité, afin de ne pas isoler certaines phrases de leur contexte ni donner l’impression de sélectionner uniquement les passages qui serviraient mon propos. Je reviendrai ensuite sur les différents points qu’il soulève, passage par passage.

Message dans son intégralité

Vous : citer ! NON – Vous camouflez vos sources en permanence. Vous puisez large, très large et citez – comme cela – « une carte postale » par ci, une autre par là. Et après BASTA. C’est Monsieur Ilios qui parle. Un vrai ventriloque. En ce qui concerne les premiers médecins et les maisons de santé toute la substantifique moelle est déjà dans mes ouvrages antérieurs. Mes ouvrages (que vous ne citez pas; et d’autres peut-être aussi) vous ouvrent une grille de base et des informations; les recherches que vous annoncez ont déjà été faites par moi (dix ou quinze ans avant) lors des diverses publications mentionnés (maisons médicales, archives, revues, curriculum et travaux des médecins, etc.). – Vous parlez d’erreurs de ma part : lesquelles ? Vous passez votre temps à fabriquer des erreurs et à essayer sans succès de les prouver. Vous faites sur ce point quelques fixettes très répétitives : – le départ pour le Mexique depuis Anvers. Prouvé par l’envoi de cartes postales datées. Après bien sûr il y a eu des escales et des changements de bateau. D’abord en Amérique du Nord pour La Havane. Et il y a AUSSI une escale au retour – avec arrêt à la Havane ! Vous n’avez aujourd’hui RIEN prouvé.

 

– Les textes publiés à La Havane : A-t-on aujourd’hui autre chose que le numéro de la revue avec un texte en espagnol. ? Apparemment non. – Il n’est pas inédit en Espagnol. Il est paru et a été oublié. Il a été retrouvé. Très bien. Y a-t-il un tapuscrit en français ou des notes ou quelque chose qui atteste d’un texte antérieur à l’article de journal ? Luis Cardoza y Aragon, qui fut un important contact pour Artaud lors de son séjour à Mexico, a raconté qu’en dehors de quelques textes de conférences rédigées par le poète (et transmis à l’époque à Jean Paulhan), certains articles étaient en quelque sorte directement énoncés et traduits sur une table de café. Cela a pu être le cas des textes retrouvés à La Havane. En ce cas on ne saura jamais quelle peut être l’absolue authenticité du texte espagnol imprimé.

 

Le texte final (et publié en Espagnol) pourrait être un texte faisant la synthèse du point de vue d’Artaud et de ce qu’en comprenait son traducteur. Cela peut expliquer les réticences de Gallimard à publier ces textes. Du temps de Paule Thévenin et Philippe Sollers, une polémique avait déjà surgi au moment de la publication des « Messages révolutionnaires ».

– Éloge des erreurs. « Tout le monde peut se tromper », dites-vous. Certes. Certes. Vous-même fabriquez beaucoup d’erreurs – souvent énormes – et vous entêtez à les exploiter pour dénigrer les textes antérieurs. Votre dernier texte sur les maisons de santé comporte une erreur de taille. Et votre blog une autre erreur assez surprenante mais que vous reprenez ailleurs sans vérifier. CHERCHEZ. Ce perpétuel « Éloge de l’erreur » qui serait – selon vous d’ordre « expérimental » (sic) associé au fait d’absoudre Paule Thévenin de ses erreurs (ô combien abondantes dès qu’il est question de la transcription), va finir par poser problème en érigeant « le flou/Artaud » en une sorte de règle inquiétante. Comment bâtir quelque chose là-dessus ?

Réponse extrait par extrait

Sur l’usage et la citation des sources

Vous : citer ! NON – Vous camouflez vos sources en permanence. Vous puisez large, très large et citez – comme cela – « une carte postale » par ci, une autre par là. Et après BASTA. C’est Monsieur Ilios qui parle. Un vrai ventriloque. » En ce qui concerne les premiers médecins et les maisons de santé toute la substantifique moelle est déjà dans mes ouvrages antérieurs. Mes ouvrages (que vous ne citez pas; et d’autres peut-être aussi) vous ouvrent une grille de base et des informations; les recherches que vous annoncez ont déjà été faites par moi (dix ou quinze ans avant) lors des diverses publications mentionnés (maisons médicales, archives, revues, curriculum et travaux des médecins, etc.).

Tout d’abord, il est très facilement vérifiable, en comparant directement vos ouvrages avec mes propres travaux, qu’une grande partie de ce que j’écris n’avait pas déjà été développée par vous, contrairement à ce que vous affirmez. Cela ne signifie évidemment pas que je me considère comme un meilleur chercheur que vous ou que quiconque. La raison est beaucoup plus simple : quinze ou vingt ans se sont écoulés depuis la publication de certains de vos ouvrages et, durant cette période, de nouvelles archives sont devenues accessibles, de nouveaux textes d’Artaud ont été retrouvés et plusieurs découvertes sont venues modifier, compléter ou parfois corriger ce que l’on croyait savoir de sa vie.

Pour donner un exemple précis, l’article Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919, est le résultat d’un travail de recherche largement indépendant, mené directement à partir des sources. Pour l’élaborer, je ne me suis pas contenté de reprendre les biographies existantes : j’ai entrepris moi-même des démarches auprès de plusieurs dizaines d’archivistes, de bibliothécaires, de responsables de fonds et de personnes susceptibles de conserver des documents relatifs aux différents lieux de cure fréquentés par Artaud.

Ce travail m’a permis de réunir plusieurs documents et informations que, sauf erreur de ma part, je n’ai pas trouvés dans vos propres travaux. Pour n’en citer que quelques exemples, les éléments concernant le passage d’Artaud à Lafoux-les-Bains proviennent en grande partie d’un ouvrage récent d’Augustin Ménard, petit-fils du docteur Auguste Ménard, qui apporte plusieurs précisions sur cette clinique à l’époque d’Artaud. J’ai également pu exploiter différentes informations contenues dans des prospectus, brochures et documents d’époque qui m’ont été très généreusement communiqués par les archivistes que j’avais contactés au cours de mes recherches. Toutes ces personnes sont d’ailleurs citées nommément dans les remerciements et les références de l’article.

Je ne comprends donc pas très bien lorsque vous écrivez que cet article ne comporte pas de sources. Il est vrai que la version publiée sur ActuaLitté a été fortement abrégée pour des raisons éditoriales et d’espace. Mais il suffit de consulter la version complète publiée sur mon blog pour constater qu’elle comporte plusieurs pages de références, de citations et de sources.

De même, je pense qu’il faut reconnaître que mon article Berlin, les trois séjours d’Antonin Artaud au seuil du basculement contient une quantité importante d’informations sur les séjours berlinois d’Artaud que l’on ne retrouve pas, sauf erreur de ma part, dans votre ouvrage Antonin Artaud dans la guerre : de Verdun à Hitler, bien que celui-ci traite en partie de la même période et de certaines des mêmes questions.

Là encore, cela ne signifie nullement que j’aurais mieux travaillé que vous. Cela signifie simplement que mes recherches ont été menées à un autre moment, dans d’autres conditions et à partir d’autres sources. Pour préparer cet article, je me suis rendu moi-même à Berlin précisément afin de ne pas me limiter aux informations déjà disponibles dans les biographies existantes. J’y ai rencontré et échangé avec des universitaires et des archivistes, consulté des fonds et travaillé directement sur les lieux concernés. C’est cette enquête menée sur place qui m’a permis de préciser plusieurs éléments relatifs aux trois séjours d’Artaud à Berlin entre 1930 et 1932 et d’apporter des informations qui n’apparaissaient pas dans les travaux antérieurs que j’avais consultés.

C’est précisément ce que j’essaie de vous expliquer : lorsque deux chercheurs travaillent sur le même personnage et, parfois, à partir des mêmes sources, il est inévitable qu’ils abordent certains faits, lettres ou témoignages identiques. On retrouve d’ailleurs également dans vos ouvrages des éléments déjà traités par les biographes qui vous ont précédée. Cela ne signifie pas pour autant que le travail le plus récent soit une reprise du précédent. La véritable question est de savoir quelles sources sont utilisées, comment elles sont vérifiées et ce que chaque recherche apporte de nouveau.

D’ailleurs, depuis quelque temps déjà, vos ouvrages ne constituent plus pour moi des sources de référence aussi centrales qu’ils ont pu l’être auparavant. Il ne s’agit nullement, par là, de remettre en cause la qualité du travail que vous avez accompli. Simplement, tout ouvrage biographique, aussi sérieux et documenté soit-il au moment de sa publication, est nécessairement amené à être complété, précisé, voire parfois corrigé à mesure que de nouvelles archives deviennent accessibles, que des documents inconnus réapparaissent et que la recherche progresse. Il y a aussi une raison plus simple : lorsqu’on a lu et relu plusieurs fois un ouvrage essentiellement fondé sur des éléments biographiques, on finit naturellement par en connaître les principaux apports.

Il existe également une raison méthodologique fondamentale. Étant moi-même en train de rédiger une biographie d’Artaud, il me paraît naturel, et même indispensable, chaque fois que cela est possible, de revenir directement aux sources premières : manuscrits, correspondances, dossiers d’archives, documents administratifs, dossiers médicaux, presse de l’époque, etc., plutôt que de dépendre d’ouvrages qui les citent ou les commentent.

Lorsque je sais qu’une information présente dans l’un de vos ouvrages provient elle-même d’une note de Paule Thévenin, je vais évidemment citer la source première, c’est-à-dire Paule Thévenin, et non votre livre. En revanche, lorsqu’il m’arrive de découvrir grâce à vos ouvrages une source que je ne connaissais pas auparavant, même si j’accède ensuite directement à cette source et peux la consulter moi-même, je fais souvent volontairement l’effort de vous citer également, puisque c’est votre travail qui m’a permis de la découvrir. Je le fais naturellement par politesse et par souci de reconnaître le travail de recherche accompli, mais aussi parce que vous avez souvent exprimé le sentiment d’avoir été tenue à l’écart de certains travaux ou de ne pas avoir été suffisamment reconnue par d’autres chercheurs travaillant sur Artaud.

Et je ne procède pas ainsi uniquement avec vous, mais avec l’ensemble des chercheurs dont les travaux m’ont permis de découvrir une source. Dans le numéro 5 de la revue Écho Antonin Artaud, par exemple, je précise que, bien que possédant moi-même Le Grenier d’Arlequin, c’est dans une note de l’ouvrage d’Alain et Odette Virmaux, Antonin Artaud, qui êtes-vous ?, que j’ai découvert l’existence du dialogue entre Antonin Artaud et Céline. Dès lors que j’avais retrouvé et consulté la source originale, rien ne m’obligeait strictement à mentionner les Virmaux. J’ai pourtant tenu à le faire, parce qu’il me semblait important de reconnaître et de mettre en valeur l’immense travail de recherche ainsi que les nombreuses découvertes que ces deux chercheurs ont apportées aux études artaudiennes.

Pour être complètement transparent avec vous, dans le cadre de la rédaction de ma biographie, je n’ai identifié jusqu’à présent que deux ensembles documentaires importants que vous avez pu consulter et auxquels, malgré mes propres démarches, je n’ai pas encore réussi à accéder directement.

Le premier point concerne les recherches de Robert Maguire sur le séjour d’Artaud en Irlande. J’ai retrouvé et consulté à la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne sa thèse de 1963, Le Hors-Théâtre : essai sur la signification du théâtre de notre temps, mais je n’ai pas retrouvé ce document précis. Lorsque j’ai travaillé plus spécifiquement sur le voyage d’Artaud en Irlande, j’ai également cherché à retrouver les documents que Maguire avait lui-même réunis, notamment sur le passage d’Artaud aux îles d’Aran. Par l’intermédiaire d’une tierce personne, j’ai pris contact avec sa famille, qui m’a indiqué que ces archives seraient conservées dans une cave et qu’elles n’étaient, pour le moment, pas facilement accessibles. On m’a précisé que l’on me recontacterait lorsqu’il serait de nouveau possible de les consulter. Tant que je n’aurai pas accès à ces documents, je m’appuierai donc sur les éléments que vous avez publiés à leur sujet et, naturellement, je vous citerai en priorité lorsque ces informations proviennent de vos recherches.

Le second cas concerne les archives du collège du Sacré-Cœur de Marseille, où Artaud a été élève. J’ai pris contact avec l’Association des anciens élèves du Sacré-Cœur afin de pouvoir consulter les documents qu’elle avait regroupés et qui, si j’ai bien compris, vous avaient été communiqués lorsque vous prépariez votre propre biographie. L’association m’a alors renvoyé vers votre ouvrage.

Je leur ai expliqué que consulter directement les documents n’était pas la même chose que lire les passages que vous aviez choisi d’en retenir dans votre biographie. Tout travail biographique implique nécessairement une sélection : un même document peut paraître secondaire à un chercheur et se révéler essentiel pour un autre, selon les questions qu’il se pose. C’est précisément pour cette raison que je souhaite revenir moi-même aux sources, y compris lorsque vous les avez déjà consultées : non pour refaire votre travail, mais pour pouvoir les lire à partir de mes propres recherches et de mes propres problématiques. Malgré cette explication, je n’ai malheureusement pas obtenu de réponse me permettant d’accéder à ces archives.

Si vous possédez toujours une copie des documents provenant du collège du Sacré-Cœur — ou éventuellement des éléments issus des recherches de Robert Maguire auxquels vous avez eu accès — je vous serais sincèrement très reconnaissant de pouvoir les consulter. Je mentionnerais bien entendu clairement votre aide dans ma biographie et vous citerais comme la personne m’ayant permis d’accéder à ces documents.

J’espère donc que, malgré nos désaccords actuels, vous accepterez de me les communiquer dans ce qui me paraît être notre préoccupation commune : mieux connaître et faire connaître l’œuvre et le parcours d’Artaud. Il me semble que cela correspond précisément à l’esprit de la recherche, qui suppose que les documents puissent circuler, être confrontés et permettre à chacun de poursuivre le travail à partir des sources elles-mêmes.

Sur les erreurs et le voyage vers le Mexique

Vous parlez d’erreurs de ma part : lesquelles ? Vous passez votre temps à fabriquer des erreurs et à essayer sans succès de les prouver. Vous faites sur ce point quelques fixettes très répétitives : – le départ pour le Mexique depuis Anvers. Prouvé par l’envoi de cartes postales datées. Après bien sûr il y a eu des escales et des changements de bateau. D’abord en Amérique du Nord pour La Havane. Et il y a AUSSI une escale au retour – avec arrêt à La Havane ! Vous n’avez aujourd’hui RIEN prouvé. 

Je ne trouverais ni élégant ni particulièrement constructif de dresser une liste de toutes les erreurs que j’ai pu relever dans vos ouvrages. Mais puisque vous me demandez d’être plus précis, je vais vous donner juste deux exemples de nature très différente.

a) Le premier concerne une erreur dont vous n’êtes, à vrai dire, ni véritablement responsable ni la seule à avoir été victime. Certaines informations dont nous disposons aujourd’hui n’étaient tout simplement pas accessibles au moment où vous avez rédigé votre biographie. C’est précisément ainsi que fonctionne la recherche : des certitudes apparemment solides peuvent être révisées à mesure que de nouvelles archives apparaissent.

Vous indiquez notamment qu’Antonin Artaud aurait effectué son voyage transatlantique de janvier 1936 à bord de l’Albertville, paquebot de la Compagnie maritime belge. Cette identification a longtemps été admise par pratiquement tous les biographes, et pour des raisons parfaitement compréhensibles. Artaud se trouve bien à Anvers à cette période. Le 6 janvier, il écrit à Jean Paulhan : « Mon bateau quitte Anvers le 10 au matin pour La Havane ». Peu avant son départ, il écrit également à Allendy et à Colette Nel-Dumouchel : « Quelques mots d’Anvers où je reste 24 heures de plus que prévu ». Enfin, le 9 janvier, il adresse à sa mère une carte postale représentant précisément l’Albertville. Il était donc parfaitement logique, à partir de ces seuls éléments, d’en conclure qu’il avait embarqué sur ce navire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne considère pas cette affirmation, dans votre biographie, comme une erreur particulièrement problématique en elle-même.

Le problème est différent : il tient au fait que vous continuez aujourd’hui à défendre cette identification essentiellement à partir de cette même carte postale, alors que de nouvelles sources documentaires, beaucoup plus précises, sont désormais disponibles et rendent l’hypothèse de l’Albertville extrêmement difficile à maintenir.

J’ai exposé cette question en détail dans un article publié dans le cinquième numéro de la revue Écho Antonin Artaud, à partir des recherches de l’universitaire Pedro Marqués de Armas et de celles que j’ai ensuite poursuivies avec M. Vincent Thierry, historien, attaché de conservation et chargé de la valorisation des Archives du Havre.

Le premier élément décisif provient de la presse cubaine. Le Diario de la Marina du 31 janvier 1936 indique explicitement que le navire arrivé à La Havane la veille était le San Mateo et qu’il transportait « un passager pour La Havane, Artaud Antonin ». Il ne s’agit donc plus ici d’une déduction fondée sur une carte postale ou sur la présence d’Artaud dans une ville portuaire : son nom apparaît directement dans une source contemporaine relative à l’arrivée du navire.

Un deuxième élément vient renforcer considérablement cette identification. Le même 31 janvier, La Gaceta de Tenerife signale que l’Albertville se trouvait à Santa Cruz de Tenerife le 30 janvier, avec 119 passagers en transit en provenance de Matadi, Boma et Lobito. Il devient dès lors extrêmement difficile d’imaginer que ce même navire ait pu déposer Artaud à La Havane à la même date.

Un troisième indice matériel va dans le même sens. Une lettre d’Artaud reproduite dans le Quarto Antonin Artaud de Gallimard est rédigée sur papier à en-tête de la Compagnie Générale Transatlantique — French Line — qui était précisément la compagnie du San Mateo, et non celle de l’Albertville.

Restait néanmoins une difficulté réelle, et c’est probablement elle qui pouvait encore justifier certaines réserves : comment expliquer qu’Artaud, dont la présence à Anvers autour du 10 janvier est certaine, ait pu embarquer sur un navire que l’on présentait comme partant du Havre ? C’est précisément sur ce point que les recherches effectuées dans les archives du Havre deviennent essentielles. À ma demande, Vincent Thierry a consulté le microfilm 4Mi319 du Journal du Havre. Les annonces de la Compagnie Générale Transatlantique permettent d’abord d’établir que le San Mateo, arrivé au Havre le 15 décembre 1935, devait initialement repartir le 2 janvier, mais que son départ fut reporté. Surtout, le Journal du Havre du 8 janvier 1936, conservé sur ce même microfilm, indique que le San Mateo ne devait pas quitter directement Le Havre pour l’Amérique : il devait d’abord faire route vers Anvers avant d’entreprendre sa traversée transatlantique. Cette information est capitale, puisqu’elle fait disparaître la principale objection à l’identification du navire. La présence d’Artaud à Anvers autour du 10 janvier n’est donc nullement incompatible avec un embarquement à bord du San Mateo; au contraire, elle devient parfaitement cohérente avec son itinéraire.

b) Le second exemple d’erreur dans votre biographie est d’une autre nature. Vous affirmez, à la page 570 de C’était Antonin Artaud, que Federico García Lorca aurait été assassiné par les républicains espagnols. Il s’agit là d’une erreur historique majeure, puisque Lorca fut assassiné en août 1936 par des forces liées au camp nationaliste.

C’est précisément ce contraste qui me gêne : d’un côté, vous relevez avec une grande sévérité chez Paule Thévenin des erreurs de transcription ou de mise en forme extrêmement mineures; de l’autre, une erreur historique de cette importance demeure toujours 20 ans plus tard dans votre ouvrage. Encore une fois, je ne dis pas cela pour vous reprocher le fait même d’avoir commis une erreur — nous en commettons tous — mais parce qu’il me semble que cela invite à davantage de mesure lorsqu’on juge le travail éditorial d’autrui.

Les textes publiés à La Havane

Les textes publiés à La Havane : A-t-on aujourd’hui autre chose que le numéro de la revue avec un texte en espagnol. ? Apparemment non. – Il n’est pas inédit en Espagnol. Il est paru et a été oublié. Il a été retrouvé. Très bien. Y a-t-il un tapuscrit en français ou des notes ou quelque chose qui atteste d’un texte antérieur à l’article de journal ?

 

Luis Cardoza y Aragon, qui fut un important contact pour Artaud lors de son séjour à Mexico, a raconté qu’en dehors de quelques textes de conférences rédigées par le poète (et transmis à l’époque à Jean Paulhan), certains articles étaient en quelque sorte directement énoncés et traduits sur une table de café. Cela a pu être le cas des textes retrouvés à La Havane. En ce cas on ne saura jamais quelle peut être l’absolue authenticité du texte espagnol imprimé. 

Vous avez raison de préciser qu’il ne s’agit pas, au sens strict, de textes « inédits », puisqu’ils ont été publiés du vivant d’Artaud et que leurs manuscrits originaux n’ont, à ce jour, pas été retrouvés. Vous faites également très bien de rappeler que Luis Cardoza y Aragón, qui fut l’un des contacts importants d’Artaud lors de son séjour au Mexique, a raconté qu’en dehors de quelques textes de conférences rédigés par le poète — et transmis à l’époque à Jean Paulhan — certains articles étaient, en quelque sorte, directement énoncés par Artaud puis traduits sur une table de café.

Comme pour certains textes des Messages révolutionnaires, vous avez donc également raison de préciser que nous ne pourrons sans doute jamais déterminer avec une certitude absolue le degré exact de fidélité du texte espagnol imprimé à la formulation originale d’Artaud. Tout cela est précisé avec énormément de détails dans le quatrième numéro de la revue Écho Antonin Artaud. Si vous consultez ce numéro, vous y trouverez les réponses à vos questions.

Une fois ces précisions apportées, la question qui se pose est finalement assez simple : dès lors qu’il existe des textes publiés dans des journaux et des revues mexicains ou cubains, qu’Antonin Artaud lui-même présente comme les siens et dont il affirme, dans des lettres adressées durant cette période, qu’ils comptent parmi ce qu’il estime avoir écrit de mieux, que fallait-il faire ? Ne pas les publier ?

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, expliquons ce que sont ces textes cubains. Le 27 juin 1936, Artaud écrit à Gaston Gallimard : « J’écris actuellement dans le National Revolucionario, journal gouvernemental de Mexico, dans Gropos (Grafos) et Carteles de Cuba, dans la Nación de Buenos Aires, c’est-à-dire dans les principaux journaux de l’Amérique latine. Et j’ose dire que tout un nouveau public suit avec émotion les idées que je développe depuis quatre mois sur le théâtre, considéré comme moyen de culture, et surtout sur la recherche d’une langue universelle basée sur l’énergie et la forme du souffle humain. » (V, 208)

À partir de 1962, Luis Cardoza y Aragón entreprend un travail systématique de recherche et de rassemblement des articles mexicains d’Artaud, qu’il réunit dans un volume intitulé México (Universidad Nacional Autónoma de México, 1962). Paule Thévenin s’appuie ensuite directement sur lui pour poursuivre l’identification des textes d’Artaud publiés en Amérique latine. Leur correspondance, publiée en espagnol par Fabienne Bradu dans Artaud, todavía, montre qu’elle le sollicite à plusieurs reprises afin d’obtenir des renseignements sur des textes parus dans des revues cubaines, ainsi que sur un article publié en Argentine dans le journal La Nación.

Ainsi, le 20 avril 1971, elle lui écrit : « J’ai mentionné qu’on m’avait dit qu’Antonin Artaud avait publié des textes dans une revue de La Havane, Carteles. D’après les informations que j’ai pu recueillir, il aurait publié quatre textes au cours de l’année 1936, dont l’un se trouve dans le numéro de novembre 1936. Il aurait également publié des textes dans une autre revue cubaine, Gropos (Grafos), à la même époque, ainsi que dans une revue ou un journal de Buenos Aires, La Nación. Pourriez-vous rechercher tous ces textes et, si vous avez eu la chance de les retrouver… »

Sept ans plus tard, précisément le 25 août 1978, Paule Thévenin, toujours en quête de ces textes publiés à Cuba, adresse une nouvelle lettre à Luis Cardoza y Aragón. Elle écrit : « J’ai appris qu’Antonin Artaud avait également publié des textes traduits en espagnol dans deux journaux cubains, Carteles et Gropos, ainsi que dans La Nación à Buenos Aires. Pourriez-vous enquêter à ce sujet ? »

Dans l’addendum de la seconde édition du tome VIII, rédigé en 1979, Paule Thévenin, sous le pseudonyme de Marie Dézon, apporte une précision en note de bas de page : « Nous savions par Alejo Carpentier, qui s’était employé pour cela, qu’il avait remis plusieurs articles à des périodiques cubains : Carteles et Gropos (Grafos), afin de se faire quelque argent. Les démarches que nous avons faites pour retrouver ces textes ont rencontré d’assez grandes difficultés et le seul texte que, jusqu’à présent, nous ayons pu retrouver nous est parvenu alors que la première édition du présent tome était déjà parue. »

Trente ans plus tard, et plus précisément le 3 juin 2009, la jeune poète et prosatrice Laurine Rousselet revient à La Havane dans le cadre d’une résidence d’écriture proposée par l’Institut français, via le programme Stendhal. Au département de Littérature de la Bibliothèque José Martí, elle découvre cinq articles d’Antonin Artaud publiés en 1936 dans la revue Grafos, fondée en mai 1933 par María Radelat et María Dolores Machín.

Le texte paru dans le numéro de mai 1936 reprend un extrait du Deuxième Manifeste du Théâtre de la Cruauté. Les quatre autres articles, consacrés notamment à la peinture, au théâtre, à la métaphysique et aux Tarahumaras ne sont certes pas « inédits » au sens strict, puisqu’ils ont été publiés du vivant d’Artaud, mais ils étaient jusque-là restés inconnus des chercheurs et n’avaient jamais été intégrés au corpus habituellement retenu de ses œuvres.

Article Les Indiens et la Métaphysique. Source : Laurine Rousselet. Ilios Chailly.

En 2016, l’essayiste et psychiatre Pedro Marqués de Armas, qui ignorait alors les recherches de Laurine Rousselet, retrouve à son tour ces textes dans la même bibliothèque.

Compte tenu de leur contenu et des thèmes qu’ils abordent, il me paraît très probable que, s’ils avaient été retrouvés du vivant de Paule Thévenin, ils auraient retenu son attention et auraient pu trouver leur place dans le corpus des Messages révolutionnaires.

Malheureusement, par un concours de circonstances, et malgré les efforts de Laurine Rousselet et de Bernard Noël, cette découverte a rencontré très peu d’écho en France. Les textes ont finalement été publiés en annexe d’un ouvrage de Laurine Rousselet consacré à sa correspondance avec Bernard Noël, sans susciter, à ma connaissance, le débat éditorial ou critique que leur importance aurait pourtant pu justifier.

Au départ, je n’avais aucune intention de me mêler à cette affaire. Lorsque j’ai découvert leur existence, ma première réaction a été de contacter plusieurs spécialistes d’Artaud, et en priorité Mme Florence de Mèredieu, afin de leur transmettre l’information. Constatant, après plusieurs mois, que cette découverte ne suscitait aucune initiative particulière, j’ai moi-même pris contact, avec François Audouy, avec différents journaux et organes de presse français. À l’exception d’ActuaLitté, qui a consacré un article à la question, personne ne s’y est véritablement intéressé.

C’est à partir de ce moment que mon désaccord avec Mme de Mèredieu s’est approfondi. En tant qu’auteure de l’une des biographies les plus importantes et les plus récentes consacrées à Artaud, sa parole avait nécessairement un poids considérable. Or, loin de soutenir une démarche visant à mieux faire connaître ou à republier ces textes, elle en a fortement relativisé l’importance.

Le 8 janvier 2023, elle écrivait ainsi, dans les commentaires de l’article consacré à cette découverte : « Un “inconnu” — sur mon blog — me demandait ce que je pensais du présent article d’ActuaLitté. J’ai donc préféré répondre directement dans cette revue. Des différents intervenants, c’est Albatros qui est “au plus juste” de la situation de ces textes signés d’Artaud, parus en 1936 dans des revues à La Havane et récemment repris […]. Ce ne sont en aucune manière des “inédits”, puisqu’ils sont déjà parus en langue espagnole. […] Actuellement on n’en sait rien. Donc il y a un amas de supputations […] qui conduit en conséquence à une certaine prudence sur ce que l’on peut appeler la “lettre” ou le “bien-fondé éditorial” de ces articles qui demeurent finalement des “curiosa”. Sont-ils maintenant “importants” ? On demeure dans l’ordre de la pure subjectivité. Tout dépend de ce que l’on en fait ou veut en faire. Toute cette histoire finit par devenir très “bavarde” et tourne en rond. Le plus intéressant, c’est tout le contexte que dépeint bien Artaud en la Habana. »

À partir de cet instant, la difficulté est devenue très concrète. Chaque fois que j’essayais d’attirer l’attention de journalistes ou de convaincre des éditeurs d’examiner cette découverte de plus près, les propos de Florence de Mèredieu revenaient comme une référence d’autorité, et sa parole pesait évidemment bien davantage que la mienne.

Lorsque, à l’inverse, j’essayais de rappeler le travail de Paule Thévenin ou d’évoquer l’intérêt qu’elle aurait probablement porté à de tels textes, son nom — qui avait autrefois fait figure de référence presque absolue dès qu’il était question d’Antonin Artaud — ne semblait plus bénéficier de la même autorité. Il faut dire que cette évolution devait beaucoup à Florence de Mèredieu elle-même. Proche, à cette époque, des héritiers d’Artaud, elle avait publié chez Fayard L’Affaire Artaud, un ouvrage de plusieurs centaines de pages consacré en grande partie à une critique extrêmement sévère du travail de Paule Thévenin et du rôle qu’elle avait joué dans l’édition et la transmission de l’œuvre d’Artaud.

C’est dans ce contexte que j’ai relu L’Affaire Artaud, mais cette fois avec un tout autre regard. Et j’ai été frappé par ce qui m’est alors apparu comme la faiblesse de certains raisonnements, le caractère parfois fragile de l’argumentation et, plus largement, par des problèmes méthodologiques que je n’avais pas été capable de percevoir lors de mes premières lectures.

Il est important, à ce sujet, de préciser ma propre position. Je n’appartiens pas à une génération de chercheurs qui aurait connu Paule Thévenin au premier plan de la scène artaudienne. Lorsque j’ai commencé à travailler sérieusement sur Artaud, Florence de Mèredieu venait de publier sa grande biographie et Évelyne Grossman était devenue l’une des principales responsables éditoriales de son œuvre chez Gallimard. Pour quelqu’un qui entrait alors dans la recherche, le Quarto dirigé par Évelyne Grossman et la biographie de Florence de Mèredieu constituaient naturellement deux des outils les plus importants.

Ce n’est donc pas un hasard si, malgré certaines réticences exprimées autour de moi à l’idée de l’inviter — nous étions alors en pleine période de L’Affaire Artaud —, j’avais insisté pour que Florence de Mèredieu fasse partie de mon jury de thèse. Jusqu’à l’épisode des textes cubains, j’avais d’ailleurs d’elle une opinion très positive. Lors de ma soutenance, elle s’était montrée particulièrement attentive et bienveillante à mon égard; elle m’avait même offert et dédicacé l’un de ses ouvrages, un geste que je n’ai jamais oublié.

À l’époque, je lisais donc L’Affaire Artaud ou sa biographie avec le regard d’un jeune chercheur qui ne possédait pas encore une connaissance suffisamment approfondie des archives, des correspondances, des variantes éditoriales et de l’histoire de la transmission de l’œuvre pour mesurer pleinement tout ce qui était en jeu.

Ce n’est qu’avec les années, en travaillant directement sur les documents, en consultant les notes de Paule Thévenin — qui, avec les travaux d’Alain et Odette Virmaux, constituent une part importante des sources sur lesquelles s’appuie la biographie de Mme de Mèredieu —, en confrontant les différentes sources et en approfondissant mes propres recherches, que j’ai commencé à percevoir ce qui me semblait problématique dans certains raisonnements. J’ai notamment été frappé par le paradoxe consistant, d’un côté, à critiquer sévèrement le travail de Paule Thévenin et, de l’autre, à s’appuyer largement sur ses découvertes, ses transcriptions et ses recherches pour construire sa propre biographie d’Artaud.

Les textes espagnols et les Messages révolutionnaires

Le texte final (et publié en Espagnol) pourrait être un texte faisant la synthèse du point de vue d’Artaud et de ce qu’en comprenait son traducteur. Cela peut expliquer les réticences de Gallimard à publier ces textes. Du temps de Paule Thévenin et Philippe Sollers, une polémique avait déjà surgi au moment de la publication des « Messages révolutionnaires ». 

Je ne suis pas certain d’avoir bien compris votre propos, mais, si je vous suis correctement, vous semblez sous-entendre que certains textes des Messages révolutionnaires — qui comptent objectivement parmi les écrits les plus riches et les plus importants d’Artaud — n’auraient pas dû être pris au sérieux.

En tant que chercheuse d’Artaud, je suppose que vous avez lu et relu attentivement ces textes. Avez-vous, par exemple, comparé la version espagnole du Pays des Rois Mages, publiée dans El Nacional, avec le manuscrit français de ce même texte retrouvé en 1952 par Serge Berna ? Avez-vous au moins lu les notes de Paule Thévenin, qui a fait ce travail ?

Les textes écrits au Mexique ne sont ni les cahiers de Rodez ni ceux de Paris. Il ne s’agit pas de notes fragmentaires ou de matériaux laissés à l’état brut, mais de textes denses, construits et manifestement travaillés, dont la lecture exige souvent plusieurs passages, même pour un lecteur familier d’Artaud. Des textes comme La Corrida ou Les Sacrifices humains relèvent à l’évidence d’une pensée élaborée, reprise et corrigée, et non d’une simple improvisation orale retranscrite approximativement, dans un café, par des traducteurs à la maîtrise incertaine du français. Une telle hypothèse m’étonnerait venant d’une spécialiste d’Artaud. Mais, à lire certains de vos arguments, j’en viens parfois à me demander si vous avez réellement lu ces quatre articles avec toute l’attention qu’ils exigent.

Le texte retrouvé à Cuba, Peinture rouge (publié de façon fragmentaire dans les œuvres complètes), montre d’ailleurs qu’il ne devait probablement pas exister une version unique et définitive de chacun de ces textes, mais plusieurs états ou variantes successives avant leur publication. Cela rend leur établissement philologique plus complexe; cela ne justifie certainement pas de les écarter ou de les considérer comme des textes de second ordre.

Qu’une polémique — à mes yeux assez absurde — ait pu surgir au moment de la publication des Messages révolutionnaires ne change rien à cette question de principe. Sur ce point précis, je me situe clairement du côté de Paule Thévenin et de Philippe Sollers : malgré les difficultés philologiques que posent certains détails et les incertitudes liées à l’établissement exact des traductions, il me paraît évident, compte tenu de la richesse et de l’importance de ces textes, qu’ils devaient être rendus accessibles.

En ce qui concerne la principale réticence actuelle de Gallimard à publier ces textes, elle tient surtout au fait que le corpus est encore trop limité. Je le sais d’autant mieux que je suis en contact avec eux depuis maintenant deux ans. L’idée sur laquelle je travaille actuellement consiste donc à enrichir cet ensemble : d’une part en retrouvant, avec l’aide d’archivistes argentins, le cinquième texte d’Artaud encore inconnu, publié dans le journal La Nación; d’autre part en y ajoutant, dans une nouvelle édition, plusieurs textes et lettres qui n’ont pas encore été repris.

À la différence de l’époque où, dans ActuaLitté, vous les qualifiiez encore de simples curiosa, l’importance des textes retrouvés à Cuba me paraît aujourd’hui largement reconnue. Ils ont depuis été publiés en espagnol, en italien et même en anglais par une importante maison d’édition. La véritable question n’est donc peut-être plus de savoir pourquoi, en France, ces textes n’ont été publiés qu’en annexe de l’ouvrage de Laurine Rousselet, mais plutôt pourquoi ils ne l’ont pas été il y a déjà dix ans, au moment même de leur redécouverte.

Selon les informations dont je dispose, Bernard Noël aurait contacté Gallimard en 2015 afin de proposer une éventuelle publication de ces textes. Gallimard aurait été ouvert à cette perspective, mais aurait souhaité à l’époque obtenir l’avis d’un spécialiste d’Artaud capable de confirmer leur importance.

Il aurait alors été demandé au neveu d’Artaud de donner son avis et, toujours selon les informations qui m’ont été rapportées — que je ne suis pas en mesure de confirmer définitivement —, Serge Malausséna aurait découragé cette publication.

Je tiens à être très clair : je ne présente pas cela comme un fait établi. Mais cette information, si elle est exacte, soulève nécessairement une question : pourquoi le neveu d’Artaud aurait-il souhaité décourager la publication de ces textes ?

Je n’en sais rien, mais on peut formuler une hypothèse simple : M. Malausséna pouvait avoir intérêt à ce que les textes cubains ne soient pas publiés à ce moment-là, parce que leur découverte aurait probablement constitué un événement éditorial important et attiré une grande partie de l’attention médiatique autour d’Artaud. Ils auraient ainsi risqué de faire de l’ombre aux lettres asilaires qu’il venait de publier chez Gallimard. Or, à la différence des textes cubains, dont les manuscrits originaux ne sont pas connus, ces lettres existaient sous forme autographe et pouvaient donc aussi acquérir une valeur marchande importante en vue d’une éventuelle vente ultérieure aux enchères.

Je ne prétends pas que cette hypothèse soit la bonne. Je dis simplement que, dès lors que l’on choisit de traiter cette histoire sous la forme d’une enquête, il faut accepter d’appliquer les mêmes questions à tous les protagonistes et à tous les intérêts en présence.

C’est précisément ce qui me gêne dans L’Affaire Artaud. Vous consacrez des chapitres entiers à reprocher à Paule Thévenin de s’être approprié les manuscrits et les dessins d’Artaud. Pourtant, que l’on approuve ou non toutes ses méthodes éditoriales, un fait demeure : elle a consacré des décennies à classer, déchiffrer, retranscrire, éditer et publier ces documents, contribuant de manière décisive à leur reconnaissance et, indirectement, à l’accroissement considérable de leur valeur patrimoniale et marchande.

Et qu’en a-t-elle finalement fait ? Tous les textes qu’elle détenait ont été remis ou déposés dans des institutions publiques, notamment à la Bibliothèque nationale de France.

À côté de cela, d’autres questions concernant la provenance, la détention et la circulation des archives d’Artaud me paraissent au moins aussi troublantes.

Il a notamment été question du docteur Fouks, qui aurait conservé ou prélevé des lettres d’Artaud provenant de son dossier médical de Ville-Évrard. Certains de ces documents auraient ensuite circulé entre différentes personnes qui s’estimaient légitimes à les détenir.

Vous qui avez consacré un livre entier, puis apparemment un blog, à ce que vous appelez l’Affaire Artaud, vous êtes-vous demandé ce qui s’était passé lorsque les archivistes de l’hôpital de Ville-Évrard ont tenté de reconstituer le dossier médical d’Artaud ? Quels documents manquaient ? Comment avaient-ils quitté les archives ? Entre quelles mains avaient-ils circulé ? Que s’est-il passé lorsque certaines personnes ont été contactées ? Qui a tiré profit de leur vente ? Je m’étonne que ces questions, qui relèvent pourtant pleinement de l’Affaire Artaud, n’aient pratiquement pas été abordées.

De la même manière, est-il normal que des textes comme Kabhar Enis – Kathar Esti, qui auraient dû relever à l’origine d’un patrimoine destiné à être conservé et accessible, aient ensuite circulé sur le marché privé et que le Département de l’Aveyron ait dû les acquérir aux enchères pour les Archives départementales, avec, de surcroît, le concours de financements publics ?

Je ne dis pas que toutes ces situations sont juridiquement ou moralement équivalentes. Je dis simplement qu’elles méritent d’être examinées avec la même exigence. C’est, au fond, la question que je vous pose. Non pas : Paule Thévenin a-t-elle toujours eu raison ? Évidemment non, et ses choix peuvent être discutés. Mais pourquoi l’enquête semble-t-elle avoir concentré l’essentiel de ses soupçons sur elle, alors que d’autres épisodes de la dispersion et de la marchandisation des archives d’Artaud auraient mérité, eux aussi, une enquête au moins aussi approfondie ?

– Éloge des erreurs. « Tout le monde peut se tromper », dites-vous. Certes. Certes. Vous-même fabriquez beaucoup d’erreurs – souvent énormes – et vous entêtez à les exploiter pour dénigrer les textes antérieurs. Votre dernier texte sur les maisons de santé comporte une erreur de taille. Et votre blog une autre erreur assez surprenante mais que vous reprenez ailleurs sans vérifier. CHERCHEZ.

Je n’ai jamais fait l’éloge des erreurs. J’ai simplement rappelé que tout le monde peut se tromper et que chacun, à un moment ou à un autre, en commet. Le véritable problème n’est donc pas de s’être trompé, mais de refuser de se remettre en question, de reconnaître ses erreurs, de les corriger et d’éviter de les reproduire.

Il est tout à fait possible que j’aie moi-même commis une erreur importante dans mon dernier texte sur les maisons de santé. S’il n’y en a qu’une dans un texte aussi long, cela signifie d’ailleurs que je n’ai peut-être pas si mal fait mon travail. Je ne prétends évidemment pas être à l’abri de toute erreur et, si j’en ai commis une, je souhaite au contraire la corriger. Mais, dans ce cas, pourquoi ne pas me préciser laquelle, ne serait-ce que pour éviter qu’une information erronée ne continue à circuler ? Si vous me l’indiquez, je pourrai la vérifier et, si elle est avérée, la rectifier immédiatement.

C’est précisément ainsi que je conçois la recherche : non comme la défense obstinée d’une position personnelle, ni comme une course dérisoire au prestige où chacun chercherait à apparaître comme le meilleur, le plus important ou celui qui ne se trompe jamais, quitte à déprécier ceux qui travaillent sur des sujets proches. La recherche me semble au contraire devoir avancer par la confrontation des sources, le débat, le désaccord, la mise en commun des découvertes et, lorsque les faits l’exigent, par la capacité à reconnaître ses erreurs, à les corriger et à revoir ses propres conclusions.

Ce perpétuel « Éloge de l’erreur » qui serait – selon vous d’ordre « expérimental » (sic) associé au fait d’absoudre Paule Thévenin de ses erreurs (ô combien abondantes dès qu’il est question de la transcription), va finir par poser problème en érigeant « le flou/Artaud » en une sorte de règle inquiétante. Comment bâtir quelque chose là-dessus ? 

Je trouve ainsi paradoxal — et, je l’avoue, assez peu sérieux — que, dans L’Affaire Artaud, vous consacriez un paragraphe entier à reprocher à Paule Thévenin d’avoir transcrit « pourjoi » au lieu de « pourquoi ». De même, à la page 186, vous lui faites grief d’un choix de mise en forme, alors que cette même page est reproduite en double dans votre ouvrage. En effet, comment bâtir quelque chose là-dessus ?

Il ne s’agit évidemment pas, pour moi, de mettre en cause le travail des éditions Fayard dans son ensemble. Mais lorsque je compare, sur plusieurs points précis, votre travail éditorial à celui réalisé par Paule Thévenin chez Gallimard, je suis contraint de constater que le vôtre me paraît sensiblement moins rigoureux. Certaines erreurs, incohérences ou négligences auraient manifestement pu être évitées par une relecture plus attentive.

Bien entendu, il existe des exceptions, mais, de manière générale, une maison comme Gallimard, forte d’une longue tradition littéraire et éditoriale, notamment liée à la publication d’auteurs comme Proust, accorde un soin particulier au travail d’établissement, de correction et de relecture des textes. Fayard, en tant que grande maison généraliste publiant des ouvrages de nature et de qualité très diverses — du Suicide français d’Éric Zemmour au Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy —, ne s’inscrit pas nécessairement dans la même tradition éditoriale. Je pense ainsi que, si vous aviez publié C’était Antonin Artaud chez Gallimard, des correcteurs plus attentifs ou plus expérimentés auraient probablement repéré et corrigé cette coquille sur Lorca, que je suppose bien entendu indépendante de votre volonté.

Des erreurs dans le travail de Paule Thévenin, il y en a évidemment. Mais, compte tenu de l’ampleur et de la difficulté de la tâche qu’elle a accomplie presque seule — le nombre considérable de textes à établir, la complexité de certains manuscrits, leur déchiffrement parfois extrêmement difficile —, on peut presque s’étonner qu’elles soient si peu nombreuses. C’est précisément pourquoi il me paraît injuste de lui reprocher avec une telle sévérité quelques erreurs parfois infimes, sélectionnées selon une logique de cherry-picking, alors que son travail éditorial, considéré dans son ensemble, demeure, au vu des circonstances, d’une rigueur remarquable.

Un autre argument que vous avancez souvent dans L’Affaire Artaud pour décrédibiliser Paule Thévenin est qu’elle aurait appartenu à un système, disposant de puissants relais institutionnels, éditoriaux et politiques, qui l’aurait protégée tout en marginalisant ou en empêchant d’autres chercheurs, comme vous, de trouver leur place dans le champ des études artaudiennes.

Pour ceux qui ne possèdent pas votre livre, on retrouve cette même idée dans un article de votre blog intitulé ARTAUD / BASELITZ. Totem et Tabou, publié en janvier 2022. À propos de l’exposition Baselitz au Centre Pompidou, vous écrivez : « Dans la librairie attenante à l’exposition (Centre Georges Pompidou), AUCUN de mes livres sur Artaud ne figure et ne figurera sur les tables. J’y suis Interdite. Totem et TABOU. Non figurée et non représentable. Pourquoi me direz-vous cette censure, cet ostracisme répété, réitéré de la part des « institutions » ? Mes écrits feraient-ils peur ? Leur ombre représentent-ils une quelconque menace ? Et pour qui, Grand Dieu ! Tant de censure et d’ostracisme : A la longue, cela finit par me faire rire. D’un rire énorme. « Jaune » certes. Mais Rouge aussi et Vert et Bleu. Un rire Violet. Un rire Écarlate ! Un rire Arc-en-ciel ! Un rire en échos. La censure cela grandit et finit par vous donner la pêche. Quant à l’ostracisme, il est une très lourde reconnaissance inversée. Une part mirifique de cet immense Gâteau que l’on nomme le NÉANT. »

Je suis désolé, mais je trouve le terme d’« ostracisme » excessif. Le fait que vos livres sur Artaud ne soient pas présents sur les tables d’une librairie à l’occasion d’une exposition qui, de surcroît, n’était pas consacrée à Artaud mais à Baselitz peut évidemment être regrettable, mais cela ne suffit pas à établir l’existence d’une censure ou d’une mise à l’écart institutionnelle.

Là où il peut, en revanche, y avoir débat, c’est sur une autre affaire concernant Paule Thévenin. Lorsque j’ai visité, à l’automne 2024, l’exposition Surréalisme, organisée au Centre Pompidou à l’occasion du centenaire du Manifeste du surréalisme, j’ai remarqué que la librairie attenante à l’exposition proposait plusieurs essais consacrés à Artaud, dont aucun ne portait directement sur ses rapports avec le surréalisme.

Je comprends parfaitement que mon propre ouvrage, Le surréalisme et la fin de l’ère Artaud, publié aux éditions L’Harmattan, n’y figure pas; je serais même surpris de l’y trouver. En revanche, sans rien enlever à la qualité des travaux des autres chercheurs dont les livres étaient présentés, l’absence de l’ouvrage de Paule Thévenin, Antonin Artaud : fin de l’ère chrétienne, préfacé par Michel Surya, me paraît beaucoup plus étonnante. Ce livre porte précisément sur les rapports d’Artaud avec le surréalisme et aurait donc eu toute sa place dans le contexte d’une exposition consacrée au centenaire du mouvement. Cette absence est d’autant plus surprenante que Paule Thévenin a légué, en 1994, au Musée national d’art moderne – Centre Pompidou vingt-huit dessins d’Antonin Artaud, auxquels s’ajoutaient douze œuvres acquises auparavant grâce à son intervention.

Vous avez publié chez Fayard deux ouvrages considérables sur Artaud, C’était Antonin Artaud et L’Affaire Artaud. Or Fayard appartient à Hachette Livre, principale marque de Lagardère Publishing, qui constitue le troisième groupe mondial d’édition de livres grand public et d’éducation, présent dans plus de 70 pays et rassemblant plus de 200 marques éditoriales. Lagardère est lui-même détenu à 66,3 % par Louis Hachette Group, dont le groupe Bolloré possède 30,4 % du capital.

Autrement dit, contrairement à la majorité des chercheurs travaillant sur Artaud, vos livres n’ont pas été publiés dans une structure marginale ou dépourvue de moyens : ils ont bénéficié de l’appareil de diffusion, de distribution et de visibilité de l’un des ensembles éditoriaux et médiatiques les plus puissants de France et du monde. Cela ne garantit évidemment pas qu’ils soient présents dans chaque librairie ni à chaque exposition, mais cela rend, à mes yeux, difficile l’idée d’un véritable ostracisme général.

Cette visibilité, vous l’utilisez d’ailleurs vous-même sur votre blog comme argument d’autorité, en rappelant constamment vos deux ouvrages publiés chez Fayard. Je pourrais citer à ce sujet certains propos tenus dans un message privé, mais, par principe, je m’en abstiendrai : je me limiterai aux déclarations que vous avez vous-même rendues publiques sur ActuaLitté.

Publier deux ouvrages chez Fayard constitue évidemment une reconnaissance éditoriale importante et offre une visibilité considérable. Mais, à mes yeux, ce qui compte avant tout, c’est le contenu du livre, bien plus que le prestige de la maison qui le publie. Dans le domaine des études sur Artaud, certains des travaux que je considère comme les plus importants et certains des chercheurs les plus pertinents ont d’ailleurs été publiés par des maisons d’édition peu prestigieuses.

L’Harmattan, malgré les critiques — souvent justifiées — que l’on peut lui adresser, a ainsi permis la publication de travaux universitaires et spécialisés de grande qualité qui auraient sans doute eu beaucoup plus de difficulté à trouver leur place ailleurs.

Pour revenir à Paule Thévenin, vous affirmez dans L’Affaire Artaud que, si elle ne s’était pas occupée des cahiers d’Artaud, quelqu’un d’autre l’aurait fait. Soyons un minimum sérieux et de bonne foi. Aujourd’hui encore, les textes parfaitement intelligibles et philosophiquement extrêmement importants d’Artaud retrouvés à Cuba peinent à être édités dans de bonnes conditions. On imagine donc assez facilement ce qu’il serait advenu, en 1948, des notes fragmentaires, blasphématoires et parfois presque illisibles des cahiers de Rodez et de Paris si Paule Thévenin ne les avait pas conservées et défendues : une partie aurait très probablement été perdue, dispersée, voire détruite.

Cela ne signifie évidemment pas qu’elle soit au-dessus de toute critique. On peut discuter de la manière dont elle a procédé, notamment des problèmes juridiques soulevés par ses rapports avec la famille et les ayants droit d’Artaud. On peut également lui reprocher la façon parfois injuste dont elle a présenté certains membres de cette famille : la mère et la sœur d’Artaud, notamment, ne sauraient être réduites à l’image qu’elle en a parfois donnée.

Mais ces critiques ou son caractère ne peuvent effacer l’importance de son travail de sauvegarde, de classement, de déchiffrement, de transcription et d’édition. En tant que chercheurs, lecteurs ou simples amateurs de la langue d’Artaud, nous devons reconnaître ce que nous lui devons. Sans elle, une part considérable de cette œuvre ne nous serait probablement jamais parvenue dans l’état où nous pouvons aujourd’hui la lire et l’étudier.

Ce qui me gêne davantage, c’est que ceux qui ont contesté votre ouvrage à l’époque ne l’ont pas toujours fait sur le terrain précis de ses arguments. Certains, souvent proches ou amis de Paule Thévenin, ont davantage défendu la personne à laquelle ils étaient affectivement attachés que son travail lui-même, en répondant parfois sur un registre personnel plutôt que méthodologique. Faute d’une réfutation suffisamment rigoureuse et documentée, plusieurs fausses idées reçues sur Paule Thévenin ont ainsi fini par s’installer durablement.

Pour en finir avec L’Affaire Artaud

Dans L’Affaire Artaud, vous présentez cette histoire comme une véritable enquête, presque policière. Et s’il est une qualité que je vous reconnais volontiers, c’est précisément votre capacité à enquêter, à retrouver des documents, à recouper les sources et à reconstituer les faits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles votre biographie d’Artaud me paraît, dans l’ensemble, de grande qualité.

Pour ma part, toutefois, la source biographique la plus riche sur Artaud demeure encore aujourd’hui, plus de trente ans après la mort de Paule Thévenin, l’ensemble des notes qu’elle a consacrées à sa vie et à son œuvre. Elles constituent une mine d’informations exceptionnelle, et ce qui m’étonne le plus est qu’elles restent encore si peu lues et si rarement exploitées.

La question qui se pose à la lecture de L’Affaire Artaud n’en est donc que plus troublante : pourquoi une enquête par ailleurs aussi fouillée adopte-t-elle un parti pris aussi marqué, parfois au point de manquer de nuance ? Je ne prétends évidemment pas apporter une réponse définitive à cette question. Mais, puisque votre livre emprunte lui-même à la logique de l’enquête, il n’est peut-être pas illégitime de poser une question très simple : à qui profite, en définitive, la situation ?

Autrefois, comme vous le soulignez vous-même, Paule Thévenin a sans doute été investie, parfois de manière excessive, d’une forme d’autorité quasi exclusive sur le « temple Artaud », au point d’apparaître comme la principale dépositaire de son œuvre et de sa transmission. Aujourd’hui, la situation semble presque inversée.

Sans être nostalgique du temps où Paule Thévenin faisait figure de prêtresse de l’œuvre d’Artaud — nous n’avons besoin ni de prêtres ni de prêtresses —, j’ai malheureusement constaté que circule désormais, jusque chez certains spécialistes d’Artaud, l’idée selon laquelle elle aurait trahi, voire falsifié, ses textes. Vous avez été l’une des principales protagonistes de cette remise en cause. Dès lors, une question s’impose à moi : cette position relève-t-elle uniquement d’une exigence de rigueur critique et éditoriale, ou a-t-elle pu, consciemment ou non, servir d’autres intérêts ?

Je ne sous-entends ici aucune réponse et je ne formule aucune accusation. Mais je reconnais que, compte tenu de l’histoire de ces archives, des enjeux éditoriaux et de la valeur croissante des manuscrits d’Artaud, je me suis posé la question.

Revenons maintenant à la question de la prétendue falsification, à partir d’un exemple précis : celui du vingt-sixième tome. Dire que Paule Thévenin n’a pas falsifié les textes d’Artaud ne signifie évidemment pas que ses choix éditoriaux ne puissent pas être discutés. Il existe sur ce point de véritables débats, qu’il serait trop long d’examiner ici un à un, mais auxquels nous pourrons revenir dans un autre article.

L’un des principaux concerne la manière même de publier les manuscrits d’Artaud. Faut-il établir les textes afin de les rendre plus lisibles, au risque d’atténuer certains aspects de leur matérialité ? Ou faut-il, au contraire, privilégier les fac-similés afin de conserver la graphie, la disposition sur la page, les ruptures, le rythme et toute la dimension visuelle de l’écriture ?

Paule Thévenin, à son époque, devait nécessairement faire un choix. Elle a choisi d’établir les textes et a pleinement assumé cette méthode. Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement fait le même choix. Plus tard, Évelyne Grossman a, dans certains cas, privilégié davantage la reproduction en fac-similé et une restitution plus directe de la matérialité des manuscrits. C’est une autre conception éditoriale, tout aussi légitime.

Car chacune de ces méthodes présente des avantages et des limites. Le travail d’établissement réalisé par Paule Thévenin — dont les interventions sont, je le rappelle, beaucoup moins considérables qu’on ne le laisse parfois entendre et sont généralement signalées et expliquées dans les notes — a permis de rendre accessibles et lisibles des textes qui se présentaient parfois sous la forme de notes fragmentaires, difficiles à déchiffrer ou à organiser.

Vous la présentez pourtant comme une figure mégalomane qui aurait, en quelque sorte, substitué ses propres ambitions d’écrivaine à celles d’Artaud. Cette lecture me paraît négliger un élément essentiel : du vivant même d’Artaud, Paule Thévenin travaillait déjà avec lui à organiser certaines de ses notes, à les rendre plus compréhensibles et plus facilement transmissibles. Son travail éditorial ultérieur ne peut donc être réduit à une intervention arbitraire, extérieure à l’œuvre, puisqu’il prolongeait une tâche qu’elle accomplissait déjà auprès d’Artaud de son vivant.

Il n’est dès lors sans doute pas anodin que, peu avant sa mort, Artaud lui ait confié par écrit la responsabilité de ses textes et le soin de veiller à leur devenir. Cette lettre autographe n’avait peut-être pas de valeur juridique au sens strict, mais elle possédait au moins une forte valeur morale : elle témoignait de la confiance qu’Artaud plaçait en elle et de la continuité qu’il entendait donner à ce travail.

Pour résumer, Paule Thévenin a simplement continué à appliquer, à des textes d’une nature comparable à ceux de Suppôts et Suppliciations, une méthode qu’elle utilisait déjà avec Artaud de son vivant. Vous me direz — et la famille d’Artaud a eu raison de soulever cette question — qu’un autre problème se pose alors : avait-elle le droit moral de publier les notes personnelles des cahiers de Rodez et de Paris, qu’Artaud n’aurait peut-être pas souhaité voir retravaillées ou rendues publiques ? C’est un autre débat.

Mais, dans les faits, qui a finalement publié les lettres de la période asilaire la plus sombre d’Artaud, sans doute parmi les textes les plus terribles et les plus violents de toute son œuvre ? En 2015, c’est précisément sa famille.

Le fac-similé, de son côté, donne accès à quelque chose que la transcription ne peut jamais entièrement restituer : le geste de l’écriture, les ruptures de la ligne, les élans graphiques, la violence du trait et, parfois, jusque dans la matérialité même de la page, quelque chose de la douleur qui traverse l’écriture d’Artaud.

Il ne s’agit donc pas, à mes yeux, d’opposer une bonne et une mauvaise manière d’éditer Artaud, mais de reconnaître deux choix éditoriaux différents, chacun permettant de voir certaines dimensions de l’œuvre tout en en laissant nécessairement d’autres dans l’ombre.

La question que je me pose est alors la suivante : la révolte qui vous animait lorsque, aux côtés du neveu d’Artaud, vous entendiez défendre ses textes était-elle sincèrement guidée par votre admiration pour sa poésie et par la conviction que les choix éditoriaux de Paule Thévenin en dénaturaient l’esprit ou l’œuvre ? Ou bien d’autres considérations ont-elles également pu entrer en jeu ?

Si votre réponse est que vous avez agi avant tout par amour de l’œuvre d’Artaud, alors, pour reprendre ses propres catégories, je vous rangerais volontiers parmi ses « Bohémiens », parmi ceux qui se tiennent du côté de la révolte et de la poésie plutôt que parmi les « initiés ». J’ai envie de vous croire, car j’aime votre flamme et votre singularité, Mme de Mèredieu. Ce sont des qualités que, moi, je n’ai plus. La preuve : cette lettre de ventriloque que je vous écris, trop construite, trop consciente d’elle-même pour être véritablement proche d’Artaud.

Vous avez la flamme. Ce petit grain d’imprévisibilité, cette soif d’aller toujours plus haut, plus loin. C’est une qualité rare. Mais qu’en faites-vous ? Trop souvent, me semble-t-il, vous l’investissez dans des « affaires », des polémiques, des critiques plutôt que dans ce qui devrait compter davantage : avancer, chercher, découvrir.

Utilisez vos talents de chercheuse pour écrire une deuxième, puis une troisième grande biographie d’Artaud, en y apportant des éléments inédits, inconnus, nouveaux. Et peu importe, au fond, que ce que nous faisons intéresse beaucoup de monde ou presque personne. On n’écrit pas seulement pour être lu, ni pour entendre : « Bravo, Madame de Mèredieu. » Nous cherchons, nous écrivons, nous créons d’abord pour nous sentir vivants, pour échanger, partager, apprendre et grandir.

Profitons plutôt de cette passion commune pour mettre un peu plus de couleur dans nos existences. Cessons ces querelles de spécialistes, souvent dérisoires, qui finissent trop facilement par masquer ce qui devrait nous réunir et par laisser place aux rivalités, aux susceptibilités et aux questions d’ego.

Pour en finir avec L’Affaire Artaud, ceux qui, le 28 janvier 2017, sont sortis considérablement enrichis de l’Hôtel des ventes de Compiègne ne devraient-ils pas, au fond, adresser un immense merci à Paule Thévenin ? Après tout, c’est bien le geste qu’on lui a tant reproché — avoir recueilli et conservé les manuscrits d’Artaud après sa mort — qui a contribué à faire de ces papiers ce qu’ils sont devenus.

Leur valeur ne réside pas dans le papier lui-même, mais dans l’histoire qui s’est construite autour d’eux : des textes déchiffrés, publiés, commentés, disputés, entourés peu à peu d’un récit, puis presque d’un mythe. Sans Thévenin, sans ce geste initial, sans les décennies de travail et de controverses qui ont suivi, certains de ces manuscrits vendus aujourd’hui à prix d’or seraient peut-être restés ce qu’ils étaient alors : quelques feuilles jetées au sol du Pavillon d’Ivry.

À LIRE - Artaud face à son psychiatre : des documents explosifs révélés

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… Et puis, soyons enfin un peu honnêtes : Artaud n’est, au fond, qu’un mot.

 Ilios Chailly

Crédits photo : autoportrait d’Antonin Artaud, réalisé en 1947. Domaine public.

 
 

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

2 Commentaires

 

Truc

01/09/2026 à 19:39

Waouh... Ça c'est de la réponse, argumentée, précise, et assez posée il faut bien l'admettre. Et plutôt très convaincante...

Florence de Mèredieu

03/09/2026 à 11:53

Bonjour,
J'ai adressé hier un message à la revue : je ne le vois pas apparaître ????
Qu'en est-il ?
Peut-il apparaître ?
Et sinon Pourquoi ?0
Merci de votre réponse

Florence de Mèredieu

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Ben Templesmith, l'homme qui a appris à l'ombre comment mordre

Ben Templesmith se reconnait en humant les planches, les yeux fermés : des histoires où le papier sent l'humidité, la lumière malade et les personnages contaminés par quelque chose qui les dépasse. En 20 ans, de Hellspawn, 30 Days of Night à Wormwood, l'Australien a construit un dessin qui s'est métamorphosé sans s'assagir : juste plus précis dans l'angoisse. Il suffit de regarder ses noirs.

13/09/2026, 07:00

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La Médecine du Travail interdit le retour au boulot à ces six héros de roman

Dans les romans, le Code du travail semble avoir été imprimé en caractères minuscules, puis abandonné quelque part entre la page de copyright et la table des matières. Enquête à l’autre bout du monde, magie non déclarée, poisons au Vatican, cadavres à restaurer : six personnages passent aujourd’hui leur visite médicale. Certains auraient dû venir plus tôt.

12/09/2026, 06:00

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25 ans après le 11-Septembre, les vies derrière l’Histoire

Le 11 septembre 2026, New York commémore les 2977 morts des attentats d’al-Qaïda tandis que la ville ouvre plus de 170.000 pages d’archives sur leurs conséquences sanitaires. Un quart de siècle après, l’événement déborde encore Ground Zero : guerres, soupçon et Guantánamo ont prolongé son histoire. Huit livres rendent à ce récit ce que les doctrines effacent : des enfants, des corps, des familles et des voix.

 

11/09/2026, 13:08

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Silver Surfer : Parabole, le jour où Moebius redessina un dieu avec Stan Lee

En 1988, une rencontre improbable se produit chez Marvel. Stan Lee reprend le personnage dont il avait façonné la voix vingt ans plus tôt ; face à lui, Moebius, maître de la science-fiction européenne, accepte de se plier aux contraintes du comic book américain. À peine cinquante pages plus tard, Silver Surfer: Parable a transformé le combat entre Galactus et son ancien héraut en réflexion sur la foi, le pouvoir et la liberté.

05/09/2026, 11:50

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Rentrée scolaire : six professeurs convoqués par l'Inspection

Les élèves ont repris le chemin de l’école ce 1er septembre 2026. Pour certains enseignants, la rentrée pourrait tourner court. Expérience autoritaire, lancer d’élèves, fascination fasciste, bacchanale et cours particulier achevé au couteau : les dossiers ont ébranlé les services de l'Inspection. Pour l'Éducation nationale, une question : peut-on vraiment les laisser poursuivre ?

05/09/2026, 06:00

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Lamartine, Nerval, Gautier : les écrivains français amoureux d’Istanbul

Carrefour des civilisations, théâtre où se sont jouées les destinées de l'Orient et de l'Occident, Istanbul a fasciné des générations d'écrivains français qui, du XVIIe au XXe siècle, ont tenté de refléter dans leurs œuvres l'indicible beauté de cette cité millénaire. Par Amel Aït-Hamouda.

04/09/2026, 14:58

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Une IA explore la mémoire moléculaire des livres anciens

Exclusif - Après avoir identifié protéines, médicaments ou autres résidus sur les documents de Vlad III, Jack London, Casanova et Alessandro Volta, l’équipe de Gleb et Svetlana Zilberstein veut franchir une nouvelle étape. Son « Cabilly Project » associe données biochimiques, archives et intelligence artificielle pour générer des hypothèses historiques. ActuaLitté révèle aussi l’existence de travaux, encore non publiés, sur André Malraux, Stendhal et Marcel Proust.

03/09/2026, 17:07

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Yannick Haenel : comme un air de déjà-lu dans la rentrée littéraire

Exclusif - Un manuscrit de professeur refusé chez Gallimard, le roman d'un ex-professeur publié trois ans plus tard par la maison et de l'un à l'autre ouvrage des scènes, motifs et références parfois voisins. La comparaison de Grand Poisson, de Fabrice Sanchez (Plon, août 2025), avec La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel (Gallimard, août 2026), ne révèle pas de contrefaçon, mais soulève quelques sourcils.

02/09/2026, 17:01

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De Proust à Perec : comment Shéhérazade a changé la littérature française

Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.

31/08/2026, 17:44

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Freida McFadden : anatomie d'une machine, aux accents bien connus

Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?

29/08/2026, 10:00

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Six livres créent une application de rencontre pour éviter de finir seuls en rayon

On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.

29/08/2026, 08:00

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Après Perec, Queneau et Calvino : l’Oulipo peut-il encore surprendre ?

Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».

28/08/2026, 17:22

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Six romans recalés à l’aéroport pour excédent de bagage... émotionnel

Les compagnies aériennes sont formelles : au-delà de 23 kilos, il faut payer un supplément. La littérature, beaucoup moins regardante, autorise ses personnages à embarquer avec une enfance traumatique, trois générations de non-dits, un père mort, plusieurs amours compliquées et parfois une résurrection complète. Au retour des vacances, il était temps que quelqu’un contrôle tout cela.

22/08/2026, 11:05

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Voyageuses en Orient : entre émancipation et clichés

Si Flaubert, Chateaubriand ou Nerval ont construit l’Orient rêvé du XIXe siècle, des écrivaines-voyageuses en ont, elles, franchi les portes closes. De Lady Montagu à Isabelle Eberhardt, elles ont observé l’intimité des harems et la vie des tribus. Mais ce regard « de l’intérieur » les a-t-il vraiment affranchies des clichés orientalistes ? Récit d’une émancipation littéraire aux mille contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.

19/08/2026, 18:18

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Journée mondiale du moustique : les insectes réclament des dommages et intérêts à la littérature

Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)

19/08/2026, 14:46

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Gestion contestée et conflit familial : un été au tribunal pour l'Harmattan

Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.

19/08/2026, 09:09

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Quand Carl Jung descendait dans ses propres ténèbres

Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.

12/08/2026, 18:08

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Un devoir rendu suffit-il encore à prouver qu’on l’a écrit ?

Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?

 

10/08/2026, 07:30

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Et si la nouvelle censure culturelle était celle qu’on ne voit plus ?

Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.

08/08/2026, 13:36

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Des groupes anti-liberté d’expression identifiés et suivis par le renseignement

Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création contient une drôle de discrétion. Plusieurs « groupements formellement constitués », à l’origine d’actions organisées contre des acteurs culturels, seraient « pour la plupart identifiés par les services de renseignement territorial ». Voilà pour ce que l’État sait. Pour savoir qui ils sont, en revanche, le lecteur repassera : ni noms, ni nombre précis, ni famille politique ou religieuse. Le renseignement est là. L’information, beaucoup moins.

08/08/2026, 13:25

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Livres brûlés, vitrines brisées : librairies et bibliothèques sous pression en France

Entre mars 2025 et mars 2026, le ministère de la Culture a recensé 76 incidents affectant les libertés de création, correspondant à 91 mécanismes d’atteinte. Douze situations sont explicitement rattachées au livre : six pour « livre et lecture publique », six pour les librairies. Acquisitions sous pression, ouvrages détruits, rencontres déprogrammées, vitrines attaquées ou mesures de saisie : le premier bilan annuel montre surtout ce qui demeure difficile à compter. 

08/08/2026, 12:19

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Comment la souffrance a forgé le jeune Antonin Artaud

De 1915 à 1919, Antonin Artaud passe de cliniques en stations thermales, de Marseille à Neuchâtel, dans une tentative presque continue d’apaiser des troubles nerveux qui marqueront durablement son existence. Ilios Chailly reconstitue cette « géographie de la souffrance » à partir d’archives, de sources médicales et de documents parfois inédits, et montre combien ces années de cures, de diagnostics et de traitements ont participé à façonner l’homme, l’artiste et la pensée d’Artaud.

07/08/2026, 16:20

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Lunettes connectées : comment encore rester hors champ ?

En Australie, la commissaire à la vie privée Carly Kind s’interroge sur la nécessité de nouvelles règles face aux lunettes connectées. En France, la CNIL redoute déjà une surveillance mobile et presque invisible. Mais ces mêmes appareils peuvent accroître l’autonomie des personnes aveugles ou malvoyantes. De Robbe-Grillet à Samanta Schweblin, les livres posent alors la vraie question : peut-on encore choisir de rester hors champ ?

07/08/2026, 15:51

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Du papier au numérique, la révolution qui bouleverse le manga japonais

Le Weekly Shonen Jump, berceau de Dragon Ball, One Piece ou Naruto, est tombé à un plus bas historique depuis 1971 : son tirage moyen n’était plus que de 985.000 exemplaires entre avril et juin 2026. C’est la première fois en 55 ans que la revue repasse sous le seuil symbolique du million d’exemplaires. Plus qu’un simple mauvais chiffre, ce recul illustre l’effacement progressif d’un modèle longtemps central au Japon : celui du grand magazine imprimé de prépublication.

07/08/2026, 15:45

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L’AFDAS suspend les formations pour artistes-auteurs centrées sur l’IA

L’AFDAS a instauré un moratoire sur le financement des formations principalement consacrées à l’intelligence artificielle générative. Limitée au fonds de formation des artistes-auteurs, la mesure s’appliquera jusqu’au 31 décembre 2026. Les enseignements professionnels dans lesquels ces outils n’interviennent qu’à titre secondaire restent éligibles.

06/08/2026, 10:06

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À Ceuta, 72 000 migrants et des vies laissées hors compte

À Ceuta, Madrid estime que 72 000 personnes ont franchi la frontière et que 70 000 sont reparties ou ont été reconduites. Le bilan humain reste disputé, tandis qu’environ un millier de mineurs non accompagnés demeurent dans l’enclave et que des familles cherchent leurs proches. Sept récits, romans, albums et essais rouvrent ce que les mots « flux », « retour » et « sécurisation » voudraient déjà refermer.

05/08/2026, 17:34

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Splendeur et misère de Donald Trump, raconté en huit livres

À 80 ans, Donald Trump a transformé la pelouse de la Maison-Blanche en arène. Pour retracer l’héritier, le promoteur, la vedette, le candidat, le président défait, le condamné puis le revenant, nous avons retenu huit œuvres qui composent une biographie oblique. Romans, manga, théâtre, tragédie et philosophie mettent au jour les mécanismes d’une ascension que les chutes n’ont jamais interrompue.

03/08/2026, 11:13

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Quand les États tournent le dos à la justice mondiale : la crise du CPI

Le Niger, le Burkina Faso, le Mali, le Venezuela et le Tchad ont annoncé ou engagé leur retrait de la Cour pénale internationale, tandis que son procureur Karim Khan vient d’être destitué. Les procédures ouvertes ne s’éteignent pas, mais leur exécution dépend des États. De Philippe Claudel à Svetlana Alexievitch, huit livres rappellent ce que cette fragilisation menace : des preuves, des voix et des noms.

31/07/2026, 09:30

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Celle qui sait : 12 000 livres imprimés, 3067 vendus… mais une rupture de stock ?

À peine paru, déjà en rupture ? Le thriller Celle qui sait, de Riley Sager, aurait donc provoqué une razzia, à en croire son éditeur, Verso, un label du Seuil. Fort d’un premier tirage de 12.000 petits pains, le roman, traduit par Dominique Haas, comptabilisait 3067 ventes au 12 juillet, d’après les données GfK communiquées par la maison. Mais alors, où sont les quelque 9000 autres volumes ? Petit exercice de mathématiques à l’usage des nostalgiques du cahier de vacances.

21/07/2026, 16:53

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

25/06/2026, 12:56

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Le webtoon français : une filière en quête de reconnaissance

Protoon, première association professionnelle dédiée au webtoon en France, veut donner une voix collective à une filière encore fragile, mais déjà riche de créateurs, de studios, de plateformes et de lecteurs. Entre succès d’audience, dépendance aux plateformes, précarité des auteurs, manque de données et de reconnaissance institutionnelle, et besoin de formation, récit d'un secteur qui cherche à sortir de l’angle mort pour devenir une véritable industrie culturelle.

24/06/2026, 18:33

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La canicule à son clim’axe : quand les climatiseurs volent la vedette

Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.

23/06/2026, 15:51

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Au cœur des villages, le salon des écrivains nomades rassemble lecteurs et livres

Depuis cinq ans, le Salon du livre Nomade se déplace de commune en commune en Gironde, avec une idée claire : aller à la rencontre des lecteurs là où ils vivent. Porté par le cercle des Écrivaines de la Table Ronde, il défend une littérature plurielle, des premières publications aux auteurs déjà installés, et fait de la rencontre un geste culturel à part entière.

21/06/2026, 10:55

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Rentrée littéraire 2026 : les grandes tendances des romans français et étrangers

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n'a été blessé (certains furent blessants...). Et s'impose d'emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

15/06/2026, 11:28

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Affaire Lyhanna : du silence des adultes aux mots de Darmanin

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.

12/06/2026, 12:59

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“Le risque de devenir « un LinkedIn du livre » existe évidemment”

L'écueil, Jean-Charles Caplier le formule lui-même : créer « un LinkedIn du livre » de plus. Alors que LivreConnect ouvre officiellement le 16 septembre, son fondateur défend un espace transversal entre les métiers, nourri de ressources, d’outils et d’un assistant IA. Pour ActuaLitté, il précise ce qui permettra de juger si le projet a vraiment trouvé sa place — et jusqu’où il entend laisser Volt’R intervenir.

16/09/2026, 09:30

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”Chaque livre mérite de trouver ses lecteurs” : Béliveau éditeur à la conquête de l’Europe

Reprise en juillet 2026 par Amélie McNicoll et Alexandre Vézina, Béliveau Éditeur entend revoir autant sa sélection de projets que leur commercialisation. Les deux entrepreneurs veulent associer davantage les auteurs à la stratégie de leurs livres, relancer la production et renforcer la présence de cette maison québécoise de plus de 50 ans en France, en Belgique et en Suisse, avec un objectif de 25 à 30 titres à court terme.

16/09/2026, 09:00

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À quelques pas de toi : le podcast qui a relié les générations

Il y a des a priori auxquels il faut tordre le cou : « il ne se passe pas grand-chose en milieu rural » est un préjugé qui vient de prendre du plomb dans l’aile grâce à une dynamique mise en place dans une petite commune de Gironde.

14/09/2026, 16:07

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Intuition : “Le corps sait souvent avant nous”

Pourquoi devient-il parfois si difficile de savoir ce que l’on pense vraiment, ce que l’on ressent ou même ce que l’on veut ? Sollicitations permanentes, rythme soutenu et bruit mental finissent par couvrir cette perception plus discrète que l’on appelle intuition. Fondatrice du centre d’enseignement Infinite Spirit, formatrice et thérapeute, Johanna Hani propose de retrouver un peu de silence, de revenir aux sensations du corps et d’apprendre à distinguer l’intuition de l’anxiété ou de la peur. 

14/09/2026, 14:58

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“Le problème n’est pas de savoir si une IA a touché au texte, mais qui décide”

À mesure que l’intelligence artificielle s’immisce dans les pratiques d’écriture, une question revient avec insistance : que reste-t-il de l’auteur lorsque la machine intervient dans le texte ? Nicolas, créateur d’Atypikal Life, propose de déplacer le débat. Plutôt que d’opposer frontalement écriture humaine et IA, il interroge la transparence, la responsabilité et ce que l’auteur choisit — ou refuse — de déléguer.

14/09/2026, 07:00

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Faire exister des espaces littéraires alternatifs contre vents et marées

À l’occasion de la 4e édition du festival Read & Shine, ActuaLitté ouvre ses colonnes à Déli, fondatrice d’Overbookées. Elle revient sur la naissance de ce rendez-vous dédié aux littératures et savoirs féministes et antiracistes, sur la nécessité de faire entendre des voix encore marginalisées dans l’édition, et sur les enjeux d’une nouvelle édition placée sous le signe des « Mémoires pour les lendemains ».

09/09/2026, 13:56

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Entre deux rives
: ni robe, ni linceul, mais un deuil blanc

Clinique sauvage, c'est le nom de la chronique que Salim Rzin, psychanalyste et essayiste, ethnoclinicien et praticien en psychosomatique, inaugure pour la rentrée dans nos colonnes. Pour ce premier texte, Tanger devient le point de départ d’une réflexion sur l’exil, la perte et ce « deuil blanc » qui maintient parfois l’adulte sur une rive intérieure qu’il ne parvient plus à rejoindre. Entre psychanalyse, littérature et cinéma, il interroge ce qui demeure vivant en nous lorsque le désir semble s’être retiré.

09/09/2026, 12:48

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Libraires en grève : “Ce n'est pas possible qu'on gagne le Smic encore aujourd'hui”

À 25 ans, quatre années de librairie derrière elle et un salaire toujours au Smic, une jeune libraire venue débrayer ce mardi 8 septembre résume en quelques phrases ce qui pousse une partie de la profession à tenter un exercice encore inhabituel : la grève.

08/09/2026, 18:33

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“Un livre ne devrait pas être condamné à disparaître parce que le suivant est déjà en route”

Combien vaut le temps consacré à un livre ? Dans l’illustration jeunesse comme dans la bande dessinée, la question se pose avec acuité lorsque des rémunérations modestes conduisent à multiplier les projets. Ni procès des petits éditeurs, ni reproche adressé aux artistes : c’est la mécanique économique qui mérite d’être interrogée. Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade, partage ici quelques-uns de ses propres questionnements.

08/09/2026, 17:02

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Visite insulaire : les rituels de Victor Hugo à Guernesey

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. » Dans une maisonnette en pierre, surveillée par une rose trémière jaune, dans le silence du matin, je pose sur la table une tasse en porcelaine blanche, remplie d’un café noir, et j’ouvre Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je le fais le premier matin, et je ferai ainsi chaque matin de la semaine passée à Guernesey. Suivez la guide...

07/09/2026, 17:25

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“Pourquoi tu n’écris pas un livre sur le sexe ?” : la naissance de SexOD

À l'occasion de la sortie de son premier thriller (SexOD - juin 2026 - Patchenco éditions), que ActuaLitté vient de chroniquer, Patrick Collignon a bien voulu répondre à nos questions. On y apprend notamment que si l'écrivain belge a choisi de placer l'intrigue de son roman à Stockholm, ce n'est pas tout à fait par hasard ou pour suivre la mode !

03/09/2026, 18:13

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“Lire un livre n’est pas un délit” : un éditeur dénonce la destruction d’un ouvrage

Les Éditions Syllepse et le chercheur et militant internationaliste Joseph Daher dénoncent la saisie puis la destruction d’un exemplaire du Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme lors d’une perquisition visant Nicolas Shahshahani, vice-président d’Europalestine, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ».

03/09/2026, 17:54

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Facturation électronique : “Aux petits, la traçabilité ; aux puissants, le brouillard administratif”

La facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, promet de simplifier la vie des entreprises. Pour Guilhem Méric, auteur indépendant, elle risque au contraire d’ajouter une contrainte de plus à des créateurs déjà fragilisés par la précarité économique et la concurrence de l’intelligence artificielle générative. Le départ d’un illustrateur avec lequel il travaillait interroge une réforme qui, selon lui, fait peser une part croissante de ses exigences sur les plus petites structures du monde du livre.

02/09/2026, 15:59

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Écris-moi une danse.... De la page au mouvement avec Myriam Gourfink

Un roman s’écrit avec des mots, une partition de musique avec des notes, et pour la danse ? Comment expliquer à des danseurs et danseuses les mouvements imaginés par un ou une chorégraphe, des intentions scénographiques qui soient intelligibles par tous et mémorisables. Rencontre avec Myriam Gourfink, danseuse, chorégraphe, riche d’un parcours international, reconnue et très appréciée pour son travail de recherche chorégraphique. 

02/09/2026, 15:56

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Harcèlement scolaire : apprendre dès 4 ans à poser ses limites

Avec Éduquer contre l’exclusion et le harcèlement – Méthode et outils pédagogiques adaptés au programme EVAR, paru aux éditions Dangles, Chloé Ségneré s’adresse aux enfants de 4 à 7 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagnent. Sa méthode Empatikids passe par les émotions, le respect des limites, le consentement ou encore la sécurité pour tenter d’agir avant que les situations d’exclusion ou de harcèlement ne s’installent.

01/09/2026, 17:32

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“Dieu est mort, mais il n’arrive pas à s’en consoler”

Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.

31/08/2026, 17:11

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La Griffe Noire : “Tout ça ne fait donc pas de vous un libraire indépendant ?”

Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif. 

31/08/2026, 14:00

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Neuf mois plus tard : 80 livres à lire avant l’arrivée du bébé

Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
 
 
 

29/08/2026, 09:00

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Livre sur les quais 2026 : se renouveler sans rompre le fil

Pour sa 17e édition, Le Livre sur les quais cherche à renouveler ses formes sans perdre ce qui fait son identité. À Morges, Adélaïde Fabre défend un festival plus participatif, ouvert aux autres arts et aux nouveaux publics, mais toujours construit autour de la rencontre et de la transmission.

27/08/2026, 16:45

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Henri-Frédéric Amiel, écrivain d’une “vie manquée” devenue monument littéraire

Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.

26/08/2026, 18:22

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Quand le format vertical bouscule l’écriture des séries

Pensées pour être regardées sur un smartphone, les fictions verticales ne se cantonnent plus aux productions amateurs des réseaux sociaux. France Télévisions et Arte investissent désormais ce terrain, où la brièveté impose ses propres règles : installer une situation immédiatement, caractériser un personnage en quelques secondes, concentrer les dialogues et maintenir le récit sous tension. Une autre manière d’écrire la fiction ?

25/08/2026, 11:11

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Du marathon au bain glacé : ce que notre culte de la performance dit de nous

Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.

25/08/2026, 09:09

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Anxiété de la rentrée : pourquoi le retour au travail peut être si difficile

Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.

25/08/2026, 09:05

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La bienveillance, “complément idéal d’un monde de plus en plus brutal”

Il fallait bien que quelqu’un finisse par manquer de bienveillance envers la bienveillance. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan s’y risque ici, en prenant au sérieux ce que nos précautions, nos bons sentiments et notre vocabulaire soigneusement capitonné disent de notre rapport au conflit. Une humeur volontairement piquante, où la politesse des mots se retrouve priée de s’allonger sur le divan.

22/08/2026, 10:05

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Babel Indoor : quand les temples deviennent des livres de pierre

Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.

18/08/2026, 18:18

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“Ma mère est partie en Espagne” : Lavinia Braniște écrit l’exil ordinaire

Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.

17/08/2026, 17:51

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“Les richesses du sol africain l’ont carrément appauvri”

Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.

14/08/2026, 16:15

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Sur les traces de Pierre Loti dans l’Istanbul qu’il aimait

Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.

13/08/2026, 15:45

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Les premières traductions françaises de L’Odyssée : une odyssée littéraire

On parle beaucoup de la sortie du film de Christopher Nolan. Mais quelles sont les premières éditions françaises de ce poème épique ? Publiée en 1716, la plus célèbre est la traduction en prose de la philologue Anne Dacier, qui sert de base à une autre traduction en vers suivie d’une polémique entre les deux traducteurs se terminant par un bon repas. La traductrice d’Homère sera plus tard immortalisée dans le comics américain Wonder Woman.

06/08/2026, 10:02

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“Face à des mégafeux incontrôlables, la Grèce n’en finit plus“

Tout brûle en Grèce, pas seulement la nature éprouvée par la sécheresse et l’incivilité de ses habitants, elle brûle parce que la police est corrompue, l’environnement est bafoué et les hommes politiques sont malhonnêtes. Et pourtant, la Grèce est un pays attachant, plein de ressources et de bonnes volontés. Cependant, la sincérité n’est pas un gage suffisant d’honnêteté, Nikos Nikolopoulos le démontre au fil de ce polar passionnant, efficace dans lequel s’entremêlent plusieurs histoires, passées ou récentes, qui finissent toujours par converger vers un drame.

04/08/2026, 15:33

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Lipœdème : “Aucun régime ni aucun sport ne le fera disparaître“

Comment expliquer qu’une maladie touchant des centaines de milliers de femmes demeure si souvent confondue avec un simple surpoids ? « Il faut perdre du poids » : c’est probablement la réponse que les patientes atteintes de lipœdème entendent le plus souvent. Et pourtant… aucun régime ni aucune activité sportive ne suffisent à faire disparaître cette pathologie chronique. Dans Le Guide complet du lipœdème (éditions Dangles), Manon Chavaudrey entend briser l’invisibilité qui entoure encore la maladie et donner aux femmes les moyens de mieux comprendre leur corps.

04/08/2026, 14:59

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“Un réseau de librairies plus fort et plus moderne” : l’ambition de l’ALIM au Maroc

Hassan El Kamoun est partout. Il porte la voix des libraires du Maroc et celle de l’ALIM. On le voit sur le terrain, dans son pays, mais aussi en France, en Belgique ou aux Émirats arabes unis, inlassablement mobiliser, convaincre et attirer l’attention sur les enjeux de la librairie. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/08/2026, 16:07

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Après Makassar, qui paiera le prix de l’édition indépendante ?

L'effondrement de Makassar a agi comme un révélateur des fragilités de la diffusion-distribution indépendante. Dans cette tribune, Christophe d’Estais interroge l’ensemble de la chaîne du livre : éditeurs et libraires sont-ils prêts à assumer collectivement le coût de l’indépendance, de la spécialisation, du temps consacré aux textes et d’une logistique moins industrielle ? 

03/08/2026, 12:11

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Précomptes prescrits : des droits perdus au “Fonds solidaire pour les artistes”

Plus de 31 millions € : telle est la somme correspondant aux « précomptes prescrits », des cotisations sociales versées par des diffuseurs pour des artistes-auteurs bénéficiaires, qui n'ont finalement jamais reçu cette somme, faute d'identification. La Maison des Artistes et le syndicat Solidarité Maison des Artistes - CFDT (SMdA-CFDT) proposent, dans une tribune, de mettre ces moyens dans un « Fonds solidaire pour les artistes ».

03/08/2026, 09:29

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Pourquoi ChatGPT refuse d’imiter Stephen King, Houellebecq ou Agatha Christie

Donc ChatGPT refuse d’imiter les écrivains célèbres — sauf un peu. Lors de tests menés fin juillet, la machine n'a pas accepté de rédaction de texte reproduisant la voix précise de divers écrivains célèbres, vivants ou disparus. OpenAI n’a pourtant annoncé aucune nouvelle règle. Et le verrou laisse une porte entrouverte : le service accepte encore d’en reprendre l’atmosphère, le rythme ou les procédés généraux. C'est que chacun des assistants actuels garde sa propre définition du pastiche acceptable.

 

30/07/2026, 17:04

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Dans les ruelles hantées de Casablanca

J’aborde la lecture de Galerie marocaine de Jamal Eddine Naji à travers une grille psychopathologique. La ville est traversée de syndromes névrotiques. La société paradoxale marocaine s’y prête parfaitement. L’ouvrage est une psyché collective. Les portraits, les souvenirs sont autant de vignettes mnésiques. Il ne s’agit pas d’un récit continu, mais d’une juxtaposition de scènes, de figures, de visages, de voix. 

29/07/2026, 18:25