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Dieu est mort, mais il n’arrive pas à s’en consoler

Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.

Le 31/08/2026 à 17:11 par Auteur invité

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31/08/2026 à 17:11

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ActuaLitté : Qui est Kristina Ifwarson ?

Kristina Ifwarson : Je suis française par mon père et suédoise par ma mère, et cette double appartenance culturelle traverse mon écriture depuis mes débuts. Elle nourrit mes thèmes, mon rapport à l’altérité, aux frontières visibles ou intimes, et à ce territoire plus secret qu’est l’étranger en soi.

Mes romans explorent souvent cette tension entre le familier et l’inquiétant, entre l’ancrage et le déplacement. J’écris dans une langue que je veux précise, ciselée, attentive aux silences. Cette exigence guide aussi mon travail de traductrice.

Vous venez de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte inédit en français, Le Jour dernier, de l’écrivain suédois Stig Dagerman (1923-1954). Pouvez-vous nous en dire plus sur ce texte ? Comment vous est venue l’idée de le traduire ?

Kristina Ifwarson : Après un premier roman publié en France, Les Choses muettes, aux éditions Ginkgo (2024), j’ai élargi mon champ d’écriture à la poésie, avec Le Carnet du bord, aux éditions Voix d’encre (2025), à la satire politique avec L’Homme sans masque, aux éditions Ginkgo (2026), et désormais à la traduction littéraire.

Traduire consiste pour moi à écouter une voix étrangère jusqu’à en percevoir les respirations les plus ténues, puis à la restituer sans la trahir. La littérature suédoise occupe une place importante dans mon parcours, m’accompagne depuis l’enfance et façonne ma manière de regarder le monde. C’est dans ce mouvement que s’inscrit mon travail autour de Stig Dagerman.

Le Jour dernier est une pièce radiophonique en douze tableaux, écrite en 1952 dans la ferme isolée du couple d’écrivains norvégiens Tarjei et Halldis Vesaas, où Dagerman s’était retiré pour écrire. Ce huis clos rural, tendu sur une seule journée, met en scène Magnus et Märta, leurs enfants adultes Lennart et Tora, la jeune domestique Siv, et trois clients habitués à venir acheter le lait à la ferme.

L’étranger et l’étrange y sont omniprésents, et le matérialisme du quotidien contraste avec la dimension métaphysique du texte. En 2024, Claude Le Manchec découvre cette œuvre encore jamais traduite et en parle à Olivier Gallon, qui me propose d’en assurer la traduction. L’idée s’est imposée immédiatement, la voix de Dagerman résonnant depuis longtemps avec mes propres préoccupations littéraires.

À en croire Farmaz Hussein, écrivain et traducteur syro-suédois établi en Suède, l’un des rares traducteurs de l’œuvre de Dagerman en arabe, la traduction en français de l’œuvre de ce « Rimbaud du Nord » est à l’origine de sa réapparition en Suède et ailleurs. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ? Qu’en est-il de sa réception, aujourd’hui, en France et en Suède ?

Kristina Ifwarson : Stig Dagerman demeure une figure majeure de la littérature suédoise du XXe siècle, et son nom reste familier à beaucoup, même si je ne saurais dire dans quelle mesure il est encore lu par les jeunes générations. Sa réception en France, en revanche, est particulièrement vivante depuis plusieurs décennies, grâce aux traductions qui ont permis de découvrir l’ampleur et la singularité de son œuvre.

Concernant Le Jour dernier, il s’agit d’un texte à part, longtemps resté en marge en Suède, pour ne pas dire oublié. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer : son statut de pièce radiophonique, le fait qu’elle ait été peu jouée, mais aussi le fait que l’existence de ce texte contredit ces années maudites durant lesquelles il est dit de lui qu’il ne parvenait plus à publier.

Par ailleurs, cet évitement pourrait tenir à une raison plus profonde, la mort étant omniprésente dans ce texte, au point de devenir une compagne de route, ce qui lui donne un tour effrayant. Cela pourrait expliquer l’effacement relatif de cette œuvre en Suède. Sa traduction en français offre peut-être l’occasion de redonner une actualité à ce texte.

Beaucoup de celles et ceux qui ont lu, critiqué et traduit, jusqu’ici, l’œuvre de Dagerman croient que son métier d’écrivain s’est arrêté en 1949, avec Ennuis de noce, son quatrième roman. Alors qu’il a continué d’écrire, malgré la dépression et le silence qui furent les siens. La preuve en est Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Dieu rend visite à Newton et Le Jour dernier. Comment expliquez-vous ce détail ? Et en quoi ce Jour dernier pourrait-il éclairer d’un jour nouveau l’interprétation d’une œuvre aussi riche que celle de Stig ?

Kristina Ifwarson : Il est difficile d’affirmer que Dagerman ait cessé d’écrire après 1949 ; en revanche, il est certain qu’il a beaucoup moins publié. Après une période d’intense production, le silence s’installe, nourri par la dépression, les doutes et une exigence intérieure qui le rendait réticent à livrer des textes qu’il jugeait imparfaits.

Il ne publie plus de roman après Ennuis de noce (1949, NDLR), mais continue d’écrire : en 1952 paraît Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, court essai publié sous forme d’article dans une revue suédoise, Dieu rend visite à Newton, premier chapitre d’un roman inachevé, et Le Jour dernier, qui est la seule œuvre de cette période entièrement menée à terme.

Cette pièce occupe une place singulière dans son parcours. Dagerman avait déjà écrit pour le théâtre, mais Le Jour dernier est sa seule pièce radiophonique, un genre qui exige une écriture de la voix, du silence, de l’écoute.

C’est aussi l’un de ses textes les plus directement autobiographiques : il y puise dans son enfance, dans les lieux où il a grandi, dans le milieu qu’il fréquente, dans les personnes qui ont façonné son imaginaire. Cette dimension intime confère au texte une tonalité particulière, presque testamentaire, qui le distingue nettement des œuvres précédentes.

D’autre part, Dagerman, dans sa vie personnelle, a souvent frôlé ce seuil de la mort qu’il décrit dans Le Jour dernier, par des pratiques ordaliques répétées, comme s’il cherchait à éprouver la limite pour mieux renaître. On peut ainsi considérer qu’il tentait lui-même de faire de chaque jour un « jour dernier », un recommencement possible. À partir de cette hypothèse, Le Jour dernier pourrait être lu comme le texte où se dit quelque chose de profondément enfoui, une vérité intime, pour ne pas dire le lieu où affleure le symptôme de Dagerman.

Parce qu’il s’agit de son ultime œuvre achevée et publiée de son vivant, Le Jour dernier éclaire en effet d’un jour nouveau l’ensemble de son œuvre. Son titre résonne avec une force particulière : il invite à relire les romans, les nouvelles et les essais comme autant de variations autour d’un même vacillement, celui du prolongement infini du jour dernier, du jour d’avant la mort — ce qui peut se présenter à la fois comme un purgatoire sans fin et un rachat salvateur.

« Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de ne pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu », écrivait-il dans ‘’Notre besoin de consolation est impossible à rassasier’’. Et d’enchaîner : « personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles… ». Il ne semble donc pas s’agir d’une incapacité à écrire ni d’une sécheresse créative, mais d'une conscience très fine d’un homme qui veut jouir de sa liberté, sans être conditionné par qui que ce soit… qu’en pensez-vous ? 

Kristina Ifwarson : Les phrases que vous citez laissent effectivement entrevoir que le silence de Dagerman ne relève pas uniquement d’une incapacité à écrire, mais peut aussi s’interpréter comme une forme de résistance. On pourrait y lire un acte politique, au sens où il refuse de se plier à l’injonction de produire, aux attentes éditoriales ou sociales qui voudraient faire de l’écrivain un fournisseur de textes. Il protège son talent comme quelque chose de fragile, presque sacré, qu’il ne souhaite mobiliser que lorsqu’une nécessité intérieure l’y contraint.

Cette exigence, qui est aussi une vulnérabilité, éclaire la tension entre liberté de création et aliénation psychologico-sociale. Dans cette perspective, Le Jour dernier apparaît comme un texte où cette tension se déploie pleinement.

Dagerman y met en scène des personnages dont la liberté est entravée par des forces qui les dépassent : la culpabilité, Dieu, la famille, les normes sociales, les contraintes économiques. Magnus, Märta, Lennart, Tora, Siv sont pris dans un réseau d’aliénations qui limite leur marge d’action. La pièce interroge ainsi les conditions de l’émancipation : comment se dégager de ce qui nous assigne, comment trouver une voie qui ne soit pas dictée par la peur, le devoir ou le regard des autres ?

Cette question de la liberté, au cœur de la pièce, résonne avec la situation personnelle de Dagerman dans ces années. Son silence peut se comprendre non comme une sécheresse créative, mais comme un refus de céder à des exigences extérieures, un geste de préservation et de résistance d’un homme écrasé par les attentes publiques et la notoriété. Le Jour dernier éclaire ainsi une période où Dagerman écrit moins, mais où chaque mot semble pesé à l’aune de ce qu’il reste à dire.

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En votre qualité de psychanalyste, que répondez-vous à Georges Ueberschlag, un des biographes de Dagerman qui écrivait : « il est probable qu’un psychanalyste aurait décelé chez lui une sorte de schizophrénie évolutive, un fossé se creusant lentement entre ce qu’il avait été (enfant pauvre d’ouvrier, ndlr) et dont il se montrait jaloux, et ce qu’il ne pouvait plus être » ? Dagerman fut-il victime de son ascension sociale ?

 

Kristina Ifwarson : L’hypothèse formulée par Georges Ueberschlag touche à quelque chose de réel : Dagerman porte en lui une déchirure profonde entre son enfance paysanne, à laquelle il se sent « indéfectiblement lié », et la célébrité soudaine qu’il acquiert comme écrivain. Cette tension est redoublée par la notoriété de sa nouvelle épouse, Anita Björk, qui l’introduit dans un milieu mondain où il ne se reconnaît pas. Il devient une figure publique, un auteur célébré, tout en restant habité par la nostalgie d’un monde plus rude, plus silencieux, plus vrai.

 

C’est précisément à ce moment d’ascension sociale qu’il cesse de publier des romans, le genre qui avait fait sa renommée, et qu’il écrit Le Jour dernier. Ce déplacement n’est pas anodin ; au lieu de poursuivre la trajectoire attendue, il revient vers un matériau intime, vers les lieux et les figures de son enfance, comme si la fiction devenait le seul espace où affronter ce déchirement.

 

La pièce met en scène des personnages pris dans des déterminismes sociaux, moraux ou affectifs, et interroge les conditions de leur liberté. On peut y lire une tentative de comprendre ce qui, en lui, résiste à l’intégration dans un monde auquel il n’appartient pas vraiment.  En ce sens, Dagerman n’est pas tant « victime » de son ascension sociale qu’il en est le témoin inquiet.

 

Le Jour dernier apparaît comme un geste d’après-coup, presque analytique : il revient sur des blessures non refermées, sur des zones obscures de son histoire, comme si c’était dans ce passé qu’il pouvait trouver les réponses à ses douleurs présentes. L’écriture devient alors un travail de réparation toujours à faire, une manière de renouer avec ce qu’il a été pour comprendre ce qu’il est devenu, une consolation impossible.

 

 

Revenons à son ultime œuvre. Sans être à proprement parler sa dernière œuvre, Le Jour dernier est, à en croire son auteur, « la meilleure que j’aie jamais faite ». Qu’est-ce qui distingue cette œuvre, par rapport aux autres ? Voire de celles de sa génération ?

 

Kristina Ifwarson : Il est toujours difficile de comparer des genres aussi différents que le roman, l’essai ou le théâtre, mais Le Jour dernier se distingue par une singularité qui tient autant à sa forme qu’à sa langue. C’est une pièce radiophonique, une œuvre de voix, de souffle et de silence, écrite dans un dialecte régional qui restitue la langue brute du milieu paysan. Dagerman y travaille au plus près du noyau de la langue, dans une oralité qui mêle le quotidien le plus prosaïque à une dimension métaphysique.

 

Le texte oscille entre le réel et l’étrange, entre la temporalité concrète d’une journée et des irruptions qui relèvent du fantastique. Cette capacité à tenir ensemble des registres opposés est un véritable coup de force. Ce qui frappe également, c’est l’équilibre que Dagerman parvient à créer entre une puissance spirituelle, presque philosophique, et une attention minutieuse à la vie rurale, à ses gestes, à ses contraintes.

 

Peu d’auteurs de sa génération réussissent cette alchimie, celle d’une œuvre à la fois ancrée dans un monde social très précis et ouverte à des questions existentielles d’une ampleur rare. C’est sans doute ce qui lui fait dire que c’est « la meilleure » qu’il ait écrite, car elle condense son art, sa lucidité, sa fragilité, et son rapport si particulier à la liberté. Une œuvre de la même époque qui vient immédiatement à l’esprit est En attendant Godot de Beckett.

 

Les deux textes partagent une tension morale, une économie de moyens, une forme de dépouillement. Mais là où Beckett inscrit  l’absurde dans la disparition de Dieu et l’attente vaine, Dagerman refuse de se résoudre à cette absence. Le Jour dernier évoque bien sûr le jour du Jugement dernier, mais Dagerman en déplace le sens — il ne s’agit pas du jugement après la mort, mais du moment juste avant qu’elle n’advienne. La pièce confronte chaque personnage à une question vertigineuse : « Que ferais-tu si c’était le dernier jour de ta vie ? ».

 

 

Les réponses que chacun se donne disent beaucoup de leur être, mais elles révèlent surtout une intuition centrale, le fait que Dagerman cherche, en faisant de chaque jour un « jour dernier », à forcer la vie à dire son sens. Il tente de permettre à chacun de se dire « Voilà ce qu’aura été ma vie », mais par anticipation, en trompant la vie, en faisant croire que le dernier jour est déjà là. Par ce procédé, il cherche à redonner du sens à ce qui apparaît d’abord comme chaotique ou arbitraire.

 

La question de Dieu, en filigrane, renforce cette singularité. Pour Dagerman, Dieu est mort, mais il n’arrive pas à s’en consoler. Il le somme de revenir dans le réel, il guette les signes, les ombres, les présences indéterminées. Tora, par exemple, veut brûler les églises pour que Dieu, se retrouvant sans domicile, soit obligé de venir répondre aux hommes.

 

Dagerman pleure la mort de Dieu sans renoncer à l’idée de sa possible réapparition. Là où, chez Beckett, Dieu se réduit à l’attente d’un être qui ne vient jamais — au point qu’on se demande s’il existe vraiment —, chez Dagerman il prend la forme d’une ombre qui erre : projection mentale, foule indistincte, force surnaturelle, diable peut-être.

 

Ce Dieu n’est ni celui des religions ni celui de la métaphysique classique. Dagerman ne renonce pas à Dieu, mais il le transforme : ce n’est plus une figure transcendante mais une ombre, une trace, une présence indéterminée qui rôde autour des personnages. On pourrait parler d’un « Dieu immanent », ou plutôt d’un Dieu fantomatique, un Dieu qui n’est plus tout à fait Dieu mais qui n’a pas disparu pour autant, un Dieu qui demeure comme une inquiétude, un appel, une possibilité.

 

Il n’y a pas non plus d’absurde au sens beckettien, pas de comique, pas d’ironie. Là où l’ironie pourrait sembler affleurer, comme dans la scène où le rôdeur change de visage, la pièce bascule au contraire dans la figure du diable, dans une angoisse qui s’incarne. En somme, Dagerman ne renonce ni à Dieu ni au sens, mais déplace leur acception. En transformant chaque jour en « jour dernier », il tente de redonner du sens à la vie.

 

Le Jugement dernier, chez lui, n’est pas le jugement de Dieu sur l’homme, mais celui de l’homme sur sa propre vie. C’est cette tension —  entre lucidité et espérance, entre fin et recommencement — qui fait de Le Jour dernier une œuvre à part, l’une des plus puissantes de sa génération.

 

 

Ceux qui connaissent Dagerman, cet enfant sans famille, ce poète maudit d’Älvkarleby, cet anarcho-syndicaliste déçu… savent qu’il doit beaucoup (sa vie même) à ses grands-parents paternels, morts tragiquement et « absurdement », dans leur ferme en son absence. Peut-on considérer les derniers textes de Dagerman comme un hommage à ces deux êtres, puisque Ennuis de noce et Le jour dernier se déroulent dans le milieu rural ? Sinon, comment expliquer le choix de la campagne comme théâtre de ses derniers récits ?

 

Kristina Ifwarson : Il est certain que Dagerman revient, dans ses derniers textes, sur les lieux et les figures de son enfance, et que ce mouvement n’est pas anodin. Ses grands-parents paternels ont joué un rôle déterminant dans sa vie, et leur disparition, en particulier celle, tragique, de son grand-père, constitue une blessure profonde.

 

Les personnages de Magnus et Märta dans Le Jour dernier en portent sans doute la trace. En les transformant en figures de fiction, il leur confère une dignité littéraire, presque un statut héroïque. Mais au-delà de l’hommage, c’est surtout lui-même qu’il cherche dans ce retour à la campagne. Ce choix du milieu rural n’est pas seulement un décor, c’est un espace psychique où se rejouent les tensions de son histoire.

 

En y revenant, Dagerman tente de comprendre ce qui, dans ce passé, continue d’agir en lui, ce qui n’a pas été élaboré, ce qui reste obscur. Ennuis de noce comme Le Jour dernier sont des récits qui cherchent à mettre en forme des éléments restés en suspens. Ces œuvres ne sont donc pas seulement des hommages, ce sont des tentatives de renouer avec un passé douloureux pour en dégager un sens.

 

À une période de grande fragilité, Dagerman revient vers ce qui l’a constitué, comme si la fiction était le seul lieu où affronter ce qui n’a jamais été dit. La campagne devient alors le théâtre d’une exploration intérieure, un espace où il cherche des réponses à ses douleurs présentes en revisitant les traces de son histoire. La force créative de Dagerman, ce qui fait de lui un grand écrivain, est sa capacité à donner une portée universelle à des questions profondément intimes.

 

 

Plusieurs critiques et traducteurs de l’œuvre de Stig, dont Lo Dagerman, Philippe Bouquet, Georges Périlleux, Claude Le Manchec… (et moi-même) évoquent des liens de son œuvre avec l’existentialisme français, notamment Sartre, Camus, ainsi qu’avec le Danois Kierkegaard. Dagerman a-t-il été influencé par la pensée existentialiste ? Ou développait-il ses propres théories existentielles ?

 

Kristina Ifwarson :  Il est vrai que l’on retrouve chez Dagerman un dispositif proche de celui de l’existentialisme : des hommes et des femmes placés en situation, confrontés à des choix, à la liberté, à la culpabilité, à la mort, à l’angoisse. En ce sens, il partage avec Sartre ou Camus une manière de placer ses personnages face à des questions radicales, sans recours à une transcendance qui viendrait résoudre leurs dilemmes. Ils sont seuls devant leurs actes, seuls devant ce qui les engage.

 

Mais Dagerman ne se contente pas d’adopter une posture existentialiste, il déploie une pensée qui lui est propre, plus inquiète, plus vacillante, et surtout plus habitée par la question de Dieu. Même si la pièce se déploie comme un vaste moment d’angoisse, il ne s’agit pas de la même angoisse que chez Sartre, pour qui elle est liée à la condition d’être libre. Chez Dagerman, l’angoisse peut s’en rapprocher — notamment lorsque Tora veut assumer un acte extrême et se définir comme « meurtrière » — mais elle prend surtout la forme d’une menace extérieure, celle de l’homme qui rôde.

 

Cette figure indécidable peut être un simple passant, un Dieu qui prendrait tous les visages pour venir juger les hommes, l’hallucination née de la psyché de Magnus, ou la faucheuse, la Mort en personne. Dagerman laisse volontairement cette ambiguïté ouverte, et c’est elle qui donne à la pièce sa tonalité si particulière, une angoisse qui n’est jamais purement psychologique, mais qui touche à la fois au réel, au spirituel et au fantastique. Dagerman ne développe donc pas une théorie existentialiste au sens strict.

 

Il invente une pensée existentielle singulière, où la liberté est traversée par une forme de mystère, où l’angoisse n’est jamais séparée de l’espérance, et où la question de Dieu demeure ouverte, même sous forme fantomatique. Cette tension entre lucidité et croyance, entre désespoir et attente, donne à son œuvre  une tonalité unique. Elle le rapproche des existentialistes tout en le maintenant à distance, dans un entredeux qui est sa véritable signature. 

 

 

Traduite en plusieurs langues, dont l’arabe, l’œuvre de Dagerman connaît aujourd’hui une véritable résurrection, notamment avec les travaux de Le Manchec, Lo Dagerman, et d’Olivier Gouchet (Lettres choisies de Dagerman)… mais d’autres textes sont toujours inaccessibles en français et en arabe. Je parle notamment de la biographie d’Olof Lagercrantz. À quoi cela est-il dû à votre avis ? Absence d’intérêt, de fonds ou d’éditeurs passionnés par la littérature nordique ?

 

Kristina Ifwarson : La résurrection actuelle de Dagerman doit beaucoup à des passeurs passionnés, mais il faut reconnaître que sa réception demeure encore confidentielle. Hormis Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, qui a touché un public très large, l’essentiel de son œuvre reste lu par des spécialistes. Ses romans sont exigeants, ils s’ancrent dans des réalités sociales très situées, celles de l’après-guerre suédois, et abordent des thèmes — l’angoisse, la culpabilité, la liberté, la mort — qui ne sont plus au centre des préoccupations éditoriales contemporaines.

 

Cela peut rendre certains textes plus difficiles à porter pour des éditeurs, surtout lorsqu’il s’agit de traductions coûteuses ou de biographies comme celle d’Olof Lagercrantz. À l’exception peut-être du Jour dernier, qui possède une force singulière car c’est un texte qui peut être joué, réinventé, porté par une mise en scène. Il traite de thèmes très actuels — l’émancipation féminine, la critique du patriarcat, la question religieuse envisagée non comme croyance mais comme présence inquiète.

 

Et surtout, il met en scène un basculement générationnel d’une grande modernité. Magnus et Märta incarnent un monde ancien, celui de la culpabilité, de la foi, de la soumission aux déterminismes sociaux. Ils sont les figures d’une époque qui s’efface. Face à eux, les enfants — Lennart, Tora, Siv — représentent une génération qui tente de rompre avec cet héritage. Tora veut faire table rase, Lennart cherche à s’arracher à la violence paternelle mais la répète malgré lui, Siv incarne une forme d’innocence naïve tout en incarnant l’aliénation, notamment par sa condition de domestique et son rapport à Lennart.

 

Ce conflit entre les générations, cette tentative de sortir d’un monde régi par la honte, la fatalité et la domination masculine, donne à la pièce une résonance très contemporaine.  L’absence de traduction de certains textes ne relève donc pas d’un manque d’intérêt pour Dagerman, mais plutôt d’un ensemble de facteurs : la complexité de l’œuvre, la fragilité du marché de la littérature nordique hors des genres dominants, et la nécessité d’éditeurs prêts à s’engager dans des projets ambitieux.

 

Le Jour dernier, par sa puissance dramatique et sa lecture des générations, est peut-être l’œuvre qui a aujourd’hui le plus de chances de toucher un public nouveau.

 

Avez-vous, pour finir, rencontré, lors de votre travail de traduction de Dagerman du suédois au français, des difficultés en termes de langue, du style…

 

Kristina Ifwarson : La traduction du Jour dernier a présenté des difficultés réelles, essentiellement liées à la langue. Dagerman écrit dans un dialecte de l’Uppland, une langue très située : celle d’un endroit, d’une époque (les années 1950) et d’un milieu paysan.

 

 

C’est une langue fortement contextualisée, presque un idiome. Elle porte en elle les rythmes, les inflexions, les silences d’un monde rural aujourd’hui disparu. Mais c’est aussi, pour Dagerman, la langue perdue de son enfance, une langue intime, chargée de mémoire. L’enjeu était donc de rendre cette langue accessible au lecteur français sans en effacer la singularité. Le risque, en la lissant, aurait été de perdre sa musique particulière, son étrangeté, ce mélange de rudesse et de poésie qui fait la force du texte.

 

Le travail a consisté à trouver un équilibre, rendre le texte lisible tout en conservant quelque chose de cette tonalité décalée, de cette oralité brute qui donne au texte son caractère presque hypnotique. Toute traduction pose la question de l’intraduisible, mais ici elle se posait avec une acuité particulière. Il fallait restituer non seulement des mots, mais un monde, à savoir une manière de parler, une manière de respirer, une manière d’habiter la langue.

 

Mon espoir a été de préserver cette singularité, de laisser affleurer l’étrangeté de la langue originale, afin que le lecteur français puisse entendre, même de loin, la voix de Dagerman telle qu’elle résonne dans le texte suédois.

 

Crédits photo : Kristina Ifwarson

 
 
 
 
 
 
 
 

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Le jour dernier

Stig Dagerman, Stig Dagerman trad. Kristina Ifwarson

Paru le 21/08/2026

128 pages

Editions La Barque

22,00 €

Les choses muettes

Kristina Ifwarson

Paru le 13/06/2024

330 pages

Ginkgo

19,00 €

Carnet du bord

Kristina Ifwarson, Sophie Jouve

Paru le 03/03/2025

96 pages

Voix d'encre

26,00 €

L'Homme sans masque

Kristina Ifwarson

Paru le 24/09/2026

270 pages

Ginkgo

18,00 €

Ennuis de noce

Stig Dagerman trad. Carl Gustav Bjurström, Lucie Albertini

Paru le 08/11/2016

338 pages

Editions Maurice Nadeau

21,00 €

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Stig Dagerman, Stig Dagerman

Paru le 29/09/2008

21 pages

Actes Sud

4,90 €

Mille ans avec Dieu

Stig Dagerman trad. Olivier Gouchet

Paru le 17/05/2024

96 pages

Editions de l'Eclat

8,00 €

En attendant Godot

Samuel Beckett

Paru le 05/07/2007

134 pages

Les Editions de Minuit

8,00 €

Lettres choisies

Stig Dagerman trad. Olivier Gouchet

Paru le 06/03/2024

304 pages

Actes Sud Editions

22,80 €

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Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.

17/08/2026, 17:51

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“Les richesses du sol africain l’ont carrément appauvri”

Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.

14/08/2026, 16:15

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“Face à des mégafeux incontrôlables, la Grèce n’en finit plus“

Tout brûle en Grèce, pas seulement la nature éprouvée par la sécheresse et l’incivilité de ses habitants, elle brûle parce que la police est corrompue, l’environnement est bafoué et les hommes politiques sont malhonnêtes. Et pourtant, la Grèce est un pays attachant, plein de ressources et de bonnes volontés. Cependant, la sincérité n’est pas un gage suffisant d’honnêteté, Nikos Nikolopoulos le démontre au fil de ce polar passionnant, efficace dans lequel s’entremêlent plusieurs histoires, passées ou récentes, qui finissent toujours par converger vers un drame.

04/08/2026, 15:33

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“Un réseau de librairies plus fort et plus moderne” : l’ambition de l’ALIM au Maroc

Hassan El Kamoun est partout. Il porte la voix des libraires du Maroc et celle de l’ALIM. On le voit sur le terrain, dans son pays, mais aussi en France, en Belgique ou aux Émirats arabes unis, inlassablement mobiliser, convaincre et attirer l’attention sur les enjeux de la librairie. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/08/2026, 16:07

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Oser Joyce : deux années avec Ulysse

Pendant deux ans à plein temps, Michel et Michela Gribinski ont vécu au rythme de Leopold Bloom, traversé six fois Dublin et remis chaque phrase sur le métier. De cette immersion naît une nouvelle traduction d’Ulysse, guidée par un pari : retrouver, sous le monument à la réputation si intimidante, le roman, ses corps, ses voix, son burlesque et sa mélancolie.

27/07/2026, 18:22

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“Le collectif doit primer sur l’ego” : la SAIF invente un prix contre la logique des prix

Comment récompenser des artistes sans renforcer la compétition qui structure déjà leur secteur ? Avec le Prix La SAIF x Ce qui nous lie, Églantine de Boissieu assume ce paradoxe : distinguer un collectif, non pour couronner une œuvre ou une carrière, mais pour lui offrir trois jours durant lesquels il pourra cesser de produire. Une manière de traiter le temps, le repos et les relations de travail comme des ressources politiques.

24/07/2026, 16:16

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“Quand un artiste affirme que son œuvre n’est pas politique, c’est déjà politique”

Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.

22/07/2026, 15:51

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La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Ancienne ingénieure à la SNCF, Nawal Kerdougli a créé au printemps ManYaya, la première librairie exclusivement antiraciste en France. Interrogée par ActuaLitté, elle revient sur les origines de ce projet, ses choix éditoriaux et son ambition de rendre ces ouvrages accessibles partout en France, notamment dans les territoires où l’offre spécialisée est limitée.

17/07/2026, 17:27

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Renaud Lefebvre (SNE) : “Les opérateurs d'IA sont en infraction permanente”

L'année 2026 n'est pas de tout repos pour l'industrie de l'édition, confrontée à un repli des ventes et à un recul apparent des pratiques de lecture. Parallèlement, la situation budgétaire de l'État entraine une contraction des soutiens publics, tandis que de puissants acteurs technologiques prennent leurs aises, afin de développer des outils d'intelligence artificielle... Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l'édition (SNE), est revenu pour ActuaLitté sur quelques sujets de préoccupation.

16/07/2026, 11:19

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Yon : la BD de Camille Broutin qui fait dialoguer manga et science-fiction

Noure, libraire au Renard doré, dans le 5e arrondissement de Paris, défend Yon, de Camille Broutin, publié chez Dargaud. Entre manga, science-fiction et récit de survie, elle voit dans ce premier tome une œuvre graphique très maîtrisée, portée par des adolescentes qui existent pour elles-mêmes et par une narration assez ouverte pour accueillir de nombreux lecteurs.

14/07/2026, 15:49

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Makassar “unique fautif” ? Pollen refuse le procès trop simple

La crise Makassar ne se résume pas, estime Benoît Vaillant, à la défaillance d’un seul — fut-il diffuseur-distributeur. À la tête de Pollen, il organise actuellement l’arrivée d’une trentaine de structures (principalement de BD), en collaboration avec Vincent Dodivers. Mais le président de Pollen réaffirme surtout le besoin d’une lecture plus collective, face à un modèle qu’ont fragilisé les coûts de stockage.

10/07/2026, 10:14

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OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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On était des anges : la bande d’ados si juste qu’on croit l’avoir connue

À la librairie Vignettes, dans le 19e arrondissement de Paris, Ariane défend On était des anges, album d’Anne-Caroline Pandolfo dessiné par Terkel Risbjerg et publié chez Dargaud. Ce qui la frappe : une bande d’adolescents immédiatement crédibles, un récit qui alterne comédie, mélancolie et silences, et un dessin dont la fluidité apparente cache une précision très fine.

05/07/2026, 10:56

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

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“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

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“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Intuition : “Le corps sait souvent avant nous”

Pourquoi devient-il parfois si difficile de savoir ce que l’on pense vraiment, ce que l’on ressent ou même ce que l’on veut ? Sollicitations permanentes, rythme soutenu et bruit mental finissent par couvrir cette perception plus discrète que l’on appelle intuition. Fondatrice du centre d’enseignement Infinite Spirit, formatrice et thérapeute, Johanna Hani propose de retrouver un peu de silence, de revenir aux sensations du corps et d’apprendre à distinguer l’intuition de l’anxiété ou de la peur. 

14/09/2026, 14:58

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“Le problème n’est pas de savoir si une IA a touché au texte, mais qui décide”

À mesure que l’intelligence artificielle s’immisce dans les pratiques d’écriture, une question revient avec insistance : que reste-t-il de l’auteur lorsque la machine intervient dans le texte ? Nicolas, créateur d’Atypikal Life, propose de déplacer le débat. Plutôt que d’opposer frontalement écriture humaine et IA, il interroge la transparence, la responsabilité et ce que l’auteur choisit — ou refuse — de déléguer.

14/09/2026, 07:00

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Ben Templesmith, l'homme qui a appris à l'ombre comment mordre

Ben Templesmith se reconnait en humant les planches, les yeux fermés : des histoires où le papier sent l'humidité, la lumière malade et les personnages contaminés par quelque chose qui les dépasse. En 20 ans, de Hellspawn, 30 Days of Night à Wormwood, l'Australien a construit un dessin qui s'est métamorphosé sans s'assagir : juste plus précis dans l'angoisse. Il suffit de regarder ses noirs.

13/09/2026, 07:00

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La Médecine du Travail interdit le retour au boulot à ces six héros de roman

Dans les romans, le Code du travail semble avoir été imprimé en caractères minuscules, puis abandonné quelque part entre la page de copyright et la table des matières. Enquête à l’autre bout du monde, magie non déclarée, poisons au Vatican, cadavres à restaurer : six personnages passent aujourd’hui leur visite médicale. Certains auraient dû venir plus tôt.

12/09/2026, 06:00

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25 ans après le 11-Septembre, les vies derrière l’Histoire

Le 11 septembre 2026, New York commémore les 2977 morts des attentats d’al-Qaïda tandis que la ville ouvre plus de 170.000 pages d’archives sur leurs conséquences sanitaires. Un quart de siècle après, l’événement déborde encore Ground Zero : guerres, soupçon et Guantánamo ont prolongé son histoire. Huit livres rendent à ce récit ce que les doctrines effacent : des enfants, des corps, des familles et des voix.

 

11/09/2026, 13:08

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Faire exister des espaces littéraires alternatifs contre vents et marées

À l’occasion de la 4e édition du festival Read & Shine, ActuaLitté ouvre ses colonnes à Déli, fondatrice d’Overbookées. Elle revient sur la naissance de ce rendez-vous dédié aux littératures et savoirs féministes et antiracistes, sur la nécessité de faire entendre des voix encore marginalisées dans l’édition, et sur les enjeux d’une nouvelle édition placée sous le signe des « Mémoires pour les lendemains ».

09/09/2026, 13:56

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Entre deux rives
: ni robe, ni linceul, mais un deuil blanc

Clinique sauvage, c'est le nom de la chronique que Salim Rzin, psychanalyste et essayiste, ethnoclinicien et praticien en psychosomatique, inaugure pour la rentrée dans nos colonnes. Pour ce premier texte, Tanger devient le point de départ d’une réflexion sur l’exil, la perte et ce « deuil blanc » qui maintient parfois l’adulte sur une rive intérieure qu’il ne parvient plus à rejoindre. Entre psychanalyse, littérature et cinéma, il interroge ce qui demeure vivant en nous lorsque le désir semble s’être retiré.

09/09/2026, 12:48

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Libraires en grève : “Ce n'est pas possible qu'on gagne le Smic encore aujourd'hui”

À 25 ans, quatre années de librairie derrière elle et un salaire toujours au Smic, une jeune libraire venue débrayer ce mardi 8 septembre résume en quelques phrases ce qui pousse une partie de la profession à tenter un exercice encore inhabituel : la grève.

08/09/2026, 18:33

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“Un livre ne devrait pas être condamné à disparaître parce que le suivant est déjà en route”

Combien vaut le temps consacré à un livre ? Dans l’illustration jeunesse comme dans la bande dessinée, la question se pose avec acuité lorsque des rémunérations modestes conduisent à multiplier les projets. Ni procès des petits éditeurs, ni reproche adressé aux artistes : c’est la mécanique économique qui mérite d’être interrogée. Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade, partage ici quelques-uns de ses propres questionnements.

08/09/2026, 17:02

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Visite insulaire : les rituels de Victor Hugo à Guernesey

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. » Dans une maisonnette en pierre, surveillée par une rose trémière jaune, dans le silence du matin, je pose sur la table une tasse en porcelaine blanche, remplie d’un café noir, et j’ouvre Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je le fais le premier matin, et je ferai ainsi chaque matin de la semaine passée à Guernesey. Suivez la guide...

07/09/2026, 17:25

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Silver Surfer : Parabole, le jour où Moebius redessina un dieu avec Stan Lee

En 1988, une rencontre improbable se produit chez Marvel. Stan Lee reprend le personnage dont il avait façonné la voix vingt ans plus tôt ; face à lui, Moebius, maître de la science-fiction européenne, accepte de se plier aux contraintes du comic book américain. À peine cinquante pages plus tard, Silver Surfer: Parable a transformé le combat entre Galactus et son ancien héraut en réflexion sur la foi, le pouvoir et la liberté.

05/09/2026, 11:50

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Rentrée scolaire : six professeurs convoqués par l'Inspection

Les élèves ont repris le chemin de l’école ce 1er septembre 2026. Pour certains enseignants, la rentrée pourrait tourner court. Expérience autoritaire, lancer d’élèves, fascination fasciste, bacchanale et cours particulier achevé au couteau : les dossiers ont ébranlé les services de l'Inspection. Pour l'Éducation nationale, une question : peut-on vraiment les laisser poursuivre ?

05/09/2026, 06:00

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Lamartine, Nerval, Gautier : les écrivains français amoureux d’Istanbul

Carrefour des civilisations, théâtre où se sont jouées les destinées de l'Orient et de l'Occident, Istanbul a fasciné des générations d'écrivains français qui, du XVIIe au XXe siècle, ont tenté de refléter dans leurs œuvres l'indicible beauté de cette cité millénaire. Par Amel Aït-Hamouda.

04/09/2026, 14:58

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“Lire un livre n’est pas un délit” : un éditeur dénonce la destruction d’un ouvrage

Les Éditions Syllepse et le chercheur et militant internationaliste Joseph Daher dénoncent la saisie puis la destruction d’un exemplaire du Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme lors d’une perquisition visant Nicolas Shahshahani, vice-président d’Europalestine, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ».

03/09/2026, 17:54

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Une IA explore la mémoire moléculaire des livres anciens

Exclusif - Après avoir identifié protéines, médicaments ou autres résidus sur les documents de Vlad III, Jack London, Casanova et Alessandro Volta, l’équipe de Gleb et Svetlana Zilberstein veut franchir une nouvelle étape. Son « Cabilly Project » associe données biochimiques, archives et intelligence artificielle pour générer des hypothèses historiques. ActuaLitté révèle aussi l’existence de travaux, encore non publiés, sur André Malraux, Stendhal et Marcel Proust.

03/09/2026, 17:07

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Yannick Haenel : comme un air de déjà-lu dans la rentrée littéraire

Exclusif - Un manuscrit de professeur refusé chez Gallimard, le roman d'un ex-professeur publié trois ans plus tard par la maison et de l'un à l'autre ouvrage des scènes, motifs et références parfois voisins. La comparaison de Grand Poisson, de Fabrice Sanchez (Plon, août 2025), avec La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel (Gallimard, août 2026), ne révèle pas de contrefaçon, mais soulève quelques sourcils.

02/09/2026, 17:01

ActuaLitté

Facturation électronique : “Aux petits, la traçabilité ; aux puissants, le brouillard administratif”

La facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, promet de simplifier la vie des entreprises. Pour Guilhem Méric, auteur indépendant, elle risque au contraire d’ajouter une contrainte de plus à des créateurs déjà fragilisés par la précarité économique et la concurrence de l’intelligence artificielle générative. Le départ d’un illustrateur avec lequel il travaillait interroge une réforme qui, selon lui, fait peser une part croissante de ses exigences sur les plus petites structures du monde du livre.

02/09/2026, 15:59

ActuaLitté

Antonin Artaud : la guerre des archives n’est pas terminée (réponse à Florence de Mèredieu)

Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.

01/09/2026, 17:05

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De Proust à Perec : comment Shéhérazade a changé la littérature française

Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.

31/08/2026, 17:44

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La Griffe Noire : “Tout ça ne fait donc pas de vous un libraire indépendant ?”

Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif. 

31/08/2026, 14:00

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Freida McFadden : anatomie d'une machine, aux accents bien connus

Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?

29/08/2026, 10:00

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Neuf mois plus tard : 80 livres à lire avant l’arrivée du bébé

Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
 
 
 

29/08/2026, 09:00

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Six livres créent une application de rencontre pour éviter de finir seuls en rayon

On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.

29/08/2026, 08:00

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Après Perec, Queneau et Calvino : l’Oulipo peut-il encore surprendre ?

Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».

28/08/2026, 17:22

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Du marathon au bain glacé : ce que notre culte de la performance dit de nous

Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.

25/08/2026, 09:09

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Anxiété de la rentrée : pourquoi le retour au travail peut être si difficile

Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.

25/08/2026, 09:05

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Six romans recalés à l’aéroport pour excédent de bagage... émotionnel

Les compagnies aériennes sont formelles : au-delà de 23 kilos, il faut payer un supplément. La littérature, beaucoup moins regardante, autorise ses personnages à embarquer avec une enfance traumatique, trois générations de non-dits, un père mort, plusieurs amours compliquées et parfois une résurrection complète. Au retour des vacances, il était temps que quelqu’un contrôle tout cela.

22/08/2026, 11:05

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La bienveillance, “complément idéal d’un monde de plus en plus brutal”

Il fallait bien que quelqu’un finisse par manquer de bienveillance envers la bienveillance. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan s’y risque ici, en prenant au sérieux ce que nos précautions, nos bons sentiments et notre vocabulaire soigneusement capitonné disent de notre rapport au conflit. Une humeur volontairement piquante, où la politesse des mots se retrouve priée de s’allonger sur le divan.

22/08/2026, 10:05

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Voyageuses en Orient : entre émancipation et clichés

Si Flaubert, Chateaubriand ou Nerval ont construit l’Orient rêvé du XIXe siècle, des écrivaines-voyageuses en ont, elles, franchi les portes closes. De Lady Montagu à Isabelle Eberhardt, elles ont observé l’intimité des harems et la vie des tribus. Mais ce regard « de l’intérieur » les a-t-il vraiment affranchies des clichés orientalistes ? Récit d’une émancipation littéraire aux mille contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.

19/08/2026, 18:18

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Journée mondiale du moustique : les insectes réclament des dommages et intérêts à la littérature

Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)

19/08/2026, 14:46

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Gestion contestée et conflit familial : un été au tribunal pour l'Harmattan

Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.

19/08/2026, 09:09

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Babel Indoor : quand les temples deviennent des livres de pierre

Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.

18/08/2026, 18:18

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Sur les traces de Pierre Loti dans l’Istanbul qu’il aimait

Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.

13/08/2026, 15:45

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Quand Carl Jung descendait dans ses propres ténèbres

Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.

12/08/2026, 18:08

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Un devoir rendu suffit-il encore à prouver qu’on l’a écrit ?

Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?

 

10/08/2026, 07:30

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Et si la nouvelle censure culturelle était celle qu’on ne voit plus ?

Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.

08/08/2026, 13:36