À moins d’un mois de sa cinquième édition, le festival Étrange Grande, rendez-vous consacré aux littératures de genre à Hettange-Grande, en Moselle, est annulé. L’équipe bénévole qui l’organise annonce également sa mise en retrait, après plusieurs jours de polémique autour de la présence de l’écrivain Christophe Dubourg, publié notamment par les éditions Magnus. Entre déprogrammation, réintégration, retraits d’auteurs et menaces reçues par les organisateurs, la controverse a fini par emporter l’ensemble de la manifestation.
Le 28/08/2026 à 18:33 par Hocine Bouhadjera
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28/08/2026 à 18:33
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Les 19 et 20 septembre prochains, Hettange-Grande devait accueillir près de 150 auteurs, artistes et intervenants pour la cinquième édition d’Étrange Grande. Il n’en sera rien. Le 27 août, l’équipe organisatrice a annoncé dans un communiqué sa « mise en retrait » et, par conséquent, l’annulation du festival.
Les bénévoles expliquent avoir été confrontés, au cours des jours précédents, à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, mais aussi à des « messages d’injures, de menaces et de violences ». Après des échanges avec les autorités, ils estiment ne plus pouvoir garantir des conditions suffisamment sereines et sûres pour accueillir le public, les auteurs, les exposants et les partenaires.
La crise trouve son origine dans la programmation de Christophe Dubourg. L’auteur de romans noirs devait participer au festival parmi les invités du pôle polar. Son nom figurait encore début août parmi les auteurs annoncés, et son roman Manhattan Paradise, publié en octobre 2025 par Magnus, avait même été retenu pour le Grand Prix des Pages de l’Étrange 2026, aux côtés de livres de David Bry, Sandy Bizzozero et Lucille Chaponnay, comme le montraient les sélections publiées en juillet.
Christophe Dubourg n’est toutefois pas exclusivement lié à Magnus. Né en 1968 et spécialisé dans le polar, il a également été publié par Lajouanie. Magnus présente aujourd’hui dans son catalogue de l’auteur quatre références, parmi lesquelles Manhattan Paradise, L’Année des loups et Les Loups et l’Agneau.
La gestion de la crise par le festival a ensuite connu plusieurs revirements. Selon Moselle TV, l’équipe avait d’abord décidé de déprogrammer Christophe Dubourg en raison de la publication de plusieurs de ses textes chez Magnus, estimant les « idéaux » associés à cette maison incompatibles avec ceux de la manifestation.
Selon Christophe Dubourg, sa première déprogrammation faisait suite à la menace de boycott d’un groupe d’auteurs invités. Dans un message publié le 19 août, l’écrivain affirme qu’un membre de l’organisation l’en avait informé par téléphone, sans toutefois identifier les auteurs concernés. Il dénonce alors un « chantage » et une « censure ». Quelques jours plus tard, il interpelle publiquement le festival afin d’obtenir leurs noms. Aucune liste de ces auteurs n’a, à ce stade, été rendue publique.
La déprogrammation déclenche alors une polémique en sens inverse. Les organisateurs changent de position : tous les auteurs et autrices initialement invités doivent finalement pouvoir participer. En revanche, aucun ouvrage publié par Magnus ne doit être vendu sur place ni figurer dans les sélections des prix du festival. Cette solution aurait donc notamment concerné Manhattan Paradise, jusque-là sélectionné pour le Grand Prix des Pages de l’Étrange.
Le compromis ne suffit toutefois pas à faire retomber la polémique. Les échanges se durcissent sur les réseaux sociaux et, quelques heures plus tard, l’équipe organisatrice annonce avoir reçu des « messages d’injures, de menaces et de violences » par différents canaux.
Face à cette montée des tensions, l’association choisit finalement de ne pas prendre le risque de maintenir la manifestation. « Notre responsabilité première est de préserver la sécurité de toutes les personnes concernées par l’événement », explique-t-elle. La décision va plus loin qu’un simple report : l’équipe annonce sa mise en retrait de l’organisation. Les auteurs, artistes, artisans, exposants et autres intervenants doivent être contactés individuellement afin de régler les conséquences pratiques de l’annulation.
La maison Magnus a été créée en 2021 par Laura Magné et Laurent Obertone, après le départ de la première des éditions Ring. Elle avait alors quitté la structure avec trois de ses principales figures : Laurent Obertone, Marsault et Papacito, comme le racontait ActuaLitté en 2021. Ces auteurs constituent ensuite le noyau de Magnus et de la revue La Furia. Laurent Obertone, Marsault et Papacito sont régulièrement rattachés à la droite radicale ou à l’extrême droite.
Sur son site, Magnus se présente comme une structure « libre et indépendante », qui entend publier sans « filtres ni compromis » et lutter contre ce qu’elle considère comme les carcans de la « pensée unique ». Elle revendique des auteurs « hors normes et hors système » et un projet éditorial explicitement construit autour de la contestation du « politiquement correct ».
Son catalogue comprend aujourd’hui, outre Christophe Dubourg, Laurent Obertone, Marsault, Papacito, Marguerite Stern ou encore Hervé Moreau. Une enquête d’ActuaLitté publiée en 2025 revenait longuement sur cet écosystème, ainsi que sur les liens entre Magnus et La Furia. Cette dernière avait notamment fait l’objet de plaintes de SOS Racisme et SOS Homophobie pour différents contenus, tandis que plusieurs distributeurs avaient choisi de ne plus la commercialiser.
Le festival Étrange Grande trouve son origine dans un atelier d’écriture créé en 2018 à la bibliothèque municipale d’Hettange-Grande par l’auteur Jean-Sébastien Guillermou. De cet atelier naît un recueil de nouvelles, puis l’idée d’un festival, dont la première édition est organisée en 2022. Le festival racontait lui-même cette histoire singulière en 2024.
Science-fiction, fantasy, fantastique, horreur, polar et romance y cohabitent avec des activités de jeu de rôle, des expositions, du cosplay et des spectacles. Le principe affiché consiste à réunir sous un même toit les différentes « littératures populaires » longtemps regroupées sous l’appellation de « mauvais genres ».
Dès sa deuxième édition, en 2023, environ 6000 visiteurs avaient fréquenté les 1400 m² du hall omnisports d’Hettange-Grande. La manifestation était depuis organisée avec le soutien de la commune et de la Communauté de communes de Cattenom et Environs.
Pour 2026, l’équipe tablait sur un événement réunissant près de 150 auteurs et quelque 7000 visiteurs. Cette cinquième édition devait être placée sous le signe de l’aventure et de la piraterie, autour notamment de l’univers de Robert Louis Stevenson, avec Pascale Quiviger comme invitée d’honneur. L'entrée devait, comme lors des précédentes éditions, rester gratuite.
À ce stade, les organisateurs n’ont pas annoncé ce qu’il adviendra du festival au-delà de l’annulation de septembre 2026. Après quatre éditions, l’avenir d’Étrange Grande reste donc désormais en suspens.
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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Après 29 années à l'Institut de France, dont 15 à la tête de la Fondation Simone et Cino Del Duca, Camille Bouvier a rejoint début juillet la Comédie-Française. Elle y occupe les fonctions de chargée de mission auprès de l'administrateur général, Clément Hervieu-Léger.
04/09/2026, 13:13
La réalisatrice et scénariste Pauline Deutsch passe au long-métrage avec Les Cimes, basé sur la nouvelle Lignine de l'autrice Fanny Desarzens. Coécrite avec Jacqueline Surchat, la production sera notamment tournée dans le Valais, en Suisse.
28/08/2026, 10:27
18 ans après sa première publication, C’était notre terre revient doublement à l’automne 2026. Le roman de Mathieu Belezi sera réédité le 17 septembre au Tripode, avant de devenir, du 6 au 10 octobre au Théâtre des Quartiers d’Ivry, un spectacle mis en scène par Célie Pauthe. Une même fresque chorale pour regarder de front la colonisation française de l’Algérie et son effondrement.
26/08/2026, 17:48
À l’heure où les crises semblent devenir notre horizon permanent, que peut encore la littérature ? Le 3 septembre 2026, la Fondation Catherine Gide réunira à l’Académie du Climat, à Paris, écrivains, artistes et chercheurs pour interroger les pouvoirs de la création face au dérèglement climatique, aux guerres et aux catastrophes. Une soirée pour penser ce que les mots peuvent encore déplacer lorsque le monde vacille.
26/08/2026, 16:16
À l’occasion de ses 400 ans, le Muséum national d’Histoire naturelle consacre une vaste exposition aux liens noués depuis quatre siècles entre création artistique et sciences naturelles. Dessin, peinture, sculpture et photographie y occupent naturellement une place centrale.
25/08/2026, 17:10
Auteur de plusieurs livres, dont Graffiti général (La Découverte, 2014), le scénariste Karim Boukercha a notamment travaillé avec Romain Gavras sur Notre jour viendra (2010) et Le monde est à toi (2017). Il explore cette fois l'univers du football à l'occasion de Bombonera, le nouveau film de Syrine Boulanouar, en salles ce 26 août.
24/08/2026, 09:46
Pour lire ce Lamartine, inutile de chercher l’encre. En 1883, Les Laboureurs, extrait de Jocelyn, donnait naissance à un objet pour le moins déconcertant : texte et ornements étaient directement façonnés dans la soie sur un métier Jacquard. Les bibliothèques de l'université Stanford (Californie) en conservent désormais un exemplaire, au cœur d’une exposition qui rapproche histoire du livre et technologies programmables.
21/08/2026, 15:55
La Maison Vacquerie — Musée Victor-Hugo, à Rives-en-Seine (Villequier, en Seine-Maritime), annonce l'ouverture d'une exposition consacrée au travail Auguste Vacquerie, opérateur au sein de l'atelier Hugo-Vacquerie, le 18 septembre prochain. L'événement s'inscrit dans le cadre du « Bicentenaire de la Photographie (2026-2027) ».
21/08/2026, 10:58
Un siècle après la rencontre d’André Breton et de celle qui allait devenir la figure centrale de Nadja, la Galerie Gallimard consacre une exposition à Léona Delcourt, dite Nadja. Intitulée « Ma main écrit ce que tu penses… » — Lettres et dessins de Nadja à André Breton, 1926-1927, elle se tiendra du 4 septembre au 3 octobre 2026, avec la participation de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.
17/08/2026, 18:18
À l'occasion de sa convention bisannuelle D23, le groupe Disney a présenté quelques-uns de ses grands projets à venir, dont un prochain film X-Men, pleinement intégré au Marvel Cinematic Universe. Les nouveaux visages de l'équipe ont été présentés à cette occasion, le 14 août dernier.
17/08/2026, 10:50
Cent ans, cela se fête. Même lorsqu’une partie de l’organigramme a été inventée de toutes pièces. À Londres, le Warburg Institute célèbre le siècle écoulé depuis l’ouverture, en 1926 à Hambourg, de la bibliothèque construite pour Aby Warburg ave The Department of Euterpe (1926–2026) : une « fiction institutionnelle » vouée au son. Derrière la plaisanterie universitaire se rejoue une conception très sérieuse de la bibliothèque : celle où le voisin d’un livre compte presque autant que le livre cherché.
11/08/2026, 10:30
À Hong Kong, un magazine culinaire des années 1980, des manuscrits de Lisa Yam et des ouvrages professionnels épuisés ont quitté les fourneaux pour les vitrines. Avec Treasured Recipes, la PMQ Taste Library rassemble plus de vingt livres, revues et documents pour retracer l’évolution des goûts et des pratiques alimentaires de la ville. Une histoire hongkongaise qui se lit, littéralement, à table.
11/08/2026, 10:23
Au cours de l’été, ActuaLitté s’est amusé à mettre en lumière des comptines et chansons pour enfants, avec le prisme d’un jeune père harassé par la fatigue, les insomnies et les biberons. Avec Le Sens Caché des Comptines, Benjamin Valière en fait une conférence musicale et humoristique. Une réjouissante entreprise de démolition de souvenirs enfantins, option doubles sens et interprétations qui, à force de chercher sous les jupes de la Mère Michel, finissent par trouver ce qu’elles étaient venues chercher.
11/08/2026, 07:00
Le musée Guimet présente à Paris, du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027, « Le savoir en trompe-l’œil. Corée, XVIIIe-XXe siècle ». Placée sous le commissariat d’Arnaud Bertrand, l’exposition est consacrée au chaekgeori, genre pictural coréen fondé sur la représentation en trompe-l’œil de bibliothèques et d’objets.
06/08/2026, 16:19
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32 Commentaires
Grivet46
28/08/2026 à 20:54
Incroyable !
L’intolérance à sens unique de ces gens n’a d’égal que leur bêtise et la grandiloquence de leur « haute conscience » !
Mais comme ce sont des censeurs dans l’âme, l’annulation du festival ne les tracasse pas vraiment…
Arthur Magnus
30/08/2026 à 10:29
Mais de quels "ces gens" parlez-vous ?
Parce que les "messages d’injures, de menaces et de violences" reçus par les organisateurs, sans préciser leur provenance ni désigner aucun camp politique, ne sont peut-être le fait de ceux que vous appelez "ces gens"...
Martine
29/08/2026 à 07:21
Super article. Je recommande
Delpard
29/08/2026 à 09:47
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cassandre
29/08/2026 à 15:15
Qu'est de donc que ces organisateurs de festival littéraire, fut-il de genre, prétendu mauvais, qui ne lisent pas les livres de leurs invités ? S'ils avaient un tout petit peu prêté attention à l'ignomineuse prose des éditions Magnus, ils ne se seraient pas aventurés à inviter un de ses auteurs.
LECTEUR ET AUTEUR
29/08/2026 à 17:55
Euh ce n'est pas cet auteur qui a provoqué l'annulation. Mais la demande (non acceptée) de quelques auteurs anonymes que Christophe Dubourg soit déprogrammé totalement du festival. Ou programmé mais sans son roman pourtant nommé sur le prix, pour les plus modérés.
Ce qui a mis le feu aux poudres entre les deux "camps" sur les réseaux. Votre titre est faux, voire malhonnête, cet auteur n'a absolument pas provoqué l'annulation du festival. Il s'agit d'une pression initiale d'auteurs anonymes pour qu'il soit déprogrammé, qui a mis le feu aux poudres.
Baragon
09/09/2026 à 19:19
Une personne elle-même anonyme qui, sans citer aucune source, explique à des journalistes la vérité sur une affaire sur laquelle ils viennent de publier un article. Ce serait mieux d'argumenter un minimum, quand même...
Michel BLAISE
30/08/2026 à 07:01
Il faut arriver assez loin dans l'article pour comprendre enfin le crime commis : Christophe Dubourg est notamment publié chez Magnus. Voilà donc où nous en sommes.
Qu'on apprécie ou non Magnus, Laurent Obertone ou les auteurs qui gravitent autour de cette maison n'est même plus la question. Le problème est devenu beaucoup plus inquiétant : dans une partie du monde culturel, il ne suffit plus de discuter, de contester ou de combattre des idées. Il faut empêcher ceux qui les portent — et désormais ceux qui ont simplement le mauvais éditeur — d'entrer dans la pièce.
Christophe Dubourg était invité au festival Étrange Grande, à Hettange-Grande. Certains participants ont estimé sa présence incompatible avec leurs valeurs. Il est déprogrammé. Devant la polémique, il est réintégré, mais les livres publiés chez Magnus doivent, eux, disparaître du salon et des prix. Puis les tensions deviennent telles que l'édition 2026 d'Étrange Grande est finalement annulée. Près de 150 auteurs et quelque 7 000 visiteurs potentiels privés d'un événement parce qu'il était devenu impossible de supporter la présence d'un écrivain publié par une maison jugée idéologiquement infréquentable.
Drôle de conception de la littérature. Et plus drôle encore de la liberté.
Le plus extraordinaire est que cette mécanique d'exclusion se présente volontiers comme la défense du pluralisme et de la démocratie. Mais le pluralisme qui n'accepte que les opinions préalablement déclarées fréquentables n'est plus du pluralisme. La liberté d'expression qui ne vaut que pour ceux dont on partage les idées n'est pas une liberté : c'est un entre-soi.
Il y a derrière cela quelque chose de plus profond : le refus de regarder certaines réalités dès lors qu'elles dérangent le récit auquel on a décidé d'adhérer. Charles Péguy l'avait admirablement formulé dans Notre jeunesse : « Il faut toujours dire ce que l'on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. » Tout est là. Voir avant de juger. Accepter de nommer ce qui dérange. Mettre sur la table ce dont on préférerait ne pas parler. Car à force de décréter certaines questions inconvenantes, certains constats suspects et certains auteurs infréquentables, on ne réfute plus rien : on organise simplement le déni.
Le monde de l'édition française est depuis longtemps très majoritairement marqué à gauche. Soit. Qu'il le soit ! Le problème commence lorsqu'une partie de ce milieu considère que les maisons, revues ou écrivains qui rompent avec ce consensus doivent être tenus à distance, boycottés ou sommés de donner des gages de respectabilité.
Et cette intolérance devient d'autant plus difficile à supporter que les indignations paraissent parfois extraordinairement sélectives. On peut entendre dans le débat public des propos d'une violence considérable, voir certaines personnalités politiques susciter des polémiques jusque sur la qualification ou l'apologie du terrorisme, et discuter de modifications de la loi sans que personne n'imagine pour autant interdire tous les écrivains partageant leur sensibilité politique de salon du livre. Heureusement d'ailleurs : dans une démocratie, on répond à des opinions par d'autres opinions et aux infractions éventuelles par le droit.
Mais lorsqu'il s'agit de certains auteurs classés à droite, le simple voisinage idéologique semble parfois suffire. Plus besoin de lire le livre : regardez l'éditeur. Plus besoin de discuter avec l'auteur : regardez qui publie à côté de lui. La culpabilité par association remplace tranquillement la critique littéraire.
Cette affaire est finalement une assez belle illustration de notre époque : on parle sans cesse de diversité, à condition qu'elle ne devienne surtout pas diversité des opinions.
Et pendant ce temps, chaque rentrée littéraire nous ressert son contingent de romans interchangeables, de blessures intimes dûment mises en scène, de sujets sociétaux dans l'air du temps et de convictions tellement audacieuses qu'elles coïncident miraculeusement avec celles du petit monde qui les célèbre. On peut même voir surgir des polémiques autour de ce que certains ont appelé une « littérature halal » sans que cela provoque toujours, dans les grands médias culturels, la même passion que quelques livres édités chez Magnus. La littérature peut pourtant tout accueillir, y compris ce qui déplaît, choque ou contredit. C'est même une bonne partie de sa raison d'être.
Un festival littéraire devrait précisément être l'endroit où des écrivains qui ne pensent pas la même chose peuvent se rencontrer, être lus, contestés, interrogés et éventuellement combattus intellectuellement. Pas un espace idéologiquement aseptisé dans lequel chacun doit présenter son certificat de conformité avant d'installer ses livres sur une table.
À force de vouloir protéger le public des mauvaises pensées, on finit surtout par lui retirer le droit de penser par lui-même.
Et cette fois, le résultat est presque parfait : pour empêcher quelques livres de déplaire, il n'y aura plus de livres du tout.
Michel BLAISE
Baragon
31/08/2026 à 18:56
Voilà un commentaire assez hallucinant d'auto-aveuglement sur la réalité de la situation du monde éditorial et sur les lois françaises. Rappelons d'abord que les discours de haine sont illégaux en France, quel que soit le support utilisé. Rappelons ensuite qu'un festival peut tout à fait ne pas vouloir inviter d'éditeurs ou d'auteurs/autrices qui ne lui plaisent pas, c'est aussi sa liberté... et ça n'empêche nullement cet éditeur de poursuivre ses activités, de vendre ses livres et de faire sa promo ailleurs : il n'y a donc aucune censure. Rappelons enfin qu'à l'heure où des milliardaires comme Bolloré et Stérin contrôlent des pans entiers du domaine de la culture (Hachette appartenant à Bolloré, de même que les Relay dans les gares SNCF), il est, comment dire, peu crédible, de ressortir encore le vieil argument selon laquel on empêcherait l'extrême droite de s'exprimer ! Il va vraiment falloir ouvrir les yeux et vous rendre compte que ce qui se passe réellement est l'inverse : l'extrême droite ne respecte que les libertés de ses partisans, et bafoue celles des autres. On croule d'ailleurs sous les exemples d'événements que l'extrême droite a annulés ou tenté de faire annuler, pour peu qu'on prenne la peine de s'en informer et de ne pas s'enfermer dans une autovictimisation bien commode pour ne pas voir ses responsabilités en face. L'inversion des responsabilités, stop.
Michel BLAISE
31/08/2026 à 22:16
Votre démonstration serait convaincante si elle ne reposait pas sur plusieurs raccourcis assez spectaculaires.
Commençons par le droit, puisque vous l'invoquez. Non, les « discours de haine » ne constituent pas une catégorie magique permettant de déclarer illégale toute expression que l'on juge détestable. Le droit français réprime des infractions précisément définies : provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence dans les cas prévus par la loi, injure, diffamation, etc. Une opinion radicale, dérangeante ou située à l'extrême droite de l'échiquier politique ne devient pas pour autant illicite. Dans un État de droit, ce sont les juridictions qui déterminent ce qui franchit la frontière de la légalité, pas un comité de programmation ni les adversaires politiques d'un auteur.
Ensuite, présenter Étrange Grande comme un festival qui pourrait simplement dire « je suis chez moi, j'invite qui je veux » en évacuant le reste est pour le moins commode. Le festival indique lui-même que la Communauté de communes de Cattenom et Environs est son principal partenaire financier, dans le cadre d'une convention courant jusqu'en 2027, tandis que la commune de Hettange-Grande le soutient depuis sa création. Pour la seule édition 2023, la communauté de communes avait apporté 60 000 euros de subvention et pris directement en charge 20 000 euros supplémentaires de communication.
Cela ne transforme certes pas juridiquement l'association organisatrice en service public et ne lui retire pas toute liberté éditoriale. Mais cela interdit de raconter cette affaire comme celle d'un organisateur strictement privé disposant exclusivement de son argent et de ses murs. Lorsqu'une manifestation culturelle bénéficie substantiellement de l'argent des contribuables et du concours des collectivités, la question du pluralisme et des critères conduisant à exclure un auteur devient parfaitement légitime et indispensable, sinon obligatoire.
Et surtout, regardons ce qui s'est réellement passé. Christophe Dubourg n'était pas un intrus ayant forcé la porte du festival : il avait été invité, et son roman Manhattan Paradise, publié chez Magnus, avait même été retenu dans la sélection du Grand Prix des Pages de l'Étrange 2026. Le livre était donc suffisamment fréquentable pour être sélectionné avant que l'identité de son éditeur ne devienne politiquement embarrassante.
C'est là que votre définition très commode de la « non-censure » devient intéressante. Certes, personne n'a interdit à Magnus de publier des livres en France. Mais prétendre qu'il ne peut y avoir de censure ou d'éviction idéologique dès lors qu'un éditeur conserve matériellement le droit de vendre ses livres ailleurs est une conception singulièrement étriquée de la liberté d'expression. Écarter d'une manifestation un livre préalablement sélectionné, non en raison de son contenu mais en raison de l'identité politique prêtée à son éditeur, constitue au minimum une éviction idéologique. On peut tenter de la justifier ; il est beaucoup plus difficile de prétendre qu'elle n'existe pas.
Quant à Bolloré et Stérin, les convoquer ne répond absolument pas au problème posé. La concentration économique dans les médias et l'édition est un sujet parfaitement distinct. Depuis quand la puissance financière réelle ou supposée d'un courant politique rend-elle légitime l'exclusion de ses auteurs d'une manifestation soutenue par de l'argent public ?
Votre raisonnement aboutit d'ailleurs à une curieuse conception du pluralisme : puisque certaines opinions disposent désormais de médias, d'éditeurs ou de soutiens financiers, leur exclusion ailleurs ne poserait plus de problème puisqu'elles pourraient toujours s'exprimer quelque part. Autrement dit : « Vous êtes libre de vous exprimer, mais ailleurs. »
Enfin, vous affirmez que « l'on croule sous les exemples » d'événements que le Rassemblement national aurait annulés ou tenté de faire annuler. C'est une affirmation : elle demanderait des faits précis, examinés un par un, plutôt qu'une formule générale. Mais surtout, elle ne répond toujours pas à la question qui nous occupe. Même la démonstration de comportements identiques ailleurs ne transformerait pas, par une étrange opération de compensation, une éviction idéologique en défense de la liberté.
Vous terminez par « l'inversion des responsabilités, stop ». Soit.
Mais commencer par qualifier de « liberté » l'exclusion d'un livre que l'on avait soi-même sélectionné, puis invoquer Bolloré, Stérin et le Rassemblement national pour éviter de répondre sur cette contradiction précise, voilà justement une assez remarquable manière d'inverser le sujet.
Michel BLAISE
Baragon
09/09/2026 à 18:27
La longueur de votre réponse reflète essentiellement votre embarras devant cette réalité simple : il n'y a pas eu censure. Les mots ont un sens, les notions juridiques aussi, et vos efforts pour expliquer que ça en est quand même sont assez piteux. La présence de financements publics dans un festival privé, comme vous le dites vous-même, n'en fait pas un service public et les deux situations ne sont pas comparables. Vous aimeriez bien, et on sent que vous avez bien envie que les gens confondent, mais, en somme, vous n'avez rien de précis à dire sur ce sujet.
Un festival invite qui il veut. Ce n'est vraiment pas la première fois que des invités sont décommandés pour des raisons X ou Y et ce n'est pas non plus la dernière. Comme d'habitude, l'extrême droite monte en épingle tout et n'importe quoi pour se présenter comme victime, mais la ficelle est un peu grosse.
Tout aussi peu précise est votre défense concernant le problème du contexte dans lequel s'inscrit la décision de l'équipe du festival. Le problème du pluralisme des médias, un sujet "distinct" ? Voilà qui ne manque pas d'air et qui a dû faire bien rire, ou bien pleurer, toute personne professionnelle du monde de l'édition ! Eh bien non, on ne peut pas isoler une décision de son contexte. Non, on ne peut pas persister à prétendre, en 2026, que les médias seraient "d'extrême gauche", et franchement je souhaite à la rédaction du "Monde" de passer par ici pour s'offrir ce petit moment de détente de se voir traitée d'extrême gauche. Ne parlons pas de France Inter, qui recrute désormais à "Valeurs actuelles" avec l'arrivée de Michel Sapin en cette rentrée, mais reste apparemment quand même d'extrême gauche selon vous !
N'oublions pas naturellement les relents complotistes habituels dans ce type de rhétorique. "Étranges grandes" n'a rien d'une entreprises tentaculaire dotée d'une capacité à planifier une oppression politique à coups de plans quinquénaux. C'est une petite structure composée de bénévoles mûs par leur passion et qui ne peuvent, logiquement, pas passer au radar les catalogues de l'ensemble des éditeurs chez qui leurs invité-e-s ont placé des publications, et cela d'autant moins qu'une même personne publie couramment chez plusieurs maisons d'édition. La notion de confiance s'impose. L'équipe ne s'était pas rendue compte que l'argent des ventes de cet auteur allait servir à alimenter une structure d'extrême droite. Elle n'a pas souhaité lui fournir cette vitrine et c'est entièrement son droit. Et d'autant plus dans un contexte où l'extrême droite constitue un danger grave et immédiat pour notre pays.
Comme d'habitude dans ce type de rhétorique, l'extrême droite se drape dans une pseudo-protection de la liberté qui n'est qu'une protection de ses libertés à elle. On le voit bien : subitement, iul faudrait que tout le monde les invite et aucun festival n'a le droit de leur refuser le tapis rouge sans se voir couvert d'invectives et de menaces.
On note d'ailleurs votre silence assourdissant au sujet de ces menaces reçues par le festival, qui sont la cause réelle et immédiate de son annulation.
Lol
10/09/2026 à 09:49
Justement, le festival avait invité Christophe Dubourg. Même nommé pour un prix. Sans la pression de certains auteurs qui a contraint la direction à téléphoner en loucedé à Dubourg pour lui dire de gentiment dégager, il n'y aurait pas eu tout ce drama.
Personne n'a obligé les orgas à inviter Dubourg : ils l'ont fait. Et nommé pour le prix. Cela ne posait aucun problème, Dubourg a participé à des centaines de festivals sans jamais aucun problème.
Qui ne respecte pas les orgas en les forçant à annuler un auteur ?
Baragon
12/09/2026 à 12:13
Ah, ces fameux comptes qui prennent des pseudos du type "Lol", ça sent bon le respect des gens qui ne partagent pas leur avis. Les mêmes qui protestent qu'on ne peut pas discuter poliment de nos jours. Il faudrait savoir, mhm.
Vous en rajoutez dans le complotisme avec les appels supposément "en loucedé". Ben non. Quand on annule la venue d'un auteur, on en informe forcément le public du festival. Dans n'importe quelle organisation d'événement, il y a des discussions en interne qui ne sont pas rendues publiques en direct, c'est le truc le plus normal du monde. L'équipe du festival a informé le public et a écouté et pris en compte les retours. Si vous trouvez que les orgas ont été incompétents et que ça aurait été si facile que ça de faire mieux, c'est que vous n'avez jamais géré d'organisation d'événement. Satisfaire tout le monde est physiquement impossible.
Et comme d'habitude, vous mettez tout sur le même plan en cherchant à invisibiliser la gravité des violences d'extrême droite. Entre demander qu'un auteur ne vienne pas sur un salon, et envoyer des menaces de mort pour décourager l'organisation du salon entier, pardon mais ça n'a rien à voir.
Demander au festival de se dissocier d'un auteur, c'est non violent, légal et proportionné.
Les menaces de mort , c'est de la violence, c'est illégal et accessoirement complètement disproportionné. Ça en dit long sur l'immaturité, l'irresponsabilité et les relations toxiques que les militants d'extrême droite utilisent systématiquement à la moindre frustration. Ces gens sont incapables et dangereux. Il va bien falloir regarder les faits en face.
Luna
10/09/2026 à 11:55
C'est bien gentil mais à la lecture de Dora de Jean Michel, on y découvre quoi ?
"L'enfer de tous les camps de concentration », avouera un criminel de guerre nazi. Là n'est pas le seul et vrai problème. Auschwitz, Treblinka, Buchenwald, Dachau : si quelques responsables de ces géhennes ont pu échapper au châtiment, ils restent tous maudits pour l'éternité. Il n'en va pas de même pour Dora.
Des personnages intimement liés à l'existence et au fonctionnement du camp sont aujourd'hui respectés, vénérés, encensés ( ... ) on a jeté un voile pudique sur le fait — indiscutable, atroce — que cet esclavage, cette somme inouïe de souffrances, de misère et de mort furent mis, à Dora, au service de la fabrication de fusées qui n'ont pas permis à Hitler de gagner la guerre mais qui ont rendu possible plus tard la conquête de l'espace."
Paperclip et Werhner Von Braun, c'est 1500 nazis à la NASA jamais inquiétés par un procès pour crime de guerre contre l'humanité et on vient donner des leçons à Magnus et à Christophe Dubourg !
Baragon
14/09/2026 à 14:43
Vous confondez l'Etrange Festival et la NASA, c'est cocasse.
Rien n'excuse d'avoir envoyé des menaces de mort à l'équipe d'organisation.
L'extrême droite prétend combattre l'insécurité alors que l'insécurité, c'est elle.
Luna
14/09/2026 à 16:39
- 1945 : Le président démocrate Harry Truman signe le recrutement de quelque 1 500 scientifiques nazis, dont Kurt Heinrich Debus et Wernher von Braun, ainsi que leurs familles sur le sol américain, contre l'avis d'une partie de la communauté scientifique — Albert Einstein en tête.
« En tant que citoyens américains, permettez-nous d'exprimer notre profonde inquiétude face aux informations selon lesquelles des scientifiques nazis ont non seulement été amenés dans ce pays par l'armée américaine pour des projets de recherche, mais encore leurs familles sont autorisées à les rejoindre, et il pourrait leur être permis de rester ici définitivement. Nous considérons ces individus comme des porteurs potentiellement dangereux, vecteurs de l'idéologie nazie et une menace pour la recherche américaine. »
- 2025 : Gaza.
Microsoft est pointé du doigt pour complicité de génocide, son cloud Azure alimentant les capacités militaires d'Israël.
Mais il n'y a pas de lien entre ces deux événements on me répondra et dans tous les cas c'est de la faute de l'extrême droite.
Mais la photo de Kennedy juste à côté de Kurt Heinrich Debus, c'est quoi ? Et Wernher von Braun ce nazi avec ses 20 000 morts à Dora à la NASA, ce n'est pas moi qui l'ai inventé, c'est un nazi devenu citoyen américain, c'est ce que l'on peut qualifier de naza donc ?
Je ne crois pas confondre les choses, au contraire je les répertorie, je les remets dans son contexte et je ne suis pas la seule à le faire.
MG
30/08/2026 à 07:34
Est-ce vraiment l'auteur qui provoque l'annulation comme le laisse entendre le titre de cet article ?
Lucie
30/08/2026 à 10:06
super dommage pour les gens qui ont bossé sur le festival, mais ravie de voir que les idées et figures d'extrême droite se heurtent toujours à de la résistance, malgré leur omniprésence dans les médias
Michel BLAISE
31/08/2026 à 07:34
Ah oui, bien sûr : « l’omniprésence de l’extrême droite dans les médias ». Rien que cela.
Il faut alors croire que France Inter et, plus largement, une bonne partie du service public audiovisuel sont devenus des bastions de l’extrême droite. Que Libération, L’Humanité, Le Monde, Mediapart et quantité d’autres médias classés à gauche, voire souvent à la gauche extrémiste, ont mystérieusement disparu.
Et sans doute faut-il également oublier que, dans le monde de l’édition et de la librairie, les sensibilités de gauche sont loin d’être marginales — au point que certains libraires ont refusé de vendre certains ouvrages ou de recevoir certains auteurs en raison précisément de leur orientation politique supposée.
Décidément, cette « omniprésence » de l’extrême droite est bien curieuse.
Mais le plus intéressant est ailleurs : savez-vous encore ce que signifie politiquement l’expression « extrême droite » ?
Car l’extrême droite ne désigne pas, par définition, toute personne située à votre droite, tout conservateur, tout souverainiste, tout adversaire de la politique migratoire actuelle, tout critique du progressisme culturel, tout journaliste dont les analyses vous déplaisent ou toute maison d’édition publiant des auteurs que vous réprouvez.
En science politique, « extrême droite » désigne une famille politique — elle-même diverse — comportant historiquement, selon les mouvements et les époques, différentes combinaisons de nationalisme radical, d’autoritarisme, de remise en cause du pluralisme démocratique ou de l’égalité politique et, dans certaines de ses formes historiques, de rejet de la démocratie libérale.
Et une précision devient manifestement nécessaire : « extrême droite », « fascisme » et « nazisme » ne sont pas trois synonymes que l’on pourrait interchanger selon le degré d’indignation recherché.
L’extrême droite ne se confond ni avec le fascisme ni, a fortiori, avec le nazisme. Qualifier quelqu’un ou un mouvement d’« extrême droite » ne permet nullement, par une sorte de transitivité idéologique assez rudimentaire, de le déclarer ensuite « fasciste », puis « nazi ». Encore faudrait-il savoir ce que ces mots signifient.
Le fascisme historique renvoie d’abord au mouvement et au régime mussoliniens : nationalisme radical, État autoritaire et corporatiste, culte du chef, mobilisation des masses, violence politique et destruction du pluralisme libéral.
Et puisque les mots « fasciste » et « nazi » sont aujourd’hui si facilement jetés à la figure d’un adversaire, rappelons au passage une distinction historique que certains semblent avoir oubliée. : le nazisme n’est pas davantage un simple synonyme du fascisme. Son nom même — national-socialisme — mérite d’ailleurs d’être compris plutôt que caricaturé. Précisons immédiatement l’évidence : la présence du mot « socialisme » ne signifie absolument pas que les socialistes seraient nazis, ni que le nazisme serait assimilable au socialisme.
Mais le terme n’était pas pour autant dépourvu de signification. Dans Mein Kampf, Hitler subordonne explicitement l’économie à une finalité supérieure : pour lui, l’économie n’est qu’un moyen, tandis que l’État doit être organisé en vue de la conservation et de la puissance de la communauté nationale conçue racialement. L’individu ne doit donc plus concevoir son existence à travers la seule défense de ses intérêts économiques ou de sa classe, mais être intégré à une communauté nationale à laquelle ses intérêts particuliers sont subordonnés.
C’est dans cette logique que le national-socialisme prétendra dépasser aussi bien l’individualisme libéral que la lutte des classes marxiste par la Volksgemeinschaft, la « communauté du peuple » : une communauté qui se voulait socialement unifiée, mais qui était racialement définie et dont étaient précisément exclus ceux que l’idéologie nazie considérait comme racialement, biologiquement, politiquement ou socialement indésirables.
Voilà pourquoi « fascisme », « nazisme » et « extrême droite » ne sont pas des synonymes. Ils ont des histoires, des doctrines et des définitions distinctes, même lorsqu’existent entre eux des intersections historiques majeures.
À force de transformer ces termes en simples injures interchangeables, on ne fait pas preuve de vigilance historique : on démontre surtout qu’on a cessé de s’intéresser à ce qu’ils signifient.
Mais refermons cette parenthèse historique, politique et juridique, qui n’avait qu’un objet : rappeler qu’avant d’utiliser des mots aussi lourds qu’« extrême droite », « fascisme » ou « nazisme » pour disqualifier ceux dont on réprouve les opinions, encore faut-il savoir précisément ce qu’ils signifient.
Revenons donc à votre propos.
Vous vous dites « ravie » de voir les « idées et figures d’extrême droite » se heurter à de la « résistance », tout en regrettant les conséquences pour les personnes qui avaient travaillé sur ce festival.
C’est précisément là que réside le problème. Car si « extrême droite » finit par désigner indistinctement tout auteur, éditeur, journaliste, intellectuel ou courant d’idées situé suffisamment loin de vos propres convictions, le raisonnement devient merveilleusement circulaire : je décide que telle pensée relève de « l’extrême droite » ; cette étiquette suffit ensuite à la rendre infréquentable ; et son caractère infréquentable justifie enfin que je me réjouisse qu’on l’empêche de s’exprimer. Plus besoin de réfuter. Plus besoin de débattre. L’étiquette tient lieu d’argument.
Et juridiquement, rappelons également une évidence : « extrême droite » n’est pas une catégorie juridique permettant de priver quelqu’un de sa liberté d’expression. Celle-ci connaît des limites prévues par la loi ; encore faut-il que les propos concernés entrent dans ces limites. Une opinion ne devient pas juridiquement interdite parce qu’une partie du public lui a préalablement apposé une étiquette politique infamante.
C’est donc une conception pour le moins singulière du pluralisme : la liberté d’expression pour les opinions acceptables ; la « résistance » pour empêcher les autres d’être entendues.
Pour ma part, le principe démocratique me paraît infiniment plus simple : lorsqu’un auteur, un éditeur ou une idée me déplaît, je les combats. Je critique. Je réfute. Je démontre. Je débats. Et je laisse ensuite chacun lire, écouter et juger. Je n’empêche pas les autres d’accéder à ce que j’ai moi-même décidé de désapprouver.
Une idée que l’on juge mauvaise se combat par une meilleure idée. Un livre que l’on juge contestable se critique. Un auteur que l’on estime dans l’erreur se réfute. Et un citoyen adulte reste libre de lire les uns et les autres et de se faire sa propre opinion. Sinon, il ne s’agit plus de « résistance » intellectuelle. Il s’agit simplement de décider quelles opinions les autres sont autorisés à entendre.
Et puisque vous invoquez si volontiers la « résistance » et semblez particulièrement préoccupée par les menaces pesant sur la démocratie, permettez-moi une dernière question : quels responsables politiques ont récemment envisagé de contester la légitimité d’une éventuelle victoire électorale d’un ou d’une certaine candidate — dont je tairai volontairement le nom, puisque ce n’est absolument pas ici l’objet du débat — alors même que cette victoire résulterait d’un scrutin démocratique régulier ? Étaient-ce des responsables de droite ? Des représentants de cette fameuse « extrême droite » que vous voyez omniprésente ?
Voilà au moins une question qui devrait inciter à quelque prudence avant de distribuer les brevets de démocratie et les certificats d’« extrême droite ».
Car il existe un principe assez élémentaire : dans une démocratie, on défend ses idées, on combat celles de ses adversaires, on vote et, lorsque le suffrage universel a régulièrement tranché, on respecte son verdict.
La démocratie ne consiste pas à respecter le vote populaire à la condition que le peuple ait correctement voté.
Et c’est finalement le paradoxe le plus savoureux de votre commentaire : vous vous réjouissez d’une « résistance » destinée à empêcher certaines idées d’être entendues, tout en expliquant que le danger pour le pluralisme et la démocratie viendrait nécessairement des autres.
À force de voir « l’extrême droite » partout, peut-être finit-on par ne plus regarder très attentivement les méthodes que l’on accepte soi-même dès lors qu’elles frappent le bon adversaire.
Il reste heureusement une pratique devenue, semble-t-il, extraordinairement audacieuse : ouvrir un livre que l’on désapprouve, écouter celui que l’on combat, lui répondre avec des arguments et laisser les citoyens se faire leur propre opinion.
Cela porte un nom : le débat démocratique.
Michel BLAISE.
Baragon
09/09/2026 à 18:09
Une tactique des murs de textes systématiques et un quasi éloge du nazisme. On se croirait dans les films OSS 117 où un nazi explique que les nazis sont des incompris. Las ! Vous ne maîtrisez pas le sujet. Par exemple, il y a plusieurs définitions du fascisme, dont certaines dépassent nettement le seul fascisme mussolinien. Ainsi l'historien Federico Finchelstein a-t-il pu qualifier le trumpisme de fascisme.
Quant aux liens entre le nazisme et l'extrême droite française, ils sont accablants : le FN, désormais RN, a été fondé par Pierre Bousquet et Léon Gaultier, deux anciens SS, ainsi que par plusieurs sympathisants néonazis. Son autre co-fondateur, Jean-Marie Le Pen, a édité des musiques nazies et a régulièrement tenu des propos négationnistes au sujet de la Shoah et a donc nié des crimes contre l'humanité. Les sympathisants du RN, que le parti inclut volontiers au moment de compter ses membres mais qu'il ne connaît plus quand ils se font condamner en justice, font régulièrement des saluts nazis, par exemple les étudiants du "syndicat" UNI en février. Le RN est soutenu par le milliardaire néonazi Elon Musk, dont il a été le premier parti à adopter l'outil ChatGPT pour générer en masse de la propagande électorale en 2024. Je pourrais continuer longtemps.
Baragon
30/08/2026 à 10:31
C'est tout à l'honneur de l'équipe organisatrice que d'avoir refusé de fournir une vitrine à un "éditeur" qui tire profit de la diffusion de discours de haine en s'associant à la lie du monde politique français.
Et comme d'habitude, l'extrême droite n'a de cesse de piétiner les valeurs qu'elle prétend afficher, puisque, tout en réclamant une police forte et le respect des lois, elle les bafoue quotidiennement en s'autorisant à recourir à des menaces et à la violence.
Tout mon soutien à l'équipe organisatrice et aux auteurices et éditeurices. Étrange grande reviendra !
Arthur Magnus
30/08/2026 à 22:53
Le titre me semble mal choisi. Ce n'est pas l'auteur publié par Magnus qui provoque l'annulation du festival... L'évenement initial, celui qui par effet domino a provoqué in fine l'annulation, c'est l'invitation de cet auteur par le festival.
Paul Foivard
31/08/2026 à 10:35
Votre titre est malhonnête : ce n'est pas cet auteur qui a provoqué l'annulation du festival. Quelle époque et quel gâchis…
GG
31/08/2026 à 13:24
La tournure de votre article me laisse perplexe. J'ai suivi l'affaire dès son origine. Ce sont plutôt les pressions de la part des auteurs qui exigeaient l'exclusion de Christophe Dubourg qui sont la cause de l'annulation du salon. Les organisateurs ont été maladroits. Ils auraient dû refuser dès le départ. Ce n'est pas aux auteurs de décider qui a le droit de venir ou de ne pas venir. Moi, si un auteur me dit "Si Untel est invité, je ne viens pas", je lui dis "Ok, ne viens pas !". Certains avaient décidé de boycotter le salon. Visiblement d'autres sont allés plus loin. Quand on lit votre article, on a l'impression que c'est Christophe Dubourg qui a exigé l'annulation d'Etrange Grande. Il a juste exprimé son indignation quand on lui a annoncé que certains ne voulaient pas de lui.
Hocine Bouhadjera - ActuaLitté
31/08/2026 à 14:38
Bonjour,
Merci pour votre commentaire. L’article restitue les différentes étapes connues de l’affaire : la déprogrammation de Christophe Dubourg, la menace de boycott qu’il dit avoir subie, sa réintégration, puis les tensions, injures et menaces évoquées par les organisateurs avant l’annulation du festival.
Au vu de plusieurs réactions dans les commentaires au sujet du titre, celui-ci a été modifié afin de mieux refléter la chronologie et la complexité de la situation.
Bien cordialement,
BOUQUET
05/09/2026 à 19:36
Bonjour. Auteur de 10 ouvrages ( dont 8 polars à compte d'éditeur ), organisateur surtout depuis 20 ans du traditionnel festival du polar corse et méditerranéen d'Ajaccio, je tiens à exprimer ma solidarité avec tous les responsables et bénévoles du festival Étrange Grande. Je sais à quel point l'organisation d'un tel festival nécessite un investissement gigantesque, et quelle que soit la maladresse de com éventuellement commise ( ou non ), il est inadmissible que cela ait pu engendrer de tels débordements verbaux, avec pour conséquence la mise à mal d'une année de travail et l'annulation de ce bel événement. Fraternellement. Bernard Bouquet.
Luna
06/09/2026 à 11:52
Puisqu'on cite Charles Péguy, je ne dirai qu'une seule chose : « Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite. »
Encore un événement qui se conclut en épiphénomène — annulé par hubris pure. Signe le plus évident que notre liberté créatrice ne tourne pas rond.
Rose
11/09/2026 à 08:50
Il semble que le choix d'auteurs aimables soit judicieux pour la bonne tenue d'un festival dans cette période polémique où beaucoup de malversations sont permises.
MG
11/09/2026 à 09:42
"auteurs aimables" ?!? Vous nous ferez une liste ? Vous épurerez les autres ?
Rose
13/09/2026 à 06:56
Sans homélie, les écrivains aimables seraient des personnes humaines avec l'esprit formé, intellectuellement brillantes, qui ne manquent pas d'envergure, qui n'ont pas l'esprit grégaire et ne sont pas influencés par les butors et les ploutocrates teintés de passions tristes, qui ont l'esprit libre ; et le plus important reste le talent, vous savez, celui que l'on cherche partout et que l'on trouve de moins en moins. Bref, je ne censure personne mais je ne lis pas tout ce qui est désobligeant.
Lol
13/09/2026 à 10:20
Pendant ce temps personne ne parle de l'annulation des festivals Name par le maire Lfi de Roubaix, et de l'événement photographique Usimages par le maire lfi de Creil.
Ça, ça passe 😊
François
09/10/2026 à 20:31
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