Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».
Le 28/08/2026 à 17:22 par Hocine Bouhadjera
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28/08/2026 à 17:22
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La mort réelle n’est pas définitivement prouvée, mais elle avait été suffisamment bien organisée pour satisfaire à une disposition longtemps considérée comme l’une de ces facéties dont l’Oulipo aime entourer son fonctionnement.
Il fallait un suicide ? Il y eut donc suicide. Il fallait un huissier ? Un commissaire de justice assista à la scène. Clémentine Mélois avait également prévu un avocat, un médecin, un certificat de décès putatif et une arme factice. Devant une trentaine de proches, une lame rétractable, un foulard rouge et un dispositif administratif soigneusement fabriqué transformèrent la boutade réglementaire en happening grandiose. Clémentine Mélois quittait ici un groupe auquel, en théorie, on ne renonce jamais.
« Le 5 mai 2026 à 18h16, j’ai retrouvé “ma liberté de manœuvre pour l’éternité” en quittant l’Oulipo, à la loyale et pour convenances personnelles, lors d’une joyeuse cérémonie de suicide putatif devant huissier en clin d’œil à Raymond Queneau », explique-t-elle.
Interrogée par ActuaLitté sur les raisons de ce départ, elle précise : « Avec le temps, j’ai compris que l’écriture était un travail solitaire et que je n’étais pas faite pour les groupes. L’idée de prendre au pied de la lettre cette clause fantaisiste de Queneau me plaisait, c’était une façon joyeuse – et oulipienne – de prendre congé afin de retrouver, pour l’éternité, une liberté de manœuvre qui me convient bien. »
La formule semble presque paisible. Le geste l’était moins. Dans le discours prononcé lors de sa cérémonie, l’autrice mettait aussi en cause l’inertie du groupe, sa faible féminisation et une institution qui, à ses yeux, vit trop volontiers du capital symbolique accumulé par Queneau, Perec, Calvino et les autres.
Voilà donc l’Oulipo placé devant une situation merveilleusement contradictoire : l’un de ses gestes les plus inventifs de ces dernières années consiste peut-être dans la manière qu’a trouvée l’une de ses membres pour ne plus en être.
Et si cette mort factice mérite davantage qu’un entrefilet, c’est qu’elle permet de poser à un groupe né en 1960 une question assez peu oulipienne par son absence de détour : à quoi sert encore l’Oulipo en 2026 ?
Il faut revenir à l’origine pour comprendre pourquoi l’affaire Mélois touche aussi précisément le nerf du système.
L’Ouvroir naît à l’automne 1960, à la suite d’une décade consacrée à Raymond Queneau à Cerisy-la-Salle. Autour de Queneau et de François Le Lionnais se réunissent écrivains, mathématiciens et érudits : Claude Berge, Paul Braffort, Jean Lescure, Jacques Bens, Albert-Marie Schmidt… Queneau donne au programme sa définition la plus durable : rechercher des formes et des structures nouvelles dont les écrivains pourront ensuite disposer comme ils l’entendent. Dès le départ, le groupe refuse de se penser comme un mouvement ou une avant-garde chargée d’imposer une nouvelle orthodoxie.
Ce refus n’était pas innocent. Raymond Queneau avait connu le surréalisme et sa politique des exclusions, ruptures, anathèmes et excommunications, d’où une méfiance envers les avant-gardes qui finissent en sectes, en brouilles et en guerres de personnes.
Anne F. Garréta, entrée à l’Oulipo en 2000 mais éloignée du groupe depuis longtemps, saluait auprès de France Culture quelques jours après la performance de Clémentine Mélois cette règle empêchant démission et exclusion qui, selon elle, était précisément une manière de neutraliser les passions ordinaires des groupes artistiques, « l’hystérie des avant-gardes ».
Clémentine Mélois a retourné le garde-fou contre lui-même. « Elle a pris au pied de la lettre la chose qui avait été prévue de manière parodique. Elle a emprunté la bretelle de l’autoroute », résume l’autrice de Sphinx. Le paradoxe est délicieux. Une règle inventée pour empêcher les départs théâtraux vient de produire l’un des départs les plus théâtraux de l’histoire littéraire récente.
Hervé Le Tellier ne cherche d’ailleurs pas à contester la réussite formelle de l’opération. « C’est drôle, ce qu’elle a fait », répète-t-il lorsque nous l’interrogeons. Le président précise qu’elle avait prévenu le groupe et qu’il lui avait même été proposé de transformer son départ en fascicule de la Bibliothèque oulipienne, avec acte d’huissier et discours à l’appui. La proposition, dit-il, reste ouverte.
Paul Fournel, qui présida longtemps l’Ouvroir avant Hervé Le Tellier, partage ce mélange de regret et d’admiration : « Je pense que Clémentine Mélois était une excellente Oulipienne, quelqu’un de tout à fait bien choisi. La preuve qu’elle était une très bonne Oulipienne, c’est qu’elle a fait une sortie magnifique, qui correspond tout à fait à l’esprit de l’Oulipo. »
Il ajoute pourtant une petite blessure : aucun Oulipien n’avait été convié à la cérémonie, contrairement à certains proches du groupe, comme Jean Echenoz. « Elle invite des gens comme Jean Echenoz, qui sont des amis, qu’on aime bien, mais qui ne sont pas des Oulipiens, et elle ne nous invite pas pour son suicide. J’ai trouvé ça un peu surprenant. »
L’Oulipo possède une conception singulière de la démographie. Le 14 janvier 2026, lors de sa 783e réunion, il coopte à l’unanimité trois nouveaux membres : Guillaume Marie, Samuel Deshayes et Louise Rose. Quelques jours plus tard, il annonce compter 44 membres, « dont 26 sont excusés pour cause de décès ». Rarement une organisation aura affiché aussi tranquillement que la majorité de ses adhérents appartient à l’au-delà.
L’Oulipo ne remplace pas ses morts comme l’Académie française remplit des fauteuils. Il n’existe ni quota fixe ni siège Queneau, Perec ou Calvino. Le groupe tient cependant à rester suffisamment petit pour que tous puissent se parler autour d’une table. « Quinze, vingt personnes, c’est le maximum », explique Hervé Le Tellier. À trente, estime-t-il, le fonctionnement même de l’Ouvroir deviendrait impossible.
Cette table est peut-être l’objet institutionnel le plus important de l’Oulipo. Paul Fournel l’évoque lorsqu’il explique pourquoi il est impossible de corriger brutalement les déséquilibres de génération ou de genre : « Il faut aussi respecter les dimensions de la table. » Louise Rose lorsqu’elle raconte son impression de jeune recrue arrivant dans un lieu où certains sont présents depuis un demi-siècle.
Et c’est autour de cette table que se noue la contradiction fondamentale de l’Ouvroir : comment rester petit sans vieillir ? Comment se renouveler lorsque personne ne part ?
Ces dernières années ont brutalement accéléré la question. Jacques Roubaud est mort le 5 décembre 2024. Ian Monk et Michèle Audin ont disparu en 2025. Trois nouveaux membres ont été élus en janvier 2026. Puis Clémentine Mélois a provoqué son propre « décès » institutionnel en mai.
Paul Fournel, avec Marcel Bénabou, appartient désormais aux derniers membres ayant directement connu la génération fondatrice. Lui-même distingue plusieurs âges de l’Ouvroir. Le premier est celui des proches de Queneau, dans un monde intellectuel où la séparation entre universités, grandes institutions culturelles, littérature et mathématiques n’était pas celle d’aujourd’hui.
Le second est celui de l’ouverture, avec « la génération suivante de l’Oulipo, qui commence avec le recrutement de Jacques Roubaud, de Georges Perec, de Marcel Bénabou et puis de moi ». Cette génération s’emploiera ensuite à ouvrir l’Oulipo à l’université et à l’étranger. Vinrent Calvino, Harry Mathews, Oskar Pastior, puis Eduardo Berti ou Pablo Martín Sánchez. L’Ouvroir accueillit également d’autres pratiques : la bande dessinée avec Étienne Lécroart, les mathématiques avec Michèle Audin et Valérie Beaudouin, les arts visuels avec Clémentine Mélois.
Aujourd’hui, estime Paul Fournel, une autre transmission est en cours. « On a recruté trois nouveaux membres, trois créateurs de tempéraments assez différents les uns des autres. » La plus jeune est Louise Rose, née en 1996, autrice d’un premier roman, Les Projectiles, paru chez P.O.L en 2025. Elle a été cooptée en janvier avec Samuel Deshayes, poète et professeur de lettres en Normandie, et Guillaume Marie, fondateur du collectif Pou. Elle avait 29 ans lors de son élection. À l’autre bout de la table, Marcel Bénabou est né en 1939. Près de soixante ans les séparent.
Louise Rose apporte ici le regard de quelqu’un qui vient d’arriver et qui n’avait pas passé sa jeunesse à rêver d’être cooptée. Car première règle : on ne pose pas sa candidature. « On peut demander, mais du coup on ne sera pas intégré. » Hervé Le Tellier assume parfaitement cette constitution invisible. La première raison, dit-il, tient à la politesse : si personne ne candidate, l’Oulipo n’a jamais à répondre « non ».
Deuxième règle : l’unanimité. Les abstentions sont tolérées, mais un véritable vote négatif suffit à empêcher une cooptation. L’actuel président y voit une sorte d’assurance contre les rancœurs futures : dans un groupe où l’on peut être amené à côtoyer quelqu’un pendant plusieurs décennies, personne ne doit pouvoir rappeler quinze ans plus tard qu’il avait refusé son arrivée.
Le critère littéraire ne suffit d’ailleurs pas. Il faut, dit Hervé Le Tellier, être « charmant ou charmante », formule de Paul Fournel. Comprendre : capable de supporter les autres et d’être supporté par eux. « Il ne faut pas que les gens aient un trop gros ego. Il faut qu’ils en aient un tout petit, parce que quand même, il faut qu’ils créent. Et simultanément, il ne faut pas qu’ils aient une grosse tête au point d’être insupportables au quotidien. »
Louise Rose n’a donc pas candidaté. Elle étudiait au master de création littéraire du Havre, où Frédéric Forte accompagnait son travail. Son premier roman possède déjà des propriétés qui pouvaient faire dresser l’oreille d’un Oulipien : il commence au chapitre 7, joue avec les chiffres, les voix, les langages propres à chaque personnage.
Elle a travaillé ainsi avant même de regarder sérieusement du côté de l’Ouvroir. Frédéric Forte lui propose finalement de venir à une réunion, à l’automne 2025. Puis l’Oulipo l’élit. Et la jeune autrice découvre moins un Panthéon qu’un étrange laboratoire. « Je suis encore en posture d’observation. Il y a un truc un peu d’admiration, de fascination, de voir à quel point ils sont fascinés par des choses. Moi j’ai eu 30 ans il n’y a pas longtemps (Ndr : le 7 mai) : je me rends quelque part où il y a des personnes pour qui cet endroit fait partie de leur vie depuis cinquante ans. C’est drôle. »
Surtout, elle ne décrit pas un musée. « C’est quelque chose qui est toujours en mouvement. Il y a toutes les règles, toutes les contraintes, tous les écrits, énormément de choses qui sont stables là-dedans, mais il y a toujours une ouverture à créer de nouvelles choses, à aller vers de nouvelles manières de créer. Je trouve que la réflexion est toujours en ébullition. » Le témoignage vient percuter le diagnostic d’Anne F. Garréta.
Dans l’entretien accordé à France Culture déjà évoqué, l’autrice ne formule pas simplement l’accusation paresseuse selon laquelle « c’était mieux avant ». Elle s’est éloignée du groupe parce qu’elle estimait ne plus y apprendre suffisamment. « Ce que j’aurais pu vouloir y développer n’y trouvait pas sa place. […] Une part, la plus grande part du travail de l’Oulipo, c’est la réitération de choses déjà connues. Et donc le pourcentage d’invention à l’intérieur de l’Oulipo ne me satisfaisait plus. »
Publier des livres n’est pas la même chose qu’inventer de nouvelles formes. Donner des lectures n’est pas inventer de nouvelles structures. Faire circuler un patrimoine ne signifie pas nécessairement ouvrir de nouvelles potentialités.
Or, de ce point de vue, les défenseurs de l’Oulipo répondent parfois légèrement à côté de l’accusation. Car ils ont raison sur un fait : la production existe. En 2026, Frédéric Forte publie Le sentiment général chez P.O.L ; Marcel Bénabou, Aux franges du silence au Seuil ; Eduardo Berti, Eliseo Alegre ou le footballeur malgré lui à La Contre-Allée. On recense parallèlement ateliers, lectures, publications, événements et Récréations oulipiennes à Bourges.
Mais cette activité ne suffit pas, en soi, à réfuter Anne F. Garréta. Paul Fournel identifie d’ailleurs lui-même le problème, avec une nuance : selon lui, la répétition est moins celle du travail de l’Oulipo que celle de son image publique. « On est un peu piégés par le souci que nous avons de notre histoire. C’est-à-dire que nous sommes un groupe qui est très historien de lui-même. »
Puis : « Les gens voient ce moment extraordinaire qui a été le moment Perec, Calvino, Queneau, Roubaud. Ce moment des années 70-80 qui a été absolument décisif. On a un peu tendance à tourner autour de ce moment-là. Ce qui est à la fois bien, parce que c’est la richesse de notre histoire, et moins bien parce que ça nuit à la visibilité de notre travail actuel. »
Hervé Le Tellier confirme le vertige. « Le problème aujourd’hui, il est très simple : c’est que l’Oulipo est plus grand que chacun de ses membres aujourd’hui. C’est quelqu’un qui est assis sur les épaules de géants. Et en même temps, on est assis sur leurs épaules et, en même temps, on les porte sur nos épaules. » Être Oulipien aujourd’hui signifie bénéficier de Perec et devoir répondre de Perec.
L’auteur de L’Anomalie reconnaît très franchement l’avantage narcissique et professionnel que cela représente. Lorsqu’il entre dans le groupe en 1992, raconte-t-il, la seule idée d’intégrer « le groupe de Queneau, de Calvino » agit comme une autorisation. « Je me suis dit : “Merde, si on m’a fait rentrer dans ce groupe, ça m’autorise à faire des choses et ça me stimule.” »
Selon une formule de Clémentine Mélois, rapportée lors de son départ : « On mange nos morts. » Hervé Le Tellier comprend ce qu’elle signifie. Lorsque Le Havre célèbre Queneau, on appelle l’Oulipo. Lorsque la BnF prépare Perec, on appelle l’Oulipo. Refuser serait absurde, accepter donne mécaniquement l’image d’un groupe utilisant son patrimoine pour entretenir sa visibilité. Et l’année 2026 paraît presque avoir été conçue pour illustrer le problème.
Le 30 septembre, les « Mercredis de l’Oulipo » reprennent à la BnF. Les deux premières soirées de la saison seront placées sous le signe de Queneau et de Perec. Le 13 octobre ouvrira ensuite Georges Perec modes d’emploi, grande exposition de près de 300 pièces consacrée à l’écrivain. Louise Rose nous apprend pourtant que les trois nouveaux – elle-même, Guillaume Marie et Samuel Deshayes – doivent participer à l’ouverture de la lecture du 30 septembre. Les nouveaux ouvrent une soirée consacrée aux anciens. C’est toute la difficulté de l’Oulipo contemporain en une scène.
Anne F. Garréta va toutefois plus loin. Selon elle, c’est le logiciel intellectuel du groupe qui appartiendrait désormais à une autre époque. « Je pense que l’utilité historique, la fonction historique de l’Oulipo est caduque », assène-t-elle. Elle situe l’Ouvroir dans un paradigme « bourbakiste, logiciste, chomskyen » : une époque fascinée par les structures formelles, la combinatoire, la formalisation, les grammaires et l’idée qu’en comprenant suffisamment précisément une organisation on peut en explorer méthodiquement les possibles.
Ce paradigme, estime-t-elle, a été immensément fécond, mais il aurait été remplacé. « Il faut penser l’Oulipo aussi en rapport avec les machines, avec les machines de traitement du langage, donc les ordinateurs. Il est très clair que le paradigme actuel de l’intelligence artificielle, par exemple, il n’est pas logiciste, il n’est pas chomskyen, il est probabiliste. Et c’est un modèle totalement différent d’invention et de génération de nouveaux énoncés. »
La critique est redoutable parce qu’elle touche précisément ce qui fit la modernité de l’Oulipo. Le groupe avait placé la machine, la combinatoire et le calcul au voisinage de la littérature bien avant que ces questions deviennent ordinaires.
Paul Braffort, physicien, mathématicien et Oulipien de la première génération, publiait dès 1968 un ouvrage intitulé L’Intelligence artificielle. Avec Jacques Roubaud, il fonde ensuite l’ALAMO, Atelier de littérature assistée par la mathématique et les ordinateurs. Les archives de l’Oulipo consignent dès décembre 1981 la création d’un réseau informatique ALAMO reliant Paris, Avignon et Toulouse. L’informatique n’arrive donc pas à l’Oulipo comme une météorite tombée en 2023 avec ChatGPT.
Hervé Le Tellier revendique cet héritage. Il ne mythifie pas pour autant le rôle du groupe : l’essentiel de la révolution informatique, reconnaît-il, s’est évidemment produit ailleurs, dans les laboratoires et les entreprises. Mais l’objet oulipien, lui, demeure : observer la langue comme une structure que l’on peut démonter, déplacer, contraindre et remettre en mouvement.
Sur le diagnostic historique d’Anne F. Garréta, il oppose surtout une objection de principe. Selon lui, l’Oulipo ne peut pas avoir perdu son rôle historique puisqu’il n’a jamais prétendu en avoir un. « Ce n’était pas un mouvement. Ce n’est pas une école. Et enfin, ce n’est pas non plus ce qu’on peut appeler une avant-garde. »
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Ce qui reste ? « C’est un groupe de travail. En tant que groupe de travail, sa définition originelle – et sa définition encore aujourd’hui – reste parfaitement valide. Ce sont des gens qui se réunissent et qui ont vocation, ensemble, à réfléchir à ce que devient la littérature dans le monde, à ce qu’est la littérature sous contrainte et à, ensemble toujours, confronter, élaborer, créer – ou pas. »
Reste la machine. L’Oulipo se retrouve dans une situation : certaines prouesses qui semblaient autrefois nécessiter une virtuosité humaine considérable peuvent devenir, au moins théoriquement, des problèmes d’exécution automatisable. Écrire sans la lettre « e ». Respecter une structure combinatoire. Produire un sonnet. Permuter des éléments. Appliquer systématiquement une règle.
Une machine suffisamment performante devrait pouvoir le faire. Hervé Le Tellier ne cherche pas à sauver l’homme en prétendant le contraire. Il commence même par une provocation : « Il y a quelque chose à en faire avec l’Oulipo aussi, parce que l’IA va voler le travail de l’Oulipo. »
Pour l’instant, ajoute-t-il, les modèles commettent encore des erreurs grossières lorsqu’une contrainte exige un contrôle formel strict : ils perdent une lettre en route, comptent mal, « hallucinent ». Mais il ne voit aucune raison théorique pour que cela demeure impossible. « Je pense qu’on aura une IA qui sera capable d’imiter, de simuler. Il n’y aura aucun problème pour les questions de contrainte. La vraie question, ce n’est pas seulement d’imiter, de simuler. Est-ce qu’elle nous remplacera ? C’est une vraie question. »
Si l’Oulipo se réduit à appliquer des recettes, alors oui : la machine menace directement une partie de son territoire. Mais Anne F. Garréta elle-même refuse cette définition pauvre : « L’Oulipo, c’est pas la contrainte. L’Oulipo, c’est la potentialité, c’est-à-dire l’idée que les formes, quand on saisit leur fonctionnement, quand on saisit leur articulation profonde, permettent d’inventer. »
Et elle ajoute : « Il ne faut pas confondre l’Oulipo avec ce qui est sa manifestation la plus simple et la plus extérieure, à savoir l’application d’une recette de cuisine, qu’on appellera une contrainte pour faire joli. Ce qui compte, c’est pas la recette de cuisine, ce qui compte, c’est le goût de l’invention. »
À cet endroit précis, la critique de l’écrivaine-DJ et la défense du Goncourt 2020 finissent presque par se rejoindre. Ce dernier dit exactement la même chose lorsqu’il distingue le respect mécanique d’une contrainte et le plaisir littéraire produit par un texte. Une IA pourra sans doute écrire sans « e », la vraie question sera de savoir pourquoi quelqu’un voudrait lire le résultat, se demande l’auteur.
Louise Rose, la benjamine de l’Oulipo, voit bien un « terrain de jeu immense », capable de « venir interroger toute une partie de la création, de la génération de textes et de contenus ». Mais elle nous confie : « Moi, toutes ces questions d’IA, je les fuis dans mon quotidien, j’essaye vraiment de me débrouiller sans tout ça, ou en tout cas d’être le moins possible en contact avec elles. Je trouve ça hyper intéressant et en même temps, pour moi, c’est quelque chose qui n’est pas très humain. Ce sont des trucs qui me font un peu peur. »
La plus jeune membre du groupe qui avait créé une filiale informatique dès les années 1980 se décrit elle-même comme une « enfant sauvage ». Puis nous annonce qu’elle part marcher plusieurs jours pour écrire. Le futur de la littérature potentielle ne sera décidément pas linéaire.
Derrière le départ de Clémentine Mélois se trouve une autre question, peut-être plus fondamentale encore que l’intelligence artificielle. À quoi sert un groupe d’écrivains ? « Avec le temps, j’ai compris que l’écriture était un travail solitaire », dit-elle à ActuaLitté. Anne F. Garréta formule presque la même chose : « Toutes les structures, quand on est un artiste ou un écrivain, sont problématiques. On fait de l’art, on n’écrit pas en troupeau. »
Puis elle donne au problème sa forme la plus brutale : « Tous les groupes littéraires, tous les groupes artistiques ont tendance à un moment ou à un autre soit à se transformer en troupeau, soit à se transformer en église ou en secte. » Mais elle reconnaît immédiatement l’autre moitié de l’équation : la littérature est aussi une activité sociale.
Hervé Le Tellier leur accorde d’abord d’avoir raison « formellement » : lorsque l’écrivain écrit, personne ne tient sa plume. Mais : « Moi, quand j’écris, j’écris avec mon panthéon personnel. J’écris parce que j’ai lu Gary, j’écris parce que j’ai lu Perec, j’écris parce que j’ai lu Queneau, j’écris parce que j’ai lu Calvino. Et au fond, je n’écris pas du tout seul. »
Le collectif oulipien ne consiste d’ailleurs pas nécessairement à fabriquer un texte à vingt mains. Il existe des œuvres réellement collectives. Le Voyage d’hiver de Perec a donné naissance à une succession de prolongements par les membres du groupe. À partir du « Descendeur », nouvelle de Paul Fournel tirée des Athlètes dans leur tête, les Oulipiens ont aussi utilisé la même ossature pour produire différentes variations.
Paul Fournel se souvient avec plaisir de ce jeu de réécriture : « Hervé Le Tellier l’a senti sans doute et il a adapté le texte en changeant le moins de mots possible. Puis tout le monde s’y est mis et ça a fini par faire un joli livre et un très joli spectacle. »
Hervé Le Tellier décrit les réunions comme une gigantesque mémoire externe. Quelqu’un arrive avec une idée. Quelqu’un d’autre répond : Perec y avait pensé. Ou Queneau. Ou Calvino. Ou un auteur chinois du IIIe siècle avant notre ère.
Pour la nouvelle recrue, l’expérience peut être légèrement décourageante. « Moi, je suis arrivé à l’Oulipo, j’avais des idées. Toutes les deux ou trois idées, on me disait : “Ah ouais, Perec y avait pensé, Queneau y avait pensé, Calvino y avait pensé.” » Puis il renverse : « Ça dit aussi : “T’as ta place à l’Oulipo puisque tu as eu la même idée que Perec.” Bravo, tu as trouvé quelque chose. Mais tu ne connais pas toute l’histoire de l’Oulipo et ça, ça a déjà été inventé par untel et untel. »
L’Oulipo serait donc une mémoire, un banc d’essai et une machine à objections ? « On est les Alcooliques anonymes de la littérature sous contrainte. » On vient régulièrement parler à d’autres personnes atteintes de la même obsession.
Reste la question que ni l’humour ni la littérature ne peuvent entièrement dissoudre : celle de la place des femmes.
L’Oulipo naît exclusivement masculin en 1960. Il faut attendre 1975 pour que Michèle Métail soit cooptée. Vingt années supplémentaires passent avant l’arrivée de Michelle Grangaud en 1995. Puis viennent Anne F. Garréta en 2000, Valérie Beaudouin en 2003, Michèle Audin en 2009, Clémentine Mélois en 2017 et, désormais, Louise Rose en 2026. La lenteur du rééquilibrage saute aux yeux.
Anne F. Garréta ne considère pas cette situation comme un phénomène qui se corrigera naturellement avec le temps. Elle a proposé une solution à la sauce oulipienne : faire de la parité une contrainte. « C’est-à-dire en faire une règle de fonctionnement. Et décréter que quand l’Oulipo recruterait de nouveaux membres, il les recruterait à parité d’hommes et de femmes. »
Son analyse historique est sans concession : « L’Oulipo a commencé, comme tous les groupes esthétiques de l’avant-garde européenne, comme un groupe d’hommes, centré sur un affect homosocial massif, et il a la plus grande difficulté à traiter avec les femmes. Il y a eu des femmes remarquables à l’Oulipo, mais ça ne suffit pas : il faut plus que des exceptions. »
Sur ce point, Hervé Le Tellier reconnaît l’existence du problème. Le groupe, affirme-t-il, cherche explicitement à rajeunir et à se féminiser. Il indique que quatre des dix dernières personnes entrées sont des femmes. Mais il rejette un système de quotas. Une partie de son raisonnement est structurelle : puisque les morts restent membres, une parité de l’ensemble historique serait pratiquement impossible à atteindre sans faire entrer une très grande quantité de femmes – ce qui détruirait la petite taille du groupe.
Une autre partie est esthétique. Il constate que le vivier de personnes travaillant aujourd’hui de manière explicitement formaliste ou sous contrainte demeure, selon son observation, plus masculin. Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’une « photographie » et non d’une loi, et dit souhaiter qu’on lui apporte le plus possible de contre-exemples.
Paul Fournel formule une même résistance aux quotas. « Je suis d’accord qu’il faut aller vers la parité. Ça ne me pose pas de problème. Au contraire, on peut même imaginer un Oulipo totalement féminin. Ce qui est essentiel, c’est que l’on trouve les bonnes personnes. » Et de l’affirmer sans ambages : « L’objectif de l’Oulipo, ce n’est pas la parité. L’objectif, c’est la création. Donc la parité ne peut pas être un objectif. C’est une nécessité sans doute, mais ce n’est pas un objectif. »
Et Louise Rose ? « Dans un premier temps, je pense que j’ai été cooptée et incluse dans ce groupe pour ce que j’ai écrit et pour mon texte et non pas pour mon genre. » Elle comprend les critiques de Clémentine Mélois et Anne F. Garréta. Elle considère la question importante, dans l’Oulipo comme dans tous les milieux artistiques.
Mais elle refuse que la réponse consiste simplement à faire entrer des femmes pour produire un chiffre satisfaisant. « On ne va pas prendre des femmes dans l’Oulipo pour dire : “Ah bah c’est bien, il y a autant de femmes que d’hommes”, si on prend des femmes qui écrivent des choses qui n’ont aucun rapport. C’est presque dégueulasse vis-à-vis d’elles de les prendre parce que ce sont des femmes. »
Hervé Le Tellier le reconnaît lui-même : « Une jeune femme arrive forcément dans un groupe de vieux messieurs. Clémentine Mélois avait tout à fait raison. Elle était, à un moment donné, la plus jeune femme à l’Oulipo et elle était entourée de gens qui avaient dix ans de plus qu’elle et qui étaient, dans la plupart des cas, des hommes. » Tout en s’émouvant qu’elle se présenta, selon l’auteur, comme une écrivaine « trop indocile » pour demeurer dans un « groupe de vieux messieurs ».
Ce que le groupe peut modifier plus facilement que son passé, ce sont ses procédures. Le président de l’Oulipo depuis 2019 nous décrit des réunions strictement ordonnées : ordre du jour, prise de parole successive, inscription préalable. Personne ne parle par-dessus quelqu’un d’autre. Ce qui pourrait ressembler à du formalisme administratif prend un sens différent lorsqu’il imagine Louise Rose, 30 ans, face à des personnes de 70 ou 80 ans. « Ça peut intimider. Si on est inscrit et qu’on voit qu’il y a un silence qui se fait complètement quand on parle, c’est bien. Donc vraiment, on peut avoir le temps pour s’exprimer, développer une pensée, lire ce qu’on a écrit. »
Un ordre du jour ne résout évidemment pas soixante-cinq années de déséquilibre, mais même la conversation peut être pensée comme une forme à contraindre, pour produire davantage de liberté.
Paul Fournel ne nie pas que quelque chose a changé. Il souligne même que le contexte culturel est beaucoup moins favorable à l’esthétique formaliste que celui des années 1970, 1980 ou 1990. L’Oulipo a connu une époque où la contrainte et l’expérimentation formelle occupaient une place exceptionnelle dans la conversation littéraire. Il n’est plus dans ce moment.
Hervé Le Tellier dit sensiblement la même chose lorsqu’il observe que le formalisme n’est plus aujourd’hui l’une des grandes préoccupations médiatiques de la littérature. Il cite son propre cas. L’Anomalie, prix Goncourt 2020, est profondément construit à partir d’un cahier des charges formaliste qu’il s’était bien gardé de mettre en avant auprès du grand public. « Je me suis dit, tout le monde s’en tape. Il se trouve que nous, ça continue à nous intéresser. »
Le groupe ne serait donc pas moins actif mais simplement moins synchrone avec les obsessions dominantes du champ littéraire ? Paul Fournel complète : « Le travail continue. Il se fait très régulièrement. Il se fait très bien. Des tas de livres paraissent, qui sont très intéressants, des pistes nouvelles de recherche sont ouvertes. Mais le public est très attaché à la période de La Disparition, de La Vie mode d’emploi, etc. »
Il cite Étienne Lécroart, qui va jusqu’à construire un album comme un palindrome de cases ou à couler ses planches dans la forme du sonnet ; Marcel Bénabou, dont Aux franges du silence pousse en 2026 l’exégèse jusqu’aux « poèmes de zéro mot » de François Le Lionnais, faisant de l’interprétation elle-même un exercice de potentialité. Mais aussi Frédéric Forte, qui remet à l’ouvrage les formes fixes et le nombre. Son récent Sentiment général s’organise notamment en une couronne de quatorze sonnets plus un « sonnet maître » ; ou encore Ian Monk, disparu en septembre 2025, inventeur des « monquines », où se combinent sextines et mots comptés, et des « quenoums », croisement de quenines et de pantoums.
Le vert Guillaume Marie a déjà proposé un « quatroum », croisement de la quatrine et du pantoum, qui prolonge à sa manière les recherches d’Ian Monk. Jacques Jouet imagine de son côté un « sonnet enjambeur », dont chacun des quatorze vers déborde sur le suivant – jusqu’au dernier, contraint de rejoindre le premier et de refermer le poème en cercle. Valérie Beaudouin transforme les suggestions de l’algorithme de son téléphone en matériau poétique.
Ce constat interdit deux facilités symétriques. La première serait de décréter l’Oulipo mort parce qu’il ne produit plus chaque décennie un nouveau Perec. La seconde serait de répondre à toute critique par le simple inventaire des publications et manifestations. On peut travailler beaucoup sans nécessairement déplacer une époque. On peut aussi déplacer silencieusement des pratiques sans bénéficier immédiatement de la visibilité qui permettra, quarante ans plus tard, de les qualifier d’historiques.
Hervé Le Tellier rappelle utilement que notre perception de la grandeur passée est largement rétrospective. Certes Les Choses lui a valu le prix Renaudot dès 1965 et La Vie mode d’emploi le Médicis 1978 mais le Perec mort trop jeune n’est pas encore le Perec monumental d’aujourd’hui : l’Association Georges Perec est fondée dès 1982, les colloques et les Cahiers Georges Perec se multiplient, les publications posthumes élargissent le corpus. Son entrée dans la Pléiade, en 2017, consacre cette canonisation. En 2026, la BnF peut désormais le présenter comme une « figure majeure » du XXe siècle : entre-temps, Je me souviens, « l’infra-ordinaire » ou la « tentative d’épuisement » ont largement débordé ses livres pour irriguer la création contemporaine.
Et Boris Vian, cet « anté-oulipien » mort en 1959, un an trop tôt pour rejoindre un groupe auquel tout – Queneau, la ’Pataphysique, le goût des formes et du jeu – semblait pourtant le destiner. Sa postérité est plus renversante encore : à sa mort, il est surtout l’homme du jazz, de Saint-Germain-des-Prés et du scandale de J’irai cracher sur vos tombes. L’Écume des jours, paru en 1947, n’a alors presque pas trouvé son public. Réédité après sa disparition, le roman devient peu à peu un classique, jusqu’à dépasser les deux millions d’exemplaires. Vian entre dans la Pléiade en 2010. Qui seront les géants de 2666, à part Roberto Bolaño ?
L’Oulipo possède enfin une arme secrète assez peu spectaculaire : la régularité. Il se réunit. Puis il se réunit encore. Et encore. La cooptation de janvier 2026 a eu lieu pendant la réunion numéro 783. « On sait qu’il y a une réunion de l’Oulipo tous les mois. Mine de rien, ça compte », résume Hervé Le Tellier.
Pourquoi revenir ? Parce qu’à la réunion suivante quelqu’un aura apporté quelque chose. Lors de l’une des dernières, raconte-t-il, Samuel Deshayes est arrivé avec une proposition de récit arborescent que le président du groupe appelle, provisoirement, une écriture « en ruissellement » : un récit progresse comme une bille tombant entre des obstacles, se divisant en chemins qui finissent par se rejoindre. « Je trouve que c’est très joli. Donc il y a toujours quelque chose à découvrir à la réunion de l’Oulipo, en création ou en érudition. »
Louise Rose décrit cette activité souterraine que le public ne voit pas. Entre deux réunions, les courriels circulent. Quelqu’un envoie un texte. Un autre découvre un article. Une idée apparaît. Une contrainte en provoque une autre. Elle cherche une image. Elle trouve un organisme. « Pour moi, c’est quelque chose qui s’autogénère et qui ne peut qu’être exponentiel dans les branches de création que ça sert. Je pense un peu à un rhizome ou à un blob. Une contrainte peut en créer une autre. Deux contraintes peuvent se rejoindre. Il y a plein d’embranchements. »
Et son propre rapport à la contrainte est peut-être la meilleure démonstration de ce que le mot a perdu à force d’être associé à des exercices scolaires. « Ça me permet de jouer, ça me permet de m’amuser dans l’écriture, d’aller, en créant une contrainte, vers : où est-ce que ça m’amène ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » Son deuxième roman aura encore, dit-elle, une structure particulière, peut-être mathématique.
Pourquoi ? Elle hésite, cherche une théorie, puis trouve beaucoup mieux : « Je pense qu’il y a quelque chose en moi qui fait que je n’arrive pas à écrire les choses dans l’ordre, en point A, en point B. J’ai besoin d’organiser mon histoire en mélangeant tout, en bouleversant ces codes-là. Parfois, ça m’arrive d’essayer d’écrire des choses plus normales et ça ne marche pas. Dès que je fous le bordel, ça marche. »
Alors, l’Oulipo est-il obsolète ? Sa meilleure définition reste peut-être son vieux concept de « potentialité » : introduire une petite perturbation dans un système et regarder tout ce qu’elle rend soudain possible. Or c’est précisément ce que Clémentine Mélois vient de faire au groupe lui-même. Elle a trouvé une règle oubliée. Elle l’a prise au sérieux. Elle l’a poussée jusqu’au bout. Elle a introduit une perturbation dans la structure. Et tout s’est mis à bouger.
Même son départ confirme donc, avec une ironie presque cruelle, quelque chose que l’Oulipo affirme depuis 1960 : une contrainte devient intéressante lorsqu’elle produit ce que personne n’avait prévu. À moins que les nouveaux ne fassent ce que Louise Rose dit devoir faire pour parvenir à écrire : foutre un peu le bordel.
Crédits photo : chez Marcel Bénabou, l’Oulipo réuni : le doyen voisine avec la cadette. L’Ouvroir, août 2026.
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
4 Commentaires
Lolo
29/08/2026 à 09:03
Merci pour la qualité de cet article.
Edco
29/08/2026 à 11:59
QPC....( Queneau, Perec, Calvino..) est un droit qui permet à tout citoyen, lors d'un procès, de contester une loi s'il estime qu'elle ne respecte pas les droits et les libertés garantis par la Constitution......hihihi hahaha ....ref!
Ah la la .......non l ' oulipo ne peut pas disparaitre...... Faire appel à ceux.celles ....qui croient au groupe ...
Et comme dirait le Dalai Lama ...."Donnez à ceux que vous aimez les ailes pour voler, les racines pour revenir et les raisons pour rester »
Oui , foutre un peu....le bordel... , ça doit être possible...... à notre époque...🤭🙏
Edco
29/08/2026 à 12:00
Magnifique article , merci 👏
Félix
02/09/2026 à 03:19
La question importante ici n'est pas si l'Oulipo peut encore surprendre, mais bien s'il peut se ré-inventer.
Je gage que l'on peut compter sur les doigts de la main, les gens qui ont déjà entendu parler de l'Oulipo auparavant.
À l'exception peut-étre d'anciens étudiants de littérature française, comme moi.
Sait-on ce que signifie exactement ce sigle?
OUvroir de LIttérature POtentielle.
En passant qu'y a-t-il de commun entre Calvino, Pérec et Queneau, voire Boris Vian?
S'ils sont tous célèbres par leurs oeuvres - particulièrement Raymond Queneau avec "Zazie dans le métro" en 1959 et figurant dans les cursus universitaires, surtout à l'étranger - ils sont tous connus pour avoir eu le goût de l'expérimentation, de l'esprit ludique du langage.
Et notamment avec les contraintes formelles, sur la rhétorique et l'écriture.
À tel point que Pérec put dire, dans un "lipogramme monovocalique" notoire :
"Je cherche en même temps l'éternel et l'éphémère".
Finalement, ce serait bien si l'Oulipo, une invention du XXe siècle, pouvait résoudre mathématiquement, ou métaphysiquement, les problèmes éthiques de l'AI (langage artificiel), lui une trouvaille du XXIe siècle!