#Auteurs

Henri-Frédéric Amiel, écrivain d’une “vie manquée” devenue monument littéraire

Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.

Le 26/08/2026 à 18:22 par Auteur invité

5 Réactions | 590 Partages

Publié le :

26/08/2026 à 18:22

Auteur invité

5

Commentaires

590

Partages

Partager cet article sur Bluesky Partager cet article sur Mastodon Partager cet article sur Linkedin Partager cet article par mail Imprimer cet article
ActuaLitté

Paru chez Honoré Champion en février 2026, Le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel. L’écriture de soi à l’épreuve du temps constitue une excellente, et très complète, approche du monstre littéraire que représente le fameux Journal.

ActuaLitté : Dans un premier temps, comment avez-vous croisé la route d’Henri-Frédéric Amiel ?

Géraldine Sauquet : C’est une rencontre favorisée par mon directeur de thèse, Michel Braud, auquel j’ai rendu visite à l’Université de Pau pour lui soumettre un projet de thèse sur les journaux de femmes de lettres, grandes voyageuses (Ella Maillart, Isabelle Eberhardt et Alexandra David-Néel), mais il était bien difficile d’apporter un nouvel éclairage, même comparatif, sur ces récits de voyage journaliers.

Ma déception a cependant vite fait place au plaisir de découvrir l’anthologie proposant des extraits de journaux intimes, De Madame de Staël à Pierre Loti (publiée en 2012 par ce même Michel Braud), et en particulier la vingtaine de pages extraites du journal intime d’Amiel (entrées de l’année 1866). La lecture m’a immédiatement confrontée à un homme, à un univers personnel, à un style d’écriture qui m’ont intéressée.

Par ailleurs, aucune thèse n’avait été écrite sur son journal intégralement publié (la dernière thèse, signée Léon Bopp, H. F. Amiel, essai sur sa pensée et son caractère, datait de 1926 et ne portait que sur une édition parcellaire du journal). C’est ce qui m’a décidée à lire les 16 900 pages que compte le Journal intime.

Professeur, Amiel espérait avant tout devenir écrivain célèbre. Or son œuvre littéraire à proprement parler, si l’on excepte le journal, est relativement mince. Comment expliquer cela ?

Géraldine Sauquet : Le rêve de devenir un écrivain célèbre hante Amiel sa vie durant : jeune étudiant brillant, cultivé, promis aux plus grandes espérances, il a très vite pris conscience de son inconstance, de son irrésolution, de sa nature velléitaire et intransigeante à la fois (l’exigence du « Tout ou rien ») ; dans son journal, il écrit avoir « l’appréhension de l’écrivain sans en avoir le talent », avoue se sentir inhibé par l’enjeu d’une œuvre destinée à être publiée…

Or, « la strangurie littéraire » dont il se disait souffrir est si complexe : de « l’ambition suprême » au défaut d’estime de soi, du peu de reconnaissance des œuvres poétiques publiées à la seule production d’un journal intime proliférant, d’un milieu académique genevois peu porteur aux émerveillements de lecture écrasants…

L’acte d’écrire une œuvre officiellement reconnue, inscrite dans l’histoire littéraire de son temps, est douloureusement suspendu et ne cesse de dériver vers l’écriture « en pointillé » du journal, dans lequel le diariste déplore sa « stérilité productive », recense des titres d’œuvres virtuelles, ou bien révèle qu’en écrivant De l’Allemagne, Madame de Staël a produit le texte dont il aurait aimé être l’auteur. « L’ambition suprême » fait ainsi place au sentiment d’être « une aspiration déçue et une vie manquée »…

Amiel fut également poète, et se voulait poète. Il a ainsi publié les recueils Grains de mil, en 1853, et La Part du rêve, en 1864. Par ailleurs, le journal contient plusieurs vers. Peut-on parler d’une œuvre littéraire à part entière ?

Géraldine Sauquet : Amiel est aujourd’hui connu pour son journal. La réception des cinq recueils publiés de son vivant à Genève est restée confidentielle et n’a donc pas eu le succès escompté par son auteur, qui considérait la poésie comme « l’art parfait et absolu ». Ses poésies-maximes ont été sévèrement jugées, ses poèmes lyriques et ses traductions de poètes également critiqués.

Le dernier opus, Jour à jour, poésies intimes, est le plus émouvant à mes yeux puisqu’il embrasse, en 111 pièces versifiées, les quatre saisons d’une année d’écriture, autre moyen d’expression destiné à tisser le temps. Mais c’est une lecture initiée par mon travail de recherche et je ne pense pas que la poésie d’Amiel soit lue de nos jours ; elle est trop morale ou conventionnelle.

A contrario, certaines pages du journal relèvent d’une véritable prose poétique, émouvante et singulière, en témoigne la description de certains paysages lacustres ou montagnards qu’un moment de contemplation et d’écriture saisit sur le vif.

De plus, H. F. Amiel aime associer l’écriture poétique à l’écriture des jours ; il cite ses propres vers, nourrit sa réflexion de vers empruntés aux poètes aimés (La Fontaine, Racine, Hugo, A. de Musset, Lamartine), illustre son goût pour les poésies-maximes en ouverture des cahiers, fait ses gammes poétiques en fin de cahier : la poésie est bien l’une des composantes de l’écriture protéiforme d’un journal parsemé d’éclats lyriques, nourri de poésie antique ou romantique, miroir d’un moi kaléidoscopique et d’une œuvre à vocation littéraire.

Amiel est d’abord un homme extrêmement cultivé, comme en témoigne le nombre de citations et de références présentes dans le Journal. Parmi ces mêmes références, nous pourrions évoquer Goethe, ou encore Jean-Jacques Rousseau, un compatriote, mais aussi Senancour. Peut-on qualifier Amiel d’écrivain romantique ?

Géraldine Sauquet : Amiel naît en 1821. Étudiant puis écrivain, il lit beaucoup la poésie romantique allemande et française. Il y retrouve sa sensibilité, sa mélancolie et son goût de la solitude, le besoin précoce de s’écrire pour mettre en mots sa vie la plus intime et exprimer ainsi ses tourments les plus intérieurs, ses rêveries prodigieuses et leurs échappées sur l’infini, sa nostalgie d’un monde ancien porteur d’un ordre religieux, moral et spirituel et son émotion face au caractère sublime des paysages suisses.

Tout le prédispose à partager les aspirations de la génération romantique, au point de ressentir intensément ce « Mal du siècle » qui conduit à « l’impasse de la désharmonie », au désenchantement ou aux aspirations déçues. Lecteur passionné de Byron, Amiel considère qu’« un paysage quelconque est un état d’âme » ; il est contraint d’abandonner la lecture d’Obermann de Pierre de Senancour, reconnaissant dans le héros un douloureux alter ego.

Il dépeint ainsi, dans ses carnets intimes, un monde dont l’évolution historique est bien peu charitable aux « sensitifs » comme aux rêveurs. Or, en écrivant son Journal intime sur quatre décennies déterminantes (1838-1881), Amiel témoigne aussi d’un nouveau sentiment de la personne, il fait advenir de nouvelles modalités d’exploration de l’identité individuelle, ce qui excède le seul héritage romantique dont il est également porteur.

N’oublions pas qu’il aime ciseler des aphorismes et maximes sous forme de poésie gnomique, qu’il condamne la France révolutionnaire et ses aspirations démocratiques au nom d’un conservatisme politique élitiste, qu’il analyse son époque en moraliste et possède un art consommé du portrait satirique. En somme, les discours hétérogènes présents dans son journal ouvrent son écriture à diverses sensibilités qui excèdent donc la seule dénomination d’écrivain romantique.

Parallèlement, Amiel enseignait la philosophie à Genève et fut disciple de Schopenhauer. Plusieurs réflexions métaphysiques apparaissent dans le Journal. Peut-on donc parler d’une œuvre philosophique ? Et, dans ce cas, pouvez-vous nous en dire davantage sur les conceptions propres à l’auteur ?

Géraldine Sauquet : L’érudition d’Amiel, « prodigieux liseur », est perceptible dans chacune des pages du journal. Il occupe la chaire de littérature et d’esthétique à l’Académie de Genève, mais il enseigne également l’histoire de la philosophie. Formé à l’idéalisme allemand et à la philosophie de Hegel, il ne cesse de lire les philosophes de l’Antiquité jusqu’à ceux de son siècle et il en relate la lecture dans les pages de ses carnets.

Il trouve son « frère » en découvrant l’œuvre du philosophe américain Emerson ou bien fait siennes les théories panenthéistes du philosophe allemand Karl Krause. Il s’ouvre également au mysticisme de Schleiermacher et, lorsqu’il décrit les rêveries « cosmiques et prodigieuses » qui le font évoluer, selon ses mots, en pleine phénoménologie, il traverse des états de conscience en lien avec cette tradition philosophique allemande.

Léon Bopp évoquait « les religions d’Amiel » pour suggérer les diverses influences qu’il mentionne dans son journal ; on pourrait en parallèle évoquer les multiples pensées philosophiques qui l’intéressent : il reprend à son compte certaines images traditionnelles de l’héraclitéisme pour figurer le passage du temps, mobilise le stoïcisme pour s’exhorter au devoir et à la maîtrise de soi (« Sustine et abstine ») ou bien, comme Arthur Schopenhauer, frère en pessimisme et autre référence de son panthéon philosophique, il s’intéresse au bouddhisme ; mais il lit encore Auguste Comte, s’intéresse au positivisme, au scientisme et affirme par ailleurs qu’il aimerait être Pierre-Joseph Proudhon !

Par son ampleur et la richesse de ses références, le Journal intime offre au lecteur une forme d’impressionnisme religieux et philosophique qui met en lumière le cheminement d’un homme confronté aux mutations historiques et civilisationnelles de son siècle et qui ne cesse de douter, de lire et d’interroger.

Le Journal intime est le creuset des lectures d’Amiel, il rend compte de sa grande culture philosophique comme de ses propres expériences phénoménologiques, mais il peut aussi se lire comme une œuvre philosophique à part entière si l’on considère qu’en déroulant le fuseau existentiel de son auteur, depuis sa jeunesse jusqu’à sa mort, le dispositif d’écriture du journal donne une forme sensible au temps et à la conscience malheureuse de la finitude humaine.

On connaît aujourd’hui l’édition complète du Journal, publiée en intégralité, sur douze tomes, par Bernard Gagnebin chez L’Âge d’Homme, entre 1976 et 1994. Les volumes sont aujourd’hui épuisés et difficiles à trouver sur le marché, sauf d’occasion. Pensez-vous que le livre sera un jour réédité ? Ou le gouffre financier que cela représente est-il trop profond ?

Géraldine Sauquet : L’édition complète du Journal a été un projet considérable et les douze tomes, publiés en dix-huit ans, sont en effet bien difficiles à trouver à l’état neuf (j’ai consulté et lu le troisième tome en bibliothèque universitaire !). Je ne connais pas les projets de la maison d’édition L’Âge d’Homme, mais le fait d’avoir réalisé cette étude permettra peut-être de favoriser une nouvelle publication du journal intégral.

Cela semble paradoxal. Amiel voulait que son journal passe à la postérité, tout en le cachant. De fait, quelles étaient ses véritables intentions ? On sait l’homme pétri de contradictions.

Géraldine Sauquet : Amiel souhaitait ardemment échapper « à l’oubli et au néant » et, à ses yeux, seule une œuvre écrite et publiée peut permettre « de survivre quelque peu » dans la mémoire des hommes. Or, le « grand écrivain » qu’il désirait devenir, consacré par « un monument aere perenuius, un ouvrage indestructible », ne peut considérer sereinement l’édifice du Journal intime puisque sa forme d’écriture ne relève pas encore des genres littéraires admis.

Par ailleurs, son ampleur, sa nature éminemment intime le condamnent sans appel. Texte vulnérable, intransmissible en l’état, il n’en était pas moins le « livre de [s]a vie », une forme d’alter ego scripturaire qui avait recueilli durant trois décennies « le meilleur de son être ».

Amiel envisage alors de léguer son immense manuscrit à deux amis, à charge pour eux d’en extraire les entrées les plus remarquables afin d’élaborer le portrait d’un penseur et d’un esthète doté d’« une certaine unité morale et littéraire ». Ainsi, persuadé que ses pages d’écriture journalières avaient de la valeur pour des lecteurs posthumes, il souhaite leur laisser une « biographie psychologique », un « témoignage de [s]a vie cachée », le « portrait individuel » de l’homme qu’il était.

Pour ce faire, il envisage une publication anthologique de son journal, sans jamais concevoir de publier in extenso les milliers de pages rédigées, dont certaines relèvent strictement du domaine privé et sont donc jugées irrecevables ou intransmissibles, que ce soit dans l’espace familial, social et, à plus forte raison, dans le domaine public…

Ce journal, c’est aussi le récit d’une impuissance : impuissance à devenir un écrivain célèbre, à se marier, à se projeter. Peut-on parler d’un écrivain neurasthénique, miné par une névrose d’échec ? Par ailleurs, les blocages et la mélancolie d’Amiel ne viennent-ils pas d’un traumatisme d’enfance ? On sait qu’il fut la risée de ses camarades, que son père s’est suicidé…

Géraldine Sauquet : Amiel partage avec la plupart des diaristes un certain nombre de caractéristiques : un sentiment d’exclusion, une écriture de soi facilitée par le retrait, par la posture de l’observateur solitaire, timide et défiant. La mélancolie du diariste naît souvent d’un « déboîtement intérieur », ressenti depuis une enfance marquée par le deuil (perte de la mère, suicide du père), la maladie ou bien la solitude.

Amiel élabore ainsi un portrait intime à la fois diffracté par l’écriture des jours et unifié par son tempérament et sa psychologie, son rapport au monde déceptif, et de toute évidence, le Journal intime est l’espace où s’écrivent tous les aveux d’impuissance à s’accomplir, à vivre selon la norme et les valeurs d’un siècle dans lequel on ne se reconnaît pas, car l’époque est bien peu charitable aux « rêveurs et aux sensitifs », comme le constate amèrement le diariste.

Enfance mélancolique, statut d’orphelin à l’âge de treize ans, célibat, professorat humiliant, santé fragile, goût de la contemplation et de la rêverie, aspiration à l’idéal : tout semble prédisposer Amiel à l’écart, au décalage, au désaccord ou à la dysharmonie, aussi avoue-t-il dans ses pages les plus intimes n’être « en règle ni avec la nature, ni avec la société, ni avec soi-même, ni avec Dieu » et sentir intimement n’être « ni de son pays, ni de son temps, ni de son sexe »…

Neurasthénie ? Névrose d’échec ? Récit d’une impuissance ? Amiel peut sans conteste être lu comme un cas « clinique », à la lumière des concepts psychanalytiques contemporains. Sa timidité, sa mélancolie, son aboulie, son rapport aux femmes et à la sexualité, ses troubles de l’identité ont pu nourrir des études psychologiques et médicales, des essais critiques passionnants, mais il ne faut pas se limiter à leur approche pathologique et documentaire ; ils sont à mettre en perspective avec une écriture en acte, une confession de soi inédite dans ce siècle de l’intime où le rapport à soi, à l’opacité du moi, à l’histoire individuelle initie une nouvelle conception de la personne, une autre manière de se dire et de s’écrire.

C’est ce qui fait toute la richesse, la singularité et la modernité du journal d’Amiel, en témoignent des formules comme « Ma virilité s’évapore en sueur d’encre »…

On sait qu’Amiel a lui-même parlé d’« inconscient », et qu’il aurait même découvert le terme de « refoulement ». De fait, quel intérêt clinique présente le Journal ? Existe-t-il des études à ce propos ? Des psychocritiques, pour reprendre le terme de Charles Mauron ?

Géraldine Sauquet : Il semble en effet paradoxal qu’une étude psychocritique ne soit pas spécifiquement associée aux troubles de l’identité révélés par le Journal intime, qui aborde les notions de « conscience diurne » et « nocturne » (ce qu’il nomme aussi terra incognita), mobilise le terme de « refoulement », tout en offrant quelques analyses de rêves saisissantes, toujours en lien avec la sexualité ou la mort : « on le sait, Amiel est tout entier dans son journal »…

Or, « cette force obscure de tout dire », comme le formule Edmond Jaloux, le conduit à explorer de nouvelles modalités de connaissance de soi. Il annonce sans conteste la révolution de la psychanalyse, car il s’agit bien pour Amiel de se comprendre, de remonter à l’origine des troubles et inhibitions qui entravent la réalisation de son être et il écrit la prescience d’une enfance déterminante pour expliquer « la défiance précoce », « l’anxiété », « les aspirations refoulées », « la timidité », « le froissement ».

Certains articles, quelques analyses abordent cette perspective du journal, mais la plupart du temps en lien avec une étude historique d’ensemble sur l’écriture de soi et l’identité personnelle. En ce qui concerne Amiel, on s’est davantage intéressé aux états de conscience (Georges Poulet) qu’à la dimension proprement psychanalytique de ses carnets intimes. Il reste donc beaucoup à faire !

Dans Mars ou la guerre jugée, le professeur Fritz Zorn (1944-1976) évoque l’ambiance étouffante régnant en Suisse, le conformisme qui, selon lui, aurait miné sa santé et l’aurait empêché de vivre. On a un peu le même sentiment touchant Amiel. Le journal est-il indissociable de la Suisse ? Qu’y a-t-il de spécifiquement helvétique chez Amiel ?

Géraldine Sauquet : Le Journal intime est le produit d’une vie vécue à Genève, d’une histoire familiale et d’une éducation porteuses des valeurs religieuses, morales et culturelles de la Suisse. Le calvinisme et son évolution vers un protestantisme puritain imprègnent la vision du monde, la culture personnelle et le rapport au corps, aux femmes et à la sexualité d’H. F. Amiel, conscient d’être l’héritier de ce moralisme parfois étouffant.

Le sens du devoir, le culte de la famille, le sérieux du milieu académique genevois sont ainsi sources de contraintes et de mal-être : Ubi male, ibi patria est une antienne du journal… Mais Amiel est avant tout suisse. Il aime les paysages de son pays, fait de nombreuses références à ses lieux de villégiature favoris autour du lac Léman, assiste aux sermons puis commente l’éloquence des pasteurs, écrit une étude universitaire sur Le Mouvement littéraire de la Suisse romane, reste fidèle à ses admirations de peintres et écrivains suisses.

Il écrit un essai remarqué sur Jean-Jacques Rousseau à l’occasion du centenaire de sa naissance, participe à un ouvrage collectif relatif aux Biographies nationales, ne quitte qu’épisodiquement sa ville de naissance où il mourra.

Enfin, Luc Boltanski ne s’y est pas trompé : le sens de l’épargne, le rapport comptable au temps (héritage d’une lignée de négociants), les notions de « culpabilité », la pratique de la « confession », le sens du « devoir » ou la « conscience morale » sont essentiels pour comprendre qui était Henri-Frédéric Amiel, auteur par ailleurs d’un chant patriotique reconnu : « Roulez, tambours ! ».

Très critique envers lui-même, se dépréciant volontiers, Amiel est également sceptique à l’égard de son journal, qu’il perçoit comme une forme de pis-aller littéraire. Pour autant, il semble également réévaluer sa propre écriture en considérant qu’elle délivre une vérité, ce qui ne serait pas possible sous le truchement de la fiction. Pensez-vous, justement, que le Journal soit un texte vrai, car non pollué par le désir de faire œuvre au sens strict ?

Géraldine Sauquet : Sans surplomb éditorial défini, le Journal intime fait-il advenir un texte vrai ? Amiel accorde à son journal une diversité de fonctions, dont celle de confident intime, substitut idéal à toute autre forme de relations amicales, sentimentales ou sociales.

L’attachement exclusif à son « soliloque » journalier en fait un espace où tout peut se dire, où tout doit s’écrire car c’est là, précisément, qu’il faut être vrai ! « Être vrai, c’est être fort », déclare Amiel, et cet interlocuteur privilégié qu’est son carnet est conçu pour accueillir l’expression d’une vérité, favoriser celle des aveux les plus difficiles puisqu’il est destiné à suivre « les méandres de la vie intérieure ».

C’est ainsi qu’« Amiel peut librement se donner et s’abandonner au seul souci de la vérité parce que la parole du Journal est une parole où il ne se garde et ne se regarde pas, où il ne se tient pas en garde et sur ses gardes » (J.-L. Chrétien).

Il faut bien avouer qu’une telle confession est inédite, elle expose avec franchise et sincérité les fragilités, les faiblesses, les contradictions et les hontes les plus secrètes ; elle aborde la question du corps, de la sexualité, des fantasmes et des angoisses, relate les expériences les plus humiliantes ou les plus blessantes pour l’homme qu’il était.

La forme du journal personnel offre un dispositif idéal au discours de l’intime, il fait affleurer ce « qui est le plus en dedans », et contient par conséquent ce qui est « incommunicable à autrui » (Michel Braud). Mais quel est le sens du mot « vérité » appliqué au sujet qui est son propre objet d’étude ?

Amiel appose l’indication « Journal intime » sur chacun de ses cahiers, il affirme ainsi l’authenticité de ce qui s’écrit en une sorte de pacte d’écriture pris envers lui-même, mais il écrit également l’impossibilité de faire advenir une vérité définitive sur le « moi », par nature labile, opaque, incompréhensible : « Qui suis-je ? », « Que suis-je ? », ne cesse-t-il de s’interroger.

Par ailleurs, l’écriture des jours mobilise une rhétorique de l’intime qui permet aussi d’élaborer un « récit de soi », selon l’expression de Paul Ricœur ; la vérité prétendument intime relève en effet d’une construction narrative de l’identité au moyen de milliers de pages d’écriture journalière.

Enfin, Amiel n’écrit plus sous le sceau du secret préservé comme le firent les premiers intimistes ; il envisage une publication d’extraits choisis de ses carnets et lit les journaux intimes, qui se publient de plus en plus fréquemment dans la seconde moitié du siècle. L’horizon éditorial fait ainsi sensiblement évoluer les modalités de l’écriture de soi au cours du XIXe siècle.

Si certains critiques ont favorablement accueilli les Fragments d’un journal intime publiés en 1883-1884, d’autres se sont montrés extrêmement négatifs, à l’instar de Ferdinand Brunetière ou de Paul Bourget, dans La Revue des Deux Mondes notamment. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le nom d’Amiel semble faire l’unanimité. Vous suggérez également le fait qu’Amiel ait codifié le genre du journal intime. Y a-t-il un avant et un après Amiel, justement ?

Géraldine Sauquet : Les premières publications anthologiques du Journal intime d’Amiel suscitent d’emblée de vives polémiques. Déplorant l’avènement de « la littérature personnelle », les critiques, comme Paul Bourget, Ferdinand Brunetière ou Ernest Renan, condamnent les auteurs de journaux intimes qui prétendent faire œuvre au moyen d’un genre qui n’a pas encore sa place dans le champ de la littérature en cette fin de siècle.

Amiel incarne, à leurs yeux, une maladie de l’ego, une sorte de décadence, à savoir « le développement maladif et monstrueux du Moi », selon l’expression de F. Brunetière. Ce syndrome d’un nouveau mal, propre à l’époque, affadirait et dévoyerait la création littéraire vers l’insignifiance, le prosaïsme, la complaisance narcissique. « Aucune valeur, ni psychologique, ni morale, ni esthétique » (Michel Braud, La Forme des jours) n’est alors concédée aux pages publiées du Journal intime…

Or, le retentissement éditorial des premières parutions est indéniable et la reconnaissance d’une œuvre jugée singulière en raison de sa franchise de ton, d’un projet inédit par son ampleur et son ambition, et sans doute de « symptômes » partagés par un lectorat avide de confidences, ont fait d’Amiel le parangon du diarisme et de son Journal intime le paradigme d’une forme d’écriture qui acquiert le statut de genre littéraire à part entière au cours du XXe siècle.

André Gide, François Mauriac, Albert Thibaudet, Georges Poulet saluent la grandeur d’un journal animé par la quête d’une « conscience de soi » et d’une connaissance de soi approfondie. Quelques philosophes, à l’image de J.-P. Sartre, ont cependant fait d’Amiel le contre-modèle de leur conception du sujet transcendantal qu’il faut détourner des « caresses et [d]es dorlotements de [l]’intimité, puisque finalement tout est dehors, tout, jusqu’à nous-mêmes : dehors, dans le monde, parmi les autres ».

Mais pour toutes celles et ceux qui sont fascinés par l’art de s’écrire, comme par la rencontre intime que de telles lectures occasionnent, le journal d’Amiel offre une expérience de lecture des plus précieuses.

Par son ampleur, comme par le degré d’intimité qu’il révèle, le Journal intime d’Amiel se présente comme un modèle du genre qu’il élève à la fois au rang d’œuvre littéraire et à celui de confession intime inégalée, caractéristiques que les journaux publiés antérieurement (Maine de Biran, Maurice et Eugénie de Guérin, Alfred de Vigny) ne présentaient pas de la sorte.

Il a ainsi codifié un genre, établi les fondements d’une poétique du journal intime en faisant de l’écriture des jours une écriture de soi qui interroge le statut de l’œuvre littéraire et annonce son évolution au XXe siècle.

Crédits photo : portrait photographique d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), philosophe moraliste, poète et critique suisse. Jean-François Artus — Bibliothèque de Genève / Domaine public

 
 

DOSSIER - Douze auteurs, douze romans de la rentrée littéraire 2020

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

5 Commentaires

 

Boris Okoff

27/08/2026 à 09:31

Passionnante interview, merci de mettre en lumière le génie d'Amiel et la complexité de son personnage !

ETIENNE RUHAUD

09/09/2026 à 05:25

Merci, cher Boris, pour votre lecture. Oui, un velléitaire chronique! Un peu de mélancolie, en le lisant.

Alice Plane

31/08/2026 à 11:54

Formidable!
Merci de partager avec nous et de rendre accessible cet immense pavé littéraire!
J'ai découvert à la lecture de votre article le concept de "strangurie littéraire" (pour un diariste, c'est surprenant) et cette idee que "là ou est le mal (ou mal-etre?), là est ma patrie".
Bravo au professeur Sauquet et bravo à vous de l'avoir invitée à nous raconter cet étrange personnage qu'était Henri-Frédéric Amiel.
Merci.

Laurence Piquin

02/09/2026 à 11:20

Nous associons souvent thèse et lecture inaccessible , fastidieuse , réservée à de rares initiés spécialistes du sujet traité . Rien de tel avec la thèse de Mme Géraldine Sauquet sur le Journal d’Henri-Frederic Amiel .
Cette interview remarquable est à l’image de la remarquable thèse de cette dernière .
Somme précise mais jamais rébarbative de ce journal- fleuve de 12 tomes - 16 900 pages- l'ouvrage de Mme Géraldine Sauquet nous en dévoile l’époque , le contexte culturel et genevois , nous introduit dans l’intimité tourmentée d’un personnage infiniment érudit , nous le fait comprendre et même aimer , lui qui ne s’aimait guère.
L'abondance de citations variées puisées dans tous les domaines qui intéressaient H-F. Amiel : histoire , littérature, religion, philosophie , psychanalyse ajouterait-on aujourd'hui ... non seulement nous apporte le plaisir des découvertes ou des redécouvertes mais nous laisse l'impression de nous être familiarisés avec l'œuvre en ses aspects majeurs , d’en avoir lu cette anthologie dont rêvait parfois son auteur et dont des " Fragments" ont pu exister dans l'histoire éditoriale du Journal .
Ainsi Madame Sauquet rend-elle hommage à son personnage en montrant comment H-F. Amiel , désireux de devenir un écrivain célèbre mais persuadé qu'il ne pourrait accéder à cette gloire avec un journal intime , s'est imposé précisément comme un monument incontournable de la littérature grâce à ce nouveau genre qu'il a contribué à codifier.

Vincent Renault

02/09/2026 à 23:15

Passionnant entretien. Merci beaucoup à Géraldine Sauquet. On a presque envie de dire qu’Amiel a de la chance d’avoir été lu, étudié, scruté par une chercheuse à la fois si sensible, si éloquente et si intelligente.

Le Journal intime d'Henri-Frédéric Amiel

Géraldine Sauquet

Paru le 27/01/2026

544 pages

Honoré Champion

85,00 €

Plus d'articles sur le même thème

ActuaLitté

Des livres aux bibliothèques : le combat de Djaïli Amadou Amal

Un livre à couverture rose lui a révélé, enfant, que lire permettait d'imaginer d'autres existences. Rencontrée samedi 10 octobre au salon Lire en Poche, à Gradignan, Djaïli Amadou Amal raconte cette découverte, le refuge trouvé dans l'écriture et le passage de la littérature à l'action. À travers Le Harem du roi, récemment paru en poche, et Espoir, son récit autobiographique, l'écrivaine camerounaise remonte aux origines de son engagement.

10/10/2026, 17:45

ActuaLitté

Maylis de Kerangal: “Ce qui n’est pas juste ne peut pas être beau”

Au salon Lire en Poche de Gradignan, Maylis de Kerangal revient sur Jour de ressac, désormais disponible chez Folio. Le Havre, ville de son enfance, lui permet d’écrire une part d’elle-même sans transformer la narratrice en double. Entre mémoire des lieux, gestes du quotidien et réflexion sur l’intelligence artificielle, la romancière défend une littérature attentive à la justesse du regard, à la beauté et à la liberté de la fiction.

10/10/2026, 17:33

ActuaLitté

La soif d'idéal de Michèle Pedinielli : du prosecco et des enfants heureux

Un prosecco avec des glaçons, des enfants heureux, un roman qu'on pourrait écrire sans paniquer : Michèle Pedinielli ne manque pas d'idéaux. Rencontrée au festival Lire en Poche, à Gradignan, la romancière décline le thème « Soif d'idéal » en trois portraits : la femme, l'autrice et la révoltée. Trois aspirations qui oscillent entre humour et inquiétude, jusqu'à cette envie, aussi simple à formuler que difficile à satisfaire : ne plus avoir peur.

10/10/2026, 12:07

ActuaLitté

Muriel Gilbert : “L’orthographe, pour moi, c’est un jeu.”

Correctrice au Monde depuis une vingtaine d’années, Muriel Gilbert veille sur des règles dont elle connaît pourtant les transformations. Rencontrée au salon Lire en Poche de Gradignan, où elle présente Le Petit Gilbert, la chroniqueuse de RTL revient sur la féminisation des noms de métiers, les expressions qui changent de sens et les accommodements parfois nécessaires avec la norme. Un métier où corriger ne signifie pas toujours avoir le dernier mot.

 

10/10/2026, 09:49

ActuaLitté

Et si les monuments de Paris cachaient des messages que nous avons oubliés ?

Et si Paris cachait, dans ses monuments, des symboles que nous ne savons plus regarder ? Dans Le Paris alchimique, publié chez Trajectoire, Émilie et Nicolas Meillerais Gallois proposent de redécouvrir la capitale à travers l'alchimie et la spiritualité chrétienne. Des sculptures de Notre-Dame aux tapisseries de La Dame à la licorne, leur guide mêle promenade, découverte du patrimoine et réflexion sur la transformation de soi.

09/10/2026, 15:01

ActuaLitté

“La lutte contre le piratage, c'est une conjonction de moyens” (SNE)

Bookys, plateforme pirate diffusant des livres, des revues et des magazines protégés par le droit d'auteur, est visée par une demande de blocage portée par le Syndicat national de l'édition (SNE) et l'Alliance de la presse d'information générale. Adressée aux fournisseurs d'accès à internet, l'assignation ouvre la voie à d'autres actions, comme des mesures contre les sites miroirs ou les prestataires de paiement.

07/10/2026, 16:57

ActuaLitté

Drieu la Rochelle et Colette Jéramec : l’histoire d’un couple impossible

Avec La Rédemption, Jean-Noël Orengo revient sur un couple pris dans les bouleversements du XXe siècle : Pierre Drieu la Rochelle et sa première épouse, Colette Jéramec. Derrière l’écrivain collaborationniste et antisémite, le romancier fait réapparaître une femme longtemps restée dans l’ombre, médecin et chercheuse à l’Institut Pasteur, arrêtée avec ses deux enfants en 1943.

02/10/2026, 18:04

ActuaLitté

Clémentine Mélois : “Toute la vie n’est faite que de ruptures successives”

James Joyce avait fait entrer l’épopée dans la vie ordinaire, jusqu’à faire tenir une Odyssée entière dans une journée. Clémentine Mélois choisit, elle aussi, de partir de presque rien : un déménagement, une séparation, quelques cartons, un verre à moutarde, un rouleau de Sopalin. Dans Choses que je croyais perdues, finaliste du 93e prix des Deux Magots, l’autrice-artiste fait de « l’infraordinaire » sa matière romanesque.

01/10/2026, 15:33

ActuaLitté

Véronique Ovaldé : “J’ai toujours inventé d’autres vies à ma mère”

On connaît Véronique Ovaldé pour ses fictions et leurs vies toujours prêtes à bifurquer. Avec Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, paru chez Flammarion en cette rentrée littéraire, elle se tourne cette fois vers sa propre mère. Le récit est plus intime, sans abandonner l’imaginaire, et la place parmi les finalistes du prix des Deux Magots 2026.

30/09/2026, 17:03

ActuaLitté

À 80 ans, Lucky Luke court toujours : dans les coulisses de l’exposition avec Joub

À 80 ans, Lucky Luke n’a pas fini de galoper. Commissaire de l’exposition Lucky Luke court toujours !, présentée à Quai des Bulles, Joub a replongé dans l’ensemble de la série pour raconter autrement le cow-boy de Morris : par le dessin, la couleur, les gags et les motifs qui traversent huit décennies d’albums.

30/09/2026, 12:04

ActuaLitté

Lucie Rico : “Dire quelque chose, c’est déjà le transformer”

Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? Une question qui a conduit Lucie Rico jusqu’à la finale du prix des Deux Magots 2026. Dans ce troisième roman publié chez P.O.L, une phrase inachevée ouvre une enquête sur un souvenir d’enfance, entre le baroque du giallo, reconstitution comme les vrais enquêteurs judiciaires, et mémoire familiale.

29/09/2026, 15:07

ActuaLitté

Elsa Holfert : "Le burn-out n’est pas que professionnel"

Paru le 22 avril 2026 aux Éditions Dangles, Fatigue chronique, et si c’était un épuisement surrénalien ? d’Elsa Holfert explore les mécanismes de l’épuisement liés au stress chronique. Kinésithérapeute de formation, l’autrice exerce aujourd’hui comme praticienne en santé fonctionnelle et en hormonologie.

28/09/2026, 16:40

ActuaLitté

Pour encadrer l'IA, La France insoumise convoque Isaac Asimov

Exclusif — Une figure de la science-fiction s'invite à l'Assemblée nationale, à la faveur d'une proposition de loi déposée par René Pilato, député La France insoumise — Nouveau Front Populaire de Charente. Les fameuses « lois de la robotique », conçues par l'écrivain américain, y sont citées, afin de motiver et nourrir un encadrement des intelligences artificielles mises à la disposition du grand public.

24/09/2026, 15:58

ActuaLitté

“La véritable violence, c’est le déni, l’indifférence”

Mère isolée, actrice pornographique quadragénaire, Sabine élève seule son fils Romain dans le vingtième arrondissement. Adolescent « normal », moyen, ce dernier subit un harcèlement en règle dès lors qu’une vidéo de Sabine fuite au collège, et fait le tour des réseaux sociaux… La suite ? Accompagnée par le hardeur Joseph, et par Enguerrand, bourgeois blasé, Sabine résout de se venger, guidée par son seul amour maternel. Une deuxième intrigue se met en place, mêlant cette fois milieux d’affaire et hauts-fonctionnaires, sur fond de revenge porn et de libertinage. Propos recueillis par Étienne Ruhaud.

21/09/2026, 16:54

ActuaLitté

“Avons fait l’impossible, mais avions rêvé davantage”

Aux Deux Magots, Jean-Luc Coatalem a connu presque toutes les places : celle du jeune homme qui observe, du lauréat photographié sur le boulevard, puis du juré chargé, à son tour, de choisir. À l’heure où le prix 2026 entre dans le vif de ses délibérations, l’écrivain ouvre les portes d’une institution qu’il connaît désormais de l’intérieur, avec ses goûts, ses rites et ses petites stratégies.

21/09/2026, 15:53

ActuaLitté

“Le risque de devenir « un LinkedIn du livre » existe évidemment”

L'écueil, Jean-Charles Caplier le formule lui-même : créer « un LinkedIn du livre » de plus. Alors que LivreConnect ouvre officiellement le 16 septembre, son fondateur défend un espace transversal entre les métiers, nourri de ressources, d’outils et d’un assistant IA. Pour ActuaLitté, il précise ce qui permettra de juger si le projet a vraiment trouvé sa place — et jusqu’où il entend laisser Volt’R intervenir.

16/09/2026, 09:30

ActuaLitté

”Chaque livre mérite de trouver ses lecteurs” : Béliveau éditeur à la conquête de l’Europe

Reprise en juillet 2026 par Amélie McNicoll et Alexandre Vézina, Béliveau Éditeur entend revoir autant sa sélection de projets que leur commercialisation. Les deux entrepreneurs veulent associer davantage les auteurs à la stratégie de leurs livres, relancer la production et renforcer la présence de cette maison québécoise de plus de 50 ans en France, en Belgique et en Suisse, avec un objectif de 25 à 30 titres à court terme.

16/09/2026, 09:00

ActuaLitté

À quelques pas de toi : le podcast qui a relié les générations

Il y a des a priori auxquels il faut tordre le cou : « il ne se passe pas grand-chose en milieu rural » est un préjugé qui vient de prendre du plomb dans l’aile grâce à une dynamique mise en place dans une petite commune de Gironde.

14/09/2026, 16:07

ActuaLitté

“Pourquoi tu n’écris pas un livre sur le sexe ?” : la naissance de SexOD

À l'occasion de la sortie de son premier thriller (SexOD - juin 2026 - Patchenco éditions), que ActuaLitté vient de chroniquer, Patrick Collignon a bien voulu répondre à nos questions. On y apprend notamment que si l'écrivain belge a choisi de placer l'intrigue de son roman à Stockholm, ce n'est pas tout à fait par hasard ou pour suivre la mode !

03/09/2026, 18:13

ActuaLitté

Écris-moi une danse.... De la page au mouvement avec Myriam Gourfink

Un roman s’écrit avec des mots, une partition de musique avec des notes, et pour la danse ? Comment expliquer à des danseurs et danseuses les mouvements imaginés par un ou une chorégraphe, des intentions scénographiques qui soient intelligibles par tous et mémorisables. Rencontre avec Myriam Gourfink, danseuse, chorégraphe, riche d’un parcours international, reconnue et très appréciée pour son travail de recherche chorégraphique. 

02/09/2026, 15:56

ActuaLitté

Harcèlement scolaire : apprendre dès 4 ans à poser ses limites

Avec Éduquer contre l’exclusion et le harcèlement – Méthode et outils pédagogiques adaptés au programme EVAR, paru aux éditions Dangles, Chloé Ségneré s’adresse aux enfants de 4 à 7 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagnent. Sa méthode Empatikids passe par les émotions, le respect des limites, le consentement ou encore la sécurité pour tenter d’agir avant que les situations d’exclusion ou de harcèlement ne s’installent.

01/09/2026, 17:32

ActuaLitté

“Dieu est mort, mais il n’arrive pas à s’en consoler”

Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.

31/08/2026, 17:11

ActuaLitté

Livre sur les quais 2026 : se renouveler sans rompre le fil

Pour sa 17e édition, Le Livre sur les quais cherche à renouveler ses formes sans perdre ce qui fait son identité. À Morges, Adélaïde Fabre défend un festival plus participatif, ouvert aux autres arts et aux nouveaux publics, mais toujours construit autour de la rencontre et de la transmission.

27/08/2026, 16:45

ActuaLitté

Quand le format vertical bouscule l’écriture des séries

Pensées pour être regardées sur un smartphone, les fictions verticales ne se cantonnent plus aux productions amateurs des réseaux sociaux. France Télévisions et Arte investissent désormais ce terrain, où la brièveté impose ses propres règles : installer une situation immédiatement, caractériser un personnage en quelques secondes, concentrer les dialogues et maintenir le récit sous tension. Une autre manière d’écrire la fiction ?

25/08/2026, 11:11

ActuaLitté

“Ma mère est partie en Espagne” : Lavinia Braniște écrit l’exil ordinaire

Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.

17/08/2026, 17:51

ActuaLitté

“Les richesses du sol africain l’ont carrément appauvri”

Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.

14/08/2026, 16:15

ActuaLitté

“Face à des mégafeux incontrôlables, la Grèce n’en finit plus“

Tout brûle en Grèce, pas seulement la nature éprouvée par la sécheresse et l’incivilité de ses habitants, elle brûle parce que la police est corrompue, l’environnement est bafoué et les hommes politiques sont malhonnêtes. Et pourtant, la Grèce est un pays attachant, plein de ressources et de bonnes volontés. Cependant, la sincérité n’est pas un gage suffisant d’honnêteté, Nikos Nikolopoulos le démontre au fil de ce polar passionnant, efficace dans lequel s’entremêlent plusieurs histoires, passées ou récentes, qui finissent toujours par converger vers un drame.

04/08/2026, 15:33

ActuaLitté

“Un réseau de librairies plus fort et plus moderne” : l’ambition de l’ALIM au Maroc

Hassan El Kamoun est partout. Il porte la voix des libraires du Maroc et celle de l’ALIM. On le voit sur le terrain, dans son pays, mais aussi en France, en Belgique ou aux Émirats arabes unis, inlassablement mobiliser, convaincre et attirer l’attention sur les enjeux de la librairie. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/08/2026, 16:07

ActuaLitté

Oser Joyce : deux années avec Ulysse

Pendant deux ans à plein temps, Michel et Michela Gribinski ont vécu au rythme de Leopold Bloom, traversé six fois Dublin et remis chaque phrase sur le métier. De cette immersion naît une nouvelle traduction d’Ulysse, guidée par un pari : retrouver, sous le monument à la réputation si intimidante, le roman, ses corps, ses voix, son burlesque et sa mélancolie.

27/07/2026, 18:22

ActuaLitté

“Le collectif doit primer sur l’ego” : la SAIF invente un prix contre la logique des prix

Comment récompenser des artistes sans renforcer la compétition qui structure déjà leur secteur ? Avec le Prix La SAIF x Ce qui nous lie, Églantine de Boissieu assume ce paradoxe : distinguer un collectif, non pour couronner une œuvre ou une carrière, mais pour lui offrir trois jours durant lesquels il pourra cesser de produire. Une manière de traiter le temps, le repos et les relations de travail comme des ressources politiques.

24/07/2026, 16:16

ActuaLitté

“Quand un artiste affirme que son œuvre n’est pas politique, c’est déjà politique”

Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.

22/07/2026, 15:51

ActuaLitté

La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Ancienne ingénieure à la SNCF, Nawal Kerdougli a créé au printemps ManYaya, la première librairie exclusivement antiraciste en France. Interrogée par ActuaLitté, elle revient sur les origines de ce projet, ses choix éditoriaux et son ambition de rendre ces ouvrages accessibles partout en France, notamment dans les territoires où l’offre spécialisée est limitée.

17/07/2026, 17:27

ActuaLitté

Renaud Lefebvre (SNE) : “Les opérateurs d'IA sont en infraction permanente”

L'année 2026 n'est pas de tout repos pour l'industrie de l'édition, confrontée à un repli des ventes et à un recul apparent des pratiques de lecture. Parallèlement, la situation budgétaire de l'État entraine une contraction des soutiens publics, tandis que de puissants acteurs technologiques prennent leurs aises, afin de développer des outils d'intelligence artificielle... Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l'édition (SNE), est revenu pour ActuaLitté sur quelques sujets de préoccupation.

16/07/2026, 11:19

ActuaLitté

Yon : la BD de Camille Broutin qui fait dialoguer manga et science-fiction

Noure, libraire au Renard doré, dans le 5e arrondissement de Paris, défend Yon, de Camille Broutin, publié chez Dargaud. Entre manga, science-fiction et récit de survie, elle voit dans ce premier tome une œuvre graphique très maîtrisée, portée par des adolescentes qui existent pour elles-mêmes et par une narration assez ouverte pour accueillir de nombreux lecteurs.

14/07/2026, 15:49

ActuaLitté

Makassar “unique fautif” ? Pollen refuse le procès trop simple

La crise Makassar ne se résume pas, estime Benoît Vaillant, à la défaillance d’un seul — fut-il diffuseur-distributeur. À la tête de Pollen, il organise actuellement l’arrivée d’une trentaine de structures (principalement de BD), en collaboration avec Vincent Dodivers. Mais le président de Pollen réaffirme surtout le besoin d’une lecture plus collective, face à un modèle qu’ont fragilisé les coûts de stockage.

10/07/2026, 10:14

ActuaLitté

OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

Autres articles de la rubrique À la loupe

ActuaLitté

Jean-Paul Enthoven, toujours en lice pour le Renaudot, accusé de “piratages” littéraires

Exclusif - Toujours en lice pour le prix Renaudot Essai 2026, Jean-Paul Enthoven poursuit sa course avec son Dictionnaire amoureux du bonheur, paru en cette rentrée chez Plon. Mais certains passages du livre ressemblent singulièrement à des séquences publiées plus de dix ans auparavant par Frédéric Schiffter. ActuaLitté a confronté les textes. Un automne littéraire décidément très à thème...

11/10/2026, 08:00

ActuaLitté

Combien de temps peut-on tenir sans aller aux toilettes dans un roman ?

La littérature demande beaucoup au corps humain. Courir derrière un train, traverser un désert, accoucher, saigner abondamment, tomber amoureux sous une pluie battante ou mourir après quatre cents pages ne semble poser aucune difficulté particulière. Aller aux toilettes, en revanche, embarrasse manifestement la narration.

10/10/2026, 07:00

ActuaLitté

La turquerie, cette mode oubliée qui a marqué la littérature française

Née dans le mirage du Bosphore plutôt que sur le Parnasse, la turquerie fut pour la littérature française une tentation plus qu’un sujet : regarder l’Orient pour mieux se voir. De Molière à Loti, cette muse ambiguë n’a cessé d’éclairer nos imaginaires et nos contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.

09/10/2026, 15:49

ActuaLitté

Moins de bébés, moins d’élèves : comment la dénatalité transforme déjà la France

La France fait moins d’enfants, et les effets du basculement débordent déjà les maternités. Nouveau congé de naissance, recul annoncé de 1,7 million d’élèves d’ici 2035, solde naturel négatif en Provence :  trois actualités que La grève des naissances, d’Hervé Le Bras, permet de relire autrement, en interrogeant l’efficacité des politiques familiales, le poids des inégalités et les conséquences territoriales de la dénatalité en France aujourd’hui.

09/10/2026, 10:56

ActuaLitté

Le CNL, indispensable “à l’équilibre de la chaîne du livre et de la lecture”

Une proposition de loi venue de la droite du Sénat entend supprimer, purement et simplement, le Centre national du livre (CNL), au nom d'une lutte contre « l'agencification » de l'État. Plusieurs acteurs du secteur du livre rappellent cependant son rôle crucial dans le soutien à la création et à la diversité, dont le Club 99, Fédération des festivals Bd et arts associés, dans une tribune reproduite ci-dessous.

09/10/2026, 08:28

ActuaLitté

“Diviser pour régner” : les artistes-auteurs accusent les pouvoirs publics

19 organisations représentant les artistes-auteurs, parmi lesquelles la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, la Ligue des auteurs professionnels et le Syndicat des écrivains de langue française, signent une tribune contre les divisions de leur profession. Elles dénoncent les inégalités de traitement entre les différentes catégories de créateurs et appellent à défendre collectivement leurs droits sociaux, économiques et professionnels.

08/10/2026, 14:50

ActuaLitté

“J’ai juste l’impression de lire pour lire : je ne sais pas si j’achèterai encore des livres”

Dix mois après avoir quitté la librairie, Elsa continue pourtant d’enchaîner les livres. Mais à force de lire sans interruption, une question s’impose : est-ce encore l’envie de lire, ou simplement une habitude devenue refuge ? Entre pile à lire, achats compulsifs, peur du vide et plaisir intact de certaines découvertes, ce billet interroge avec franchise ce que nos lectures disent parfois de nous — et de nos automatismes.

08/10/2026, 09:00

ActuaLitté

Classique = Moderne ? Un étudiant défie l’Académie française sur ses propres règles

Exclusif - C'est à en perdre son latin : cette fois, les Modernes siègent sous la Coupole. Deux prix de poésie de l’Académie française sont contestés pour avoir couronné des écritures qui prennent leurs aises avec la versification régulière. Anton Goubier, jeune étudiant en lettres classiques, réclame la règle, le grand médiéviste et Immortel Michel Zink, 81 ans, lui répond que le classique n’a jamais cessé de bouger.

07/10/2026, 17:00

ActuaLitté

“Quand je n’écris pas mes histoires, j’écris sur celles des autres”

Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. Lorsqu’il n’écrit pas ses propres histoires, il étudie celles des autres. Chercheur à l’Université Toulouse Jean Jaurès, spécialiste de Neil Gaiman, du fantastique, de la bande dessinée et des cultures populaires, il a fait de l’analyse des récits un autre versant de son travail. Ces recherches ont directement nourri Grand-Guignol, de la construction des ambiances au goût pour une documentation fouillée.

07/10/2026, 14:35

ActuaLitté

“Le RN ose tout”, même confisquer Olympe de Gouges, icône féministe

Exclusif — Le Rassemblement national tente, par une initiative parlementaire visant à faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon, de se grimer en formation féministe. Les votes du parti d'extrême droite, tout comme les prises de position de Marine Le Pen, sont pourtant bien éloignés des combats de l’autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Une pétition, signée par des historiennes, des universitaires et des spécialistes d'Olympe de Gouges, dénonce « la dernière des impostures » du RN.

07/10/2026, 10:24

ActuaLitté

Sommes-nous vraiment les auteurs de notre propre histoire ?

Ilios Chailly, écrivain et comédien qui travaille depuis plusieurs années sur Antonin Artaud, s’intéresse ici à une question plus large : comment notre identité se construit, se transforme et se raconte. En croisant Ricœur, Deleuze, Derrida, Lacan ou Artaud, on en se refait pas, avec des expériences plus personnelles, il explore ce qui, dans une vie, relève de l’héritage, du récit que l’on fait de soi et de la possibilité de changer.

06/10/2026, 18:11

ActuaLitté

“Aujourd’hui, une banque a remplacé Verlaine, Zweig et Yahya Kemal”

Au 27, boulevard Saint-Michel, il ne reste rien du café Vachette où Verlaine, Moréas, Yahya Kemal ou İbrahim Çallı ont laissé leurs traces. Rien, sinon des récits, des plaques déplacées et quelques souvenirs incertains. Entre littérature, peinture et mémoire parisienne, Adnan Algın, correcteur, remonte le fil d’un lieu disparu, où l’on payait parfois ses dettes en vers, en leçons ou en tableaux. Aujourd’hui, une banque tient les comptes. À sa manière.

05/10/2026, 17:35

ActuaLitté

PLF 2027 : “L’État renonce à soutenir pleinement les artistes”

Le projet de loi de finances 2027, présenté le 1er octobre dernier, procède à une nouvelle réduction des budgets alloués au ministère de la Culture. Les collectivités territoriales, premières financeuses du secteur culturel, voient elles aussi leurs moyens se rabougrir. Le Syndeac, premier syndicat des entreprises du spectacle vivant public, dénonce un choix politique aux lourdes conséquences.

05/10/2026, 15:07

ActuaLitté

“Une partie de notre psychisme réclame des métamorphoses”

Phénomène identitaire largement porté par les réseaux sociaux, le thérianisme désigne le sentiment d’une proximité profonde avec un animal, jusqu’à parfois se vivre comme partiellement animal. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan interroge ce que cette identification dit du rapport au corps, à l’adolescence et à la construction de soi, tout en mettant en garde contre les rapprochements trop rapides avec la dysphorie de genre.

05/10/2026, 10:52

ActuaLitté

Après la rentrée littéraire, cinq romans passent au contrôle technique

Une intrigue qui freine mal, des personnages secondaires à peine visibles, des clichés qui enfument l’habitacle : chaque année, des centaines de romans sont mis en circulation sans que personne ne vérifie leur état général. Avec 461 nouveautés annoncées pour la rentrée littéraire 2026, il devenait urgent d’ouvrir un centre agréé. Cinq livres ont accepté de passer sur le pont. Certains auraient mieux fait de ne pas regarder le procès-verbal.

03/10/2026, 07:30

ActuaLitté

Comment les traductions françaises ont transformé Les Mille et Une Nuits

En trois siècles, la traduction française des Mille et Une Nuits est passée du geste fondateur d’Antoine Galland, adaptation libre devenue mythe européen, à l’entreprise savante et sensible de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, qui restitue dans la Pléiade un texte arabe dans son ampleur, ses rugosités et sa poésie. Entre ces deux bornes, Mardrus, Khawam et bien d’autres ont chacun inventé leur Orient, entre excès d’exotisme et quête d’authenticité. Par Amel Aït-Hamouda.

02/10/2026, 18:11

ActuaLitté

2026 en Ukraine, les livres brûlent. Littéralement.

Cécile Deniard, traductrice littéraire, s’est rendue deux semaines en Ukraine pour apporter son soutien à ses collègues au nom du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL). Elle y a participé au festival BookForum de Lviv mi-septembre, puis est allée à Kyiv afin d'y rencontrer d'autres acteurs de la chaîne du livre. Leur énergie, leur créativité, mais aussi le besoin de solidarité qui s’est souvent exprimé au cours de ces entretiens, lui ont inspiré cette tribune.

02/10/2026, 13:02

ActuaLitté

Makassar : après la liquidation, la bataille pour récupérer des milliers de livres

Exclusif - Makassar a été placé en liquidation judiciaire le 1er septembre, contraignant les éditeurs partenaires à changer de diffuseur et/ou de distributeur. Pour nombre d’entre eux, c’est chose faite. Reste un détail à régler : les livres. Car des centaines de milliers d’exemplaires attendent de quitter l’entrepôt d’Indre-et-Loire où ils sont toujours détenus. Fâcheux ?

02/10/2026, 11:45

ActuaLitté

“Si nous voyons le nom, nous ne lisons peut-être plus tout à fait la même phrase”

Le nom d’un auteur change-t-il notre manière de lire ? À partir du Prix de la Page 111, qui soumet au jury des textes anonymisés, Adnan Algın, écrivain, poète et correcteur, interroge le poids de la réputation dans le jugement littéraire. Prix, éditeur, critiques et œuvres antérieures composent un « capital de la signature » capable d’accorder davantage de crédit à une phrase — ou d’en refuser à celle d’un inconnu. Une invitation à relire les textes avant leurs auteurs.

01/10/2026, 16:14

ActuaLitté

Pangram peut-il vraiment prouver que le roman de Thélyson Orélien a été écrit par une IA ?

Depuis le début de l’affaire Thélyson Orélien, le débat s’est concentré sur l’usage possible de l’intelligence artificielle, la fiabilité des détecteurs, puis les affaires de plagiat. Un aspect a toutefois été moins examiné : le calcul utilisé pour affirmer qu’il était presque impossible que Pangram se soit trompé sur les 20 passages du roman présentés comme suspects par « Balance ton Claude », compte derrière lequel se trouve notamment l’essayiste Samuel Fitoussi. Pour ActuaLitté, le mathématicien Mouhamadou Sy revient sur ce calcul, sur l’hypothèse d’indépendance qu’il suppose et sur ce qu’il permet réellement, ou non, de conclure.

30/09/2026, 16:08

ActuaLitté

“L’écoute de cette sélection de chansons a joué un rôle crucial d’inspiration”

Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. S’il revendique depuis l’enfance une passion pour les livres et l’horreur, l’écrivain entretient avec la musique une relation tout aussi profonde — quoique née plus tardivement, presque par accident. Du punk français aux chants celtiques, de Bob Dylan au free-jazz, des musiques de films à la darksynth, ses écoutes accompagnent autant son quotidien que son travail d’écriture. Au point de faire de la bande-son de Grand-Guignol une composante à part entière du roman. Il revient sur cette « musicobsession », ses découvertes fondatrices et ces morceaux qui, parfois, donnent à la fiction sa couleur avant même que les mots ne l’installent.

30/09/2026, 13:35

ActuaLitté

Édition classique, crowdfunding ? “Choisir le modèle le plus juste pour chaque œuvre”

Auteur et président de l’Association de sauvegarde de l’Abbaye Saint-Félix de Montceau, Guilhem Méric revendique un parcours d’« auteur hybride », entre maisons d’édition et publication indépendante. À l’occasion du lancement de MORLHED – L’Ombre des Primordiaux, il explique pourquoi il a choisi le financement participatif, entre maîtrise des droits, cohérence de son univers, contexte économique du livre et relation directe avec ses lecteurs.

30/09/2026, 12:48

ActuaLitté

Le Goncourt craint pour son intégrité ? Alors Pangram pour les 15 autres romans, fissa !

L’Académie Goncourt a donc retiré de Thélyson Orélien, de sa première sélection, au nom de plagiats antérieurs et d’analyses concluant que le roman serait « selon toute vraisemblance » produit avec IA. Une décision loin d'être unanime, on compte au moins Pascal Bruckner dans la résistance. Puisque l’Académie introduit le détecteur dans son prétoire, qu’elle aille au bout de sa logique : même outil, même protocole, même soupçon. Sinon, ce n’est plus une règle. C’est un traitement d’exception. 

29/09/2026, 14:48

ActuaLitté

Quai des Bulles : 45 ans de BD, de rencontres et de passion

Traditionnellement, le festival Quai des Bulles décale ses dates pour cause de Route du Rhum et ouvre ses portes ces 9-10-11 octobre, à Saint-Malo. L’occasion, s’il en fallait une, de venir flâner sur les remparts se gaver d’air iodé et de bande dessinée…

29/09/2026, 14:22

ActuaLitté

Affaire Thélyson Orélien : “Un score de génération par IA n’est pas une preuve”

Créée en juillet 2024 pour distinguer les œuvres d’origine humaine des contenus générés par intelligence artificielle, l’association Fabrication Humaine défend un label gratuit fondé sur l’engagement de l’artiste. Dans cette tribune, elle prend appui sur l’affaire Thélyson Orélien pour interroger la place prise par les outils de détection : sans trancher sur l’origine de C’était ça ou mourir, elle appelle à distinguer l’indice de la preuve et plaide pour davantage de transparence dans les processus de création. 

28/09/2026, 16:30

ActuaLitté

IA et littérature : et si on arrêtait de s’écharper pour s’entendre, bordel !

Nathalie Hug a publié en juin dernier 92 BPM, Mais bordel qui a écrit ce roman ? aux Éditions Télémaque, un texte qu’elle présente comme entièrement hybride, né de 18 mois de travail avec l’intelligence artificielle et accompagné d’un making-of détaillant cette expérience. Dans cette tribune, elle revient sur la polémique autour de C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, accusé d’avoir été écrit avec l’IA, et élargit le débat à la place de ces outils dans la création littéraire, à la transparence envers les lecteurs et à l’avenir de l’écriture humaine.

28/09/2026, 14:22

ActuaLitté

Journée de la traduction : 7 livres où tout aurait mieux fini avec un bon traducteur

Le 30 septembre, l’ONU célèbre la Journée internationale de la traduction. L’occasion de rappeler qu’en littérature, un mot de travers peut envoyer une expédition sur le mauvais continent, transformer Jésus en plante urticante ou rendre une civilisation extraterrestre dépendante à une voix. De Jules Verne à R. F. Kuang, sept livres où comprendre l’autre relève moins du confort que de la survie — avec, parfois, des résultats franchement discutables.

28/09/2026, 12:22

ActuaLitté

Thélyson Orélien : “Pourquoi tant d’acharnement sur un écrivain ?”

L’affaire Thélyson Orélien s’est imposée en quelques jours au cœur de la rentrée littéraire. Soupçonné d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, puis rattrapé par plusieurs cas de plagiat concernant des textes anciens, l’auteur québécois conteste les accusations visant son roman. Le retrait du livre de la sélection du Goncourt a encore amplifié une controverse qui interroge désormais tout le monde éditorial. Par Auguste Feydeau.

26/09/2026, 14:00

ActuaLitté

Journée de l'accès à l'information : 5 livres qu’on n'aurait jamais dû ouvrir

Le 28 septembre célèbre la Journée internationale de l’accès universel à l’information. Excellente initiative. À un détail près : depuis des siècles, la littérature s’échine à démontrer que certains renseignements se porteraient beaucoup mieux sous clé. Lettres compromettantes, manuscrits impossibles, confessions judiciaires, dossiers de surveillance : cinq lectures où ouvrir le mauvais document revient rarement à améliorer sa journée.

26/09/2026, 09:30

ActuaLitté

Démarchage téléphonique : sept livres où un appel a tout fait basculer

Le téléphone avait été inventé pour permettre à deux personnes éloignées de se parler. Puis quelqu’un a compris qu’il pouvait également servir à vendre des fenêtres, proposer une mutuelle, annoncer un décès ou rappeler à quelqu’un que son passé savait toujours composer son numéro.

26/09/2026, 08:00

ActuaLitté

Affaire Thélyson Orélien : “Réinventons le pacte entre l’auteur, l’éditeur et le lecteur”

Thomas Perroud, normalien, est animateur de l’émission Anachroniques consacrée notamment aux premiers romans sur Fréquence protestante. Il revient sur les soupçons d’usage de l’intelligence artificielle au sujet du premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset).

24/09/2026, 16:32

ActuaLitté

Violences sexistes et sexuelles : 50 ans pour passer de l'intime à la loi

Après des décennies de mobilisations, de recherches et de récits, les violences sexistes et sexuelles ne sont plus seulement appréhendées comme une succession de drames privés. Elles constituent un objet politique, juridique et culturel. La proposition de « loi intégrale » actuellement examinée à l’Assemblée nationale en offre une nouvelle traduction — et invite à regarder l’histoire des mots qui ont rendu ces faits visibles.

24/09/2026, 16:10

ActuaLitté

Thélyson Orélien a-t-il oublié un prompt ChatGPT sur son site internet ?

ActuaLitté a retrouvé, dans un article publié en 2023 sur un site alors animé par Thélyson Orélien, une phrase qui ressemble à une consigne de rédaction laissée par erreur. Un indice concret, distinct des détecteurs d’IA, qui vient désormais s’ajouter à une série d’éléments exhumés ces derniers jours par plusieurs médias et internautes autour des textes de l’auteur. Au-delà de son cas, l’affaire touche désormais à quelque chose de plus vertigineux : la possible fin d’un monde où l’on croyait encore savoir, sans trop de doute, ce qu’était un auteur.

24/09/2026, 13:34

ActuaLitté

“L’IA est arrivée, et le mot “aide” s’est complètement décousu”

Entre correction, réécriture et création, où commence véritablement « l’aide » à un auteur ? Écrivain, poète et correcteur, Adnan Algın plonge dans ses propres archives éditoriales pour interroger les interdictions visant l’intelligence artificielle. De ses interventions sur des romans aux cas célèbres de Raymond Carver ou T. S. Eliot, il questionne une frontière que l’IA n’a peut-être pas inventée, mais sérieusement brouillée.

24/09/2026, 11:53

ActuaLitté

“L’horreur est le meilleur genre de l’histoire de la fiction”

Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. L'écrivain revendique une passion pour l’horreur née dans les livres, nourrie par le cinéma. De Guillermo del Toro à Stephen King, l’écrivain revient sur les monstres qui ont façonné son imaginaire et défend une conviction paradoxale : l’épouvante peut nous rassurer. Les démons de fiction ont sur les terreurs du réel un avantage décisif : ils n’existent pas. Une invitation à frissonner pour mieux souffler, qu'il partage dans nos colonnes...

23/09/2026, 17:36

ActuaLitté

Jean-Yves Mollier : LFI chez Fayard, “un véritable coup de poignard dans le dos”

La publication annoncée chez Fayard du prochain livre du député LFI Aurélien Taché provoque la colère de Jean-Yves Mollier. Dans cette tribune, l’historien dénonce ce qu’il considère comme une contradiction avec le soutien affiché par La France insoumise aux auteurs mobilisés autour des États Généreux, après les bouleversements intervenus chez Fayard et Grasset.

21/09/2026, 16:19