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Henri-Frédéric Amiel, écrivain d’une “vie manquée” devenue monument littéraire

Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.

Le 26/08/2026 à 18:22 par Auteur invité

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26/08/2026 à 18:22

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ActuaLitté

Paru chez Honoré Champion en février 2026, Le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel. L’écriture de soi à l’épreuve du temps constitue une excellente, et très complète, approche du monstre littéraire que représente le fameux Journal.

ActuaLitté : Dans un premier temps, comment avez-vous croisé la route d’Henri-Frédéric Amiel ?

Géraldine Sauquet : C’est une rencontre favorisée par mon directeur de thèse, Michel Braud, auquel j’ai rendu visite à l’Université de Pau pour lui soumettre un projet de thèse sur les journaux de femmes de lettres, grandes voyageuses (Ella Maillart, Isabelle Eberhardt et Alexandra David-Néel), mais il était bien difficile d’apporter un nouvel éclairage, même comparatif, sur ces récits de voyage journaliers.

Ma déception a cependant vite fait place au plaisir de découvrir l’anthologie proposant des extraits de journaux intimes, De Madame de Staël à Pierre Loti (publiée en 2012 par ce même Michel Braud), et en particulier la vingtaine de pages extraites du journal intime d’Amiel (entrées de l’année 1866). La lecture m’a immédiatement confrontée à un homme, à un univers personnel, à un style d’écriture qui m’ont intéressée.

Par ailleurs, aucune thèse n’avait été écrite sur son journal intégralement publié (la dernière thèse, signée Léon Bopp, H. F. Amiel, essai sur sa pensée et son caractère, datait de 1926 et ne portait que sur une édition parcellaire du journal). C’est ce qui m’a décidée à lire les 16 900 pages que compte le Journal intime.

Professeur, Amiel espérait avant tout devenir écrivain célèbre. Or son œuvre littéraire à proprement parler, si l’on excepte le journal, est relativement mince. Comment expliquer cela ?

Géraldine Sauquet : Le rêve de devenir un écrivain célèbre hante Amiel sa vie durant : jeune étudiant brillant, cultivé, promis aux plus grandes espérances, il a très vite pris conscience de son inconstance, de son irrésolution, de sa nature velléitaire et intransigeante à la fois (l’exigence du « Tout ou rien ») ; dans son journal, il écrit avoir « l’appréhension de l’écrivain sans en avoir le talent », avoue se sentir inhibé par l’enjeu d’une œuvre destinée à être publiée…

Or, « la strangurie littéraire » dont il se disait souffrir est si complexe : de « l’ambition suprême » au défaut d’estime de soi, du peu de reconnaissance des œuvres poétiques publiées à la seule production d’un journal intime proliférant, d’un milieu académique genevois peu porteur aux émerveillements de lecture écrasants…

L’acte d’écrire une œuvre officiellement reconnue, inscrite dans l’histoire littéraire de son temps, est douloureusement suspendu et ne cesse de dériver vers l’écriture « en pointillé » du journal, dans lequel le diariste déplore sa « stérilité productive », recense des titres d’œuvres virtuelles, ou bien révèle qu’en écrivant De l’Allemagne, Madame de Staël a produit le texte dont il aurait aimé être l’auteur. « L’ambition suprême » fait ainsi place au sentiment d’être « une aspiration déçue et une vie manquée »…

Amiel fut également poète, et se voulait poète. Il a ainsi publié les recueils Grains de mil, en 1853, et La Part du rêve, en 1864. Par ailleurs, le journal contient plusieurs vers. Peut-on parler d’une œuvre littéraire à part entière ?

Géraldine Sauquet : Amiel est aujourd’hui connu pour son journal. La réception des cinq recueils publiés de son vivant à Genève est restée confidentielle et n’a donc pas eu le succès escompté par son auteur, qui considérait la poésie comme « l’art parfait et absolu ». Ses poésies-maximes ont été sévèrement jugées, ses poèmes lyriques et ses traductions de poètes également critiqués.

Le dernier opus, Jour à jour, poésies intimes, est le plus émouvant à mes yeux puisqu’il embrasse, en 111 pièces versifiées, les quatre saisons d’une année d’écriture, autre moyen d’expression destiné à tisser le temps. Mais c’est une lecture initiée par mon travail de recherche et je ne pense pas que la poésie d’Amiel soit lue de nos jours ; elle est trop morale ou conventionnelle.

A contrario, certaines pages du journal relèvent d’une véritable prose poétique, émouvante et singulière, en témoigne la description de certains paysages lacustres ou montagnards qu’un moment de contemplation et d’écriture saisit sur le vif.

De plus, H. F. Amiel aime associer l’écriture poétique à l’écriture des jours ; il cite ses propres vers, nourrit sa réflexion de vers empruntés aux poètes aimés (La Fontaine, Racine, Hugo, A. de Musset, Lamartine), illustre son goût pour les poésies-maximes en ouverture des cahiers, fait ses gammes poétiques en fin de cahier : la poésie est bien l’une des composantes de l’écriture protéiforme d’un journal parsemé d’éclats lyriques, nourri de poésie antique ou romantique, miroir d’un moi kaléidoscopique et d’une œuvre à vocation littéraire.

Amiel est d’abord un homme extrêmement cultivé, comme en témoigne le nombre de citations et de références présentes dans le Journal. Parmi ces mêmes références, nous pourrions évoquer Goethe, ou encore Jean-Jacques Rousseau, un compatriote, mais aussi Senancour. Peut-on qualifier Amiel d’écrivain romantique ?

Géraldine Sauquet : Amiel naît en 1821. Étudiant puis écrivain, il lit beaucoup la poésie romantique allemande et française. Il y retrouve sa sensibilité, sa mélancolie et son goût de la solitude, le besoin précoce de s’écrire pour mettre en mots sa vie la plus intime et exprimer ainsi ses tourments les plus intérieurs, ses rêveries prodigieuses et leurs échappées sur l’infini, sa nostalgie d’un monde ancien porteur d’un ordre religieux, moral et spirituel et son émotion face au caractère sublime des paysages suisses.

Tout le prédispose à partager les aspirations de la génération romantique, au point de ressentir intensément ce « Mal du siècle » qui conduit à « l’impasse de la désharmonie », au désenchantement ou aux aspirations déçues. Lecteur passionné de Byron, Amiel considère qu’« un paysage quelconque est un état d’âme » ; il est contraint d’abandonner la lecture d’Obermann de Pierre de Senancour, reconnaissant dans le héros un douloureux alter ego.

Il dépeint ainsi, dans ses carnets intimes, un monde dont l’évolution historique est bien peu charitable aux « sensitifs » comme aux rêveurs. Or, en écrivant son Journal intime sur quatre décennies déterminantes (1838-1881), Amiel témoigne aussi d’un nouveau sentiment de la personne, il fait advenir de nouvelles modalités d’exploration de l’identité individuelle, ce qui excède le seul héritage romantique dont il est également porteur.

N’oublions pas qu’il aime ciseler des aphorismes et maximes sous forme de poésie gnomique, qu’il condamne la France révolutionnaire et ses aspirations démocratiques au nom d’un conservatisme politique élitiste, qu’il analyse son époque en moraliste et possède un art consommé du portrait satirique. En somme, les discours hétérogènes présents dans son journal ouvrent son écriture à diverses sensibilités qui excèdent donc la seule dénomination d’écrivain romantique.

Parallèlement, Amiel enseignait la philosophie à Genève et fut disciple de Schopenhauer. Plusieurs réflexions métaphysiques apparaissent dans le Journal. Peut-on donc parler d’une œuvre philosophique ? Et, dans ce cas, pouvez-vous nous en dire davantage sur les conceptions propres à l’auteur ?

Géraldine Sauquet : L’érudition d’Amiel, « prodigieux liseur », est perceptible dans chacune des pages du journal. Il occupe la chaire de littérature et d’esthétique à l’Académie de Genève, mais il enseigne également l’histoire de la philosophie. Formé à l’idéalisme allemand et à la philosophie de Hegel, il ne cesse de lire les philosophes de l’Antiquité jusqu’à ceux de son siècle et il en relate la lecture dans les pages de ses carnets.

Il trouve son « frère » en découvrant l’œuvre du philosophe américain Emerson ou bien fait siennes les théories panenthéistes du philosophe allemand Karl Krause. Il s’ouvre également au mysticisme de Schleiermacher et, lorsqu’il décrit les rêveries « cosmiques et prodigieuses » qui le font évoluer, selon ses mots, en pleine phénoménologie, il traverse des états de conscience en lien avec cette tradition philosophique allemande.

Léon Bopp évoquait « les religions d’Amiel » pour suggérer les diverses influences qu’il mentionne dans son journal ; on pourrait en parallèle évoquer les multiples pensées philosophiques qui l’intéressent : il reprend à son compte certaines images traditionnelles de l’héraclitéisme pour figurer le passage du temps, mobilise le stoïcisme pour s’exhorter au devoir et à la maîtrise de soi (« Sustine et abstine ») ou bien, comme Arthur Schopenhauer, frère en pessimisme et autre référence de son panthéon philosophique, il s’intéresse au bouddhisme ; mais il lit encore Auguste Comte, s’intéresse au positivisme, au scientisme et affirme par ailleurs qu’il aimerait être Pierre-Joseph Proudhon !

Par son ampleur et la richesse de ses références, le Journal intime offre au lecteur une forme d’impressionnisme religieux et philosophique qui met en lumière le cheminement d’un homme confronté aux mutations historiques et civilisationnelles de son siècle et qui ne cesse de douter, de lire et d’interroger.

Le Journal intime est le creuset des lectures d’Amiel, il rend compte de sa grande culture philosophique comme de ses propres expériences phénoménologiques, mais il peut aussi se lire comme une œuvre philosophique à part entière si l’on considère qu’en déroulant le fuseau existentiel de son auteur, depuis sa jeunesse jusqu’à sa mort, le dispositif d’écriture du journal donne une forme sensible au temps et à la conscience malheureuse de la finitude humaine.

On connaît aujourd’hui l’édition complète du Journal, publiée en intégralité, sur douze tomes, par Bernard Gagnebin chez L’Âge d’Homme, entre 1976 et 1994. Les volumes sont aujourd’hui épuisés et difficiles à trouver sur le marché, sauf d’occasion. Pensez-vous que le livre sera un jour réédité ? Ou le gouffre financier que cela représente est-il trop profond ?

Géraldine Sauquet : L’édition complète du Journal a été un projet considérable et les douze tomes, publiés en dix-huit ans, sont en effet bien difficiles à trouver à l’état neuf (j’ai consulté et lu le troisième tome en bibliothèque universitaire !). Je ne connais pas les projets de la maison d’édition L’Âge d’Homme, mais le fait d’avoir réalisé cette étude permettra peut-être de favoriser une nouvelle publication du journal intégral.

Cela semble paradoxal. Amiel voulait que son journal passe à la postérité, tout en le cachant. De fait, quelles étaient ses véritables intentions ? On sait l’homme pétri de contradictions.

Géraldine Sauquet : Amiel souhaitait ardemment échapper « à l’oubli et au néant » et, à ses yeux, seule une œuvre écrite et publiée peut permettre « de survivre quelque peu » dans la mémoire des hommes. Or, le « grand écrivain » qu’il désirait devenir, consacré par « un monument aere perenuius, un ouvrage indestructible », ne peut considérer sereinement l’édifice du Journal intime puisque sa forme d’écriture ne relève pas encore des genres littéraires admis.

Par ailleurs, son ampleur, sa nature éminemment intime le condamnent sans appel. Texte vulnérable, intransmissible en l’état, il n’en était pas moins le « livre de [s]a vie », une forme d’alter ego scripturaire qui avait recueilli durant trois décennies « le meilleur de son être ».

Amiel envisage alors de léguer son immense manuscrit à deux amis, à charge pour eux d’en extraire les entrées les plus remarquables afin d’élaborer le portrait d’un penseur et d’un esthète doté d’« une certaine unité morale et littéraire ». Ainsi, persuadé que ses pages d’écriture journalières avaient de la valeur pour des lecteurs posthumes, il souhaite leur laisser une « biographie psychologique », un « témoignage de [s]a vie cachée », le « portrait individuel » de l’homme qu’il était.

Pour ce faire, il envisage une publication anthologique de son journal, sans jamais concevoir de publier in extenso les milliers de pages rédigées, dont certaines relèvent strictement du domaine privé et sont donc jugées irrecevables ou intransmissibles, que ce soit dans l’espace familial, social et, à plus forte raison, dans le domaine public…

Ce journal, c’est aussi le récit d’une impuissance : impuissance à devenir un écrivain célèbre, à se marier, à se projeter. Peut-on parler d’un écrivain neurasthénique, miné par une névrose d’échec ? Par ailleurs, les blocages et la mélancolie d’Amiel ne viennent-ils pas d’un traumatisme d’enfance ? On sait qu’il fut la risée de ses camarades, que son père s’est suicidé…

Géraldine Sauquet : Amiel partage avec la plupart des diaristes un certain nombre de caractéristiques : un sentiment d’exclusion, une écriture de soi facilitée par le retrait, par la posture de l’observateur solitaire, timide et défiant. La mélancolie du diariste naît souvent d’un « déboîtement intérieur », ressenti depuis une enfance marquée par le deuil (perte de la mère, suicide du père), la maladie ou bien la solitude.

Amiel élabore ainsi un portrait intime à la fois diffracté par l’écriture des jours et unifié par son tempérament et sa psychologie, son rapport au monde déceptif, et de toute évidence, le Journal intime est l’espace où s’écrivent tous les aveux d’impuissance à s’accomplir, à vivre selon la norme et les valeurs d’un siècle dans lequel on ne se reconnaît pas, car l’époque est bien peu charitable aux « rêveurs et aux sensitifs », comme le constate amèrement le diariste.

Enfance mélancolique, statut d’orphelin à l’âge de treize ans, célibat, professorat humiliant, santé fragile, goût de la contemplation et de la rêverie, aspiration à l’idéal : tout semble prédisposer Amiel à l’écart, au décalage, au désaccord ou à la dysharmonie, aussi avoue-t-il dans ses pages les plus intimes n’être « en règle ni avec la nature, ni avec la société, ni avec soi-même, ni avec Dieu » et sentir intimement n’être « ni de son pays, ni de son temps, ni de son sexe »…

Neurasthénie ? Névrose d’échec ? Récit d’une impuissance ? Amiel peut sans conteste être lu comme un cas « clinique », à la lumière des concepts psychanalytiques contemporains. Sa timidité, sa mélancolie, son aboulie, son rapport aux femmes et à la sexualité, ses troubles de l’identité ont pu nourrir des études psychologiques et médicales, des essais critiques passionnants, mais il ne faut pas se limiter à leur approche pathologique et documentaire ; ils sont à mettre en perspective avec une écriture en acte, une confession de soi inédite dans ce siècle de l’intime où le rapport à soi, à l’opacité du moi, à l’histoire individuelle initie une nouvelle conception de la personne, une autre manière de se dire et de s’écrire.

C’est ce qui fait toute la richesse, la singularité et la modernité du journal d’Amiel, en témoignent des formules comme « Ma virilité s’évapore en sueur d’encre »…

On sait qu’Amiel a lui-même parlé d’« inconscient », et qu’il aurait même découvert le terme de « refoulement ». De fait, quel intérêt clinique présente le Journal ? Existe-t-il des études à ce propos ? Des psychocritiques, pour reprendre le terme de Charles Mauron ?

Géraldine Sauquet : Il semble en effet paradoxal qu’une étude psychocritique ne soit pas spécifiquement associée aux troubles de l’identité révélés par le Journal intime, qui aborde les notions de « conscience diurne » et « nocturne » (ce qu’il nomme aussi terra incognita), mobilise le terme de « refoulement », tout en offrant quelques analyses de rêves saisissantes, toujours en lien avec la sexualité ou la mort : « on le sait, Amiel est tout entier dans son journal »…

Or, « cette force obscure de tout dire », comme le formule Edmond Jaloux, le conduit à explorer de nouvelles modalités de connaissance de soi. Il annonce sans conteste la révolution de la psychanalyse, car il s’agit bien pour Amiel de se comprendre, de remonter à l’origine des troubles et inhibitions qui entravent la réalisation de son être et il écrit la prescience d’une enfance déterminante pour expliquer « la défiance précoce », « l’anxiété », « les aspirations refoulées », « la timidité », « le froissement ».

Certains articles, quelques analyses abordent cette perspective du journal, mais la plupart du temps en lien avec une étude historique d’ensemble sur l’écriture de soi et l’identité personnelle. En ce qui concerne Amiel, on s’est davantage intéressé aux états de conscience (Georges Poulet) qu’à la dimension proprement psychanalytique de ses carnets intimes. Il reste donc beaucoup à faire !

Dans Mars ou la guerre jugée, le professeur Fritz Zorn (1944-1976) évoque l’ambiance étouffante régnant en Suisse, le conformisme qui, selon lui, aurait miné sa santé et l’aurait empêché de vivre. On a un peu le même sentiment touchant Amiel. Le journal est-il indissociable de la Suisse ? Qu’y a-t-il de spécifiquement helvétique chez Amiel ?

Géraldine Sauquet : Le Journal intime est le produit d’une vie vécue à Genève, d’une histoire familiale et d’une éducation porteuses des valeurs religieuses, morales et culturelles de la Suisse. Le calvinisme et son évolution vers un protestantisme puritain imprègnent la vision du monde, la culture personnelle et le rapport au corps, aux femmes et à la sexualité d’H. F. Amiel, conscient d’être l’héritier de ce moralisme parfois étouffant.

Le sens du devoir, le culte de la famille, le sérieux du milieu académique genevois sont ainsi sources de contraintes et de mal-être : Ubi male, ibi patria est une antienne du journal… Mais Amiel est avant tout suisse. Il aime les paysages de son pays, fait de nombreuses références à ses lieux de villégiature favoris autour du lac Léman, assiste aux sermons puis commente l’éloquence des pasteurs, écrit une étude universitaire sur Le Mouvement littéraire de la Suisse romane, reste fidèle à ses admirations de peintres et écrivains suisses.

Il écrit un essai remarqué sur Jean-Jacques Rousseau à l’occasion du centenaire de sa naissance, participe à un ouvrage collectif relatif aux Biographies nationales, ne quitte qu’épisodiquement sa ville de naissance où il mourra.

Enfin, Luc Boltanski ne s’y est pas trompé : le sens de l’épargne, le rapport comptable au temps (héritage d’une lignée de négociants), les notions de « culpabilité », la pratique de la « confession », le sens du « devoir » ou la « conscience morale » sont essentiels pour comprendre qui était Henri-Frédéric Amiel, auteur par ailleurs d’un chant patriotique reconnu : « Roulez, tambours ! ».

Très critique envers lui-même, se dépréciant volontiers, Amiel est également sceptique à l’égard de son journal, qu’il perçoit comme une forme de pis-aller littéraire. Pour autant, il semble également réévaluer sa propre écriture en considérant qu’elle délivre une vérité, ce qui ne serait pas possible sous le truchement de la fiction. Pensez-vous, justement, que le Journal soit un texte vrai, car non pollué par le désir de faire œuvre au sens strict ?

Géraldine Sauquet : Sans surplomb éditorial défini, le Journal intime fait-il advenir un texte vrai ? Amiel accorde à son journal une diversité de fonctions, dont celle de confident intime, substitut idéal à toute autre forme de relations amicales, sentimentales ou sociales.

L’attachement exclusif à son « soliloque » journalier en fait un espace où tout peut se dire, où tout doit s’écrire car c’est là, précisément, qu’il faut être vrai ! « Être vrai, c’est être fort », déclare Amiel, et cet interlocuteur privilégié qu’est son carnet est conçu pour accueillir l’expression d’une vérité, favoriser celle des aveux les plus difficiles puisqu’il est destiné à suivre « les méandres de la vie intérieure ».

C’est ainsi qu’« Amiel peut librement se donner et s’abandonner au seul souci de la vérité parce que la parole du Journal est une parole où il ne se garde et ne se regarde pas, où il ne se tient pas en garde et sur ses gardes » (J.-L. Chrétien).

Il faut bien avouer qu’une telle confession est inédite, elle expose avec franchise et sincérité les fragilités, les faiblesses, les contradictions et les hontes les plus secrètes ; elle aborde la question du corps, de la sexualité, des fantasmes et des angoisses, relate les expériences les plus humiliantes ou les plus blessantes pour l’homme qu’il était.

La forme du journal personnel offre un dispositif idéal au discours de l’intime, il fait affleurer ce « qui est le plus en dedans », et contient par conséquent ce qui est « incommunicable à autrui » (Michel Braud). Mais quel est le sens du mot « vérité » appliqué au sujet qui est son propre objet d’étude ?

Amiel appose l’indication « Journal intime » sur chacun de ses cahiers, il affirme ainsi l’authenticité de ce qui s’écrit en une sorte de pacte d’écriture pris envers lui-même, mais il écrit également l’impossibilité de faire advenir une vérité définitive sur le « moi », par nature labile, opaque, incompréhensible : « Qui suis-je ? », « Que suis-je ? », ne cesse-t-il de s’interroger.

Par ailleurs, l’écriture des jours mobilise une rhétorique de l’intime qui permet aussi d’élaborer un « récit de soi », selon l’expression de Paul Ricœur ; la vérité prétendument intime relève en effet d’une construction narrative de l’identité au moyen de milliers de pages d’écriture journalière.

Enfin, Amiel n’écrit plus sous le sceau du secret préservé comme le firent les premiers intimistes ; il envisage une publication d’extraits choisis de ses carnets et lit les journaux intimes, qui se publient de plus en plus fréquemment dans la seconde moitié du siècle. L’horizon éditorial fait ainsi sensiblement évoluer les modalités de l’écriture de soi au cours du XIXe siècle.

Si certains critiques ont favorablement accueilli les Fragments d’un journal intime publiés en 1883-1884, d’autres se sont montrés extrêmement négatifs, à l’instar de Ferdinand Brunetière ou de Paul Bourget, dans La Revue des Deux Mondes notamment. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le nom d’Amiel semble faire l’unanimité. Vous suggérez également le fait qu’Amiel ait codifié le genre du journal intime. Y a-t-il un avant et un après Amiel, justement ?

Géraldine Sauquet : Les premières publications anthologiques du Journal intime d’Amiel suscitent d’emblée de vives polémiques. Déplorant l’avènement de « la littérature personnelle », les critiques, comme Paul Bourget, Ferdinand Brunetière ou Ernest Renan, condamnent les auteurs de journaux intimes qui prétendent faire œuvre au moyen d’un genre qui n’a pas encore sa place dans le champ de la littérature en cette fin de siècle.

Amiel incarne, à leurs yeux, une maladie de l’ego, une sorte de décadence, à savoir « le développement maladif et monstrueux du Moi », selon l’expression de F. Brunetière. Ce syndrome d’un nouveau mal, propre à l’époque, affadirait et dévoyerait la création littéraire vers l’insignifiance, le prosaïsme, la complaisance narcissique. « Aucune valeur, ni psychologique, ni morale, ni esthétique » (Michel Braud, La Forme des jours) n’est alors concédée aux pages publiées du Journal intime

Or, le retentissement éditorial des premières parutions est indéniable et la reconnaissance d’une œuvre jugée singulière en raison de sa franchise de ton, d’un projet inédit par son ampleur et son ambition, et sans doute de « symptômes » partagés par un lectorat avide de confidences, ont fait d’Amiel le parangon du diarisme et de son Journal intime le paradigme d’une forme d’écriture qui acquiert le statut de genre littéraire à part entière au cours du XXe siècle.

André Gide, François Mauriac, Albert Thibaudet, Georges Poulet saluent la grandeur d’un journal animé par la quête d’une « conscience de soi » et d’une connaissance de soi approfondie. Quelques philosophes, à l’image de J.-P. Sartre, ont cependant fait d’Amiel le contre-modèle de leur conception du sujet transcendantal qu’il faut détourner des « caresses et [d]es dorlotements de [l]’intimité, puisque finalement tout est dehors, tout, jusqu’à nous-mêmes : dehors, dans le monde, parmi les autres ».

Mais pour toutes celles et ceux qui sont fascinés par l’art de s’écrire, comme par la rencontre intime que de telles lectures occasionnent, le journal d’Amiel offre une expérience de lecture des plus précieuses.

Par son ampleur, comme par le degré d’intimité qu’il révèle, le Journal intime d’Amiel se présente comme un modèle du genre qu’il élève à la fois au rang d’œuvre littéraire et à celui de confession intime inégalée, caractéristiques que les journaux publiés antérieurement (Maine de Biran, Maurice et Eugénie de Guérin, Alfred de Vigny) ne présentaient pas de la sorte.

Il a ainsi codifié un genre, établi les fondements d’une poétique du journal intime en faisant de l’écriture des jours une écriture de soi qui interroge le statut de l’œuvre littéraire et annonce son évolution au XXe siècle.

Crédits photo : portrait photographique d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), philosophe moraliste, poète et critique suisse. Jean-François Artus — Bibliothèque de Genève / Domaine public

 
 

DOSSIER - Douze auteurs, douze romans de la rentrée littéraire 2020

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

4 Commentaires

 

Boris Okoff

27/08/2026 à 09:31

Passionnante interview, merci de mettre en lumière le génie d'Amiel et la complexité de son personnage !

Alice Plane

31/08/2026 à 11:54

Formidable!
Merci de partager avec nous et de rendre accessible cet immense pavé littéraire!
J'ai découvert à la lecture de votre article le concept de "strangurie littéraire" (pour un diariste, c'est surprenant) et cette idee que "là ou est le mal (ou mal-etre?), là est ma patrie".
Bravo au professeur Sauquet et bravo à vous de l'avoir invitée à nous raconter cet étrange personnage qu'était Henri-Frédéric Amiel.
Merci.

Laurence Piquin

02/09/2026 à 11:20

Nous associons souvent thèse et lecture inaccessible , fastidieuse , réservée à de rares initiés spécialistes du sujet traité . Rien de tel avec la thèse de Mme Géraldine Sauquet sur le Journal d’Henri-Frederic Amiel .
Cette interview remarquable est à l’image de la remarquable thèse de cette dernière .
Somme précise mais jamais rébarbative de ce journal- fleuve de 12 tomes - 16 900 pages- l'ouvrage de Mme Géraldine Sauquet nous en dévoile l’époque , le contexte culturel et genevois , nous introduit dans l’intimité tourmentée d’un personnage infiniment érudit , nous le fait comprendre et même aimer , lui qui ne s’aimait guère.
L'abondance de citations variées puisées dans tous les domaines qui intéressaient H-F. Amiel : histoire , littérature, religion, philosophie , psychanalyse ajouterait-on aujourd'hui ... non seulement nous apporte le plaisir des découvertes ou des redécouvertes mais nous laisse l'impression de nous être familiarisés avec l'œuvre en ses aspects majeurs , d’en avoir lu cette anthologie dont rêvait parfois son auteur et dont des " Fragments" ont pu exister dans l'histoire éditoriale du Journal .
Ainsi Madame Sauquet rend-elle hommage à son personnage en montrant comment H-F. Amiel , désireux de devenir un écrivain célèbre mais persuadé qu'il ne pourrait accéder à cette gloire avec un journal intime , s'est imposé précisément comme un monument incontournable de la littérature grâce à ce nouveau genre qu'il a contribué à codifier.

Vincent Renault

02/09/2026 à 23:15

Passionnant entretien. Merci beaucoup à Géraldine Sauquet. On a presque envie de dire qu’Amiel a de la chance d’avoir été lu, étudié, scruté par une chercheuse à la fois si sensible, si éloquente et si intelligente.

Le Journal intime d'Henri-Frédéric Amiel

Géraldine Sauquet

Paru le 27/01/2026

544 pages

Honoré Champion

85,00 €

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“Ma mère est partie en Espagne” : Lavinia Braniște écrit l’exil ordinaire

Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.

17/08/2026, 17:51

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“Les richesses du sol africain l’ont carrément appauvri”

Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.

14/08/2026, 16:15

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“Face à des mégafeux incontrôlables, la Grèce n’en finit plus“

Tout brûle en Grèce, pas seulement la nature éprouvée par la sécheresse et l’incivilité de ses habitants, elle brûle parce que la police est corrompue, l’environnement est bafoué et les hommes politiques sont malhonnêtes. Et pourtant, la Grèce est un pays attachant, plein de ressources et de bonnes volontés. Cependant, la sincérité n’est pas un gage suffisant d’honnêteté, Nikos Nikolopoulos le démontre au fil de ce polar passionnant, efficace dans lequel s’entremêlent plusieurs histoires, passées ou récentes, qui finissent toujours par converger vers un drame.

04/08/2026, 15:33

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“Un réseau de librairies plus fort et plus moderne” : l’ambition de l’ALIM au Maroc

Hassan El Kamoun est partout. Il porte la voix des libraires du Maroc et celle de l’ALIM. On le voit sur le terrain, dans son pays, mais aussi en France, en Belgique ou aux Émirats arabes unis, inlassablement mobiliser, convaincre et attirer l’attention sur les enjeux de la librairie. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/08/2026, 16:07

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Oser Joyce : deux années avec Ulysse

Pendant deux ans à plein temps, Michel et Michela Gribinski ont vécu au rythme de Leopold Bloom, traversé six fois Dublin et remis chaque phrase sur le métier. De cette immersion naît une nouvelle traduction d’Ulysse, guidée par un pari : retrouver, sous le monument à la réputation si intimidante, le roman, ses corps, ses voix, son burlesque et sa mélancolie.

27/07/2026, 18:22

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“Le collectif doit primer sur l’ego” : la SAIF invente un prix contre la logique des prix

Comment récompenser des artistes sans renforcer la compétition qui structure déjà leur secteur ? Avec le Prix La SAIF x Ce qui nous lie, Églantine de Boissieu assume ce paradoxe : distinguer un collectif, non pour couronner une œuvre ou une carrière, mais pour lui offrir trois jours durant lesquels il pourra cesser de produire. Une manière de traiter le temps, le repos et les relations de travail comme des ressources politiques.

24/07/2026, 16:16

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“Quand un artiste affirme que son œuvre n’est pas politique, c’est déjà politique”

Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.

22/07/2026, 15:51

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La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Ancienne ingénieure à la SNCF, Nawal Kerdougli a créé au printemps ManYaya, la première librairie exclusivement antiraciste en France. Interrogée par ActuaLitté, elle revient sur les origines de ce projet, ses choix éditoriaux et son ambition de rendre ces ouvrages accessibles partout en France, notamment dans les territoires où l’offre spécialisée est limitée.

17/07/2026, 17:27

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Renaud Lefebvre (SNE) : “Les opérateurs d'IA sont en infraction permanente”

L'année 2026 n'est pas de tout repos pour l'industrie de l'édition, confrontée à un repli des ventes et à un recul apparent des pratiques de lecture. Parallèlement, la situation budgétaire de l'État entraine une contraction des soutiens publics, tandis que de puissants acteurs technologiques prennent leurs aises, afin de développer des outils d'intelligence artificielle... Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l'édition (SNE), est revenu pour ActuaLitté sur quelques sujets de préoccupation.

16/07/2026, 11:19

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Yon : la BD de Camille Broutin qui fait dialoguer manga et science-fiction

Noure, libraire au Renard doré, dans le 5e arrondissement de Paris, défend Yon, de Camille Broutin, publié chez Dargaud. Entre manga, science-fiction et récit de survie, elle voit dans ce premier tome une œuvre graphique très maîtrisée, portée par des adolescentes qui existent pour elles-mêmes et par une narration assez ouverte pour accueillir de nombreux lecteurs.

14/07/2026, 15:49

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Makassar “unique fautif” ? Pollen refuse le procès trop simple

La crise Makassar ne se résume pas, estime Benoît Vaillant, à la défaillance d’un seul — fut-il diffuseur-distributeur. À la tête de Pollen, il organise actuellement l’arrivée d’une trentaine de structures (principalement de BD), en collaboration avec Vincent Dodivers. Mais le président de Pollen réaffirme surtout le besoin d’une lecture plus collective, face à un modèle qu’ont fragilisé les coûts de stockage.

10/07/2026, 10:14

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OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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On était des anges : la bande d’ados si juste qu’on croit l’avoir connue

À la librairie Vignettes, dans le 19e arrondissement de Paris, Ariane défend On était des anges, album d’Anne-Caroline Pandolfo dessiné par Terkel Risbjerg et publié chez Dargaud. Ce qui la frappe : une bande d’adolescents immédiatement crédibles, un récit qui alterne comédie, mélancolie et silences, et un dessin dont la fluidité apparente cache une précision très fine.

05/07/2026, 10:56

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

ActuaLitté

“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

ActuaLitté

“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

ActuaLitté

“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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Lamartine, Nerval, Gautier : les écrivains français amoureux d’Istanbul

Carrefour des civilisations, théâtre où se sont jouées les destinées de l'Orient et de l'Occident, Istanbul a fasciné des générations d'écrivains français qui, du XVIIe au XXe siècle, ont tenté de refléter dans leurs œuvres l'indicible beauté de cette cité millénaire. Par Amel Aït-Hamouda.

04/09/2026, 14:58

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“Lire un livre n’est pas un délit” : un éditeur dénonce la destruction d’un ouvrage

Les Éditions Syllepse et le chercheur et militant internationaliste Joseph Daher dénoncent la saisie puis la destruction d’un exemplaire du Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme lors d’une perquisition visant Nicolas Shahshahani, vice-président d’Europalestine, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ».

03/09/2026, 17:54

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Une IA explore la mémoire moléculaire des livres anciens

Exclusif - Après avoir identifié protéines, médicaments ou autres résidus sur les documents de Vlad III, Jack London, Casanova et Alessandro Volta, l’équipe de Gleb et Svetlana Zilberstein veut franchir une nouvelle étape. Son « Cabilly Project » associe données biochimiques, archives et intelligence artificielle pour générer des hypothèses historiques. ActuaLitté révèle aussi l’existence de travaux, encore non publiés, sur André Malraux, Stendhal et Marcel Proust.

03/09/2026, 17:07

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Yannick Haenel : comme un air de déjà-lu dans la rentrée littéraire

Exclusif - Un manuscrit de professeur refusé chez Gallimard, le roman d'un ex-professeur publié trois ans plus tard par la maison et de l'un à l'autre ouvrage des scènes, motifs et références parfois voisins. La comparaison de Grand Poisson, de Fabrice Sanchez (Plon, août 2025), avec La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel (Gallimard, août 2026), ne révèle pas de contrefaçon, mais soulève quelques sourcils.

02/09/2026, 17:01

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Facturation électronique : “Aux petits, la traçabilité ; aux puissants, le brouillard administratif”

La facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, promet de simplifier la vie des entreprises. Pour Guilhem Méric, auteur indépendant, elle risque au contraire d’ajouter une contrainte de plus à des créateurs déjà fragilisés par la précarité économique et la concurrence de l’intelligence artificielle générative. Le départ d’un illustrateur avec lequel il travaillait interroge une réforme qui, selon lui, fait peser une part croissante de ses exigences sur les plus petites structures du monde du livre.

02/09/2026, 15:59

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Antonin Artaud : la guerre des archives n’est pas terminée (réponse à Florence de Mèredieu)

Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.

01/09/2026, 17:05

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De Proust à Perec : comment Shéhérazade a changé la littérature française

Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.

31/08/2026, 17:44

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La Griffe Noire : “Tout ça ne fait donc pas de vous un libraire indépendant ?”

Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif. 

31/08/2026, 14:00

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Freida McFadden : anatomie d'une machine, aux accents bien connus

Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?

29/08/2026, 10:00

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Neuf mois plus tard : 80 livres à lire avant l’arrivée du bébé

Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
 
 
 

29/08/2026, 09:00

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Six livres créent une application de rencontre pour éviter de finir seuls en rayon

On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.

29/08/2026, 08:00

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Après Perec, Queneau et Calvino : l’Oulipo peut-il encore surprendre ?

Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».

28/08/2026, 17:22

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Du marathon au bain glacé : ce que notre culte de la performance dit de nous

Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.

25/08/2026, 09:09

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Anxiété de la rentrée : pourquoi le retour au travail peut être si difficile

Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.

25/08/2026, 09:05

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Six romans recalés à l’aéroport pour excédent de bagage... émotionnel

Les compagnies aériennes sont formelles : au-delà de 23 kilos, il faut payer un supplément. La littérature, beaucoup moins regardante, autorise ses personnages à embarquer avec une enfance traumatique, trois générations de non-dits, un père mort, plusieurs amours compliquées et parfois une résurrection complète. Au retour des vacances, il était temps que quelqu’un contrôle tout cela.

22/08/2026, 11:05

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La bienveillance, “complément idéal d’un monde de plus en plus brutal”

Il fallait bien que quelqu’un finisse par manquer de bienveillance envers la bienveillance. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan s’y risque ici, en prenant au sérieux ce que nos précautions, nos bons sentiments et notre vocabulaire soigneusement capitonné disent de notre rapport au conflit. Une humeur volontairement piquante, où la politesse des mots se retrouve priée de s’allonger sur le divan.

22/08/2026, 10:05

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Voyageuses en Orient : entre émancipation et clichés

Si Flaubert, Chateaubriand ou Nerval ont construit l’Orient rêvé du XIXe siècle, des écrivaines-voyageuses en ont, elles, franchi les portes closes. De Lady Montagu à Isabelle Eberhardt, elles ont observé l’intimité des harems et la vie des tribus. Mais ce regard « de l’intérieur » les a-t-il vraiment affranchies des clichés orientalistes ? Récit d’une émancipation littéraire aux mille contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.

19/08/2026, 18:18

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Journée mondiale du moustique : les insectes réclament des dommages et intérêts à la littérature

Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)

19/08/2026, 14:46

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Gestion contestée et conflit familial : un été au tribunal pour l'Harmattan

Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.

19/08/2026, 09:09

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Babel Indoor : quand les temples deviennent des livres de pierre

Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.

18/08/2026, 18:18

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Sur les traces de Pierre Loti dans l’Istanbul qu’il aimait

Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.

13/08/2026, 15:45

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Quand Carl Jung descendait dans ses propres ténèbres

Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.

12/08/2026, 18:08

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Un devoir rendu suffit-il encore à prouver qu’on l’a écrit ?

Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?

 

10/08/2026, 07:30

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Et si la nouvelle censure culturelle était celle qu’on ne voit plus ?

Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.

08/08/2026, 13:36

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Des groupes anti-liberté d’expression identifiés et suivis par le renseignement

Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création contient une drôle de discrétion. Plusieurs « groupements formellement constitués », à l’origine d’actions organisées contre des acteurs culturels, seraient « pour la plupart identifiés par les services de renseignement territorial ». Voilà pour ce que l’État sait. Pour savoir qui ils sont, en revanche, le lecteur repassera : ni noms, ni nombre précis, ni famille politique ou religieuse. Le renseignement est là. L’information, beaucoup moins.

08/08/2026, 13:25

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Livres brûlés, vitrines brisées : librairies et bibliothèques sous pression en France

Entre mars 2025 et mars 2026, le ministère de la Culture a recensé 76 incidents affectant les libertés de création, correspondant à 91 mécanismes d’atteinte. Douze situations sont explicitement rattachées au livre : six pour « livre et lecture publique », six pour les librairies. Acquisitions sous pression, ouvrages détruits, rencontres déprogrammées, vitrines attaquées ou mesures de saisie : le premier bilan annuel montre surtout ce qui demeure difficile à compter. 

08/08/2026, 12:19

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Comment la souffrance a forgé le jeune Antonin Artaud

De 1915 à 1919, Antonin Artaud passe de cliniques en stations thermales, de Marseille à Neuchâtel, dans une tentative presque continue d’apaiser des troubles nerveux qui marqueront durablement son existence. Ilios Chailly reconstitue cette « géographie de la souffrance » à partir d’archives, de sources médicales et de documents parfois inédits, et montre combien ces années de cures, de diagnostics et de traitements ont participé à façonner l’homme, l’artiste et la pensée d’Artaud.

07/08/2026, 16:20

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Lunettes connectées : comment encore rester hors champ ?

En Australie, la commissaire à la vie privée Carly Kind s’interroge sur la nécessité de nouvelles règles face aux lunettes connectées. En France, la CNIL redoute déjà une surveillance mobile et presque invisible. Mais ces mêmes appareils peuvent accroître l’autonomie des personnes aveugles ou malvoyantes. De Robbe-Grillet à Samanta Schweblin, les livres posent alors la vraie question : peut-on encore choisir de rester hors champ ?

07/08/2026, 15:51

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Du papier au numérique, la révolution qui bouleverse le manga japonais

Le Weekly Shonen Jump, berceau de Dragon Ball, One Piece ou Naruto, est tombé à un plus bas historique depuis 1971 : son tirage moyen n’était plus que de 985.000 exemplaires entre avril et juin 2026. C’est la première fois en 55 ans que la revue repasse sous le seuil symbolique du million d’exemplaires. Plus qu’un simple mauvais chiffre, ce recul illustre l’effacement progressif d’un modèle longtemps central au Japon : celui du grand magazine imprimé de prépublication.

07/08/2026, 15:45

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L’AFDAS suspend les formations pour artistes-auteurs centrées sur l’IA

L’AFDAS a instauré un moratoire sur le financement des formations principalement consacrées à l’intelligence artificielle générative. Limitée au fonds de formation des artistes-auteurs, la mesure s’appliquera jusqu’au 31 décembre 2026. Les enseignements professionnels dans lesquels ces outils n’interviennent qu’à titre secondaire restent éligibles.

06/08/2026, 10:06

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Les premières traductions françaises de L’Odyssée : une odyssée littéraire

On parle beaucoup de la sortie du film de Christopher Nolan. Mais quelles sont les premières éditions françaises de ce poème épique ? Publiée en 1716, la plus célèbre est la traduction en prose de la philologue Anne Dacier, qui sert de base à une autre traduction en vers suivie d’une polémique entre les deux traducteurs se terminant par un bon repas. La traductrice d’Homère sera plus tard immortalisée dans le comics américain Wonder Woman.

06/08/2026, 10:02

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À Ceuta, 72 000 migrants et des vies laissées hors compte

À Ceuta, Madrid estime que 72 000 personnes ont franchi la frontière et que 70 000 sont reparties ou ont été reconduites. Le bilan humain reste disputé, tandis qu’environ un millier de mineurs non accompagnés demeurent dans l’enclave et que des familles cherchent leurs proches. Sept récits, romans, albums et essais rouvrent ce que les mots « flux », « retour » et « sécurisation » voudraient déjà refermer.

05/08/2026, 17:34

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Lipœdème : “Aucun régime ni aucun sport ne le fera disparaître“

Comment expliquer qu’une maladie touchant des centaines de milliers de femmes demeure si souvent confondue avec un simple surpoids ? « Il faut perdre du poids » : c’est probablement la réponse que les patientes atteintes de lipœdème entendent le plus souvent. Et pourtant… aucun régime ni aucune activité sportive ne suffisent à faire disparaître cette pathologie chronique. Dans Le Guide complet du lipœdème (éditions Dangles), Manon Chavaudrey entend briser l’invisibilité qui entoure encore la maladie et donner aux femmes les moyens de mieux comprendre leur corps.

04/08/2026, 14:59

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Après Makassar, qui paiera le prix de l’édition indépendante ?

L'effondrement de Makassar a agi comme un révélateur des fragilités de la diffusion-distribution indépendante. Dans cette tribune, Christophe d’Estais interroge l’ensemble de la chaîne du livre : éditeurs et libraires sont-ils prêts à assumer collectivement le coût de l’indépendance, de la spécialisation, du temps consacré aux textes et d’une logistique moins industrielle ? 

03/08/2026, 12:11

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Splendeur et misère de Donald Trump, raconté en huit livres

À 80 ans, Donald Trump a transformé la pelouse de la Maison-Blanche en arène. Pour retracer l’héritier, le promoteur, la vedette, le candidat, le président défait, le condamné puis le revenant, nous avons retenu huit œuvres qui composent une biographie oblique. Romans, manga, théâtre, tragédie et philosophie mettent au jour les mécanismes d’une ascension que les chutes n’ont jamais interrompue.

03/08/2026, 11:13

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Précomptes prescrits : des droits perdus au “Fonds solidaire pour les artistes”

Plus de 31 millions € : telle est la somme correspondant aux « précomptes prescrits », des cotisations sociales versées par des diffuseurs pour des artistes-auteurs bénéficiaires, qui n'ont finalement jamais reçu cette somme, faute d'identification. La Maison des Artistes et le syndicat Solidarité Maison des Artistes - CFDT (SMdA-CFDT) proposent, dans une tribune, de mettre ces moyens dans un « Fonds solidaire pour les artistes ».

03/08/2026, 09:29