L’écrivain hongrois Péter Nádas est mort mercredi 26 août 2026 à l’âge de 83 ans, à son domicile de Gombosszeg, dans l’ouest de la Hongrie. Romancier, dramaturge, essayiste et photographe, plusieurs fois cité parmi les possibles lauréats du Nobel, il laisse une œuvre monumentale où l’histoire européenne du XXe siècle se mêle à celle des corps, de la mémoire et de l’intime.
Le 26/08/2026 à 14:38 par Hocine Bouhadjera
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26/08/2026 à 14:38
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Son agente littéraire, Anett Orosz, a confirmé sa mort à l’AFP. L’annonce avait d’abord été publiée sur les réseaux sociaux de l’écrivain, à la demande de sa famille, qui a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer davantage pour le moment.
En France, Péter Nádas venait encore d’être distingué : à l’automne 2025, son vaste récit autobiographique Ce qui luit dans les ténèbres. Souvenirs de la vie d’un narrateur (Noir sur Blanc, traduit du hongrois par Sophie Aude) avait reçu le prix Transfuge de l’autobiographie puis un prix spécial du jury Médicis.
Né le 14 octobre 1942 à Budapest dans une famille juive et communiste, Péter Nádas grandit au milieu des bouleversements qui marqueront toute son œuvre. Enfant, il connaît le siège de Budapest à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sa mère meurt alors qu’il est encore adolescent, son père se suicide en 1958. À 16 ans, il est orphelin.
À ces traumatismes familiaux s’ajoutent ceux de la Hongrie d’après-guerre : l’installation du régime communiste, la répression et l’écrasement de l’insurrection de 1956.
Avant de se consacrer à l’écriture, il étudie la photographie et le journalisme et travaille dans la presse hongroise durant les années 1960. La photographie restera une pratique importante parallèlement à son activité littéraire, et son attention presque physique aux gestes, aux espaces et aux détails marquera profondément sa prose.
Son premier livre paraît en Hongrie en 1967. Il sera traduit bien plus tard en français sous le titre La Bible (Phébus, traduit du hongrois par Marc Martin). Dans le Budapest des années 1950, un garçon y éprouve son pouvoir sur une servante pieuse.
La consécration littéraire commence véritablement avec La Fin d’un roman de famille (Plon, traduit du hongrois par Georges Kassai). Écrit au début des années 1970 mais empêché de paraître pendant plusieurs années par la censure, le roman est finalement publié en Hongrie en 1977 puis en France en 1991.
À travers la voix d’un enfant et l’effondrement d’une famille, Péter Nádas y fait se rencontrer histoire juive, communisme, mémoire familiale et oppression politique. Le récit refuse déjà la progression romanesque traditionnelle au profit des associations, des souvenirs et des perceptions.
Il poursuit cette exploration du désir et de l’intimité avec notamment Amour (Les Belles Lettres, traduit du hongrois par Georges Kassai et Gilles Bellamy), tandis que plusieurs de ses textes courts seront réunis en français dans Minotaure (Plon, traduit du hongrois par Georges Kassai et Gilles Bellamy).
Mais c’est Le Livre des mémoires (Plon, traduit du hongrois par Georges Kassai) qui lui apporte une reconnaissance internationale considérable. Publié en Hongrie en 1986 après plus d’une décennie de travail, puis en France en 1998, le roman entrelace plusieurs voix et plusieurs temporalités entre Budapest et Berlin, mémoire individuelle et histoire européenne, politique et sexualité.
La comparaison avec Marcel Proust, Robert Musil ou Thomas Mann accompagnera dès lors régulièrement la réception de Péter Nádas. Susan Sontag compte parmi les défenseurs les plus enthousiastes du livre. En France, Le Livre des mémoires obtient en 1999 le Prix du Meilleur Livre étranger.
L’entreprise suivante sera plus monumentale encore. Péter Nádas consacre près de 18 ans à Histoires parallèles (Plon, traduit du hongrois par Marc Martin avec la collaboration de Sophie Aude), publié en Hongrie en 2005 et en français en 2012.
Sur plus d’un millier de pages, des dizaines de personnages et d’existences s’entrecroisent dans l’Europe du XXe siècle. Nazisme, communisme, révolution hongroise, division de l’Allemagne, sexualité, violence et mémoire collective circulent d’un récit à l’autre sans qu’une intrigue unique vienne ordonner l’ensemble.
Le corps y occupe une place centrale. Désir, maladie, odeurs, gestes et sensations deviennent chez Péter Nádas une autre manière d’écrire l’Histoire : celle-ci n’agit pas seulement sur les institutions ou les idéologies, mais pénètre les relations intimes et façonne les individus. Cette construction immense, expérimentale et volontairement rétive aux conventions du roman fera d’Histoires parallèles (Plon, traduit du hongrois par Marc Martin avec la collaboration de Sophie Aude) l’un des livres les plus commentés de sa carrière.
La question du corps devient plus littérale encore après l’infarctus dont Péter Nádas est victime à 51 ans. Il connaît alors une expérience de mort clinique avant d’être réanimé.
Il en tirera La Mort seul à seul (Noir sur Blanc, traduit du hongrois par Marc Martin), récit consacré aux quelques minutes durant lesquelles conscience, sensations corporelles et perception de la mort semblent se dissocier. Le texte avait d’abord été publié en français en 2004 par L’Esprit des péninsules avant d’être repris par Noir sur Blanc en 2023.
D’autres facettes de son travail ont progressivement été rendues accessibles au public français, parmi lesquelles Mélancolie (Le Bruit du Temps, traduit du hongrois par Marc Martin), méditation autour d’un tableau de Caspar David Friedrich, Chant de sirènes (Le Bruit du Temps, traduit du hongrois par Marc Martin) ou encore Almanach (Mille neuf cent quatre-vingt-sept, mille neuf cent quatre-vingt-huit) (Phébus, traduit du hongrois par Marc Martin).
La publication française de Ce qui luit dans les ténèbres. Souvenirs de la vie d’un narrateur (Noir sur Blanc, traduit du hongrois par Sophie Aude), en septembre 2025, avait remis Péter Nádas au centre de l’actualité littéraire française.
Publié initialement en Hongrie en 2017, ce récit de près de 1200 pages refuse l’autobiographie chronologique. Péter Nádas part de fragments, de sensations et de souvenirs parfois incertains, qu’il confronte aux archives et à la mémoire familiale. La Shoah, les ruines de Budapest, ses parents juifs et communistes, les secrets familiaux, la mort de sa mère, le suicide de son père ou encore la révolution de 1956 s’y superposent.
L’ouvrage avait reçu en France le prix Transfuge de l’autobiographie avant d’être distingué, en novembre 2025, par un prix spécial du jury Médicis.
Cette reconnaissance tardive venait prolonger une longue série de distinctions internationales : le Prix d’État autrichien de littérature européenne en 1991, le Prix Kossuth en Hongrie, le Prix du Livre de Leipzig pour la compréhension européenne ou encore, en 2003, le Prix Franz-Kafka. Péter Nádas était également membre depuis 2006 de l’Académie des arts de Berlin.
Installé depuis les années 1980 à Gombosszeg, petit village de l’ouest de la Hongrie il y est mort ce mercredi 26 août au matin. Il laisse l’une des œuvres les plus ambitieuses de la littérature européenne contemporaine.
Crédits photo : Péter Nádas (@ Gáspár Stekovics, Noir sur Blanc)
Par Hocine Bouhadjera
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