Giuliano da Empoli revient au roman. Quatre ans après Le Mage du Kremlin, son premier roman devenu phénomène éditorial, l’ancien conseiller politique publiera chez Gallimard en octobre prochain Le Fondateur. Le livre met en scène un conseiller politique déchu, simplement nommé G., recruté à sa grande surprise par Alexander Zimmer, patron d’une gigantesque société de surveillance baptisée Panoptik.
Le 24/08/2026 à 18:22 par Hocine Bouhadjera
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Il abandonne Rome pour Marbella, où l’entreprise a installé ses quartiers et où gravite une société de fondateurs et de puissants engagés dans l’ultime partie de Zimmer.
Avec Le Mage du Kremlin, Giuliano da Empoli pénétrait les coulisses du pouvoir poutinien par l’intermédiaire de Vadim Baranov, personnage notamment inspiré de Vladislav Sourkov. Avec Le Fondateur, ce ne sont plus seulement les palais présidentiels qui semblent l’intéresser, mais les nouvelles concentrations de pouvoir constituées autour de la technologie, de la surveillance et de l’intelligence artificielle.
Publié en avril 2022, quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine alors même qu’il avait été écrit auparavant, Le Mage du Kremlin a remporté le Grand Prix du roman de l’Académie française. Le livre s’est vendu à près de 800.000 exemplaires, tous formats confondus, selon Edistat. Son succès s’est depuis prolongé au cinéma. Olivier Assayas l’a adapté avec Paul Dano dans le rôle de Vadim Baranov et Jude Law dans celui de Vladimir Poutine.
Le Mage du Kremlin avait par ailleurs frôlé le Goncourt en 2022. En finale face à Vivre vite de Brigitte Giraud, les deux romans étaient restés à égalité, cinq voix contre cinq, pendant quatorze tours. La voix prépondérante du président Didier Decoin avait finalement fait pencher le prix en faveur de Brigitte Giraud. La décision avait provoqué des tensions publiques au sein du jury : Pierre Assouline avait regretté ce dénouement, tandis que Tahar Ben Jelloun parlait d’une « grave erreur ».
Entre les deux romans, son essai-récit L’Heure des prédateurs, publié chez Gallimard en avril 2025, observe les nouveaux rapports de force entre autocrates, milliardaires de la tech et dirigeants politiques. Il s'est vendu à plus de 200.000 exemplaires, toujours d'après Edistat.
Ancien conseiller politique de Matteo Renzi et de Francesco Rutelli, spécialiste des nouvelles formes de pouvoir, des populismes et des stratégies de communication politique, Giuliano da Empoli dirige le think tank Volta à Milan et enseigne à Sciences Po Paris. L'Italo-suisse s’était notamment fait connaître avec l’essai Les Ingénieurs du chaos en 2019. Il est également contributeur régulier du Grand Continent, dont il dirige l’édition papier depuis son troisième numéro, et siège depuis 2021 au jury du Prix Grand Continent.
Le même mois, Gallimard fera revenir une autre figure majeure de son catalogue. À 81 ans, le prix Nobel de littérature Patrick Modiano publiera L’Éléphant, lui aussi dans la collection Blanche, en octobre.
Un homme nommé Van Walle observe à la jumelle quatre fenêtres éclairées. Elles appartiennent aux appartements d’Yvonne Beulaigne et de madame Thouvenin. Pourtant, les pièces sont vides. Les deux femmes ne reviennent pas et Van Walle commence à se demander s’il les reverra un jour. Une interrogation demeure surtout : qu’entendait Yvonne Beulaigne lorsqu’elle lui avait parlé d’une période difficile de son existence ? C’est, pour l’heure, pratiquement tout ce que Gallimard laisse connaître de l’intrigue.
Quelques lignes suffisent néanmoins à retrouver le territoire de l’écrivain : des noms propres, une adresse, des fenêtres, des silhouettes disparues et une information ancienne dont il faut retrouver la signification. Depuis La Place de l’Étoile en 1968, l’œuvre de Modiano s’est précisément construite autour de la mémoire, de l’oubli, des identités incertaines et des traces laissées par des êtres disparus.
L’Éléphant marquera son premier nouveau roman depuis La Danseuse, paru chez Gallimard en octobre 2023, qui s'est vendu à près de 110.000 exemplaires . Ce bref texte suivait déjà un narrateur tentant de faire remonter du passé les contours d’une femme, de son fils et du Paris de sa jeunesse. Entre-temps, Modiano a publié en 2025, avec Christian Mazzalai, 70 bis, entrée des artistes, autour de l’adresse du 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs et des artistes qui peuplèrent ce lieu de Montparnasse, écoulé à près de 19.000 exemplaires.
Leïla Slimani, de son côté, change de terrain. Le 1er octobre, Gallimard publiera Résurrection, sa première pièce de théâtre, adaptée du dernier grand roman de Léon Tolstoï.
Écrit à l’invitation du metteur en scène Simon Delétang, le texte reprend le face-à-face entre Dimitri Nekhlioudov, juré lors d’un procès pour meurtre, et Maslova, l’accusée qu’il reconnaît comme une femme qu’il a autrefois séduite puis abandonnée. Confronté aux conséquences de ses actes et de sa position sociale, l’homme veut réparer sa faute. Maslova refuse de lui offrir l’absolution recherchée.
L’autrice de Chanson douce, prix Goncourt 2016, retrouve ainsi par Tolstoï plusieurs motifs qui traversent son œuvre : les rapports de domination, la condition des femmes, la violence sociale et les ambiguïtés de la culpabilité. Le passage au théâtre ne restera pas seulement livresque : mise en scène par Simon Delétang, Résurrection – Un cas de conscience sera créée au Théâtre de Lorient du 6 au 9 octobre, avant une tournée puis son arrivée à la Comédie-Française, au Théâtre du Vieux-Colombier, du 25 novembre au 3 janvier. Marina Hands y interprétera notamment Maslova et Loïc Corbery Dimitri Nekhlioudov.
En mars 2026, elle a publié chez Gallimard Assaut contre la frontière, un texte bref et personnel consacré à son rapport à la langue arabe, vécue comme une absence, une perte et une forme de blessure intime. Il s'est venu à près de 40.000 exemplaires. Cette publication faisait suite à l’achèvement, en 2025, de sa trilogie du Pays des autres avec J’emporterai le feu, après Le pays des autres et Regardez-nous danser. La fresque familiale a confirmé son succès public, après celui de Chanson douce, prix Goncourt 2016.
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Ces dernières années, l’écrivaine a aussi occupé une place importante dans la vie culturelle : participation à l’écriture de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, présidence du jury de l’International Booker Prize en 2023 et participation au jury du Festival de Cannes en 2025.
Raymond Queneau est mort depuis cinquante ans, mais ses Cent mille milliards de poèmes n’ont manifestement pas fini de produire du texte. Le 8 octobre, Gallimard publiera « une récréation raisonnée », avec une préface d’Hervé Le Tellier et la participation de l’Oulipo.
En 1961, Queneau avait imaginé dix sonnets dont chaque vers, imprimé sur une languette indépendante, pouvait être combiné avec ceux des neuf autres : une mécanique littéraire permettant théoriquement de fabriquer cent mille milliards de poèmes.
Cinquante ans après la disparition de l’un des fondateurs de l’Oulipo, ses héritiers reprennent le jeu, mais écartent cette fois le hasard au profit de nouvelles contraintes : animaux, aliments, émotions, temps verbaux, lettres imposées...
Les procédés employés seront détaillés en annexe, aux côtés des sonnets originaux et d’archives. Et le lecteur ne sera pas complètement épargné : le poème numéro 100 restera à écrire.
Jonathan Littell, Angélica Liddell, László Krasznahorkai et Ian McEwan complètent cette salve d’octobre chez Gallimard. Vingt ans après Les Bienveillantes, le premier publiera le 15 octobre L’Héritage, autour d’un frère et d’une sœur marqués par le suicide de leur père et la disparition de leur mère. Le même jour, Angélica Liddell fera paraître Je demande à en finir avec la vie, traduit de l’espagnol par Cécile Pilgram, un texte dédié à Yukio Mishima qui affronte frontalement la question de la mort.
Le Nobel 2025 László Krasznahorkai publiera, lui, le 8 octobre Assez parlé des anges !, son discours de réception traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. Enfin, Ian McEwan est attendu le 29 octobre, sous réserve, avec Ce que nous pouvons savoir, traduit par France Camus-Pichon, une enquête littéraire située en 2119 autour d’un cycle de sonnets disparu.
Enfin, le 24 septembre, Le Cherche Midi publiera Not My Type : la femme qui a fait plier Trump, le récit d’E. Jean Carroll sur les années de bataille judiciaire qui l’ont opposée à Donald Trump. Ancienne chroniqueuse d’Elle et de Vanity Fair, également passée par le Saturday Night Live, l’autrice raconte autant les procès que ce qu’ils ont impliqué personnellement : exposition de sa vie privée, attaques sur sa crédibilité, intimidations et offensive médiatique du camp Trump.
Le titre reprend la formule utilisée par celui-ci pour tenter de discréditer son accusation, « elle n’est pas mon genre ». Depuis, E. Jean Carroll a effectivement perçu environ 5,6 millions $, intérêts compris : la Cour suprême a définitivement écarté ce premier recours le 17 août 2026. La bataille se poursuit en revanche autour des 83,3 millions $ accordés lors du second procès : Trump a saisi la Cour suprême fin juillet, en invoquant notamment l’immunité présidentielle, et le versement reste suspendu dans l’attente de sa décision.
Crédits photo : Giuliano da Empoli (Francesca Mantovani, Gallimard)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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