Archéologue, directeur de recherche au CNRS et spécialiste majeur des Gaulois, Jean-Louis Brunaux est mort le 18 août 2026 à Noyon, dans l’Oise, à l’âge de 72 ans. Des fouilles de Gournay-sur-Aronde et Ribemont-sur-Ancre à ses ouvrages sur les druides, Alésia et Vercingétorix, il aura consacré un demi-siècle à débarrasser la civilisation gauloise des mythes qui l’ont longtemps recouverte.
Le 22/08/2026 à 18:18 par Hocine Bouhadjera
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22/08/2026 à 18:18
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L’historien Éric Anceau lui a rendu hommage, saluant un « archéologue de renommée internationale pour ses travaux sur la Gaule ». Il explique l’avoir récemment sollicité pour participer à un ouvrage collectif qu’il dirigeait, mais que Jean-Louis Brunaux était alors trop affaibli pour y contribuer.
Né le 28 octobre 1953 à Lachelle, dans l’Oise, Jean-Louis Brunaux aura consacré l’essentiel de son parcours scientifique à la Gaule indépendante et plus particulièrement à ses pratiques religieuses, à ses sanctuaires, à ses guerriers et à ses druides. Directeur de recherche au CNRS, rattaché au laboratoire d’archéologie de l’École normale supérieure, il était présenté par le CNRS comme le responsable de nombreuses fouilles conduites sur des sites gaulois de Picardie, notamment à Gournay-sur-Aronde.
Son lien avec ce site est ancien. Dès 1975, il publie sur une fouille de sauvetage à Gournay-sur-Aronde. Le chantier, poursuivi pendant plusieurs années, devient l’un des dossiers majeurs de l’archéologie celtique française. En 1982, il consacre un travail universitaire, dirigé par Louis Foucher, au Sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde et à la religion gauloise. Les résultats des campagnes menées entre 1975 et 1984 sont ensuite publiés avec Patrice Méniel et François Poplin.
Le site joue un rôle déterminant dans le renouvellement de la connaissance des religions gauloises. La commune de Gournay-sur-Aronde rappelle elle-même que les fouilles de 1975 à 1984 ont permis d’identifier ce qui fut alors considéré comme le premier authentique sanctuaire celtique mis en évidence par l’archéologie, avec son enclos sacré, ses armes déposées ou détruites rituellement et ses traces de sacrifices.
Pour Jean-Louis Brunaux, cette documentation matérielle permettait de ne plus dépendre uniquement des récits laissés par les auteurs grecs et romains. Dans un article publié en 1997 par l’Académie des inscriptions et belles-lettres sur les sanctuaires de Gournay-sur-Aronde et de Ribemont-sur-Ancre, il insistait précisément sur la nécessité de confronter les textes antiques aux « realia », c’est-à-dire aux vestiges archéologiques directement attribuables à la Gaule indépendante.
Après Gournay, Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme, occupe une place centrale dans ses recherches. Jean-Louis Brunaux reprend en 1990 les fouilles du sanctuaire en qualité de spécialiste des sanctuaires celtiques. Le Centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre rappelle qu’un centre d’étude est alors créé dans le village afin d’accueillir l’équipe de fouille et d'étudier le matériel découvert sur place.
Le site livre notamment un ensemble exceptionnel de vestiges humains et militaires. Entre 1992 et 1999, le « charnier » est intégralement fouillé et prélevé. Les recherches conduisent Jean-Louis Brunaux et ses collaborateurs à interpréter une partie des vestiges comme ceux d’un monument guerrier et d’un sanctuaire lié à une bataille survenue au IIIe siècle avant notre ère.
Un programme de recherches dirigé par Jean-Louis Brunaux y fut mis en place à partir de 1990 afin d’étudier le sanctuaire gaulois et de réexaminer l’installation cultuelle gallo-romaine.
Dès Les Gaulois. Sanctuaires et rites, publié en 1986, puis dans Les Religions gauloises, paru initialement en 1996 et plusieurs fois remanié et réédité, il entreprend de restituer les croyances et les pratiques rituelles des populations gauloises à partir des données de terrain. CNRS Éditions présente encore Les Religions gauloises comme un ouvrage qui a fait date en rompant avec les clichés traditionnellement associés aux croyances de la Gaule préromaine.
Il poursuit cette réflexion dans Guerre et religion en Gaule. Essai d’anthropologie celtique, publié en 2004 et issu d’un travail d’habilitation à diriger des recherches soutenu à Paris 1 en décembre 2003 sous le titre Guerre et religion, éléments pour une anthropologie de la Gaule celtique.
Auprès du grand public, Jean-Louis Brunaux s’est fait connaître notamment par son travail sur les druides. Avec Les Druides. Des philosophes chez les Barbares, il entreprend de les dégager du folklore construit au fil des siècles : moins des magiciens vivant à l’écart du monde que des membres d’une élite savante, religieuse et politique.
Il la développe encore en 2024 dans La Cité des druides. Bâtisseurs de l’ancienne Gaule, publié chez Gallimard. L’ouvrage décrit les druides comme des théologiens, philosophes, éducateurs et conseillers politiques, mais aussi comme des hommes intéressés à l’astronomie, aux mathématiques et aux arts. L'auteur y insiste notamment sur leurs rapports intellectuels avec le monde grec.
Une reconstruction fondée sur le croisement des découvertes archéologiques avec les témoignages de Posidonios d’Apamée, Strabon, Diodore de Sicile ou César, sans pour autant lever toutes les incertitudes inhérentes à une histoire qui repose sur des sources nécessairement fragmentaires.
À mesure que ses recherches progressaient, il s’est attaché à faire connaître au public une Gaule très éloignée de l’imaginaire scolaire du XIXe siècle.
Dans Nos ancêtres les Gaulois, en 2008, puis Les Gaulois expliqués à ma fille, en 2010, il démonte l’image d’un peuple uniforme, rustique et presque coupé du reste du monde. Ses Gaulois sont agriculteurs, éleveurs, commerçants, artisans et artistes. Leurs sociétés sont organisées politiquement et en relation constante avec les peuples méditerranéens. Dans La Gaule. Une redécouverte, paru en 2015, Jean-Louis Brunaux montre combien les découvertes archéologiques ont profondément renouvelé notre connaissance de la civilisation gauloise, bien plus complexe et structurée que l’image simplifiée qu’en avaient façonnée les XIXe et XXe siècles.
Dans Voyage en Gaule, publié au Seuil en 2011, Jean-Louis Brunaux choisit une autre voie pour retrouver ce monde disparu : il part sur les traces du philosophe grec Posidonios d’Apamée, qui parcourut une partie de la Gaule à la fin du IIe et au début du Ier siècle avant notre ère. Le livre prend la forme d’un dialogue entre l’archéologue contemporain et cet observateur antique dont les écrits, aujourd’hui perdus, ont largement nourri les descriptions ultérieures des populations celtiques.
Avec Les Celtes. Histoire d’un mythe, puis L’Enquête gauloise. De Massilia à Jules César, réalisée avec le dessinateur Nicoby, il poursuit ce travail de déconstruction des représentations héritées et de diffusion des découvertes archéologiques au-delà du seul monde universitaire.
Jean-Louis Brunaux s’est aussi confronté à deux des symboles les plus puissants de l’histoire nationale : Alésia et Vercingétorix.
En 2012, Gallimard publie Alésia. 27 septembre 52 av. J.-C., dans la collection « Les Journées qui ont fait la France ». Il y reprend le récit de la bataille, de la défaite des armées gauloises et de la reddition de Vercingétorix, mais s’attache surtout à replacer l’affrontement dans les réalités militaires et politiques du Ier siècle avant notre ère.
Le livre reçoit en 2013 le Prix du Sénat du livre d’histoire. La même année, l’Académie française lui décerne le prix François-Millepierres. Dans son discours sur les prix littéraires de 2013, l’Académie saluait chez Brunaux à la fois la connaissance de l’époque, le sens de l’analyse et les qualités d’écriture.
Six ans plus tard, il consacre une biographie entière au chef arverne avec Vercingétorix, publié chez Gallimard en 2018. Là encore, il cherche à retrouver l’homme derrière le héros fabriqué par les siècles suivants et par l’histoire nationale. L’ouvrage reçoit le Prix Historia de la biographie historique en 2019.
Il revient encore à Alésia dans À la recherche d’Alésia. Des légendes grecques au lieu de mémoire. L’ouvrage ne s’arrête pas à la bataille de 52 avant notre ère : il étudie également la place du site dans les récits antiques, les controverses archéologiques et la construction progressive d’un lieu de mémoire français. Une nouvelle édition de poche de cet ouvrage est parue chez Dunod en janvier 2026.
Archéologue de terrain, spécialiste de la religion et de la guerre dans le monde celtique, lecteur des auteurs classiques, il ne séparait pas complètement les objets exhumés du sol des textes grecs et latins qui constituent une grande partie de nos témoignages sur la Gaule. Ses travaux ont autant porté sur l’armement, les trophées et les sanctuaires que sur les rites, la mort, les lieux de culte ou encore l’organisation des sociétés gauloises.
Cette activité de chercheur n’empêchait pas une volonté très nette d’écrire pour un lectorat beaucoup plus large. Ses ouvrages les plus connus ont précisément contribué à déplacer le regard porté sur les Gaulois : non plus les figurants pittoresques d’un récit construit a posteriori, mais les habitants de sociétés diverses, complexes et insérées dans l’Europe de leur temps.
Avec sa disparition, l’archéologie française perd l’un des chercheurs qui ont le plus contribué à sortir la civilisation gauloise de la légende pour la ramener sur le terrain de l’histoire. Et pour celui qui consacra tant de pages aux druides, lesquels enseignaient l’immortalité et la transmigration des âmes, la mort n’était peut-être, après tout, qu’un passage.
Crédits photo : Jean-Louis Brunaux, aux Rendez-vous de l’histoire, à Blois, en 2018 (Librairie Mollat, CC BY 3.0)
Par Hocine Bouhadjera
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1 Commentaire
Pierre, libraire à Caen
25/08/2026 à 17:20
Bel article, bel hommage. J'ai lu beaucoup de livres de monsieur Jean-Louis Brunaux, tous passionnants. Je regrette de n'avoir pas eu le temps de l'inviter à la librairie. Toutes mes condoléances.