Le Prix Ivoire tient ses cinq finalistes. Pour sa 18e édition, la distinction consacrée aux littératures africaines francophones a retenu Djaïli Amadou Amal, Jocelyn Danga, Nétonon Noël Ndjékéry, Célia Sanchez et Ephrem Youkpo. Quarante-six ouvrages venus de treize pays étaient en compétition. Le lauréat sera désigné le 30 octobre, avant une remise du prix annoncée à Abidjan fin novembre.
Cinq livres, cinq pays et 41 candidatures laissées en chemin. L’association ivoirienne Akwaba Culture a dévoilé, ce 21 août, les finalistes du Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone 2026. Présidé par le critique Michel Koffi, le pré-jury réunissait également la libraire Solange Anoh et les critiques Serge Grah, Koffi Koffi et Henri N’koumo.
La Camerounaise Djaïli Amadou Amal concourt avec Espoir, paru le 20 mars aux éditions Emmanuelle Collas. Dans ce récit autobiographique, l’autrice de Les Impatientes remonte à l’enfance et aux premières années d’une existence partagée entre plusieurs appartenances.
Dans Espoir, Djaïli Amadou Amal revient sur son enfance dans le nord du Cameroun, entre trois et treize ans. Fille d’une mère égyptienne et d’un père camerounais peul, Amal comprend très tôt qu’elle porte les attentes de deux familles et de plusieurs héritages. Le récit suit ses interrogations sur ses origines, l’amour de ses parents, les tensions interfamiliales et interethniques ainsi que le poids de traditions parfois contradictoires, jusqu’à sa première demande en mariage. L’autrice en fait un récit autobiographique de formation, où l’enfance observe et absorbe les préoccupations des adultes.
La République démocratique du Congo sera représentée par Jocelyn Danga avec Né sur des pissenlits, son premier roman, publié chez Elyzad le 6 mars. Muntu, professeur de philosophie dans un lycée de Kinshasa, voit son existence dérailler après une nuit d’ivresse et une humiliation exposée sur les réseaux sociaux.
Muntu enseigne la philosophie dans un lycée de Kinshasa. Un matin, il trouve les bancs vides et, révolté par ses conditions de travail et par ce que la présentation éditoriale décrit comme un système éducatif « corrompu », gagne Matonge, où il retrouve John, un ancien ami. Une nuit d’ivresse, puis une humiliation diffusée sur les réseaux sociaux, accélèrent sa chute. John lui propose alors de participer à un colloque à Metz, à condition de récupérer l’argent prévu pour le voyage. Premier roman de Jocelyn Danga, Né sur des pissenlits mêle dérision et désespoir dans une langue nourrie du parler de Kinshasa.
Le Tchad avance Nétonon Noël Ndjékéry et La Fabrique du merveilleux. Paru le 14 janvier chez Hélice Hélas, le livre n’est pas inconnu des lecteurs d’ActuaLitté : nous en présentions les premières pages dès décembre 2025. Cette fable politique confronte l’emprise d’une souveraine à une étrange manufacture de rêves dissimulée dans une forêt primordiale.
Dans la principauté de Lara, la jeune courtisane Poudoudou conquiert les faveurs du monarque Laoula, écarte ses rivales et remplace les conseillers jusqu’à imposer sa domination au royaume. Dans une forêt primordiale, arbres, animaux et divinité Sou fabriquent cependant des rêves de liberté destinés aux humains. Venus de Lony, « le monde qui nous habite », ils prennent vie dans Lokissy, « le monde que nous habitons ». Guiliguili et Tipipi apprennent à s’en servir contre la tyrannie. La fable interroge ensuite ce que deviennent le rêve et le merveilleux lorsque la paix revient.
Avec Yaay !, Célia Sanchez porte les couleurs du Sénégal. Préfacé par Seydi Sow, le roman est paru le 8 janvier chez L’Harmattan Sénégal. Le titre signifie « mère » en wolof. Dans sa préface, dont Célia Sanchez a reproduit plusieurs passages lors de la parution, Seydi Sow inscrit le texte dans une réflexion sur les origines, la filiation, la mémoire des femmes et l’identité. Installée au Sénégal depuis plusieurs années, l’écrivaine signe ici son deuxième roman.
Yaay ! s’ouvre sur la fuite d’une jeune femme de vingt ans dans une palmeraie, après un événement qui bouleverse brutalement son existence. La présentation du livre la montre cherchant à échapper à une réalité plus violente encore que les coups de son père. Le titre signifie « mère » en wolof : dans sa préface, Seydi Sow place au cœur du récit la quête des origines, la filiation, la mémoire des femmes, les douleurs de l’attente et les vertiges de l’identité. Deuxième roman de Célia Sanchez, le livre déploie ces questions dans un récit polyphonique ancré dans la société sénégalaise.
Dernier nom retenu, Ephrem Youkpo représentera la Côte d’Ivoire avec Ceux qui parlent fort, paru le 24 avril chez Eyo Editions & Publishing. Le troisième roman du journaliste et homme de médias accompagne Johan, né à Cocody puis conduit en France avec sa famille à l’âge de douze ans.
Johan naît à Cocody, en Côte d’Ivoire, dans une famille où la mort, omniprésente, est envisagée comme une continuité de la vie. À douze ans, il suit en France ses parents métis, qui espèrent y construire une existence meilleure et faire reconnaître leur identité française. Le projet d’installation se heurte vite à une succession de difficultés, entre désillusion et nécessité de tenir. Troisième roman d’Ephrem Youkpo, Ceux qui parlent fort suit cette trajectoire familiale à travers l’exil, l’immigration, l’identité métisse, les liens de parenté et le rapport des vivants à la mort.
Au passage, le pré-jury formule une recommandation susceptible de modifier les conditions de candidature des prochaines éditions. Il propose à Akwaba Culture d’écarter les écrivains ayant déjà participé à une cérémonie du Prix Ivoire comme invités d’honneur.
La nuance compte : cette disposition n’est pas en vigueur. Le communiqué mentionne une recommandation adressée à l’association, non une modification déjà adoptée du règlement. Rien ne permet pour l’heure d’en préciser les motivations ni les éventuelles modalités d’application.
Le choix final reviendra à un jury présidé par l’écrivaine et dramaturge Werewere-Liking. Le nom du lauréat doit être communiqué le 30 octobre 2026. Créé en 2008 par Akwaba Culture, le Prix Ivoire distingue des œuvres relevant de la littérature africaine d’expression française et s’accompagne cette année d’une dotation de 3000 €.
En 2025, Véronique Tadjo avait été récompensée pour Je remercie la nuit. Une précision bibliographique s’impose toutefois : le communiqué 2026 rattache l’ouvrage à l’année 2025, tandis que Mémoire d’encrier indique une première parution le 19 août 2024. Le Prix Ivoire lui a bien été décerné l’année suivante.
Une dernière donnée reste à confirmer. Akwaba Culture annonce la cérémonie de remise pour le « samedi 27 novembre 2026 » à Abidjan. Or le 27 novembre tombe un vendredi. En l’absence de rectificatif, impossible de savoir s’il faut retenir le vendredi 27 ou le samedi 28 novembre : à ce stade, seule une remise du prix à Abidjan à la fin novembre peut être affirmée sans réserve.
Par Dépêche
Contact : depeche@actualitte.com
Paru le 20/03/2026
165 pages
Collas Emmanuelle
21,90 €
Paru le 06/03/2026
240 pages
Elyzad
22,50 €
Paru le 14/01/2026
140 pages
Hélice Hélas Editeur
18,00 €
Paru le 08/01/2026
424 pages
Editions L'Harmattan
25,00 €
Paru le 24/04/2026
Eyo Editions
19,00 €
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