Le jury du prix Femina changera de décor pour ses proclamations dès 2026. Après plusieurs années au musée Carnavalet, les jurées s’installeront au 30 avenue Montaigne, adresse historique de la maison Dior, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Le jury assure qu’aucun financement n’est en jeu et revendique le maintien de son « indépendance totale ».
Le 20/08/2026 à 17:13 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
20/08/2026 à 17:13
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La nouvelle adresse n’est, en effet, pas neutre : elle constitue depuis 1946 le berceau historique de Christian Dior et demeure aujourd’hui l’un des lieux emblématiques de la maison de couture. LVMH la présente comme « l’adresse iconique » et le « cœur battant » de Dior. (LVMH)
Ce passage d’un musée municipal à l’une des adresses les plus identifiées au luxe parisien pouvait naturellement soulever la question des conditions du partenariat et de l’indépendance du prix. Dans des précisions transmises à ActuaLitté, le jury Femina écarte expressément l’hypothèse d’un soutien financier. « Une occasion de changement s'offrait à nous avec des avantages - sans qu'il s'agisse de financement -, ce qui ne peut qu'ajouter au prestige et au rayonnement de notre prix. »
Le jury ne détaille pas à ce stade la nature exacte de ces « avantages ». Il insiste en revanche sur l’absence de conséquence éditoriale du déménagement : « Ce changement de lieu n'implique aucunement une volonté de faire évoluer notre prix, ni dans ses méthodes de travail, ni dans son positionnement, ni dans nos objectifs qui consistent à soutenir la littérature et le livre. »
Le Femina avait installé ses proclamations au musée Carnavalet en 2021. Le choix constituait alors lui-même une nouveauté : le jury souhaitait notamment rendre hommage à sa première présidente, Anna de Noailles, dont la chambre était présentée dans le musée consacré à l’histoire de Paris. Cette année-là, Clara Dupont-Monod y avait reçu le Femina pour S’adapter, Ahmet Altan le Femina étranger pour Madame Hayat et Annie Cohen-Solal le Femina essai pour Un étranger nommé Picasso.
Les prix doivent y être proclamés le 4 novembre, après trois séries de sélections en septembre et octobre. Le jury tient d’ailleurs à souligner qu’il quitte le musée sans différend : « Nous avons toujours été très satisfaites de l'accueil du musée Carnavalet et de son amabilité. »
Le Femina a longtemps été associé à l’hôtel de Crillon, avant de connaître d’autres adresses. Lors de la fermeture du palace pour travaux, le jury avait notamment rejoint le Cercle de l’Union Interalliée. En 2014, ce choix avait aussi permis au Femina d’éviter le Meurice, alors boycotté par les jurées en raison des positions du sultan de Brunei, propriétaire de l’établissement.
« Nous avons changé plusieurs fois de lieux : après le Crillon, le Cercle Interallié, le musée Carnavalet, aujourd'hui le 30 avenue Montaigne, sans que cela n'affecte ni notre travail ni le profil du prix Femina », rappelle aujourd’hui le jury.
Pour l’édition 2026, la présidence du Femina est assurée par Brigitte Giraud, écrivaine et lauréate du prix Goncourt 2022 pour Vivre vite. La fonction n’est pas attachée durablement à une personnalité : le Femina fonctionne historiquement avec une présidence tournante au sein de son jury. En 2025, Nathalie Azoulai occupait ainsi la présidence, avec Christine Jordis comme vice-présidente.
Le jury 2026 réunit Nathalie Azoulai, Evelyne Bloch-Dano, Isabelle Desesquelles, Brigitte Giraud, Paula Jacques, Oriane Jeancourt Galignani, Christine Jordis, Olivia de Lamberterie, Emmanuelle Loyer, Patricia Reznikov, Josyane Savigneau et Julie Wolkenstein. Mona Ozouf en demeure membre honoraire. Olivia de Lamberterie et Emmanuelle Loyer sont les deux dernières arrivées, élues lors d’une assemblée générale extraordinaire en mai 2026.
La question de l’indépendance du Femina avait déjà surgi de manière beaucoup plus frontale en 2025, lorsque Jeanne Benameur avait quitté le jury. L’écrivaine expliquait à ActuaLitté ne plus pouvoir participer à « un prix soutenu par Bolloré », en raison des liens historiques et du soutien d’Hachette. Elle avait toutefois pris soin de préciser qu’à sa connaissance, aucune ingérence directe n’avait eu lieu dans les choix du Femina.
Le déménagement annoncé pour 2026 place cette fois le prix dans l’environnement d’un autre grand groupe français. Christian Dior Couture est dirigée depuis 2023 par Delphine Arnault, tandis que LVMH est présidé et dirigé par son père, Bernard Arnault.
Crédits photo : Miguel Bonnefoy, lauréat du prix Femina 2024 pour Le Rêve du jaguar (Rivages), lors de la proclamation au musée Carnavalet, aux côtés notamment de Christine Jordis et de plusieurs membres du jury Femina.
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Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
2 Commentaires
EveH
20/08/2026 à 21:33
LVMH est propriétaire de Arlea et possède des parts dans Gallimard. Le propriétaire du lieu peut donc influencer directement la sélection. Ce qui n'était pas le cas des lieux précédents. Si Arlea est sélectionné où s'il y a plus de trois ou quatre Madrigall la corruption discrète sera avérée.
Rose
21/08/2026 à 06:42
Il y a de plus en plus de prix littéraires, on a du mal à s'y retrouver ; quant aux choix des auteurs et la lecture, ça marge en quatrième de couverture.
Maintenant, se rapprocher des milliardaires sera une curieuse façon de nous éloigner encore un peu de ces sélections qui déjà ne comptent plus dans nos valeurs pas financières, vu que l'on recherche le talent.