Après cinq années de préparation, Castanet-Tolosan ouvrira le 1er septembre 2026 Castagora, un équipement de 1200 m² qui réunit médiathèque et centre social sans les juxtaposer. Avec 26.000 documents, une ludothèque, des espaces numériques, une cuisine, un café ou encore un potager, la ville de l’agglomération toulousaine mise sur un lieu conçu avec les habitants.
Le 19/08/2026 à 17:55 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
19/08/2026 à 17:55
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À Castanet-Tolosan, il aura fallu attendre 2026 pour voir ouvrir une médiathèque. Pour cette commune d’environ 15.000 habitants, l’absence était d’autant plus notable qu’elle compte une centaine d’associations et quatre groupes scolaires.
Le projet lancé en 2021 devait donc combler un manque, mais la municipalité a choisi de ne pas simplement construire une bibliothèque. Le 1er septembre, Castagora ouvrira après un investissement de 7,65 millions d’euros, financé à 70 % par des subventions.
Une accumulation d’équipements qui pourrait faire penser à une médiathèque enrichie d’un centre social. C’est précisément la lecture que ses responsables veulent éviter.
Madeleine Arribes Gurnade, chargée du versant centre social, et Nadège Picauron-Rey, chargée de la médiathèque, assurent ensemble la codirection de Castagora. Toutes deux insistent sur le même point : « Il n’y a pas plus le centre social ou plus la médiathèque. Ce sont deux entités totalement hybridées. »
Cette distinction doit se retrouver jusque dans l’organisation quotidienne : les professionnels de la lecture publique travailleront avec les animateurs socioculturels et les travailleurs sociaux, plutôt que dans deux services parallèles.
Le projet avait d’ailleurs commencé à fonctionner avant même que le bâtiment existe. L’Espace de Vie Sociale L’Escambi ouvre en 2023, avec un agrément de la CAF et des activités construites avec les habitants. Une équipe dédiée à la lecture publique est constituée en 2024, proposant lectures et animations autour du livre et du jeu.
Pour Madeleine Arribes Gurnade, cette période a permis de tester moins des activités qu’une manière de travailler : « Les élus ont voulu créer une expérience à petite échelle et la transposer à grande échelle, en augmentant les possibles, la transversalité et l’hybridité », résume-t-elle. Ce travail préparatoire a notamment servi à dégager « une culture commune » entre médiathécaires et professionnels du champ socioculturel, sans effacer les compétences propres à chacun.
La construction des collections représentait parallèlement un chantier à part entière. À la différence d’une bibliothèque rénovée ou déménagée, Castagora ne disposait pas d’un fonds à transférer. « On part de zéro sur ce projet-là », résume Nadège Picauron-Rey.
Le volume d’ouverture a finalement été fixé à 26.000 documents. Mais leur répartition s’éloigne des équilibres généralement retenus : 50 % des acquisitions ont été consacrées à la jeunesse et 50 % aux adultes. Un choix fondé, selon la codirectrice, sur le diagnostic social du territoire, où les familles, les écoles, les crèches et le périscolaire occupent une place importante.
La politique documentaire privilégie également le travail avec les libraires du bassin toulousain et entend accorder une place aux petites maisons d’édition. Une partie des collections de la Bibliothèque Pour Tous, jusque-là implantée dans la commune, a par ailleurs été intégrée au fonds.
Les acquisitions elles-mêmes ont parfois été participatives. Des jeunes ont travaillé avec l’équipe sur les collections qui leur étaient destinées, notamment les mangas, jusqu’à se rendre en librairie pour participer aux choix. Des groupes d’habitants ont été associés de la même manière sur certains domaines. « Ils ont des compétences et des connaissances extraordinaires, et parfois une connaissance culturelle ou littéraire bien plus poussée que celle des bibliothécaires », souligne Nadège Picauron-Rey.
Le chantier matériel a suivi la même logique. L’équipement des documents n’a pas été externalisé : des animateurs périscolaires et des habitants bénévoles ont participé au traitement des ouvrages. Pour la codirectrice, cette organisation permettait aussi aux professionnels qui accompagneront demain les jeunes sur place de connaître concrètement les collections.
Une fois les livres achetés restait une question : comment les retrouver ? Castagora a choisi de prendre ses distances avec les systèmes de classement traditionnels et leur vocabulaire professionnel. Les documents sont répartis en grands univers, complétés par des pictogrammes et des mots-clés, afin que le lecteur puisse s’orienter sans connaître au préalable les conventions des bibliothèques.
« L’objectif premier, c’est l’accessibilité », insiste Nadège Picauron-Rey. « Il fallait casser certains codes » et permettre aussi bien à un enfant qu’à un adulte ou à une personne rencontrant davantage de difficultés de comprendre immédiatement l’organisation du lieu.
Plus généralement, les codirectrices de Castagora refusent d’installer le livre au sommet d’une hiérarchie symbolique des pratiques culturelles. Le livre restera physiquement très présent, mais il devient « un médium parmi tant d’autres » : une conversation, un jeu de société, un atelier de cuisine ou la lecture de la presse peuvent eux aussi servir l’apprentissage et la rencontre.
Le principe rejoint directement celui du centre social. « Il n’y a pas de hiérarchisation », complète Madeleine Arribes Gurnade. « Le livre est un outil qu’on va utiliser au même titre qu’un atelier cuisine. L’objectif premier est la création du lien social. » Le mot de « prescription » littéraire est lui-même interrogé. L’équipe revendique ici les principes de l’éducation populaire : les compétences des professionnels restent mobilisées, mais elles ne doivent pas rendre secondaires celles des habitants.
La participation citoyenne ne s’arrête pas à la conception du bâtiment, selon l'équipe de Castagora : depuis 2021, habitants, associations, agents, partenaires et élus ont été associés aux réflexions sur les besoins, les usages et l’organisation des espaces. Des chantiers participatifs ont notamment été organisés avec l’association Le Bruit de la Conversation.
Une fois Castagora ouvert, les habitants pourront non seulement assister aux activités, mais en proposer et en animer eux-mêmes. La programmation sera publiée tous les deux mois. Elle s’articule autour de trois grandes orientations : le vivre ensemble, le « faire avec », et la parentalité et la coéducation. Clubs de lecture et soirées littéraires côtoieront ateliers de cuisine intergénérationnels, jeux vidéo, sciences ou jeux de société.
Le premier programme comprend ainsi Papote Grenadine, Le Temps des Bambins, un club de lecture, les soirées Ludivores consacrées aux jeux de société et un Labo des sciences. Une sortie au village du livre et des arts de Montolieu et un tournoi de Mario Kart sont déjà annoncés pour octobre.
L’hybridation doit permettre de toucher des personnes qui fréquentent peu ou pas les équipements culturels. Le centre social apporte pour cela ses méthodes de hors-les-murs et d’« aller-vers » : travailler avec les écoles, le collège, les espaces jeunesse, les seniors ou les personnes en situation de handicap, mais aussi construire progressivement une relation avec ceux pour qui entrer dans un bâtiment culturel reste intimidant.
« L’idée, c’est que ce soit un lieu pour tout le monde », résume Madeleine Arribes Gurnade, qui insiste sur la mixité sociale, culturelle et intergénérationnelle. Castanet-Tolosan compte une population relativement aisée, relève-t-elle, mais aussi des habitants vivant avec les minima sociaux.
Cette volonté se traduit également dans les conditions d'accès. L’adhésion sera gratuite pour les habitants de Castanet-Tolosan. Elle coûtera 15 € par an aux personnes extérieures à la commune, avec gratuité pour les moins de 18 ans et les bénéficiaires des minima sociaux. Les adhérents pourront emprunter leurs documents pendant trois semaines, mais aussi, sous caution, pour une durée de deux à cinq semaines, des instruments de musique, liseuses, malles de cuisine ou outils de jardin.
Le projet n’a toutefois pas fait l’unanimité à Castanet-Tolosan. En 2025, le groupe d’opposition Pour Castanet, composé de Bernard Garrafouillet et Patrice Tournon, a indiqué avoir saisi le tribunal administratif en invoquant une irrégularité du PLU concernant la zone d’implantation de Castagora. Il contestait parallèlement le choix de construire un nouvel équipement, estimant que des bâtiments municipaux existants auraient pu accueillir ces usages. Le recours n’étant pas suspensif, le chantier s’est poursuivi.
Début 2026, la fermeture de la Bibliothèque Pour Tous, présente depuis plusieurs décennies dans la commune, a également suscité une polémique. Des bénévoles et des élus d’opposition ont contesté les conditions de son départ et défendu la possibilité d’une coexistence avec Castagora. Dans un droit de réponse, le maire de l'ancienne mandature Xavier Normand a rejeté l’idée d’une expulsion : selon lui, l’association avait elle-même fixé sa fermeture au public au 31 décembre 2025 et ses bénévoles avaient choisi, dès 2023, de ne pas intégrer Castagora, ni comme bénévoles ni comme association partenaire.
L'ambition de l'équipe de Castagora a par ailleurs dû composer avec les contraintes financières. Trois scénarios avaient initialement été envisagés et le premier arbitrage a porté sur la surface : le projet final a été ramené à 1200 m². « Les communes aujourd’hui ont des budgets contraints », rappelle Madeleine Arribes Gurnade. Le bâtiment a toutefois été conçu pour pouvoir évoluer si les besoins du territoire augmentent.
Les trois principales aides publiques évoquées par les codirectrices proviennent de la DRAC, du Département et de la CAF, au sein d’un montage qui permet d’atteindre 70 % de subventions sur les 7,65 millions d’euros investis.
Un domaine a en revanche été préservé des coupes : les ambitions environnementales. Castagora utilise des matériaux biosourcés pour sa structure et son isolation, du géocooling par le plancher et de la ventilation naturelle. Le chantier participe au programme européen LIFE Waste2Build, avec un objectif de 85 % de réemploi ou de recyclage des matériaux. Le projet, conçu avec KOMBO Architectes et ICI Architectes, a obtenu la médaille d’or de la démarche Bâtiments Durables Occitanie pour ses phases de conception et de réalisation.
Une soirée inaugurale est prévue le 18 septembre, de 19h à 22h, avec prises de parole, apéritif préparé en partie par des habitants, concert du groupe de jeunes Teenagers et bal occitan.
Au bout du compte, les deux codirectrices mesurent moins la réussite future de Castagora au nombre de prêts qu’à la diversité des personnes qui s’y sentiront légitimes. Madeleine Arribes Gurnade évoque une femme âgée, un enfant, un jeune adulte ou encore une personne récemment arrivée en France : « J’aimerais qu’une diversité d’habitants puisse dire : ici, je me sens comme à la maison. »
Elle revendique pour Castagora un « accueil inconditionnel », dans lequel quelqu’un puisse aussi bien participer à un atelier que transmettre à son tour une compétence, une pratique ou une culture.
Nadège Picauron-Rey le formule plus simplement encore : « J’ai trouvé ma place. » Et ajoute un second pari : que l’expérience castanéenne puisse donner envie à d’autres collectivités de « casser certains codes » et de rapprocher davantage lecture publique, éducation populaire et action sociale.
Crédits photo : vue aérienne de Castagora, la nouvelle médiathèque-centre social de Castanet-Tolosan, pendant le chantier — Gaël Touya / SEPT
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
3 Commentaires
Dominique Reix
20/08/2026 à 09:21
Bonjour,
J'ai bien noté et en suis ravie l'idée d'"inclusion" de ce lieu. Pictogrammes top. En revanche, qu'en est-il des collections pour les DYS, le Facile à lire, Facile à lire et à comprendre et méthodes FLE ? Y aura t il un endroit dédié ?
Je vous remercie et j'espère à bientôt sur votre site
Excellente journée
D. Reix
Yahiaoui
20/08/2026 à 22:59
Magnifique projet bravo
Lucien X. Polastron
23/08/2026 à 17:23
"C’est précisément la lecture que ses responsables veulent éviter." Je ne vous le fais pas dire.