Deux semaines après avoir appris l'existence de Bartleby, société créée par Olivier Nora pour préparer son retour dans l’édition, le projet sort du bois. L’ancien patron de Grasset ouvrira bien sa propre maison, Olivier Nora Éditions, avec une participation minoritaire d’Editis et l’appui d’Interforum.
Le 17/08/2026 à 13:15 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
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Deux premiers livres, signés Bernard-Henri Lévy et Delphine Horvilleur, paraîtront en octobre, avant un véritable démarrage en janvier 2027. Mais cette officialisation ouvre déjà un autre front : Force ouvrière dit avoir appris le projet par Livres Hebdo et demande à la direction d’Editis de s’expliquer sur son organisation, ses moyens et ses éventuelles conséquences pour les salariés.
Dans le communiqué officialisant son retour, Olivier Nora donne lui-même sa tonalité au projet : « Je suis heureux de créer, avec enthousiasme et humilité, une nouvelle maison d’édition indépendante. » Quatre mois après l’annonce de son départ forcé de Grasset, l’éditeur revendique ainsi d’emblée l’indépendance comme le principe fondateur de sa nouvelle aventure.
Le 3 août dernier, ActuaLitté avançait encore avec les précautions qu’imposait un projet non officialisé : Olivier Nora discutait avec Editis pour créer non pas une collection ou reprendre une maison existante, mais disposer de sa propre structure. Surtout, une société baptisée Bartleby avait été constituée le 11 juillet, donnant au projet sa première existence juridique. À l’époque, interrogé par nos soins, l’éditeur s’en tenait à une ligne simple : tant que rien n’était conclu, il ne souhaitait commenter ni ses projets ni les négociations éventuelles.
Cette fois, le conditionnel peut en grande partie disparaître. Livres Hebdo a révélé ce 17 août la création d’Olivier Nora Éditions, présentée comme une structure indépendante adossée à Editis. À partir de janvier 2027, elle doit publier entre 30 et 50 titres par an, en fiction comme en non-fiction, d’auteurs français ou traduits. Le texte a ensuite été transmis à l’AFP.
La maison utilisera également l’acronyme ONE - Olivier Nora Éditions. Installée à Paris à compter de janvier 2027, elle se présente comme un éditeur « généraliste » appelé, selon son fondateur, à atteindre ce rythme de 30 à 50 nouveautés annuelles une fois sa « vitesse de croisière » trouvée.
Contacté par ActuaLitté afin d’aller au-delà de l’annonce et d’évoquer plus en détail le projet, sa ligne éditoriale et les ambitions qu’il souhaite porter avec Olivier Nora Éditions, Olivier Nora préfère pour l’heure différer l’échange, une fois les premières échéances de lancement passées.
Le montage désormais annoncé permet surtout de mieux comprendre ce que recouvrait jusqu’ici la formule, assez vague, d’une « maison chez Editis ».
Selon le communiqué, Editis prendra une participation minoritaire au capital d’une société contrôlée par Olivier Nora. La nouvelle maison bénéficiera parallèlement d’un accord de diffusion et de distribution avec Interforum, filiale d’Editis, ainsi que de prestations commerciales, marketing, techniques et administratives fournies par le groupe.
C’est un montage qui offre à l’éditeur ce qu’il recherchait manifestement depuis son départ de Grasset : la maîtrise de sa ligne et de sa société, sans avoir à reconstruire seul tout l’appareil de diffusion, de distribution, de commercialisation et d’administration indispensable à une maison appelée à publier plusieurs dizaines de titres par an.
Mémoires provisoires, de Bernard-Henri Lévy, paraîtra le 1er octobre. Le livre avait initialement été annoncé chez Plon, maison d’Editis, après la rupture de l’auteur avec Grasset. Sa publication sera finalement présentée comme une « coédition amicale » entre Plon et Olivier Nora Éditions, de même que Sermons sous les décombres, de Delphine Horvilleur.
Bernard-Henri Lévy a immédiatement donné à ce montage une lecture beaucoup plus personnelle. Sur Instagram, l’écrivain écrit : « J’avais toujours dit : “J’irai où Olivier Nora ira”. Voilà. Olivier Nora Éditions. 1er Octobre 2026. » La nouvelle formule permet donc de préserver le travail engagé par Jean-Luc Barré et ses équipes tout en associant directement Olivier Nora au livre de l’un de ses auteurs historiques.
BHL faisait partie des premiers auteurs de Grasset à annoncer qu’ils ne confieraient pas leur prochain livre à la maison après l’éviction d’Olivier Nora. Le 16 avril, une première lettre réunissait 115 auteurs, parmi lesquels, à ses côtés, Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Vanessa Springora ou Laurent Binet, dénonçant ce qu’ils considéraient comme une atteinte à l’indépendance éditoriale. Le même mécanisme vaut pour Delphine Horvilleur. Sermons sous les décombres paraîtra en librairie le 8 octobre 2026. L’autrice figurait elle aussi parmi les premiers signataires du mouvement de soutien à Olivier Nora.
Cette mécanique éditoriale bien huilée ne produit toutefois pas le même enthousiasme du côté des représentants du personnel. Dans un courrier adressé à Dalila Zein, directrice générale d’Editis, et consulté par ActuaLitté, Force ouvrière s’étonne que l’annonce ait été portée à la connaissance de la presse avant les salariés et leurs représentants.
« Nous considérons que cette situation n’est pas normale », écrit Isabelle Ménil pour FO, après avoir relevé que Livres Hebdo avait eu « la primeur » des informations concernant l’arrivée d’Olivier Nora au sein d’Editis. Le syndicat adresse à la direction une batterie de 32 questions, qui montrent surtout combien de paramètres du projet demeurent inconnus en interne.
FO demande d’abord à Editis de confirmer officiellement l’arrivée d’Olivier Nora, sa date et son statut, ainsi que la nature exacte de ses liens avec le groupe. Le syndicat veut savoir si la nouvelle maison existe déjà juridiquement, quelle en sera la gouvernance et quel sera précisément son périmètre éditorial. Vient ensuite la question des moyens : montant investi par Editis, budget de lancement, recours aux fonctions support du groupe, recrutements prévus, nombre et nature des postes, voire éventuels transferts de salariés ou de moyens actuellement affectés à d’autres maisons.
Un troisième ensemble de questions porte directement sur les conséquences sociales : impact sur l’organisation du travail, évolution des effectifs, modification des missions de certaines équipes et calendrier d’une éventuelle information-consultation des représentants du personnel.
FO consacre également une part importante de son courrier à Interforum. Le syndicat veut donc connaître le périmètre du contrat, savoir si celui-ci est déjà signé, mesurer la montée en charge que pourrait représenter une maison publiant à terme 30 à 50 titres chaque année et, surtout, savoir si des moyens humains ou financiers supplémentaires seront accordés aux équipes. Dalila Zein, nommée directrice générale d’Editis en avril dernier et chargée du pilotage opérationnel du groupe aux côtés de Denis Olivennes, présidait déjà Interforum depuis son arrivée chez Editis en 2023.
Ces interrogations interviennent aussi alors qu’Interforum se trouve depuis plusieurs mois au cœur des préoccupations exprimées par FO. En décembre dernier, le syndicat envisageait ainsi le déclenchement d’un droit d’alerte économique et disait notamment s’interroger sur la stratégie du groupe et ses conséquences pour la filiale de diffusion-distribution.
Puis, fin mai, dans une lettre ouverte à Daniel Křetínský, des représentants FO d’Editis et d’Interforum dénonçaient ce qu’ils décrivaient comme une dégradation du dialogue social et des conditions de travail, ainsi que des inquiétudes sur la trajectoire économique du groupe. Ils relevaient notamment qu’aucune organisation syndicale n’avait signé l’accord relatif au dialogue social alors négocié avec la direction.
La polémique autour d’Olivier Nora Éditions ne surgit donc pas sur un terrain vierge. Pour FO, elle vient plutôt réactiver une question récurrente : à quel moment et de quelle manière les salariés et leurs représentants sont-ils associés aux transformations décidées par le groupe ?
Le Code du travail impose, dans les entreprises d’au moins 50 salariés, une information-consultation du CSE lorsque les décisions envisagées affectent notamment l’organisation, les effectifs ou les conditions de travail. Reste donc à déterminer l’impact concret d’Olivier Nora Éditions sur Editis et Interforum.
Si la nouvelle maison fonctionne comme une structure autonome achetant des prestations au groupe, la situation ne sera pas la même que si elle mobilise directement salariés, budgets ou services internes. C’est précisément ce que FO cherche à établir à travers ses questions à la direction.
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La direction d’Editis conteste cette lecture des relations sociales. Dans un droit de réponse publié par le JDD à l’automne 2025, elle qualifiait de « déformée » et « erronée » la présentation faite de la situation, assurant notamment avoir respecté les procédures d’information-consultation lors du réaménagement de son siège. Les deux récits restent donc radicalement opposés. FO, de son côté, décrit depuis 2024 un dialogue social insuffisant et multiplie les alertes sur les rémunérations, les conditions de travail et l’avenir d’Interforum.
Au-delà de la querelle interne à Editis, la création d’Olivier Nora Éditions referme provisoirement une séquence commencée le 14 avril 2026, lorsque Hachette Livre annonçait le départ d’Olivier Nora après 26 années passées à la tête de Grasset.
L’éviction intervenait dans le contexte de l’arrivée de Boualem Sansal chez Grasset et d'un désaccord sur le calendrier de publication de son nouveau livre. Vincent Bolloré avait ensuite lui-même invoqué un différend sur cette date de parution ainsi que des considérations de performances économiques. De nombreux auteurs avaient pour leur part interprété le départ d’Olivier Nora comme une atteinte à l’autonomie éditoriale de la maison.
La réaction avait pris une ampleur exceptionnelle. Les 115 premiers signataires étaient devenus environ 230 deux jours plus tard, avant que Le Monde ne dénombre en mai plus de 260 auteurs annonçant qu’ils ne publieraient pas leur prochain livre chez Grasset.
La crise avait même débordé le seul secteur éditorial pour atteindre le Parlement. Les discussions sur la réforme du contrat d’édition ont intégré la question d’une possible « clause de conscience » ou d’un mécanisme permettant aux auteurs de se dégager plus facilement d’un contrat lorsque change le contrôle ou la ligne éditoriale d’une maison. Intégrée dans une proposition de loi relative au contrat d'édition, la mesure a finalement été écartée par le Sénat, en juin dernier.
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Reste enfin la question qui agitera probablement le plus le monde de l’édition dans les prochains mois : combien des auteurs qui avaient manifesté leur solidarité avec Olivier Nora le rejoindront effectivement ? Parmi les auteurs qui avaient annoncé ne pas vouloir confier leur prochain ouvrage à Grasset figuraient Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Laurent Binet, Vanessa Springora, Pascal Bruckner, Caroline Fourest, Dany Laferrière et beaucoup d’autres.
Une déclaration de départ ne vaut toutefois pas contrat avec une autre maison et la situation juridique de chaque auteur dépend des engagements déjà conclus avec son éditeur.
Crédits photo : Image de la nouvelle maison, Olivier Nora Éditions, partagée par Jean-Paul Enthoven, accompagnée d'un petit message : « Un grand jour, une fierté, une espérance… Vive la littérature! E la nave va… »
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
29 Commentaires
Vision claire
20/08/2026 à 08:17
Dans la presse il est écrit et il est clair que c’est une réalité : « le point de vigilance concernant, selon lui, l’indépendance de la jeune Maison vis-à-vis d’Éditis propriété de l’homme d’affaires Daniel Křetínský si Olivier Nora veut demeurer indépendant par rapport à Éditis qui est sans doute en capacité de lui avancer les premiers fonds pour payer des à-valoir raisonnables , il ne peut pas pour autant abuser des facilités financières de son actionnaire minoritaire s’il accumulait une dette important envers Éditis , il risquerait de perdre son indépendance réelle, voire le contrôle capitalistique de sa maison. Or, tous les Auteurs désireux de le suivre, ne souhaitent pas forcément rejoindre Éditis qui a mauvaise réputation concernant le traitement des salariés Interforum.
DARDANT
02/09/2026 à 23:10
Bonjour, je profite de ce scoop pour me mettre n quête des coordonnées de cette nouvelle Maison d'Edition (ONE) afin de contribuer à son essor....Merci à ceux et celles qui ont des infos à ce sujet..;
Sincèrement... E. du Bon Âge (romancier)