Le romancier et poète palestino-jordanien Ibrahim Nasrallah est le lauréat 2026 du Neustadt International Prize for Literature, l’un des grands prix littéraires internationaux américains. Né dans une famille palestinienne déplacée en 1948 et élevé dans un camp de réfugiés à Amman, l’auteur a construit une œuvre de plus de quarante livres autour de l’exil, de la mémoire et de l’histoire palestinienne. Encore peu connu du public français, il succède au palmarès à l’écrivaine mauricienne Ananda Devi.
Le 14/08/2026 à 17:33 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
14/08/2026 à 17:33
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Le prix porte le millésime 2026, même si le nom du lauréat est connu depuis plusieurs mois. Ibrahim Nasrallah a été choisi comme 29e lauréat du Neustadt International Prize for Literature. Il recevra officiellement sa récompense lors du Neustadt Lit Fest, organisé du 28 au 30 septembre 2026 sur le campus de l’Université de l’Oklahoma, à Norman. Le prix comprend 50.000 dollars, une plume d’aigle reproduite en argent et un certificat.
Il devient le premier écrivain de langue arabe à remporter le Neustadt. Avant lui, le prix avait distingué en 2024 la romancière et poète mauricienne francophone Ananda Devi, après le Sénégalais Boubacar Boris Diop en 2022 et l’écrivain albanais Ismail Kadare en 2020.
Ibrahim Nasrallah naît à Amman en 1954 de parents palestiniens déplacés lors de la Nakba de 1948. Il grandit dans le camp de réfugiés d’Al-Wehdat, fréquente des écoles de l’UNRWA puis son institut de formation des enseignants. Il commence sa vie professionnelle comme professeur en Arabie saoudite avant de revenir à Amman, où il travaille notamment dans le journalisme. Il se consacre entièrement à l’écriture à partir de 2006.
Romancier et poète, mais aussi peintre et photographe, il a publié plus de quarante ouvrages. The American University in Cairo Press, qui publie plusieurs de ses romans en anglais, lui attribue aujourd’hui 26 romans, 16 recueils de poésie, une autobiographie et deux ouvrages consacrés au cinéma. Plus de cinquante traductions de ses livres ont paru dans différentes langues. Une grande partie de son œuvre romanesque s’inscrit dans la « Comédie palestinienne », vaste cycle consacré à plusieurs périodes de l’histoire de la Palestine.
Le projet ne suit pas nécessairement une chronologie linéaire : chaque roman revient sur une époque, des personnages ou un territoire différents, avec la volonté de construire par la fiction une mémoire longue de la société palestinienne. L’International Prize for Arabic Fiction décrivait déjà cet ensemble comme couvrant quelque 250 années d’histoire palestinienne.
Plusieurs de ses titres majeurs sont disponibles en anglais, notamment Time of White Horses, The Lanterns of the King of Galilee et Gaza Weddings, traduits par Nancy Roberts. Time of White Horses, qui suit trois générations d’une famille palestinienne entre la fin de l’Empire ottoman, le mandat britannique et 1948, a d’ailleurs été choisi pour représenter son œuvre devant le jury du Neustadt.
En France, la situation est plus étonnante : aucun de ses grands romans ne semble avoir fait l’objet d’une véritable édition française, malgré sa reconnaissance internationale. Il a notamment participé à des rencontres à l’Institut du monde arabe et son œuvre a déjà fait l’objet d’hommages et de lectures à Paris. Le Neustadt pourrait donc offrir une nouvelle visibilité à un écrivain majeur de la littérature palestinienne.
En 2018, il remporte l’International Prize for Arabic Fiction, l’un des principaux prix consacrés au roman en langue arabe, avec The Second War of the Dog. Cette dystopie imagine une société future où l’effondrement des valeurs morales accompagne une montée de la violence et de la marchandisation des êtres humains.
Le choix de Nasrallah intervient dans un contexte où la culture palestinienne occupe une place particulièrement sensible. Le Neustadt affirme toutefois récompenser avant tout le mérite littéraire, à condition qu’une part représentative de l’œuvre soit disponible en anglais.
Les organisateurs assument néanmoins la portée symbolique de cette distinction : Shereen Malherbe présente l’œuvre de Nasrallah comme une manière de faire connaître « la véritable Palestine », tandis que Robert Con Davis-Undiano, directeur exécutif de World Literature Today, y voit un moment important dans le regard porté en Occident sur la culture palestinienne.
Le lauréat faisait face à une sélection particulièrement relevée. Les neuf finalistes étaient Ibrahim Nasrallah, le Français Mathias Énard, Prix Goncourt 2015, l’écrivaine germano-japonaise Yoko Tawada, les Américaines Jesmyn Ward, Elif Batuman et Mei-mei Berssenbrugge, l’Américain Robert Olen Butler, la poétesse soudano-américaine Safia Elhillo et l’écrivain ukrainien Yuri Andrukhovych.
Le Neustadt reste beaucoup moins connu en France que le Booker Prize ou le National Book Award. Aux États-Unis, sa réputation est pourtant considérable. Créé en 1969, d’abord sous le nom de Books Abroad International Prize for Literature, il est attribué par l’Université de l’Oklahoma et sa revue World Literature Today. Il est présenté comme le premier prix littéraire international de cette ampleur créé aux États-Unis et possède une particularité : romanciers, poètes et dramaturges peuvent concourir sur un pied d’égalité.
Plusieurs écrivains couronnés par le Neustadt ont ensuite obtenu le Nobel de littérature : Gabriel García Márquez, Czesław Miłosz, Octavio Paz ou Tomas Tranströmer. L’organisation recense plus largement plusieurs dizaines de futurs Nobel parmi ses lauréats, finalistes et jurés.
Le prix est décerné tous les deux ans et alterne avec le NSK Neustadt Prize for Children’s and Young Adult Literature, consacré à la littérature jeunesse. Le Neustadt adulte avait été remporté en 2024 par Ananda Devi, 28e lauréate, elle-même choisie après avoir été proposée par l’écrivaine et cinéaste Fabienne Kanor.
Crédits photo : Ibrahim Nasrallah (Neustadt International Prize for Literature)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
4 Commentaires
Elisabeth Clauzon
15/08/2026 à 19:29
Bonjour,
Très intéressant. Je n’avais jamais entendu parler ni du Neustadt, ni de cet écrivain.
Ce qui est très surprenant. La France est un pays censé être un pays protecteur de la belle littérature et des écrivains. Ou plutôt "était", methink.
Merci de m’avoir donné l’envie de m’y intéresser de plus près.
Bonne soirée 🙂
Assia Dib
16/08/2026 à 00:44
Très heureuse pour Ibrahim Nasrallah. Mais il n’est pas le premier écrivain arabe à recevoir le prix Neustadt. L’écrivaine algérienne Assia Djebar l’a reçu en 1996.
Jacques Lèbre
16/08/2026 à 12:12
Qu'il ne soit pas traduit en France, alors qu'il l'est en langue anglaise, cela dit beaucoup sur les carences de l'édition française en ce qui concerne la littérature étrangère. C'est un peu honteux !
Fantar Mhamed
23/08/2026 à 14:02
Un tel Prix annonce sûrement la fin heureuse de la tragédie palestinienne. Ce prix annonce l'aube qui mettra fin à la nuit palestnienne.