Arrêté en Iran et accusé d’espionnage, Olivier Grondeau raconte dans Joseph dans la nuit les 72 premiers jours d’une détention qui en durera 887. Pour Raphaële Gueit, libraire à 47° Nord à Mulhouse, ce récit dépasse pourtant l’expérience carcérale : entre poésie, humour, mémoire et solidarité, il dit surtout ce qui permet de tenir quand tout semble avoir été confisqué. Livre sélectionné pour le Prix Envoyé par La Poste 2026
Le 15/08/2026 à 07:30 par Nicolas Gary
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15/08/2026 à 07:30
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À première vue, tout dans Joseph dans la nuit semble conduire vers un récit d’enfermement : l’arrestation à Shiraz le 12 octobre 2022, l’accusation d’espionnage, la cellule, puis 887 jours de détention. Pourtant, dans la lecture qu’en fait Raphaële Gueit, libraire à 47° Nord, à Mulhouse, l’ouvrage d’Olivier Grondeau, publié par L’Iconoclaste, refuse de se laisser réduire à cette obscurité.
Cette nouvelle émission est à découvrir ci-dessous :
Le texte, consacré aux 72 premiers jours de captivité et annoncé pour le 20 août, figure dans la sélection 2026 du prix envoyé par la Poste. « C’est un récit, ce n’est pas un roman », insiste-t-elle : un récit singulier, kafkaïen, carcéral, mais aussi traversé par le courage et la résistance.
Le paradoxe est là. Plus l’espace se referme, plus le livre cherche des issues. Gueit décrit une lecture qui place presque physiquement le lecteur dans la cellule. On accompagne l’arrestation, l’incompréhension, la perte des repères, puis cette déformation du temps que provoque l’enfermement. Grondeau, dit-elle, finit par proposer « presque un manuel de survie » : manger, faire de l’exercice, s’imposer une discipline, parler avec les autres détenus. Des gestes minuscules qui deviennent des moyens de tenir. Et au centre, une évidence : « Dans cette grande solitude, il y a la force du collectif. »
Les codétenus ne sont donc pas des silhouettes de passage. Ils deviennent des personnages à part entière, un groupe fragile mais décisif. La langue persane, les références partagées, l’humour et la poésie ouvrent des brèches dans l’isolement. Hafez occupe ici une place particulière. Pour la libraire, cette familiarité avec sa poésie permet à Grondeau de rejoindre ses compagnons d’infortune autrement que par leur seule condition de prisonniers. La culture fait circuler quelque chose quand tout le reste est bloqué. « Quand la nuit est là, il y a l’écriture, la poésie », résume-t-elle.
Cette présence de la poésie se retrouve dans la forme. Gueit évoque « une grande force » et « une grande maturité dans l’écriture », un art de la concision et de la métaphore, des sensations, des couleurs, des chapitres courts. Le compte des jours devient lui aussi une structure narrative : on avance avec l’auteur, on s’accroche à des échéances, puis elles cèdent. Malgré la gravité du sujet, la lecture reste accessible. « Il y a tout de suite une beauté de la langue et une voix singulière qui s’impose », dit-elle.
C’est peut-être là que Joseph dans la nuit déplace le plus nettement les attentes. Gueit ne le lit pas comme un réquisitoire frontal. La violence politique demeure, mais contenue dans une écriture tenue, factuelle. « C’est un texte de l’apaisement, c’est un texte qui rend hommage à l’Iran », estime-t-elle. Aux côtés de la peur, il reste un peuple, une culture, des liens, des souvenirs — et même de l’humour. Le livre ne nie jamais ce qui détruit ; il cherche surtout ce qui empêche d’être détruit tout à fait.
En librairie, cette pluralité change aussi la façon de le défendre. À 47° Nord, Gueit l’imagine d’abord sur la table de rentrée, parmi les coups de cœur, puis aux côtés de la poésie, de livres consacrés à l’Iran ou aux libertés individuelles. Elle le voit déjà comme « un titre de fond », appelé à passer de la table aux étagères. Elle aime « les livres qui vous amènent vers d’autres livres, vers d’autres écritures ». Celui-ci conduit vers la poésie, mais aussi vers des références inattendues, du Seigneur des Anneaux à Britney Spears. Dans le dénuement, ces fragments deviennent des points d’appui.
La formule la plus forte de l’entretien tient en quelques mots : « il oppose à cette violence la culture ». Gueit y voit un geste politique. Quand toutes les libertés ont disparu, ce que l’on croyait secondaire — une chanson, un poème, une image, un souvenir — prend le premier plan. C’est pourquoi la libraire refuse d’enfermer le livre dans sa seule dureté. Pour le conseiller, elle estime qu’« il ne faut jamais trop en dire », ni « faire peur aux gens » : trop dramatiser reviendrait à desservir un texte qu’elle qualifie, malgré tout, de lumineux.
Reste le titre. Joseph, placé au fond du puits, ne sait pas s’il reverra la lumière ; mais, dans la lecture proposée au fil de l’échange, le puits n’est pas fermé. « Il est au fond du puits, mais il est en vie. » C’est peut-être la clef : raconter la dépossession sans lui abandonner le dernier mot. Ou, comme le résume la conversation, raconter moins la détention elle-même que « ce qui permet de ne pas disparaître » : les autres, les mots, l’humour, la poésie, la mémoire.
Crédits photo : Raphaële Gueit
DOSSIER - Prix Envoyé par La Poste 2026 : sept manières de dire le réel
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 20/08/2026
227 pages
Iconoclaste (l')
19,90 €
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Au Palais de la Porte Dorée, Clara Lodewick sourit encore de l’effervescence provoquée par Moheeb sur le parking, la bande dessinée qui lui vaut le prix Porte Dorée 2025. L’album, pensé comme un huis clos à ciel ouvert, suit un jeune réfugié afghan, échoué dans une attente interminable. Une histoire qui, comme elle le raconte, « remonte à mes 17 ans, quand je passais mes journées auprès d’un collectif d’Afghans sans papiers ».
01/12/2025, 12:00
Dans le silence minéral de la Bibliothèque Abbé-Grégoire à Blois, l’autrice taïwanaise s’installe avec douceur, presque à pas feutrés. Elle a rejoint le festival BD Boum qui a mis Taiwan à l’honneur cette année. Un entretien à pas feutrés…
24/11/2025, 11:46
Quand il se présente, Maxime Garbarini esquisse un sourire timide, presque incrédule face au chemin parcouru. Il se décrit d’abord simplement comme « dessinateur et auteur de comics dans mon temps libre ». Et pourtant, quinze ans après la naissance de Close Call Comics, ce label indépendant devenu, presque malgré lui, une petite pépinière internationale, force est de constater que son univers est désormais solidement bâti, réfléchi, exigeant — à son image.
22/11/2025, 16:01
Dans la voix chaleureuse de Joseph Doverman, quelque chose accroche immédiatement : un mélange d’enthousiasme juvénile et de profondeur tranquille, comme si chaque souvenir culinaire avait laissé une empreinte vivante. L’auteur d’Irlande – Les meilleures recettes d’un pays chaleureux et authentique raconte son parcours comme on déroule un fil de laine, sans effets ni artifices, mais avec cette sincérité têtue qui le caractérise.
16/11/2025, 13:08
Lors du Festival du Livre Gourmand de Périgueux, Claire Bergé-Lefranc et Benoist Husson ont offert un moment suspendu, à mi-chemin entre confidence culinaire et coulisses de création. L’un est fondateur de KidSono — une société spécialisée dans l’audio jeunesse — l’autre cheffe et fondatrice du traiteur Chicken Bacon Lettuce. Ensemble, ils racontent cette aventure singulière : Madeleine de cheffes, un podcast devenu livre jeunesse publié chez Gallimard Jeunesse.
16/11/2025, 10:10
À Périgueux, la rencontre avec Marion Chatelain a pris des allures de conversation joyeuse autour d’un sujet qu’elle porte avec panache : le gras. Son ouvrage Le gras c’est la vie (Flammarion - photos de Rina Nurra), défend une vision chaleureuse, presque philosophique de cette matière tant aimée que souvent mal comprise. Dès les premières minutes, l’autrice rappelle que « le gras rassemble », comme une évidence qui se vérifie autant dans une cuisine familiale que dans une salle de banquet.
15/11/2025, 18:33
À l’approche du Festival du Livre Gourmand 2025, la ville de Périgueux s’apprête à se transformer, une fois encore, en un vaste théâtre dédié à la littérature culinaire et à l’art de vivre. Pour le maire Émeric Lavitola, l’événement incarne bien plus qu’une célébration des plaisirs de la table : c’est une respiration collective, un moment d’unité.
12/11/2025, 15:22
Dans Même le froid tremble, Nicole Mersey Ortega explore la fatigue des corps qui ploient sans jamais rompre, ces corps façonnés par le travail, la honte et le désir. Son écriture, charnelle et politique, redonne souffle et dignité à ceux que la société rend invisibles. À travers la voix de l’autrice, la littérature devient à la fois cicatrice et résistance : un cri discret mais inaltérable.
08/11/2025, 09:46
Dans l’univers feutré de la bande dessinée franco-belge, rares sont les héros à demeurer aussi vivants après un quart de siècle d’albums. Largo Winch, l’aventurier milliardaire créé par Jean Van Hamme et Philippe Francq, fait partie de ceux-là. Avec Si les dieux t’abandonnent, vingt-cinquième tome de la série, le dessinateur s’associe pour la première fois au scénariste et réalisateur Jérémie Guez. Une rencontre placée sous le signe du respect et du renouvellement.
06/11/2025, 15:11
Dans Même le froid tremble, Nicole Mersey Ortega fait danser la langue au rythme des rues de Santiago. Entre poésie et pulsation, son écriture respire, tape, trébuche parfois, mais ne s’arrête jamais. Portée par une musicalité organique, l’autrice compose un roman vibrant où chaque phrase semble battue par un cœur collectif.
31/10/2025, 15:22
Avec Même le froid tremble, Nicole Mersey Ortega raconte le traumatisme d’un Chili qui n’a jamais refermé ses plaies. À travers la voix des femmes et des quartiers populaires, son roman met à nu les fractures d’un pays où la mémoire, la lutte et la tendresse se confondent.
24/10/2025, 13:23
Lauréat du Prix des Deux Magots 2025 pour Le Monde est fatigué (Éditions Finitude), Joseph Incardona signe un roman d’une intensité rare, où la douleur, la dignité et le secret se répondent. On y suit Ève, performeuse-sirène qui plonge dans les aquariums des centres commerciaux, entre spectacle et solitude, qui affronte un deuil impossible. Roman de la chair et du silence, il explore la tension constante entre pardon et vengeance, pudeur et exposition.
13/10/2025, 18:03
Sous les arbres de Gradignan, les voix de Julien Biziat et Gaëlle Duhazé s’accordent naturellement. Entre deux séances de dédicaces, les deux auteurs jeunesse évoquent leur parcours, leurs doutes et cette part d’enfance qu’ils n’ont jamais voulu abandonner. Tout, chez eux, semble partir de là : un émerveillement intact, une curiosité têtue, et le plaisir du jeu devenu art narratif.
12/10/2025, 09:29
Sous les chapiteaux bruissants de Lire en Poche, à Gradignan, deux autrices-illustratrices partagent une complicité contagieuse. Caly et Maylis, figures montantes du manga francophone, parlent de création, d’indépendance et d’une passion née très tôt, entre lycées et carnets de croquis. Leur rencontre, ponctuée de rires et de réflexions profondes, dit beaucoup sur l’énergie d’une génération décidée à tracer sa propre voie dans le neuvième art.
12/10/2025, 08:31
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