Professeur agrégé de géographie et auteur de bande dessinée sous le pseudonyme Maadiar, Xavier Daban ne devrait pas retrouver ses élèves à la rentrée, selon le rectorat. Une lycéenne et ses parents ont déposé plainte après la découverte d’un fanzine au contenu sexuel réalisé dans l’établissement. Plusieurs témoignages mettent également en cause le comportement de l’enseignant, qui conteste les accusations et réfute toute qualification « pédopornographique » de son travail. À ce stade, les faits visés par la plainte n’ont pas été jugés.
Le 14/08/2026 à 18:22 par Hocine Bouhadjera
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14/08/2026 à 18:22
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Suspendu à titre conservatoire pendant quatre mois, Xavier Daban ne sera pas placé devant des élèves à la rentrée 2026, selon le rectorat, qui a indiqué à Mediapart qu’« il y aura une suite disciplinaire » L’affaire, révélée le 13 août par Mediapart, a démarré autour d’un objet a priori banal dans un établissement scolaire : un atelier consacré au fanzine.
Entre septembre 2025 et février 2026, une élève de terminale - appelée Jeanne par le média afin de préserver son anonymat - en serait cependant devenue l’unique participante. C’est l’une des bandes dessinées produites dans ce cadre, Bergson Issue, qui a déclenché l’intervention de la direction puis du rectorat.
Selon les éléments recueillis, le numéro réalisé en décembre mettait en scène un faux professeur soumettant des lycéens à un questionnaire comprenant des interrogations sur leur nombre de partenaires sexuels, leur tour de poitrine, leur taille de sous-vêtements ou encore leur position sexuelle préférée. Le personnage réapparaissait ensuite dans une situation explicitement sexualisée avec une élève.
Xavier Daban conteste la lecture qui est faite de ces dessins. Il explique que le personnage n'est pas réellement un professeur, mais un kappa, créature du folklore japonais qui aurait pris l'apparence d'un enseignant pour tromper les adolescents. Le personnage étant finalement découvert et puni, l'auteur défend l'idée d'une fiction parodique dont la conclusion serait au contraire morale. Il rejette surtout l'emploi du terme « pédopornographique » pour qualifier cette bande dessinée.
L'élève, de son côté, affirme s'y être rendue progressivement à contrecœur et avoir été gênée par la tournure prise par le projet. Elle assure également que l'enseignant serait l'auteur de l'essentiel des dessins et qu'elle n'aurait participé qu'aux dernières cases, dans lesquelles elle avait précisément voulu manifester son dégoût.
Xavier Daban conteste cette répartition et présente au contraire le fanzine comme le résultat de plusieurs séances de création collective.
En février 2026, après avoir cessé de participer à l'atelier, la lycéenne remet un témoignage écrit à la direction de l'établissement, sur les conseils d'un conseiller principal d'éducation. Elle y décrit aussi des conversations qu'elle considère inappropriées, notamment des anecdotes relatives à la sexualité que l'enseignant lui aurait racontées. Xavier Daban dément avoir tenu les propos qui lui sont attribués.
À la suite de ce témoignage, le rectorat demande au lycée de recueillir d'autres éléments. Un signalement au procureur de la République est effectué le 16 mars sur le fondement de l'article 40 du Code de procédure pénale, puis Xavier Daban est suspendu à titre conservatoire pendant quatre mois, rapporte Mediapart. Contacté par le média, le rectorat indique qu’« il y aura une suite disciplinaire » et que l’enseignant ne sera pas devant ses élèves à la rentrée. L'intéressé a pour sa part annoncé avoir saisi le tribunal administratif afin de contester la décision.
Signalements, alertes, réseaux, atelier : les éléments rapportés dessinent une chronologie qui remonte à 2023. Toujours selon Mediapart, dès avril 2023, des membres du personnel avaient recueilli des témoignages d'élèves évoquant des remarques à connotation sexuelle.
Deux propos sont notamment rapportés : une référence à un « hentai » adressée à une lycéenne à propos de sa coiffure, et une question posée à une autre élève après un cours sur la majorité sexuelle, lui demandant si elle serait susceptible de « michto » pour obtenir de meilleures notes. Xavier Daban conteste ces déclarations.
Les inquiétudes auraient aussi porté sur la frontière entre son métier d'enseignant et ses comptes personnels. En 2024, il se serait présenté au lycée dans un déguisement qu'il qualifiait lui-même en ligne de « vieille prostituée ». Une vidéo publiée en 2025, depuis supprimée, aurait également été signalée à la direction et au rectorat. La plainte des parents de Jeanne mentionne en outre un commentaire à caractère sexuel, selon eux, publié par Maadiar sous la photo d'une ancienne élève encore mineure.
Sur ce point, Xavier Daban reconnaît que certains contenus humoristiques de ses comptes personnels ou artistiques ont pu être « perçus comme inappropriés au regard de [sa] fonction » et affirme avoir depuis mieux séparé ses activités. Selon un membre du personnel, plusieurs élèves auraient enfin cherché à éviter ses cours. Une lycéenne aurait notamment renoncé à la spécialité HGGSP pour ne pas risquer de l'avoir comme professeur.
Sous le pseudonyme Maadiar, Xavier Daban publie des bandes dessinées depuis plusieurs années. En 2014 paraît Mathurin Soldat : un crayon dans le canon aux éditions Le Pélimantin, un album consacré au peintre Mathurin Méheut pendant la Première Guerre mondiale. L’ouvrage a depuis été réédité en 2023 chez Vraoum, dans la collection Warum. En 2022, il signe le scénario de Tassili : une femme libre au néolithique, dessiné par Fréwé et publié par La Boîte à Bulles, avec une préface du préhistorien Jean-Loïc Le Quellec.
À côté de ces albums édités, Maadiar publie également directement des bandes dessinées en ligne sur la plateforme Grandpapier. Trigger Warning, mise en ligne en 2022, met notamment en scène le récit d'une relation sexuelle entre un professeur et une élève de 12 ans. Dans Commission rogatoire, publiée quelques mois plus tard, Maadiar réagit à la remise en circulation d’anciens dessins controversés de Riad Sattouf et évoque notamment son expérience d’enseignant auprès d’adolescents.
Cette activité de dessinateur s’exerce parallèlement à celle d’enseignant : Xavier Daban tient également un blog pédagogique sous son propre nom, présenté comme le « blog de Xavier Daban, enseignant en Histoire-Géographie, Académie de Paris », où sont mis en ligne des cours destinés notamment aux lycéens et aux élèves de HGGSP.
Maadiar était également, depuis 2024, l’un des partenaires éditoriaux de Bastien Vivès dans l’aventure Charlotte mensuel. Leur relation publique est toutefois plus ancienne : dès 2011, Maadiar signait pour Gonzaï une interview dessinée de Vivès à l’occasion de la sortie de Polina. Treize ans plus tard, Vincent Bernière racontait avoir d’abord envisagé, « avec Bastien Vivès et Maadiar », de ressusciter le titre Charlie mensuel, avant que le projet ne devienne Charlotte.
Les deux auteurs ont par ailleurs publiquement revendiqué une place importante accordée à la provocation et aux tabous dans leur travail. Interrogé en 2022 par la librairie Aaapoum Bapoum sur son travail, Maadiar reconnaissait faire « beaucoup de dessins polémiques ». À propos de Tassili, il expliquait que mettre en scène l’inceste et la frustration sexuelle lui permettait de « jouer avec nos propres tabous ». Et lorsqu’on lui demandait s’il comptait renoncer à prendre des risques avec ses dessins, sa réponse était sans ambiguïté : « Je veux continuer à prendre des risques ! »
Bastien Vivès tient un discours comparable sur la fonction de la provocation dans son propre travail. Dans un entretien accordé à À Rebours en décembre 2024, il la qualifiait de son « ADN de base » et défendait une bande dessinée pratiquée avec une « liberté totale ». Pour lui, le dessin permet précisément de représenter le fantasme, l’humour ou des situations impossibles dans la réalité. C’est d’ailleurs dans ce même entretien qu’il présente Charlotte Éditions comme une structure créée avec Vincent Bernière et Maadiar pour retrouver, selon ses termes, un espace de liberté.
Bastien Vivès, de son côté, est au centre depuis plusieurs années de controverses autour de certaines de ses œuvres. Fin 2022, l’exposition qui devait lui être consacrée au Festival d’Angoulême est annulée après une forte mobilisation visant notamment Les Melons de la colère, La Décharge mentale et Petit Paul, des bandes dessinées mettant en scène des situations sexuelles impliquant des personnages mineurs. Le festival invoque aussi les menaces reçues par l’auteur, dont plusieurs auteurs seront condamnés en 2024.
Après des plaintes d’associations de protection de l’enfance, Bastien Vivès a été poursuivi pour « fixation » et « transmission en vue de la diffusion » d’images à caractère pornographique de mineurs, principalement à propos de La Décharge mentale et Petit Paul. Mais en mai 2025, le tribunal correctionnel de Nanterre se déclare territorialement incompétent et ne se prononce donc pas sur le fond.
Après avoir rassemblé des éléments durant plusieurs semaines, les parents de Jeanne ont déposé plainte en avril. Celle-ci vise notamment la diffusion d'images pédopornographiques et la tentative de corruption de mineure. Le père de l'élève, qui est avocat, a aussi déposé plainte pour non-assistance à personne en danger, qualification qui vise selon lui les personnes qui auraient été informées des alertes sans intervenir.
À la date de publication de l’enquête de Mediapart, aucune suite donnée à la plainte des parents n’était connue. Le parquet indiquait par ailleurs qu’une procédure visant Xavier Daban avait été classée sans suite en avril, sans préciser de quelle procédure il s’agissait.
De son côté, Xavier Daban conteste les accusations et dit être victime de lectures malveillantes de son travail. Alors que plusieurs alertes auraient précédé l’affaire du fanzine, le rectorat indique qu’il ne sera pas placé devant des élèves à la rentrée. Les parents de la lycéenne envisagent désormais de se constituer partie civile pour tenter d’obtenir l’ouverture d’une instruction.
Sollicité par ActuaLitté le 14 août à 13h31 au sujet du fanzine Bergson Issue, des conditions dans lesquelles s’est déroulé l’atelier avec l’élève, des propos et comportements qui lui sont attribués depuis 2023, de l’usage de ses comptes Maadiar auprès de ses élèves ainsi que de la frontière entre son travail de bédéiste et sa fonction d’enseignant auprès de mineurs, Xavier Daban avait été invité à nous répondre dans la journée. Lors de la publication de l’article, à 18h22, il n’avait pas encore transmis ses réponses.
Mise à jour du 17 août 2026 : cet article a été précisé concernant la situation disciplinaire de Xavier Daban et les conditions de sa sollicitation avant publication.
Crédit photo : Xavier Daban, dit Maadiar, lors de la Fête du livre de Fismes, le 31 mai 2015 (G. Garitan / CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
3 Commentaires
Pascal
15/08/2026 à 12:28
Pas étonné du tout 😅 je l'ai suivi quelques temps sur instagram, c'était systématiquement vulgaire, malaisant, rempli de fiel. Et les clichés sur les femmes, les racisés, les lgbt... Dommage car il avait du potentiel et de bonnes refs mais il ne s'en ait pas servi.
b_mien.bartle
21/08/2026 à 18:00
haha ... "des lectures malveillantes de son travail" , ben tiens. Passion pour ces mecs qui brandissent la liberté d'expression pour nous servir leurs fantasmes gerbants, l'inceste, la pédocriminalité. Pas capables d'utiliser leur pauvre imaginaire à autre chose. Un imaginaire finalement si contraint, vu et revu. Des bons réacs, qui trouvent sans doute que c'était "mieux avant". Quand on pouvait tranquillou être sexiste, homophobe, raciste, intéressé par les petites filles.
J'ai lu quelque part qu'il était critiqué parce qu'il est trop cool comme prof, qu'il organise des expos, des voyages. MDR. Les lycéennes rusent pour ne pas se retrouver dans sa classe tellement il est trop cool. Et les créatrices de BD se plaignent du mec depuis des années, un harceleur de première, une vraie limace. Elles non plus, elles ne le trouvent pas cool du tout.
L'affreux G.I.Jojo
27/08/2026 à 06:35
Ces accusations ne m'étonnent pas vraiment.
J'ai connu Maadiar quand il était plus jeune (quelque part entre 2011 et 2018), la première fois que je l'ai rencontré, je me suis dit "mais quel ignoble connard pervers" (en gros). Puis en apprenant à le connaître plus, j'ai pris à la rigolade ses provocations (car je pense que c'est beaucoup de ça dont il s'agit, de la provoc pour tester les limites de chacun•e). Du coup avis un peu mitigé concernant ses actes et surtout ses intentions, je me demande s'il s'agit plus d'"humour" et de provoc de mauvais goût, ou de réelle prédation de sa part.
Au lycée par exemple j'avais un prof de philo qui aimait bien aussi un peu provoquer, avec des doubles sens et sous-entendus parfois d'ordre sexuel, que seuls les élèves vraiment attentifs comprenaient, et on trouvait ça assez drôle, mais ça n'avait rien de dangereux en soi, il y avait zéro intention mal placée de sa part, c'était adressé à l'ensemble de la classe, pas un•e élève en particulier, je pense que c'était plus un moyen de détendre l'atmosphère, de rendre le cours plus marrant et donc intéressant pour des lycéens, et j'appréciais.
Tandis que plus tard les provocations de Maadiar, j'ai mis du temps à m'y faire et surtout à savoir comment y réagir ; pourtant j'étais jeune adulte (le même âge que lui environ, donc pas d'abus de faiblesse ou d’autorité de sa part envers moi), à cette époque j'étais plus mature que des lycéen•nes, et ayant moi-même un esprit assez ouvert et parfois provocateur, je ne m'offusque pas du moindre truc, mais je pense que son but était bien de choquer (d'ailleurs il le dit plus ou moins et l'assume de ce que j'ai lu dans l'article, quand il parle de son envie de continuer à prendre des risques) donc j'imagine bien le mal-être vis-à vis de lui quand on est encore très jeune et assez désarmé face à une personne qui représente l’autorité.
En dehors de son attitude, ce qui me choque (je pensais naïvement que c'était interdit, mais après vérification il semblerait que non) c'est que l'atelier consacré au fanzine ait été maintenu, alors qu'il n'y avait qu'un (en l’occurrence une) seul•e élève. Perso je me rappelle de cours annulés quand il y avait un nombre insuffisant d'élèves (mais chaque établissement a probablement ses propres règles sur le sujet, d'autant plus s'il s'agit d'un atelier et non un vrai cours basique). Apparemment il est conseillé de laisser la porte ouverte, mais il n'y a pas vraiment de vraie loi pour protéger les élèves, je trouve ça fou.