Stéphanie Janicot remonte à la source de ses livres comme on remonte une rivière dont on connaît l’embouchure, mais pas toutes les infiltrations. Au commencement, il y a le manque : « Quand ma vie réelle se remplit, ma vie imaginaire se vide et réciproquement. » Puis les mensonges familiaux, la solitude, les lectures, les morts, le journalisme, les femmes, Dieu, le temps.
À force de reprendre ses romans un à un, l’autrice ne compose donc pas un simple making-of de son œuvre : elle cherche ce qui, dans une existence, se déguise pour devenir fiction. Elle finit par nommer le moteur profond : « Il me semble aujourd’hui qu’il s’agissait de vérité. »
La réussite tient à cette circulation constante entre arrière-cuisine littéraire et vie intime. Janicot raconte les déclics, les ratages, les hasards éditoriaux sans installer la statue de l’écrivain au milieu du salon. L’autodérision dégonfle volontiers le prestige du métier, tandis qu’une idée revient, féconde : « L’écriture est une chose étrange, même lorsqu’elle est destinée au divertissement. »
Les coïncidences, les personnages qui semblent précéder le réel, les obsessions qui migrent d’un livre à l’autre donnent à l’ensemble sa part de vertige : « Les liens entre fiction et réalité transcendent toutes les logiques. Je dois m’y faire. »
Cette construction par livres successifs possède cependant son revers. Pour qui connaît peu l’œuvre, certains résumés et commentaires de romans peuvent produire un effet de catalogue ; l’autrice explique parfois ce que le rapprochement entre vie et fiction avait déjà suffisamment montré. La pensée sur le temps, la transmission ou les signes gagne en ampleur, mais perd ici ou là en tension lorsqu’elle devient démonstrative. Le livre est plus convaincant quand il laisse affleurer que lorsqu’il conclut.
Reste une autobiographie oblique, moins soucieuse de tout raconter que de comprendre pourquoi raconter fut nécessaire. « Car l’imaginaire ne peut mentir. » La formule pourrait être le véritable titre secret du volume. Et l’inventaire, loin de fermer boutique, retrouve finalement le désir du commencement : « Après cet inventaire, je vais pouvoir repartir sur une nouvelle page blanche ». Le plus juste est peut-être là : une vie d’écriture regardée non comme un monument, mais comme une réserve de passages encore ouverts.
Sortie le 2 septembre.
Publiée le
11/08/2026 à 11:25
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Paru le 26/08/2026
242 pages
Albin Michel
19,90 €
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