Parus entre le 20 août et le 10 septembre 2025, six ouvrages voient déjà avancer les 461 romans annoncés pour la rentrée 2026. Plutôt que de rejoindre docilement le fonds, ils ont créé le FLOR, Fonds de lutte contre l’obsolescence romanesque. Décidés à ne pas se laisser impressionner, ils ont adressé à ActuaLitté un manifeste, préparant une contre-rentrée, avec la volonté ferme d'occuper les tables de librairie.
Le 05/08/2026 à 17:15 par Victor De Sepausy
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Publié le :
05/08/2026 à 17:15
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Dans l’édition, le fonds désigne ce qui demeure lorsque la nouveauté a cessé de l’être. Une destination honorable, certes, mais généralement précédée d’un déplacement vers le rayon, d’un recul vers l’étagère du bas et, pour les moins chanceux, d’un voyage sans retour dans un carton dûment étiqueté.
Six ouvrages parus à la rentrée 2025 refusent de suivre cet itinéraire sans protester. Réunis sous la bannière du FLOR, Fonds de lutte contre l’obsolescence romanesque, ils préparent une riposte à la mesure de leurs moyens : quelques élastiques, des marque-pages, un tampon « retour refusé » et une connaissance encore approximative des techniques de guérilla.
D’après les documents transmis à ActuaLitté, l’opération devrait être déclenchée à la veille des premiers offices d’août. Les romans de septembre installés en éclaireurs seront déplacés avec précaution, les présentoirs retournés sans détérioration et une barricade dressée à partir de services de presse non lus. Les plus minces serviront de tracts, les pavés assureront le service d’ordre quand les poches – plus mobiles – contrôleront les accès.
Une inscription a déjà été retenue pour la table centrale :
TABLE DES NOUVEAUTÉS : AUTOGÉRÉE PAR LE FLOR
Le mouvement ne prétend renverser ni la chaîne du livre ni le mobilier. Il demande seulement qu’un ouvrage ait le temps de rencontrer ses lecteurs avant d’être déclaré ancien.
La contre-rentrée sera ferme, pacifique et terminée, si possible, avant le goûter.
Responsable du service d’ordre : Voies d’Ombres, de Solène Nahodha, Reines de Cœur, 16 septembre 2025.
« Aucun titre ne sera condamné avant d’avoir fait ses preuves. »
Au palais d’Ylis, Theïs forme les Ombres de Thän, une troupe d’élite chargée de protéger la Souveraine. Après une attaque contre la famille royale, la maîtresse d’armes, blessée, ne doit son salut qu’à Sen, une jeune assassine tout juste capturée. Elle décide de la prendre sous son aile, tandis que la menace persiste et que ses sentiments pour Ellyn, sa meilleure amie, troublent une existence réglée par le devoir.
Entre fantasy martiale et romance saphique, le roman défend une recrue jugée avant d’avoir choisi sa voie. Il réclamera le même sursis pour les livres soupçonnés de ne pas trouver leur public. Sen surveillera les accès ; Theïs vérifiera qu’elle ne poignarde personne avant l’ouverture.
Saboteur des bandeaux « événement » : Neom, de Lavie Tidhar (trad. Julien Bétan), Mnémos, 10 septembre 2025.
« Un progrès qui abandonne quelqu’un n’est qu’une opération de communication. »
Neom est une cité futuriste et luxuriante, plaque tournante entre la Terre et les étoiles, bâtie pour les riches et les puissants. Parmi ses marchés aux fleurs et ses ruines technologiques avancent pourtant Mariam, travailleuse invisible ; Saleh, survivant du désert transportant un artefact de guerre ; et un robot rouillé, une rose à la main, parti chercher un amour perdu.
Une ville peut se proclamer neuve tout en vivant parmi ses déclassés. Une rentrée également. Neom réclame la pince destinée aux bandeaux « incontournable » et « phénomène ». Son robot sait qu’une ancienne machine peut encore rêver ; un titre de l’année précédente aussi.
Porte-parole en quatrième de couverture : Rattraper l’horizon, de Khosraw Mani, Actes Sud, 20 août 2025.
« Aucun horizon ne tient dans un carton de retour. »
À l’aube des années 2000, un jeune homme quitte la campagne afghane, son père mollah et une enfance entravée pour gagner Kaboul, « le vrai monde ». Deux voyous épris de musique et de littérature l’entraînent vers l’ivresse, les discussions nocturnes et une liberté dont le passé menace les contours.
Écrit directement en français, ce roman d’émancipation fait de la fiction un chemin vers une existence plus vaste. Un texte consacré au départ ne saurait donc finir enfermé dans un carton. Il rédigera les communiqués du FLOR.
Cheffe de la cellule jeunesse : Les Oiseaux sous la glace, de Kaśka Bryla (trad. Stéphanie Lux), Le Quartanier, 2 septembre 2025.
« La jeunesse ne demandera pas la permission d’entrer en résistance. »
Vienne, automne 1996. Iga, surdouée en mathématiques, préfère son skate aux règles du lycée privé catholique. Avec Saša, Raspoutine et Jess, elle forme les Cormorans, adolescents nourris de poésie et révoltés contre une société conformiste. Témoins d’un crime commis par la police, ils décident d’exercer eux-mêmes la justice. Vingt ans plus tard, leur geste revient les hanter.
La faction existait avant même le FLOR. Les Cormorans défendront le droit de désobéir aux classements trop sages. L’état-major leur confisquera néanmoins les allumettes : le roman interroge déjà assez sérieusement la vengeance et la responsabilité pour que l’on épargne la papeterie.
Trésorier chargé des retours : Les Crédits, de Damien Peynaud, Noir sur Blanc, collection Notabilia, 21 août 2025.
« Tout retour prématuré crée une dette de lecture. »
Ni autofiction, ni témoignage, ni récit selon son éditeur, ce premier livre inclassable part des souvenirs d’une famille ébranlée par les emprunts et le surendettement du père. Cinéma populaire, Banque de France et tribunal accompagnent une réflexion sur le bonheur matériel, la honte sociale et les mensonges de l’avoir.
Chaque exemplaire renvoyé trop tôt laissera une créance : journées d’exposition manquantes, conversations non tenues, lecteurs jamais informés. Les Crédits tiendra les comptes au dos des bons de livraison, avec une autorité inversement proportionnelle à leur valeur comptable.
Responsable du déminage promotionnel : Destéria et les démineurs, de Nedjma Kacimi, Cambourakis, 20 août 2025.
« Rien de neuf ne pousse durablement sur un passé enterré. »
Au Mozambique, à l’approche de l’an 2000, des pluies torrentielles font ressurgir les mines enfouies depuis la guerre d’indépendance. Lorsque Ribeiro, influent entrepreneur local, saute à son tour, un secret confié à son employé Damasio nourrit les soupçons. Face aux périls qui menacent son fils, Destéria entreprend de faire émerger la vérité, dans une intrigue mêlant histoire, politique et réalisme magique.
Elle inspectera les argumentaires. Toute promesse de « terrain inédit » sera sondée ; tout « phénomène sans précédent », placé à distance. Le passé ne disparaît pas parce qu’on le recouvre. Les parutions précédentes non plus.
Le manifeste s’achève sur un ultimatum : quelques semaines supplémentaires en présentation, un bandeau au maximum et aucun retour avant le premier café.
Faute d’accord, les services de presse seront empilés et les poches lancés entre les rayons. Le FLOR promet une action joyeuse, strictement limitée aux horaires d’ouverture.
La contre-rentrée peut encore être évitée. Mais, d’après les dernières informations reçues, les pavés ont déjà commencé à fabriquer leurs casques en papier bulle.
Illustration Adobe photoshop
Par Victor De Sepausy
Contact : vds@actualitte.com
Paru le 16/09/2025
320 pages
Reines de coeur
19,90 €
Paru le 10/09/2025
204 pages
Mnémos éditions
19,00 €
Paru le 20/08/2025
224 pages
Actes Sud Editions
21,00 €
Paru le 02/09/2025
298 pages
Le Quartanier
23,00 €
Paru le 21/08/2025
272 pages
Les Editions Noir sur Blanc
21,00 €
Paru le 20/08/2025
328 pages
Cambourakis
22,00 €
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