Chez Fiction & Friction, les passions sont rangées par sous-genres : contemporaines, sombres, fantastiques ou paranormales. Dans les espaces de lecture, en revanche, la classification s’arrête à « tout public ». Après la visite à deux reprises d’un jeune couple plus soucieux de leurs ébats que de lecture, la propriétaire de cette librairie australienne a posé une affichette, puis interdit l’accès aux intéressés. La romance, oui. Les exercices pratiques sur le mobilier, moins. Voire pas du tout.
Les librairies invitent volontiers à s’installer, feuilleter quelques pages et laisser le temps suspendre son vol. À Murray Bridge, en Australie-Méridionale, Fiction & Friction avait poussé l’hospitalité jusqu’à disposer des sièges confortables dans plusieurs pièces. L’un de ses canapés vient pourtant d’obtenir un règlement d’usage aussi précis qu’inattendu.
« Merci de ne pas vous livrer à des frottements sexuels sur les canapés. Ne posez pas de questions. Ou posez-en », prévient désormais une affichette placée dans l’établissement. Le texte anglais emploie l’expression dry humping, qui désigne des gestes à caractère sexuel pratiqués à travers les vêtements. La traduction française manque peut-être de grâce ; la consigne, elle, ne souffre plus d’ambiguïté.
L’affaire débute le 24 juillet. Brittany Schulz, propriétaire de la librairie, explique au quotidien sud-australien The Advertiser avoir entendu des baisers avant de consulter les images de vidéosurveillance. Selon son récit, deux adolescents s’étaient dirigés directement vers un sofa, sans parcourir les rayons ni effectuer d’achat, puis y étaient restés plus d’une heure malgré la présence d’autres clients.
La commerçante dit avoir espéré que le simple fait d’être repérés suffirait à interrompre la scène. Le duo a quitté les lieux avant qu’elle intervienne. Restait à prévenir une suite éventuelle : l’écriteau a donc été installé, avec cette politesse légèrement désespérée qui transforme parfois un règlement intérieur en littérature de comptoir.
Conclusion : l'approche est devenue tout aussi explicite que les ébats...
La commerçante dit avoir espéré que le simple fait d’être repérés suffirait à interrompre la scène. Le duo a quitté les lieux avant qu’elle intervienne. Restait à prévenir une suite éventuelle : l’écriteau a donc été installé, avec cette politesse légèrement désespérée qui transforme parfois un règlement intérieur en littérature de comptoir.
Le vendredi suivant, à la même heure, les deux jeunes personnes seraient revenues. Cette fois, rapporte Brittany Schulz, l’une d’elles a ouvert un ouvrage en son milieu — geste que la propriétaire a interprété comme une lecture de façade. Elle leur a demandé de conserver un comportement « tout public ». Cinq minutes plus tard, affirme-t-elle, les rapprochements avaient repris.
Après cette seconde visite, l’accès de la boutique leur a été interdit. Dans une vidéo (voir plus bas), Brittany Schulz a raconté la « saga » et rappelé, non sans ironie, que la spécialisation de son commerce dans la romance n’autorisait pas les clients à rejouer sur place les passages les plus torrides.
Les images de surveillance mentionnées n’ont pas été rendues publiques dans leur intégralité, et aucune version des adolescents concernés n’est disponible. Le déroulement précis repose donc sur le témoignage de la libraire, recueilli par la presse locale et développé dans ses propres publications.
Le panneau, en revanche, existe bien. Il a été photographié sur la porte de l’établissement par Murray Bridge News, qui a consacré un article à l’épisode le 4 août.
Le choix du canapé n’avait rien d’accidentel. Fiction & Friction a commencé son activité en ligne le 31 août 2020, sous le nom Off the Book Pages, avant d’occuper plusieurs locaux à mesure que son fonds grandissait. Sur son site officiel, Brittany Schulz présente l’enseigne comme une librairie spécialisée dans la romance indépendante. Le magasin de Bridge Street, ouvert en avril 2024, répartit les ouvrages entre différentes pièces consacrées notamment aux romances contemporaines, sombres, fantastiques et paranormales.
Dans un portrait sponsorisé publié en 2024, le média local décrivait des sièges installés dans chaque espace afin d’encourager les visiteurs à lire quelques pages ou un chapitre avant de choisir. Brittany Schulz y assurait également que chacun pouvait venir s’asseoir ou prolonger sa lecture sans obligation d’achat.
Un principe d’accueil qui n’a pas été retiré : il s’accompagne seulement, désormais, d’une limite assez difficile à confondre avec une recommandation littéraire. Fiction & Friction demeure donc une librairie où l’on peut prendre son temps, s’installer et céder aux séductions de la romance indépendante. À condition que le désir de tourner les pages l’emporte sur celui de malmener le canapé.
Crédits photo : Pixabay
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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