Il serait presque inutile de l'écrire à nouveau : la période est particulièrement complexe pour les librairies. Si les difficultés des enseignes Sauramps, Decitre, Furet du Nord et Gibert attirent l'attention, les boutiques indépendantes souffrent également. Une crise qui s'étend à l'ensemble des commerces de proximité : les députés Laurent Lhardit (Bouches-du-Rhône, Socialistes et apparentés) et Jean-Pierre Vigier (Haute-Loire, Droite Républicaine) ont consacré un rapport au sujet, agrémenté de nombreuses recommandations.
Le 04/08/2026 à 13:11 par Antoine Oury
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Publié le :
04/08/2026 à 13:11
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Pas une semaine ou presque ne s'écoule sans une annonce de redressement ou de liquidation judiciaire : l'année 2026 est particulièrement rude pour les librairies. Si une partie de ces défaillances peut être reliée à l'imposante vague d'ouvertures de commerces qui avait suivi la pandémie de Covid-19, il n'en reste pas moins une dure réalité pour les gérants concernés — et les territoires que ces librairies couvraient.
Les coauteurs du rapport d'information sur l'avenir des commerces de proximité l'ouvrent d'ailleurs en rappelant son « importance affective particulière pour nos concitoyens, dont il constitue bien souvent un élément essentiel de la vie sociale au quotidien ». Cet aspect a régulièrement été mis en avant par les librairies, tenues en haute estime et même considérées comme commerces « essentiels » durant la pandémie de Covid-19, justement.
Ce commerce de proximité, cependant, traverse « une phase de recomposition profonde, dont les effets sont sensibles sur l’ensemble du territoire national », soulignent les deux députés. Baisse de la densité commerciale en milieu rural et hausse de la vacance en milieu urbain sont les deux faces d'une même pièce, qui peut coûter leur attractivité aux territoires concernés.
Les deux députés relativisent toutefois le diagnostic d'une « crise ». Ainsi, le commerce continue d'embaucher, avec la création de 606.000 emplois entre 2006 et 2024, « soit une hausse de 26 %, quand l’emploi privé dans son ensemble ne progressait que de 13 % ». Cependant, l'activité ralentit, indéniablement : les Français épargnent plus, et les dépenses contraintes, notamment liées au logement, absorbent 30 % des revenus. Dans ce contexte, la consommation de biens se trouve limitée.
Une certaine reconfiguration des pôles commerciaux s'opère également : les centres-villes sont à la peine, la restauration « triomphe » tandis que l'équipement de la personne « s'effondre », en raison notamment d'une forte concurrence en ligne. Cette dernière tire les prix, mais profite aussi d'une inégalité fiscale et d'un respect des normes parfois à géométrie variable.
Consciente de ces problématiques, la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale avait confié cette mission d'information à Laurent Lhardit et Jean-Pierre Vigier en février dernier. Tous deux ont mené une trentaine d'auditions, dont celles de Régine Hatchondo, Olivier Lombardie et Thierry Auger, respectivement présidente, directeur général et adjoint pôle librairie du Centre national du livre, et de Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française.
Les deux députés n'ont pas été avares en recommandations, avec une quarantaine de propositions. Un certain nombre d'entre elles cherchent à lutter contre la vacance commerciale, passée de 6,8 % en 2014 à 11 %, 10 ans plus tard.
Pour lutter contre ce phénomène, le rapport suggère la création de « zones prioritaires de commerce », dotant les exécutifs locaux d'outils renforcés. Parmi ces derniers, un observatoire des loyers commerciaux, doublé, « à titre expérimental », d'un dispositif d'encadrement de ces loyers.
Celui-ci serait déclenché sur décision du maire, fondé sur des bornes de loyer de référence établies par les observatoires, pour une durée limitée et assorti d’une évaluation préalable avant toute pérennisation, précisent les coauteurs du rapport, qui reconnaissent l'aspect « clivant » de cette mesure. Rappelons que Laurent Lhardit lui-même, ainsi que la sénatrice Audrey Linkenheld (Hauts-de-France, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) avaient formulé des propositions de loi en ce sens il y a quelques mois — le Sénat a rejeté celle d'Audrey Linkenheld le 25 mars dernier.
Afin d'inciter les bailleurs à améliorer les conditions de location de leurs locaux, le rapport suggère aussi une réforme de la taxe sur les friches commerciales (TFC), pour en faciliter l'application et la rendre plus efficace. Un rééquilibrage du rapport de force au profit des preneurs à bail est aussi envisagé, comprenant notamment la mensualisation du loyer et la fin de la refacturation de la taxe foncière aux locataires.
Au cours des 10 prochaines années, établissent les corapporteurs, 500.000 dirigeants d’entreprise partiront à la retraite, « mettant en jeu plus de trois millions d’emplois ». Dans le secteur de la librairie, les reprises représentent une part non négligeable des mouvements annuels, avec 57 reprises d'établissements relevées par le CNL en 2025 — pour 83 ouvertures et 85 fermetures.
Alors que 62 % des communes françaises n'ont plus aucun commerce (contre 25 % en 1981), l'enjeu de la reprise est donc crucial. Outre une anticipation insuffisante des cessions, les dirigeants « méconnaissent le pacte Dutreil », dispositif fiscal de soutien, quand les repreneurs font face à des difficultés de financement.
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Pour améliorer la situation, les rapporteurs recommandent la création d'un « guichet unique d’information pour les commerçants face aux normes, aux dispositifs de sécurité, d’assurance et de gestion des travaux publics », dans tous les territoires. Mais aussi le développement du crédit-vendeur, en étalant, pour le cédant, le paiement de l’imposition des plus-values professionnelles.
Renforcer le mentorat, afin de soutenir les repreneurs, mais aussi les foncières de redynamisation commerciale, ainsi que le fonds de restructuration des locaux d’activité (FRLA), semble indispensable aux députés, qui plaident par ailleurs pour un allègement des normes et la mise en œuvre d'un délai l'exécution des travaux.
Enfin, les travaux des députés consacrent plusieurs recommandations au rétablissement de conditions de concurrence « plus équitables au bénéfice du commerce de proximité ». La formule n'est pas étrangère aux professionnels du monde du livre, après la fameuse « loi Darcos » du 30 décembre 2021 visant à conforter l’économie du livre et à renforcer l’équité et la confiance entre ses acteurs.
Cette dernière a introduit un tarif minimal d’expédition (à 3 € pour les commandes inférieures à 35 €) « afin de réduire l’avantage concurrentiel que la quasi-gratuité de la livraison conférait aux grandes plateformes au détriment des libraires indépendants », expliquent les deux députés. Largement combattue par Amazon, la mesure a été confortée par une décision du Conseil d'État, en mai dernier, après un avis plutôt favorable de la Cour de Justice de l'Union européenne.
Laurent Lhardit et Jean-Pierre Vigier souhaitent s'en inspirer pour créer une « écotaxe », étendue à un large périmètre de biens, laquelle ferait « supporter à la vente à distance un coût représentatif du service dont elle bénéficie et de l’empreinte qu’elle génère ».
La taxe sur les surfaces commerciales devrait aussi être étendue aux entrepôts de commerce en ligne, tandis que les députés suggèrent au gouvernement de promouvoir « l’instauration d’une taxe sur le chiffre d’affaires des grandes plateformes de vente en ligne, qu’elles disposent ou non d’entrepôts physiques, assise sur le chiffre d’affaires réalisé sur le territoire de l’Union européenne ».
Sur le plan des normes, un renforcement des contrôles et une accélération des sanctions sont prônés, parallèlement à une possibilité de déréférencement des plateformes récidivistes.
Autre contrariété pour les vendeurs en ligne, la régulation souhaitée des casiers automatiques de retrait (lockers), dans la lignée d'une proposition de loi, déposée en avril dernier par la députée socialiste du Finistère Mélanie Thomin et cosignée par... Laurent Lhardit, entre autres.
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Pour finir, et afin d'assurer la bonne mise en œuvre des dispositions et leur financement, les corapporteurs suggèrent de fédérer les acteurs locaux, de consolider la place des managers de centres-villes et de les professionnaliser ou encore de sécuriser les programmes nationaux en faveur du commerce de proximité.
Le document se conclut sur des mesures visant à renforcer l'accessibilité des centres-villes, à la fois pour les consommateurs et les livreurs des marchandises destinées aux commerces, leur sécurisation et leur diversification.
Le rapport complet de Laurent Lhardit et Jean-Pierre Vigier est accessible ci-dessous.
Photographie : La Livrerie des Jacobins, à Rennes (illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
1 Commentaire
Cassandre
06/08/2026 à 10:49
Le commerce continue de créer des emplois ? Sans doute, puisqu'ils le disent. Mais où ? Quels emplois ? De quel commerce parle t'on ? Le "commerce" en ligne est il inclus dans la statistique. Si oui, elle n'a strictement intérêt. Seul nous intéresse le vrai commerce, celui qui est seul digne de ce nom, celui ou une relation humaine s'établit entre l'acheteur et le vendeur, où un échange humain précède l'échange de biens. Et là, je crains fort qu'il n'y ait guère de créations d'emplois.
La plupart des villes de France ont longtemps négligé la valeur du commerce de centre ville, préférant encaisser les taxes faramineuses payées par les centre commerciaux de périphérie, de toutes tailles mais toujours accaparées par l'un des ogres de la distribution (Auchan, Casino, Leclerc, Carrouf', Système U, Intermarché) liés entre eux par des "centrales d'achat". Des machines à oppresser les petits producteurs. Il est un peu tard pour s'en apercevoir....