Pierre Lemaitre sera présent aux Amfis, les universités d’été de La France insoumise. Malgré les polémiques médiatiques autour de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement, le prix Goncourt 2013 continue d’afficher publiquement son soutien à LFI. Il n’est pas le seul écrivain engagé aux côtés de la formation politique, mais il reste le seul auteur annoncé au programme de cette édition.
Le 03/08/2026 à 15:21 par Hocine Bouhadjera
213 Partages
Publié le :
03/08/2026 à 15:21
213
Partages
Du 20 au 23 août 2026, La France insoumise retrouvera le Palais des congrès de Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, pour ses universités d’été.
Parmi les premiers invités révélés par La France insoumise, figurent également la comédienne Anna Mouglalis, le banquier d’affaires et fondateur du groupe média Combat Matthieu Pigasse, la députée écologiste Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale, et Zarah Sultana, députée britannique de Coventry South et membre de Your Party.
La présence de Pierre Lemaitre intervient dans une séquence où La France insoumise cherche manifestement à associer plus étroitement le monde littéraire au lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Le 7 juin 2026, la Prix Nobel de littérature 2022 Annie Ernaux et le Prix Goncourt 2017 Éric Vuillard ont pris la parole à Saint-Denis lors du premier meeting national organisé en vue de l’élection présidentielle de 2027. Les deux écrivains sont intervenus avant Jean-Luc Mélenchon devant plusieurs milliers de personnes. LFI a revendiqué 26.000 participants.
Manuel Bompard avait présenté ce meeting comme le point de départ d’une campagne qui devait être à la fois « instructive » et tournée vers l’éducation populaire.
Lors de la campagne présidentielle de 2022, Annie Ernaux, Pascale Fautrier, Laurent Binet et la philosophe Barbara Stiegler avaient également affiché leur soutien au candidat insoumis. ActuaLitté relevait alors que Jean-Luc Mélenchon semblait bénéficier de l’un des soutiens les plus fournis dans le monde du livre.
Pierre Lemaitre n'a jamais seulement été un best-seller. Son soutien à Jean-Luc Mélenchon est documenté depuis la campagne présidentielle de 2012. En 2018, interrogé par Le Monde, il indiquait avoir voté successivement pour le Front de gauche puis pour La France insoumise. Il apportait cependant une nuance : « Je vote pour des idées, pas pour Mélenchon. »
Il désignait comme principal problème non les personnes fortunées prises individuellement, mais le système produisant des écarts considérables entre les plus riches et les plus pauvres. Il critiquait notamment la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, la baisse des aides au logement, l’insuffisance du logement social et le renforcement du contrôle des chômeurs.
Une critique des inégalités qu’il avait résumée avec ironie, la même année, en intitulant une carte blanche radiophonique : « Bonne année, mes très chers riches. »
À l’approche de l’élection présidentielle de 2022, Pierre Lemaitre a franchi un pas supplémentaire en cosignant avec Éric Vuillard et le cinéaste Robert Guédiguian un appel explicite à voter pour Jean-Luc Mélenchon.
Les trois signataires réclamaient une hausse importante du salaire minimum, des rémunérations permettant de vivre dignement et la fin de formes de travail précaires, notamment les horaires fractionnés et la flexibilité imposée. Ils demandaient également l’arrêt de la libéralisation des services publics, le renforcement de l’hôpital et de la Sécurité sociale, ainsi qu’une meilleure protection contre le chômage et une défense du système de retraites.
Leur appel comportait aussi une dimension institutionnelle et écologique : réforme générale des institutions, démocratie plus ouverte, transformation écologique socialement juste et école véritablement inclusive. Il associait ces propositions à la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes, contre le racisme et contre les politiques jugées répressives, ainsi qu’à la défense du droit de manifester et à un accueil plus large des réfugiés.
En 2019, dans un entretien accordé à l'ancien Journal du dimanche, il déclarait même se « radicaliser » politiquement. Il reliait cette évolution à la réforme de l’assurance-chômage, à la suppression de l’ISF, au projet de réforme des retraites et à l’aggravation des inégalités.
L’écrivain allait alors jusqu’à qualifier la France de « démocratie autoritaire ». Il estimait que les violences policières étaient devenues incontestables et dénonçait la manière dont les mobilisations sociales étaient contenues. Il annonçait également qu’en cas de nouveau second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il ne voterait plus pour le président sortant et manifesterait contre l’un comme contre l’autre.
En 2023, pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, il se disait « de plus en plus en colère ». Il contestait aussi bien la mesure elle-même que le moment choisi pour l’imposer, dans une société où la répartition des richesses lui paraissait déjà profondément déséquilibrée.
Cette prise de position intervenait au moment de la parution de son roman Le Silence et la Colère, consacré aux Trente Glorieuses et à leurs conflits sociaux. Pierre Lemaitre avait alors annoncé son intention de descendre lui-même dans la rue contre la réforme.
Après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, il a signé l’appel de 350 personnalités demandant l’union immédiate des gauches et des écologistes pour les élections législatives. Le texte mettait en avant la défense des libertés publiques, la justice sociale, l’urgence climatique, la lutte contre le racisme et la protection des minorités.
En 2026, Pierre Lemaitre a de nouveau associé son nom à un appel collectif contre le racisme, les discriminations et l’extrême droite. Anna Mouglalis, qui doit partager avec lui un échange aux Amfis, faisait également partie des signataires.
Son engagement en faveur des libertés publiques s’était aussi manifesté en 2022, lorsqu’il s’était opposé, avec Annie Ernaux, Éric Vuillard et d’autres intellectuels, à l’extradition de dix anciens militants italiens installés en France depuis plusieurs décennies. Le collectif dénonçait un « acharnement » judiciaire et invoquait notamment la prescription, le droit à l’oubli et la possibilité d’une seconde chance. Les personnes concernées avaient été condamnées en Italie pour des faits liés aux violences politiques des « années de plomb », parfois à de lourdes peines.
Ses prises de position concernent aussi la guerre à Gaza et les droits du peuple palestinien. En octobre 2023, Pierre Lemaitre a signé une tribune qui condamnait à la fois les massacres de civils commis par le Hamas le 7 octobre, les crimes de guerre attribués à l’État israélien à Gaza et les violences de colons en Cisjordanie. Le texte dénonçait parallèlement les restrictions apportées en France aux manifestations et expressions de solidarité avec les Palestiniens. Annie Ernaux et Éric Vuillard comptaient également parmi les signataires.
En juin 2025, les trois écrivains ont participé à de nouveaux appels réclamant un cessez-le-feu immédiat, la reconnaissance d’un État palestinien et l’arrêt de ce que les auteurs de ces textes qualifiaient de « génocide ».
Au-delà de ses prises de position électorales, Pierre Lemaitre mène plusieurs engagements sociaux. Ambassadeur du Secours populaire, il est également attentif aux conditions de détention, aux difficultés liées au langage judiciaire et à l’inclusion des personnes handicapées. Parrain de Dyspraxie France Dys, il défend notamment une école mieux adaptée aux enfants concernés par les troubles dys.
L’intervention des écrivains dans la vie politique française ne date pas des campagnes contemporaines. L’affaire Dreyfus a consacré la figure de l’intellectuel mettant sa notoriété et sa plume au service d’une cause : la Bibliothèque nationale de France présente ainsi Émile Zola comme l’un des premiers grands modèles de l’écrivain engagé. Au XXe siècle, cette implication a parfois pris une forme directement partisane.
Louis Aragon adhère au Parti communiste français en 1927, avant d’entrer à son comité central en 1954. Les artistes communistes furent parmi les premiers à soutenir collectivement leur parti et ses candidats lors des campagnes électorales.
À l’autre extrémité de l’échiquier de l’époque, André Malraux fut délégué à la propagande du Rassemblement du peuple français, le mouvement fondé par Charles de Gaulle, avant de devenir son ministre des Affaires culturelles et l’une des grandes voix du gaullisme.
Les campagnes présidentielles ont ensuite régulièrement donné lieu à des prises de position publiques. En 1981, les écrivains Jean d’Ormesson, Eugène Ionesco, Didier Decoin et François Nourissier figuraient parmi les signataires d’un appel à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. À l’inverse, l’écrivain royaliste Pierre Boutang annonçait, de manière plus surprenante, son vote en faveur de François Mitterrand, tandis que Françoise Sagan se rapprochait durablement du président socialiste et de son entourage.
Jean d’Ormesson a également été un fervent soutien de Nicolas Sarkozy en 2007, campagne durant laquelle le philosophe et essayiste André Glucksmann, père de Raphaël Glucksmann, s’est également engagé publiquement en faveur du candidat de l’UMP. Erik Orsenna, qui avait travaillé auprès de François Mitterrand, soutient pour sa part Emmanuel Macron depuis 2017.
À l’extrême droite, l’écrivain Renaud Camus a appelé à voter pour Marine Le Pen à partir de la présidentielle de 2012, avant de tenter lui-même d’entrer dans la compétition électorale.
À LIRE - Catherine Pégard, encore une locataire millionnaire pour la rue de Valois
Pour l'élection présidentielle de 2027, la mobilisation des écrivains n’est pas réservée au camp insoumis. À droite, Boualem Sansal a participé, le 20 juin 2026, au premier meeting présidentiel de Bruno Retailleau et annoncé qu’il voterait « très probablement » pour le candidat des Républicains.
Crédits photo : Pierre Lemaitre, au Salon du livre de Paris en 2014 (Wikinade, CC BY-SA 2.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Commenter cet article