Les comptes 2025 de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques affichent 4,4 millions d’euros de recettes, une trésorerie supérieure à 6 millions et un résultat net à l’équilibre. Derrière ces chiffres rassurants, le rapport révèle toutefois une forte dépendance aux subventions, un congrès mondial déficitaire et la nécessité de préparer la fin du financement régulier de la Fondation Gates.
Le 28/07/2026 à 17:18 par Hocine Bouhadjera
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28/07/2026 à 17:18
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À première vue, l’IFLA a retrouvé de l’air. Après une perte nette de 373.378 € en 2024, la principale organisation internationale représentant les bibliothèques clôt 2025 sur un résultat net nul. Ses comptes, arrêtés au 31 décembre et signés le 9 juin 2026, ont été certifiés par le cabinet néerlandais Govers, qui estime qu’ils donnent une « image fidèle » de la situation financière de la Fédération.
Ce retour apparent à l’équilibre intervient à un moment stratégique. L’IFLA vient de publier le bilan de la première année complète de sa stratégie 2024-2029, prépare son congrès mondial d’août 2026 à Busan et doit lancer dans le même temps les célébrations de son centenaire. Fondée en 1927, elle aura officiellement 100 ans le 30 septembre 2027.
Les revenus de l’IFLA atteignent 4,404 millions d’euros en 2025, contre 3,125 millions un an plus tôt, soit une hausse d’environ 41 %. Les dépenses progressent elles aussi, de 3,3 à 4,3 millions d’euros, soit environ 33 %. La Fédération dégage ainsi un excédent d’exploitation de 61 528 €, porté à 127.227 € après les produits financiers.
Mais cette somme est exactement annulée par la perte enregistrée dans la participation IFLA Holding BV, qui regroupe notamment les sociétés chargées des congrès. Le résultat net final ressort donc à zéro. L’exercice est nettement meilleur qu’en 2024, mais l’organisation n’a pas pour autant généré de nouvelles réserves grâce à son activité courante.
Le compte d’activité de la Fédération ne mentionne que 1662 € de « coûts de conférence », car l’essentiel de l’économie du congrès mondial est porté par les structures détenues à travers IFLA Holding. Leur résultat remonte ensuite dans les comptes de l’organisation sous la forme d’une perte de participation de 127.227 €.
La hausse des revenus de l’IFLA vient surtout des subventions, et non des adhésions. Le programme Knowledge Rights 21, financé par la fondation Arcadia pour améliorer l’accès au savoir et faire évoluer le droit d’auteur en Europe, est désormais intégré directement dans ses comptes : il représente près de 964 000 € de recettes, mais aussi des dépenses équivalentes.
Avec les 2,2 millions d’euros versés par la Stichting IFLA Global Libraries, héritière du financement de la Fondation Gates, ces deux programmes assurent à eux seuls près de 73 % des revenus de l’organisation. À l’inverse, les cotisations des membres stagnent autour de 824.000 €, malgré une hausse de 2 % des tarifs.
L’IFLA cherche donc de nouveaux partenaires et projets afin de réduire sa dépendance à quelques grands financeurs extérieurs.
Au 31 décembre 2025, l’IFLA dispose de 6,1 millions d’euros de trésorerie, contre 3,85 millions un an plus tôt. Mais cette somme ne constitue pas un fonds librement mobilisable : une grande partie correspond à des subventions déjà affectées à des projets ou à des engagements précis.
Les réserves générales ne s’élèvent en réalité qu’à 1,6 million d’euros, auxquelles s’ajoutent environ 109.000 € de réserves fléchées. Le reste comprend notamment des financements SIGL et Gates encore non utilisés, une subvention liée à l’université de Washington, ainsi que 3,59 millions d’euros de passifs à court terme, dont 2,14 millions liés au système de bons internationaux de l’IFLA et 1,09 million au financement Arcadia. La trésorerie est donc solide, mais largement contrainte.
Après l’annulation du congrès 2024 à Dubaï, seule candidature jugée viable mais contestée au sein de la profession pour des questions de liberté d’expression et d’inclusion, l’IFLA a renoué avec son rendez-vous mondial en 2025 à Astana.
La fréquentation y est toutefois restée inférieure aux niveaux habituels. Le rapport l’explique par le contexte géopolitique autour de la Russie, dont les professionnels auraient normalement constitué une part importante du public, mais aussi par une destination moins familière pour de nombreux participants.
Sur le plan financier, le congrès a généré 80.205 € de revenus pour 230.000 € de coûts. La perte aurait atteint près de 150.000 €, mais la prise en compte d’un actif fiscal différé de 22.000 € l’a ramenée à 127.227 €. Ce déficit absorbe exactement l’excédent dégagé par l’IFLA avant la consolidation de ses filiales.
Le prochain congrès, prévu du 10 au 13 août 2026 à Busan, en Corée du Sud, fera donc figure de test : l’IFLA devra retrouver une fréquentation plus élevée tout en évitant qu’un nouvel événement déficitaire ne pèse sur ses comptes.
Depuis plus de quinze ans, le soutien de la Fondation Gates, anciennement Fondation Bill-et-Melinda-Gates, joue un rôle déterminant. En 2016, la Stichting IFLA Global Libraries a été créée pour administrer une subvention patrimoniale de 31 millions de dollars, accordée après la fermeture du programme Global Libraries de la fondation. Cette enveloppe devait permettre à l’IFLA de renforcer son action mondiale pendant une dizaine d’années.
Le rapport ne masque pas la difficulté : la fin du financement régulier de Gates est désormais « en vue » et devrait produire pleinement ses effets à partir de 2028. L’organisation présente donc la diversification des partenariats et des ressources comme l’un de ses principaux chantiers de viabilité.
Les relations entre l’IFLA et la SIGL ont elles-mêmes connu une période conflictuelle. Selon le récit du conseil d’administration, la SIGL a tenté en 2024 de mettre fin unilatéralement à leur accord de compte commun et de proposer un modèle jugé inadapté par l’IFLA. La Fédération indique avoir engagé une procédure judiciaire qui s’est conclue par une décision favorable en janvier 2025. Un nouveau mécanisme de financement a ensuite été conclu en juin.
La communication commune publiée par les deux organisations adoptait un ton plus consensuel, évoquant un cadre offrant une « base stable » pour employer le solde de la subvention patrimoniale. Le nouvel accord prévoit des versements forfaitaires à l’IFLA entre 2025 et 2027, avec la possibilité de reporter les sommes non utilisées afin d’amortir la rupture attendue en 2028.
Les annexes donnent davantage de détails : l’accord prévoit un total de 8 millions d’euros, dont 3 millions versés en 2025, 3 millions en 2026 et 2 millions en 2027. Un éventuel solde de la subvention initiale, après déduction des frais de fonctionnement de la SIGL, pourrait être transféré à l’IFLA en 2031. Ce calendrier offre plusieurs années de visibilité, mais il ne constitue pas une ressource permanente.
Cette question de la dépendance financière et de la relation avec la SIGL ne surgit pas aujourd’hui. Dès 2022, le conseil de l’IFLA reconnaissait publiquement des préoccupations portant sur ses arrangements financiers, sa viabilité, ses relations avec la fondation et le fonctionnement du siège. Il avait alors lancé un plan visant à « sécuriser l’avenir » de l’organisation. Les comptes 2025 montrent que ce chantier demeure ouvert, même si les conditions sont désormais plus stables.
Les dépenses de projet ont presque triplé, à 1,23 million d’euros, principalement parce que le programme Knowledge Rights 21 est désormais intégré aux comptes de l’IFLA et que les actions financées par la Fondation Gates ont augmenté. Cette hausse reflète donc surtout davantage de projets, pas une explosion des frais généraux.
Les frais de personnel progressent de 31 %, à 1,85 million d’euros, pour un effectif moyen passé de 17 à 18 salariés. Cette augmentation s’explique notamment par la hausse de l’assurance maladie, des provisions pour congés et heures supplémentaires, ainsi que par des salaires auparavant pris en charge par une subvention. La réforme du régime de retraite devrait, à terme, ajouter environ 100 000 € par an.
Enfin, les dépenses de conseil, d’audit, de juridique et de fonctionnement atteignent 784.000 €. Elles reculent par rapport à 2024, mais dépassent encore largement le budget prévu, avec 421 000 € d’honoraires de conseil et près de 168 000 € de frais juridiques. Le risque est clair : les subventions permettent de développer les activités, mais elles peuvent aussi laisser derrière elles des coûts durables lorsque les financements s’arrêtent.
Au fond, les comptes 2025 décrivent moins un redressement achevé qu’une période de transition. L’IFLA n’est pas menacée à court terme : sa trésorerie est élevée, ses comptes ont été certifiés sans réserve et plusieurs programmes restent financés. Mais son équilibre dépend encore largement de ressources affectées, tandis que les cotisations stagnent et que les charges de personnel ou de fonctionnement risquent de perdurer après l’arrêt de certaines subventions.
L’actualité va rapidement mettre ce modèle à l’épreuve. Du 10 au 13 août 2026, le congrès mondial de Busan doit réunir la profession autour de près de 200 sessions. Après le déficit d’Astana, sa fréquentation et son résultat financier seront particulièrement observés. L’IFLA entrera ensuite dans la dernière ligne droite de son centenaire, célébré en 2027, avec un congrès mondial organisé à Londres du 9 au 13 août.
Cette séquence offre à la Fédération une forte visibilité, au moment où sa stratégie 2024-2029 entend renforcer la capacité des bibliothèques à défendre l’accès au savoir et un développement fondé sur les droits. Mais le véritable enjeu sera financier : transformer cette influence internationale, ses programmes et son réseau en recettes plus régulières et plus diversifiées.
À l’approche de ses 100 ans, l’IFLA doit désormais prouver qu’elle peut préparer son avenir sans dépendre durablement de quelques grands bailleurs.
Crédit photo : détail de la façade du Visitor Center de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates à Seattle, vue depuis la rue (Adbar ,CC BY-SA 3.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
1 Commentaire
Rose
30/07/2026 à 07:49
C'est le bill gates qui traînent de sacrées casseroles malsaines où même sa femme est partie ? Pas fréquentable et zéro intérêt.