Deux anciens lauréats, trois premiers romans, une majorité de nouveaux venus et des œuvres qui vont de la dystopie au polar, en passant par la satire universitaire : le Booker Prize a dévoilé sa sélection 2026. Parmi les treize titres retenus, un seul dispose pour l’instant d’une traduction française annoncée.
Le 28/07/2026 à 15:53 par Hocine Bouhadjera
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Les treize romans de cette première sélection ont été choisis parmi 163 ouvrages, écrits en anglais et publiés au Royaume-Uni ou en Irlande entre le 1er octobre 2025 et le 30 septembre 2026. La liste réunit des écrivains de sept nationalités et trois continents, avec une forte représentation britannique.
Le jury est présidé par l’historienne et spécialiste de l’Antiquité Mary Beard. Elle est accompagnée du poète Raymond Antrobus, du musicien et écrivain Jarvis Cocker, de la journaliste Rebecca Liu et de la romancière Patricia Lockwood. Chacun a lu les 163 livres en compétition, soit, selon Mary Beard, près d’un ouvrage par jour pendant sept mois, sans compter les relectures.
La sélection revendique son éclectisme : humour, deuil, satire, surréalisme, science-fiction dystopique, roman criminel et fiction historique s’y côtoient. « Les grands livres n’ont jamais été écrits selon une formule unique », souligne Mary Beard, qui présente ces textes comme des œuvres capables de déplacer le regard du lecteur. Pour Gaby Wood, directrice de la Booker Prize Foundation, cette édition « récompense le risque » et rassemble des romans profondément originaux.
Marlon James et Douglas Stuart peuvent chacun devenir le cinquième écrivain à remporter deux fois le Booker Prize. Le premier a été couronné en 2015 pour A Brief History of Seven Killings, publié en français sous le titre Brève histoire de sept meurtres chez Albin Michel, dans une traduction de Valérie Malfoy. Le second l’a emporté en 2020 avec son premier roman, Shuggie Bain, paru en France chez Globe, dans une traduction de Charles Bonnot. Ils rejoindraient ainsi J. M. Coetzee, Peter Carey, Hilary Mantel et Margaret Atwood dans le cercle restreint des doubles lauréats.
Elizabeth Strout est le troisième nom de cette sélection à avoir déjà figuré au Booker Prize. Elle avait été retenue en 2016 pour My Name Is Lucy Barton, publié en français sous le titre Je m’appelle Lucy Barton chez Fayard, dans une traduction de Pierre Brévignon, puis finaliste en 2022 avec Oh, William !, également paru chez Fayard dans une traduction de Pierre Brévignon.
À 81 ans, M. John Harrison pourrait quant à lui devenir le lauréat le plus âgé de l’histoire du prix, tandis que Djamel White, 28 ans, est le benjamin de la sélection.
The Shadow of the Object, de Chloe Aridjis
À Mexico, Flora se lie avec une vieille Allemande collectionneuse de jouets et d’appareils précédant le cinéma. Entre rêve, deuil et métamorphose, leur relation entraîne le récit jusqu’à Londres.
Switzy, d’Emma Cline
Atteint de troubles de la mémoire, un ancien dirigeant traverse l’Europe en avion privé pour rejoindre une clinique d’aide à mourir à Zurich. Emma Cline signe un roman sombre et élégiaque sur les derniers jours d’un homme privilégié.
Helen of Nowhere, de Makenna Goodman
Un professeur disgracié tente de reconstruire sa vie à la campagne, où une maison isolée fait basculer son quotidien dans l’étrange. Avec un peu plus de 140 pages, il s’agit du livre le plus court de la sélection.
The End of Everything, de M. John Harrison
Dans une Grande-Bretagne proche de l’effondrement, un homme et sa tante survivent sur la côte du Kent tandis qu’une présence extraterrestre semble avoir envahi le monde. Le roman explore les limites de la compréhension humaine à travers une science-fiction sombre et oblique.
The Disappearers, de Marlon James
Dans la Jamaïque de la fin des années 1980, une troupe prépare ce qui doit être la première pièce ouvertement homosexuelle du pays. Une attaque meurtrière disperse ses membres, que l’un des survivants tente de retrouver plusieurs années plus tard. Avec plus de 600 pages, c’est le titre le plus long de la liste.
Black Bag, de Luke Kennard
Un acteur en difficulté accepte de participer à des cours de psychologie enfermé dans un immense sac noir. Inspiré d’une histoire réelle, le roman mêle satire universitaire, précarité artistique et réflexion sur la masculinité.
The Renovation, de Kenan Orhan
En faisant aménager son appartement pour son père vieillissant, Dilara découvre que les ouvriers ont construit une cellule de prison turque à la place de la salle de bains. Ce premier roman surréaliste aborde l’exil, la répression politique et les différentes formes d’enfermement.
May We Feed the King, de Rebecca Perry
Une conservatrice reconstitue des scènes historiques dans un ancien palais, tandis qu’un récit parallèle suit un souverain médiéval réticent à régner. Les deux époques se répondent pour interroger notre manière de fabriquer et d’exposer le passé.
The Palm House, de Gwendoline Riley
Dans un pub de Southwark, deux amis de longue date parlent de littérature, de leur passé et du monde éditorial londonien. Gwendoline Riley explore le deuil, la solitude et les rapports de pouvoir dans un roman minimaliste porté par ses dialogues.
The Things We Never Say, d’Elizabeth Strout
Dans une petite ville du Massachusetts, un professeur d’histoire apparemment ordinaire dissimule une profonde solitude et d’anciennes blessures familiales. Le récit se déroule à l’approche de l’élection présidentielle américaine de 2024.
John of John, de Douglas Stuart
De retour sur l’île de Harris, dans les Hébrides extérieures, un jeune diplômé retrouve son père, une communauté presbytérienne rigide et des secrets familiaux. Le roman paraîtra en français sous le titre John, fils de John, chez Globe, le 26 août 2026, dans une traduction de Charles Bonnot.
All Them Dogs, de Djamel White
De retour dans l’ouest de Dublin, Tony Ward reprend ses activités auprès d’un gangster avec lequel il entretient une relation faite de violence, de loyauté et de désir réprimé.
The Vivisectors, de Missouri Williams
Dans une ville universitaire gagnée par la végétation et les tensions politiques, Agathe reçoit pour mission de se rapprocher d’un étudiant charismatique. Missouri Williams mêle satire du campus, crise écologique et histoire d’amour inquiétante.
Dix des treize romans sont publiés au Royaume-Uni par des marques appartenant à de grands groupes. Penguin Random House place cinq titres grâce à Chatto & Windus, Hamish Hamilton et Viking. Picador, propriété de Pan Macmillan, et John Murray, qui appartient à Hachette, en comptent chacun deux, tandis que 4th Estate représente HarperCollins.
Trois éditeurs indépendants complètent la liste : Fitzcarraldo Editions avec Helen of Nowhere, Serpent’s Tail avec The End of Everything et Granta avec May We Feed the King.
Kenan Orhan, Rebecca Perry et Djamel White font leur entrée dans la sélection avec leur premier roman. Le Booker n’a récompensé que six premiers romans depuis sa création : le dernier était Shuggie Bain de Douglas Stuart, en 2020.
Rebecca Perry a pratiqué le trampoline en compétition internationale, Douglas Stuart a travaillé dans la mode, Marlon James dans la publicité, Elizabeth Strout dans le droit et Emma Cline comme enfant actrice. Djamel White a, pour sa part, dirigé un salon de tatouage en Irlande.
Si John, fils de John de Douglas Stuart est la seule traduction française publiquement annoncée parmi les treize titres, plusieurs auteurs disposent déjà d’éditeurs français réguliers. Marlon James est publié chez Albin Michel, Elizabeth Strout chez Fayard, Emma Cline à La Table Ronde, Douglas Stuart aux éditions Globe et Chloe Aridjis au Mercure de France. Plusieurs de leurs romans sont également repris en poche, notamment au Livre de Poche pour Elizabeth Strout.
La liste sera réduite à six titres le 22 septembre 2026, lors d’un événement public organisé au Southbank Centre de Londres et diffusé en direct. Les six finalistes recevront chacun 2500 £ (près de 3000 €) et un exemplaire spécialement relié de leur ouvrage. Le lauréat sera annoncé le 9 novembre 2026, à Old Billingsgate, à Londres. Il recevra 50.000 £ (environ 58.000 €) ainsi que le trophée du Booker Prize, baptisé « Iris ».
Crédits photo : les treize romans retenus dans la première sélection du Booker Prize 2026 (Yuki Sugiura pour la Booker Prize Foundation)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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