Auteur de bande dessinée, illustrateur, peintre et pédagogue, Alain Robet est mort le 24 juillet 2026, à l’âge de 63 ans. Spécialiste de la reconstitution historique et des univers maritimes, il avait notamment dessiné Le Chevalier, la Mort et le Diable, la série Gabrielle B. et, plus récemment, Aux travailleurs de la mer.
Le dessinateur brestois Alain Robet est décédé vendredi 24 juillet 2026, à l’âge de 63 ans. Un dernier hommage lui sera rendu vendredi 31 juillet, à 16h30, dans la salle de cérémonie du Vern, à Brest.
Avec sa disparition, la bande dessinée bretonne perd l’un de ses artisans les plus attentifs à l’histoire des ports, des villes et des populations du littoral. Pendant près de quatre décennies, Alain Robet aura représenté navires, uniformes, architectures anciennes, tempêtes et paysages atlantiques avec un souci constant de vraisemblance documentaire.
Né à Brest le 13 avril 1963, Alain Robet passe une partie de sa jeunesse à Rouen, où son père, bosco dans la marine marchande, avait obtenu un poste à terre. Il y suit des études qui le conduisent à un baccalauréat trilingue, puis à une maîtrise de droit public. Mais le dessin finit par prendre le pas sur cette première orientation universitaire.
Avec plusieurs amis, il participe à la création du fanzine Café Noir. Cette expérience collective est distinguée au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême à la fin des années 1980.
Son intérêt pour l’histoire et la marine ancienne lui permet rapidement de développer une spécialité : la reconstitution graphique. Alain Robet ne se contente pas de placer ses personnages devant un décor historique. Il travaille les bâtiments, les vêtements, les gréements, les armes et les paysages comme des composantes essentielles du récit.
Ses premiers travaux comprennent notamment Chrétiens en Auvergne, publié chez Fleurus, puis plusieurs bandes dessinées consacrées à l’histoire de villes françaises. Il dessine ainsi des ouvrages sur Lorient, Rouen, Évreux, Vannes, Quimper, Orléans et Brest. Cette production territoriale accompagne le développement, à partir des années 1980, d’albums destinés à raconter l’histoire locale au moyen de la bande dessinée.
Parmi ces titres figurent notamment Lorient, votre ville dans l’histoire en 1988, Rouen, les méandres de l’histoire en 1989, Vannes en 1994, ainsi que Brest, des origines à Brest 96 et une Histoire de Quimper, parus au milieu des années 1990.
Après avoir adapté Les Compagnons de la Loue pour les éditions du Lombard, Alain Robet rejoint l’univers imaginé par Patrick Cothias autour des Sept Vies de l’Épervier. Il dessine Le Chevalier, la Mort et le Diable, récit dérivé de la célèbre saga historique créée par Patrick Cothias et André Juillard.
La série, publiée par Glénat dans la collection « Vécu », se compose de deux albums : Bon sang ne peut mentir, paru en 1999, et La Reine vierge, en 2000. Elle revient sur les frères Yvon et Gabriel de Troïl, dans la France déchirée par les guerres de Religion. Le premier volume les confronte notamment au massacre de la Saint-Barthélemy, tandis que le second entraîne Yvon en mer, parmi des corsaires huguenots.
De retour dans la région brestoise, Alain Robet entreprend l’un des projets majeurs de sa carrière avec son épouse, la scénariste Dominique Robet : Gabrielle B.. La série met en scène Gabrielle Baubriand, une jeune corsaire de la République entraînée dans les affrontements politiques et les complots du début du XIXe siècle.
Dans cette aventure mêlant espionnage, vengeance familiale et histoire napoléonienne, Gabrielle cherche notamment à déjouer un complot royaliste lié à Georges Cadoudal. Alain Robet assure le dessin et les couleurs, tandis que Dominique Robet signe le scénario. Les recherches historiques occupent une place importante dans la conception de la série, qu’il s’agisse de la navigation, des costumes, de la situation politique ou de la représentation des côtes de la Manche.
Quatre volumes paraissent entre 2005 et 2011 : Le Guerrier aveugle, Masque d’argent, Naufrages et Liberté. Autour de la série sont organisées plusieurs expositions associant planches originales, dessins et peintures, notamment au Musée national de la Marine de Rochefort, à la tour Bidouane de Saint-Malo et au Festival du livre maritime de Concarneau. Gabrielle B. obtient également un prix du public au festival de bande dessinée de Rochefort.
La mer traverse toute l’œuvre d’Alain Robet. Fils d’un marin de commerce, il puise dans les côtes atlantiques et les rivages de la Manche une source d’inspiration majeure, aussi bien pour ses bandes dessinées que pour ses peintures.
Aquarelle, huile, acrylique, encre, crayon ou pastel : il explore de nombreuses techniques et expose notamment à Brest, Rennes, Saint-Malo, Concarneau, Rochefort et Bruxelles. Cette diversité se retrouve dans ses publications, parmi lesquelles La Fille au carnet pourpre, ses contributions à la revue maritime Casiers et plusieurs ouvrages consacrés aux phares et aux paysages du littoral.
Alain Robet a également joué un rôle important dans la transmission artistique à Brest et dans les communes environnantes. Pendant de nombreuses années, il anime des cours de peinture, de dessin et de bande dessinée, notamment à la MJC de l’Harteloire et à la Maison de quartier de Lambézellec. Il intervient aussi pour la Marine nationale, dans des établissements scolaires et au sein de médiathèques.
Au collège Sainte-Anne de Plougastel, il participe notamment à l’animation d’un atelier de bande dessinée et du webzine Fraizine entre 2012 et 2014. Cette activité pédagogique, moins visible que ses albums, constitue pourtant une part durable de son inscription dans la vie culturelle locale.
Alain Robet poursuit son activité éditoriale au cours des années 2020. Sa bibliographie récente comprend notamment des participations à des albums historiques consacrés à Rennes, Dijon, Brest, aux Côtes-d’Armor ou à Vitré. Il dessine également Athabaskan — Une pierre face à la mer, publié en 2024.
En 2023 paraît Aux travailleurs de la mer, réalisé avec Dominique Robet aux éditions Ouest-France. L’album suit trois amis marins-pêcheurs de Concarneau entre 1906 et 1958. À travers leurs destins, les auteurs évoquent les conditions de vie des communautés maritimes bretonnes, mais aussi l’action de Jacques de Thézac, fondateur des Abris du Marin et de l’Almanach du Marin Breton. L’ouvrage comporte un cahier documentaire enrichi de photographies d’archives.
Son nom apparaît encore au générique de Ginger, publié en avril 2025 par Osimes Productions, avec Daniel Grolleau-Foricheur et Gweltaz Jegou.
Alain Robet laisse une œuvre profondément ancrée dans le Grand Ouest, entre mémoire historique, paysages maritimes et transmission. À travers ses albums, ses peintures et son enseignement, il aura raconté la Bretagne et la mer à hauteur d’homme.
Crédit photo : Alain Robet, au Festival du livre et de la bande dessinée de Bagnols-sur-Cèze, le 7 février 2010 (Esby, CC BY-SA 3.0)
Par Hocine Bouhadjera
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