Une insulte lancée depuis une BMW, une enfant assise à l’arrière, une mère qui choisit de ne pas répondre : Et que Dieu me pardonne commence dans une scène d’incivilité banale. Élodie y défend le calme et le discernement, loin de se douter que cette conviction sera bientôt mise à rude épreuve. Claire Norton installe ainsi son roman de vengeance par le plus quotidien des conflits, avant d’en suivre l’onde de choc dans une famille déjà fragilisée.
La disparition de Maëlle transforme Élodie. Des années plus tard, elle retient Frédéric Belbist dans la cave d’une maison isolée, persuadée qu’il détient une vérité que la justice n’a pas suffi à établir. Le livre enferme alors le lecteur dans un face-à-face éprouvant, où la douleur maternelle, la culpabilité et le besoin de châtier se heurtent à la parole de celui qu’Élodie désigne comme le coupable. La tension ne tient pas uniquement à ce qui sera dit, mais à ce que cette violence fait d’elle.
Le dispositif est très concret : une chaîne, une échelle, une mallette de vétérinaire, des repas réduits à presque rien. Ces objets installent une atmosphère de huis clos, sans détourner le roman de son axe émotionnel.
Claire Norton écrit dans une langue dépouillée, volontiers frontale, qui cherche moins l’ambivalence stylistique que l’efficacité de la scène. « Vous voilà seul, Belbist. Désespérément seul. » L’accusation vise le prisonnier, mais elle éclaire aussi l’isolement d’Élodie, enfermée dans une souffrance que personne ne parvient à mesurer à sa place.
Ce livre sombre ne procure aucun confort moral. Il ne cherche pas à rendre la vengeance séduisante, ni à faire de la justice une réponse suffisante. Il met plutôt le lecteur devant une question inconfortable : jusqu’où peut aller une femme qui a perdu son enfant, quand chaque tentative de consolation lui paraît indécente ? Cette frontalité donne à Et que Dieu me pardonne sa force, mais aussi sa rudesse. Le roman avance sans amortir les coups, avec une intensité qui tient au refus d’arranger l’irréparable.
DOSSIER - Un été dans les pages : Claire Norton en huit romans, podcasts et confidences
Publiée le
28/07/2026 à 10:45
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