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Oser Joyce : deux années avec Ulysse

Pendant deux ans à plein temps, Michel et Michela Gribinski ont vécu au rythme de Leopold Bloom, traversé six fois Dublin et remis chaque phrase sur le métier. De cette immersion naît une nouvelle traduction d’Ulysse, guidée par un pari : retrouver, sous le monument à la réputation si intimidante, le roman, ses corps, ses voix, son burlesque et sa mélancolie.

Le 27/07/2026 à 18:22 par Hocine Bouhadjera

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Publié le :

27/07/2026 à 18:22

Hocine Bouhadjera

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Ulysse est devenu l’archétype du chef-d’œuvre que l’on admire à distance, que l’on entreprend avec une certaine solennité et que l’on abandonne parfois sans oser l’avouer. À cet égard, James Joyce partage avec Marcel Proust ou Herman Melville une forme peu enviable de célébrité : celle d’un auteur dont on connaît le monument avant d’avoir rencontré le livre.

Michel et Michela Gribinski n’ignorent pas cette intimidation. Ils l’ont vécue de l’intérieur, durant les deux années consacrées à leur traduction, puis au fil des corrections. Leur fréquentation du texte n’a pourtant pas renforcé l’image d’une forteresse réservée aux initiés. « Nous avions chacun lu Ulysse, pour ainsi dire comme tout le monde. Là, entre la traduction et les corrections des épreuves, nous avons dû le lire en entier six fois, avec, à chaque lecture, une sorte de bonheur supplémentaire ou encore de certitude : ce livre se construisait sous nos yeux, “dans la lecture”. »

Le paradoxe, soulignent-ils, est qu’Ulysse ne cesse jamais de raconter : « Des scènes, des aventures, des fantaisies, des trains de pensée ». Le roman possède bien « un début, un milieu et une fin », mais ceux-ci ne se trouvent « pas toujours à la même place d’une lecture à l’autre ». Sa résistance tient moins à l’absence de récit qu’à sa manière de se recomposer sous les yeux du lecteur.

Les trois passages du Joyce français

Cette nouvelle traduction arrive après deux grands moments français. La première version paraît en 1929 chez Adrienne Monnier. Auguste Morel en est le traducteur principal, assisté par Stuart Gilbert. Un certain Valery Larbaud revoit entièrement le travail, avec la collaboration de James Joyce lui-même. Cette généalogie prestigieuse a longtemps donné au texte une autorité presque intouchable.

La traduction se révèle pourtant aussi inventive qu’inégale, travaillant dans une langue dont le sens, les références et les procédés n’avaient pas encore bénéficié d’un siècle d’études joyciennes. 

Michel et Michela Gribinski en donnent un exemple devenu pour eux emblématique. Dans un passage consacré à Bloom, l’expression anglaise to keep a trot for the avenue désigne le fait de préserver les apparences ou de faire bonne figure.

La version de 1929 produit une image autrement spectaculaire : « To keep a trot for the avenue - faire bonne figure aux yeux du monde - est rendu par “au petit trot vers le champ de navets”. Alors nous avons cherché, bien sûr : le “champ des navets” désigne en argot désuet soit le carré des suppliciés du cimetière d’Ivry, soit, non moins gracieusement, une salle de bal. En surinterprétant l’état de Bloom, on arrive sans doute à quelque chose de très grinçant. Mais quand même : “faire bonne figure” est autrement compréhensible, et dit quelque chose de son courage. Il s’agit de rendre une expression lexicalisée, pas de produire un équivalent surdéterminé par des représentations inaccessibles au lecteur. Nous avons souhaité ne pas ajouter aux obstacles existants. »

75 ans plus tard, en 2004, Gallimard publie une deuxième traduction sous la direction de Jacques Aubert. Grand spécialiste de Joyce, responsable de son édition dans la Bibliothèque de la Pléiade, il est également proche de la lecture lacanienne de l’œuvre : membre de l’École freudienne, il avait notamment publié Joyce avec Lacan. Le projet est collectif : huit écrivains, universitaires spécialistes de Joyce et traducteurs professionnels se répartissent les dix-huit épisodes, Aubert en traduisant lui-même deux. Les archives de ce chantier révèlent une négociation permanente entre voix individuelles et cohérence d’ensemble. 

En rapprochantles deux versions, les Gribinski éclairent leur propre projet : « Soyons fortement réducteurs : la traduction de 1929 explorait une langue, nouvelle, à la recherche de son sens ; celle de 2004 explorait un langage, considéré comme la structure de l’inconscient, dont elle visait le signifiant. Nous avons voulu rendre un roman, en traduisant le mouvement des intentions et des mots à la fois librement et sous une contrainte maximum. »

Cette troisième traduction ne se présente donc ni comme la correction définitive des précédentes ni comme le remplacement d’un texte devenu caduc. Elle choisit un autre point d’équilibre : une seule voix française produite à deux - à la manière du cinéma des frères Coen ou des romans de Boileau-Narcejac -, une attention constante à la scène romanesque, et le contrôle immédiat de l’anglais imprimé en face.

La présence de l’original est d’autant plus importante qu’il n’existe pas un Ulysses parfaitement immobile. Joyce révisait encore les placards et les épreuves, parfois très lourdement. La première édition contenait des centaines d’erreurs d’impression. Manuscrits, variantes, errata et modifications ultérieures ont alimenté des controverses durables sur la version la plus authentique du roman.

L’édition du centenaire publiée par Cambridge revient elle-même au fac-similé de 1922 en lui adjoignant les errata de Joyce et les principales corrections postérieures. 

L'épopée ramenée à la mesure d'un homme

James Joyce entreprend véritablement la rédaction d’Ulysses en 1914 et y travaille pendant huit ans. Le livre l’accompagne de Trieste à Zurich, puis à Paris, dans une existence d’exilé marquée par la Première Guerre mondiale, l’instabilité financière et plusieurs opérations des yeux. À Trieste, où prennent forme ses premiers chapitres, L'Italie connaît la maladie, la pauvreté et une succession de revers personnels et éditoriaux. Avec Nora Barnacle, l'auteur traverse notamment la perte d’un troisième enfant lors d’une fausse couche. Commencé en 1904, son livre Gens de Dublin ne paraît finalement qu’en 1914, après une succession de refus, de demandes de modifications et de conflits avec les éditeurs.

Au terme de cette gestation, il enferme une épopée entière dans la seule journée du 16 juin 1904. Leopold Bloom traverse Dublin, assiste à un enterrement, travaille, mange, boit, pense à sa femme Molly et au fils mort en bas âge dont le deuil a défait leur couple. Stephen Dedalus erre de son côté dans la ville et dans ses théories. Les deux hommes finissent par se rencontrer, avant que Molly ne prenne possession de l’ultime épisode.

Le modèle est bien celui de l’Odyssée, mais sa transposition inverse les proportions de l’épopée. Les monstres, les sirènes, les tempêtes et le retour à Ithaque prennent la forme d’une ville encombrée, d’un pub, d’un journal, d’un hôpital, d’un bordel, d’un repas ou d’une infidélité conjugale. Bloom est à la fois un nouvel Ulysse et un homme ordinaire, un « Everyman » dont l’héroïsme consiste moins à vaincre qu’à traverser la journée sans renoncer à sa décence. 

Ulysse est une épopée autant qu’un roman : une épopée réduite à quelques kilomètres, mais agrandie aux dimensions de « l’homme total ». Joyce ne sépare pas le corps et l’esprit, le sublime et le trivial, la sexualité et le deuil, la métaphysique et la digestion. Bloom achète un rognon, va aux toilettes, se souvient de son enfant, imagine sa femme avec un autre homme et laisse son attention se disperser au gré des vitrines, des odeurs, des conversations et des publicités. Rien n’est indigne de la littérature parce que rien n’est extérieur à l’expérience humaine.

C’est en ce sens que Michel et Michela Gribinski refusent de réduire le livre à une prouesse : « La “mauvaise réputation” d’Ulysse vient aussi de ce qu’on en a fait, en France, un objet linguistique réservé à une élite intellectuelle. Or, nous y insistons, c’est un roman. »

Une somme de toutes les manières d’écrire

Affirmer qu’Ulysse est un roman ne signifie pas qu’il respecte durablement les usages du genre. Chaque épisode semble mettre à l’épreuve la forme trouvée par le précédent. Joyce avait le projet délibéré d’inventer « un nouveau style par chapitre ». La critique a ainsi pu décrire l’œuvre comme une « encyclopédie des styles ». 

Dans « Éole », la narration se fragmente sous des titres de journaux et des effets de rhétorique. « Les Sirènes » transpose dans la prose des centaines de formes et de motifs musicaux. « Les Bœufs du Soleil », situé dans une maternité, fait progresser la langue à travers une histoire parodique de la prose anglaise, comme si le développement littéraire imitait celui d’un embryon. « Le Cyclope » passe de la Bible à l’épopée celtique, du langage juridique au récit pour enfants. « Circé » transforme le roman en une immense fantasmagorie théâtrale. 

Ulysse refuse qu’une seule forme puisse contenir durablement la réalité. À chaque fois que le lecteur s’installe dans une manière de lire, le livre change de voix, de vitesse ou de règle. Michel et Michela Gribinski ne cherchent pas son actualité dans une ressemblance superficielle avec le présent, mais dans la coexistence brutale de réalités contradictoires :

« Il nous semble que l’actualité du livre tient à la simultanéité d’expériences incompatibles entre elles : nous la vivons tous les jours, par exemple avec l’allure kaléidoscopique de l’information, quand les journaux télévisés passent d’un crime intolérable au temps qu’il fait, à la guerre ici et là, puis sans transition à un match de tennis et à un tremblement de terre. Des réalités différentes, hétérogènes, coexistent, s’empilent, s’entre-détruisent dans Ulysse comme dans notre monde éclaté et réclament d’occuper la même place. Joyce rend le tout en l’exhibant dans un montage perceptif qu’on pourrait dire “cubiste”, où la coexistence joue avec la linéarité romanesque. »

L’intérieur d’un homme est peuplé par le monde

Le fameux « monologue intérieur » de Joyce ne donne pas accès à une intériorité pure, isolée du monde. La pensée de Bloom est envahie par ce qu’il entend et voit : refrains, slogans, réclames, articles, souvenirs de lectures, paroles rapportées, expressions toutes faites et fragments de conversations.

Son « moi » est collectif. Les autres parlent en lui, comme les langues de la ville, de la presse, de l’Église, de la politique ou du commerce. L’intérieur devient un extérieur retourné : une chambre d’échos dans laquelle le sujet ne cesse de traduire le monde qui le traverse. La présence massive de la publicité dans le roman - Bloom exerce lui-même le métier de démarcheur publicitaire - participe de cette porosité entre conscience privée et langage social. 

Michela Gribinski prolonge cette idée du côté de la traduction : « Pour moi, la traduction, c’est, à travers le passage d’une langue à l’autre et retour — et donc à la puissance n —, l’expérience même de la lecture, expérience qui fait dire à Proust : “En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même.” »

On ne déchiffre donc pas Ulysse depuis l’extérieur. On s’y cherche. La lecture ne donne pas seulement accès à Bloom, Stephen ou Molly : elle oblige chacun à constater de quelles voix, de quels souvenirs et de quelles servitudes son propre esprit est fait.

Deux années, deux traducteurs, une voix

Michel Gribinski aborde Joyce avec une longue expérience de la traduction, mais aussi avec celle de la psychanalyse, de l’édition et de l’écriture. Il a notamment traduit des ouvrages de Donald Winnicott, Adam Phillips, Bertram Lewin, James Strachey et Aharon Appelfeld. Avec Michela Gribinski, il avait déjà traduit Les Vierges sages, roman de Leonard Woolf paru aux Belles Lettres en 2023. 

Il décrit : « La traduction est, pour moi, une occupation agréable, presque un travail de paresseux : l’auteur va penser à ma place le temps que cela durera et, tout ce temps, il me portera. C’est un peu régressif, mais j’ai le sentiment que cette régression me met au bon endroit. Si je cède la place à l’auteur avec empressement, c’est aussi que je l’ai choisi pour ça. Je ne peux traduire que des auteurs, des textes, des histoires auxquels je m’identifie très simplement. »

Et le travail à deux ? « “On a travaillé en travaillant”, c’est la seule chose claire dans ce travail en commun. Et, en l’occurrence, nous avons travaillé grâce à Michela : elle avait décidé d’emblée que, pour qu’ils aient une fin, les allers et retours entre nous seraient validés seulement par moi. Pour éviter que les désaccords ne s’enveniment. »

Ces désaccords touchent à quelque chose de plus intime qu’une préférence lexicale. Michel Gribinski rappelle que chacun grandit avec la langue « comme avec sa peau » : on naît dans des mots déjà là, puis on se les approprie à travers les sons, les rythmes et les intentions. Traduire à deux revient à mettre en discussion une part très ancienne et personnelle de soi, « sur laquelle on n’est pas prêt à céder ».

L’enjeu consistait précisément à produire une traduction dont les choix ne signalent pas sans cesse la virtuosité de ses auteurs. Chez Joyce, le traducteur pourrait aisément être tenté de rivaliser avec chaque jeu de mots, de surcharger chaque étrangeté ou de fabriquer une trouvaille française qui appellerait l’attention sur elle-même.

« On traduit de toute façon à perte entre le son et le sens, mais pas toujours. Parfois, la traduction se fait au profit d’un autre son et d’un autre sens, ce qui est, à nos yeux, respecter l’esprit du texte. Nous avons privilégié la lisibilité. Lisible et visible, c’est presque le même mot : la lisibilité fait voir - voir, entendre, sentir. Éprouver. Elle a le mérite de ne pas attirer l’attention sur le traducteur, son habileté, son originalité ou sa science, mais sur le texte même. »

Les arbitrages se font moins selon une méthode fixe que dans la reprise, « à voix haute et à voix basse, heureux le soir, mécontents le matin », en laissant dormir la traduction avant d’y revenir. Ce travail de reprise, d’écoute et de négociation aurait pu devenir accablant. Les deux traducteurs en retiennent pourtant une expérience plus simple : « Nous ne nous sommes jamais ennuyés. »

Le choix d'une édition bilingue -  près de 1700 pages - ne se veut pas un simple luxe bibliophilique. Caroline Noirot, première lectrice du projet aux Belles Lettres, avait expliqué aux traducteurs que l’anglais placé en regard leur donnerait davantage de liberté : l’original pourrait témoigner pour lui-même.

Le résultat s’est révélé paradoxal. La possibilité d’une comparaison immédiate a libéré certains choix tout en obligeant à vérifier chaque inflexion. Le lecteur peut rester entièrement dans le français, mais il peut aussi traverser la pliure, retrouver une sonorité, observer une déformation ou mesurer l’écart entre les deux pages. « Ce va-et-vient permet d’entendre et de réentendre Joyce autrement, depuis ses sonorités jusqu’à ses amalgames. Il ouvre à la création possible d’une troisième langue, changeante, non écrite, non fixée, ni fidèle ni infidèle : un espace intermédiaire propre à chaque lecteur. » Une bonne manière de parfaire son vocabulaire anglais, également.

Une oeuvre de femmes

Avant de paraître en volume, Ulysses est publié en épisodes dans la revue américaine The Little Review. Quatre livraisons sont confisquées et brûlées par les services postaux. Après la parution de « Nausicaa », qui met notamment en scène la masturbation de Bloom, les éditrices Margaret Anderson et Jane Heap sont poursuivies pour obscénité et condamnées. 

En Grande-Bretagne, Harriet Shaw Weaver cherche sans succès un imprimeur disposé à prendre le risque du livre. En 1921, alors que Joyce a presque perdu l’espoir de le voir publié, Sylvia Beach, propriétaire de la librairie Shakespeare and Company à Paris, décide de s’en charger. La première édition paraît le 2 février 1922, jour des 40 ans de Joyce, à 1000 exemplaires numérotés, dont 100 signés. 

Une œuvre rendue possible par une chaîne décisive de femmes, qui ont engagé leur argent, leur réputation et parfois leur liberté. « Notre historique préféré concerne le courage et l’amour des femmes qui ont été les pionnières de cette publication à risque, ce qui continue jusqu’à Caroline Noirot. »

L’obscénité d’Ulysse ne constitue pourtant pas une provocation périphérique dont le temps aurait atténué l’importance. Elle appartient à son projet d’exhaustivité. Dire l’homme entier implique d’accueillir ses désirs, ses mots grossiers, ses fantasmes, ses fonctions corporelles et ses pensées inavouables. En 1933, le juge américain John M. Woolsey lit le livre dans son ensemble avant d’autoriser son importation aux États-Unis. Il estime que sa franchise ne manifeste pas l’intention d’un pornographe et que les passages parfois répugnants ne relèvent pas de la « saleté pour la saleté ». 

Pour Michel et Michela Gribinski, la plus grande « épreuve » ne fut d’ailleurs ni l’obscénité de certains passages ni la grossièreté du langage et de son intention : « Ça a été le burlesque, voire le grotesque du récit. Nous étions pris, touchés par un développement aux allures d’opéra ou de tragédie, ou par un demi-mot discret et d’autant plus parlant, et, avec le brusque changement de ton, l’auteur semblait d’un coup laisser entendre qu’il s’était moqué du lecteur, de son émotion. Mais non. »

La private joke du duo résume cette résistance : face à certaines expansions jugées absurdes ou gratuites, Michela Gribinski pouvait estimer que ce qui avait manqué à Joyce était « un vrai éditeur ». 

Joyce n’a pas besoin d’un mot de passe

La somme des études consacrées au roman peut elle-même intimider. Un volume récent d’annotations publié par Oxford rassemble plus de 12.000 notices et représente plus du double du nombre de mots d’Ulysses. Joyce avait d’ailleurs annoncé qu’il avait placé dans son livre assez d’énigmes pour occuper les professeurs pendant des siècles.

Michel et Michela Gribinski distinguent l’énigme, qui peut demeurer ouverte, de l’hermétisme, qui supposerait un code ou une doctrine réservés à quelques-uns. Cette réserve vaut aussi pour la psychanalyse. Michel Gribinski se méfie des lectures qui appliquent à l’œuvre un ensemble de concepts déjà constitués et réduisent les personnages à des cas :

« Toute application de la psychanalyse à ce qui n’est pas de son champ propre est réductrice. Lorsque Freud s’intéresse à un créateur, à une œuvre d’art ou à un texte, c’est parce qu’il se sent énigmatiquement interprété par l’œuvre ou le personnage : c’est lui le patient et eux l’analyste. Appliquer la psychanalyse à Joyce ? Oui, si ça fait d’Ulysse l’analyste et que, de ce fait, de l’inconnu non maîtrisé entre par la fenêtre ainsi ouverte. Sinon, Joyce se passe très bien de Freud, et réciproquement. »

Lire Joyce à travers une théorie peut éclairer certains mécanismes, mais aussi protéger le lecteur contre l’égarement. Le renversement proposé par Michel Gribinski : il ne s’agit pas de faire de Joyce le patient d’une interprétation, mais de laisser Ulysse devenir l’analyste de son lecteur. Or, ouvrir un roman suppose précisément ici d’accepter de se perdre.

Lire Joyce à travers des concepts psychologiques ou analytiques pourrait même revenir à « renoncer à la lecture », en donnant trop rapidement un nom et une cause à ce qui résiste. Perdre le contrôle sur la page transforme la difficulté en autre chose : « De l’inconnu ». Un « inconnu non maîtrisé », voire un « inconnu stupide », qui laisse le lecteur dépourvu, momentanément privé de ses instruments d’analyse. Une porte s’ouvre sans que le lecteur sache exactement sur quoi. Dès lors, le mot même de difficulté perd une partie de son sens.

Certaines scènes sont parfaitement narratives, d’autres musicales, théâtrales ou presque abstraites. La psychanalyse ne trouve sa place dans cette lecture qu’à condition de produire elle aussi une transformation. « La cure psychanalytique, c’est faire du neuf avec du vieux », rappelle Michel Gribinski : interpréter le « pourquoi du comment » de ce que raconte Joyce n’a donc de valeur que si cela rend Joyce plus neuf, plutôt que de le ramener à ce que l’on savait déjà. Le lecteur n’a pas besoin de dominer le livre pour en faire l’expérience. « N’est-ce pas pour s’égarer un peu que l’on ouvre un roman ? »

La fin ne referme rien

La structure entière d’Ulysse est tendue vers le retour. Bloom passe sa journée à éviter la scène qu’il sait imminente entre Molly et son amant, Boylan. Cette scène est même, selon les Gribinski, « à moitié organisée par lui » : dès son apparition, Bloom semble déjà préparer les conditions de sa propre fuite. Il marche pour ne pas rentrer, mais chacune de ses pensées le reconduit vers sa femme, vers la sexualité et vers ce qui s’est brisé dans le couple. Toutes ses pensées l’y ramènent, « les sexuelles comme les autres, s’il y en a d’autres » : elles gravitent autour de ce que Michel Gribinski appelle les « choses dernières », la mort et la sexualité.

À l’arrière-plan, la mort de Rudy en bas âge a défait l’amour du couple. Et lorsque Bloom rentre enfin, rien ne lui est plus précieux que d’embrasser les fesses de Molly dans un lit encore chaud du passage de Boylan, « un type sans intérêt ». « Le plus long voyage n’est jamais qu’un raccourci pour chez soi » : la phrase réunit le mouvement de Bloom, le modèle de l’Odyssée et la situation de tout lecteur. 

Mais ce retour chez soi n’a rien d’un apaisement. Il oblige chacun à mesurer son propre exil, y compris cet exil intérieur qui consiste à demeurer étranger à soi-même. Une étrangeté qui renvoie aussi, plus largement, à « la situation des hommes sur terre ». Pour Michel Gribinski, cette expérience est familière à qui fait une analyse : on croit pouvoir se délivrer de ses habitudes, de ses défenses ou de ses entraves.

Quelque chose - un rêve, un désir, une répétition - révèle pourtant combien on reste attaché à ce dont on prétendait se libérer. « On croyait se séparer un peu de ses propres entraves, se dire au revoir, respirer enfin, quand un rêve vous montre avec précision le contraire et qu’on tient par-dessus tout à sa propre servitude — volontaire ? »

Le dernier épisode déplace alors le centre du livre vers Molly. « Pénélope » se compose de huit longues phrases à peine ponctuées, déployées sur une quarantaine de pages. La prose paraît se défaire tout en atteignant une densité extrême. Elle donne au lecteur la possibilité de tisser, défaire et recomposer lui-même les relations entre les souvenirs, les sensations et les désirs de Molly. 

Le « oui » final n’apporte ni solution conjugale ni conclusion morale. Il remet la vie en mouvement. L’auteur semble s’effacer définitivement derrière la voix de Molly, tout en ayant construit avec une précision absolue les conditions de cette libération.

La postface de de l’inclassable John Cowper Powys, incluse dans la nouvelle édition dans la traduction de Philippe Blanchon, rappelle que cette puissance avait été perçue presque immédiatement. Publié en 1923, un an après le roman, son essai reconnaissait déjà dans Ulysses un classique et invitait chacun à s’en emparer plutôt qu’à l’abandonner au « domaine réservé » des érudits. 

« S’absenter de soi, du trop de soi »

Powys voyait aussi la mélancolie profonde du livre. Elle se concentre notamment dans la brève apparition hallucinée de Rudy, le fils de Bloom mort quelques jours après sa naissance. La tendresse, le ridicule, la douleur, le désir et l’égoïsme demeurent simultanés.

([…] Sur fond de muraille sombre une silhouette apparaît lentement, sortie d’un conte, un garçon de onze ans, que les fées ont échangé et enlevé, habillé en costume Eton avec des souliers de verre et un petit heaume de bronze, qui tient un livre dans les mains. Il lit de droite à gauche, inaudible, il sourit, il embrasse la page.)

 

Bloom (saisi d’émerveillement, appelle, inaudible) : Rudy !

 

Rudy (rencontre sans les voir les yeux de Bloom et continue de lire, d’embrasser, de sourire. Son visage délicat est mauve. Des boutons de diamants et de rubis ornent son vêtement. Sa main gauche libre tient une mince canne d’ivoire nouée d’un ruban violet. On aperçoit un petit agneau blanc qui sort la tête de la poche de son gilet.)

 

- Extrait d’Ulysse de James Joyce, traduit de l’anglais par Michel et Michela Gribinski (Les Belles Lettres, 2026).

Mais la mélancolie ne se transforme jamais en idéalisation. Chez Joyce, aucun héros ne conserve longtemps sa grandeur : le sublime côtoie constamment le ridicule, le désir ou la trivialité. Les Gribinski y voient l’une des sources de la difficulté d’Ulysse : faute de pouvoir héroïser durablement ses personnages, la réception française aurait fini par héroïser son écriture elle-même, dont l’inventivité et la poésie demeurent, elles, incontestables.

Au bout de deux années passées dans le texte, Michel et Michela Gribinski ne proposent donc ni méthode de lecture ni promesse de conversion. On n’est pas « lecteur de tout, on n’aime pas toutes les femmes ou tous les hommes », rappelle Michela. Michel reconnaît n’avoir jamais réussi à achever La Montagne magique. Michela se sent davantage chez elle dans À la recherche du temps perdu. Abandonner un livre reste un droit.

Mais lorsqu’un roman rencontre effectivement son lecteur, la traversée ne peut être neutre : « Quand on ne sort pas de la fin d’un roman en étant différent de ce qu’on était en l’ouvrant, c’est que le roman ne valait pas la peine d’être lu. » Après Ulysse, « repartir » serait pourtant un mot trop simple. Le dernier « oui » ouvre un chemin, mais le voyage a saturé la conscience de voix, de corps, de souvenirs et de mondes possibles.

À LIRE - Oser Dostoïevski : trois ans avec les Frères Karamazov

« Lorsque l’on est au bout de la dernière page d’Ulysse, qu’on soit lecteur ou traducteur, la seule envie qu’on ait, ce n’est pas de repartir : c’est de s’absenter. S’absenter de soi, du trop de soi. »

Crédit photo : Jacques-Émile Blanche, Portrait de James Joyce, 1934, huile sur toile — National Gallery of Ireland

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com

1 Commentaire

 

Claude Heppell

28/07/2026 à 16:33

Quel travail que cette traduction et quelle présentation ... et de Joyce!
Je viens de terminer JAMES JOYCE, L'IRLANDE, LE QUÉBEC , LES MOTS, essai hilare, de
Victor-Lévy Beaulieu, chez Boréal Compact.
J'en ai parfois sauté des pages, mais je viens de "recoller" beaucoup de choses.
J'aimerais ajouter cette phrase de VLB inspirée de Hugo (peut-être ?), dans MONSIEUR MELVILLE lecture-fiction chez Boréal compact, p. 481 :
"Tout homme est le même homme qui fait la même chose."

Ulysse

James Joyce trad. Michel Gribinski, Michela Gribinski, Philippe Blanchon

Paru le 11/06/2026

1683 pages

Belles Lettres

39,00 €

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10/07/2026, 10:14

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OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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On était des anges : la bande d’ados si juste qu’on croit l’avoir connue

À la librairie Vignettes, dans le 19e arrondissement de Paris, Ariane défend On était des anges, album d’Anne-Caroline Pandolfo dessiné par Terkel Risbjerg et publié chez Dargaud. Ce qui la frappe : une bande d’adolescents immédiatement crédibles, un récit qui alterne comédie, mélancolie et silences, et un dessin dont la fluidité apparente cache une précision très fine.

05/07/2026, 10:56

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

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“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

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“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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Journée mondiale du moustique : les insectes réclament des dommages et intérêts à la littérature

Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)

19/08/2026, 14:46

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Gestion contestée et conflit familial : un été au tribunal pour l'Harmattan

Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.

19/08/2026, 09:09

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Babel Indoor : quand les temples deviennent des livres de pierre

Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.

18/08/2026, 18:18

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L’Empereur, sa femme et le petit prince : dès mercredi, on aurait dû l’arrêter...

« Lundi matin, L’Empereur, sa femme et le petit prince... », vous connaissez ? Ma fille l'écoute désormais en boucle, en boucle, en boucle, en boucle, en boucle du lundi au dimanche. Ce qui m'a donné beaucoup de temps (bien trop de temps, en réalité), pour m'interroger : quand aurait-il fallu retirer à ce monarque son droit de sortie ?

15/08/2026, 09:30

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Sur les traces de Pierre Loti dans l’Istanbul qu’il aimait

Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.

13/08/2026, 15:45

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Quand Carl Jung descendait dans ses propres ténèbres

Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.

12/08/2026, 18:08

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Un devoir rendu suffit-il encore à prouver qu’on l’a écrit ?

Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?

 

10/08/2026, 07:30

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Et si la nouvelle censure culturelle était celle qu’on ne voit plus ?

Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.

08/08/2026, 13:36

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Des groupes anti-liberté d’expression identifiés et suivis par le renseignement

Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création contient une drôle de discrétion. Plusieurs « groupements formellement constitués », à l’origine d’actions organisées contre des acteurs culturels, seraient « pour la plupart identifiés par les services de renseignement territorial ». Voilà pour ce que l’État sait. Pour savoir qui ils sont, en revanche, le lecteur repassera : ni noms, ni nombre précis, ni famille politique ou religieuse. Le renseignement est là. L’information, beaucoup moins.

08/08/2026, 13:25

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Livres brûlés, vitrines brisées : librairies et bibliothèques sous pression en France

Entre mars 2025 et mars 2026, le ministère de la Culture a recensé 76 incidents affectant les libertés de création, correspondant à 91 mécanismes d’atteinte. Douze situations sont explicitement rattachées au livre : six pour « livre et lecture publique », six pour les librairies. Acquisitions sous pression, ouvrages détruits, rencontres déprogrammées, vitrines attaquées ou mesures de saisie : le premier bilan annuel montre surtout ce qui demeure difficile à compter. 

08/08/2026, 12:19

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Chère Élise : entre charge mentale et déclaration d'amour, l'art de réparer un seau

Depuis quelque temps, ma fille de 17 mois enrichit son répertoire. Après Il était un petit navire, Frère Jacques et Meunier, tu dors puis récemment Le Bon Roi Dagobert, voici Chère Élise. À cet âge, on écoute, on répète, on mime. Puis les adultes prêtent attention aux paroles. C’est généralement là que les ennuis commencent.

08/08/2026, 08:01

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Comment la souffrance a forgé le jeune Antonin Artaud

De 1915 à 1919, Antonin Artaud passe de cliniques en stations thermales, de Marseille à Neuchâtel, dans une tentative presque continue d’apaiser des troubles nerveux qui marqueront durablement son existence. Ilios Chailly reconstitue cette « géographie de la souffrance » à partir d’archives, de sources médicales et de documents parfois inédits, et montre combien ces années de cures, de diagnostics et de traitements ont participé à façonner l’homme, l’artiste et la pensée d’Artaud.

07/08/2026, 16:20

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Lunettes connectées : comment encore rester hors champ ?

En Australie, la commissaire à la vie privée Carly Kind s’interroge sur la nécessité de nouvelles règles face aux lunettes connectées. En France, la CNIL redoute déjà une surveillance mobile et presque invisible. Mais ces mêmes appareils peuvent accroître l’autonomie des personnes aveugles ou malvoyantes. De Robbe-Grillet à Samanta Schweblin, les livres posent alors la vraie question : peut-on encore choisir de rester hors champ ?

07/08/2026, 15:51

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Du papier au numérique, la révolution qui bouleverse le manga japonais

Le Weekly Shonen Jump, berceau de Dragon Ball, One Piece ou Naruto, est tombé à un plus bas historique depuis 1971 : son tirage moyen n’était plus que de 985.000 exemplaires entre avril et juin 2026. C’est la première fois en 55 ans que la revue repasse sous le seuil symbolique du million d’exemplaires. Plus qu’un simple mauvais chiffre, ce recul illustre l’effacement progressif d’un modèle longtemps central au Japon : celui du grand magazine imprimé de prépublication.

07/08/2026, 15:45

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L’AFDAS suspend les formations pour artistes-auteurs centrées sur l’IA

L’AFDAS a instauré un moratoire sur le financement des formations principalement consacrées à l’intelligence artificielle générative. Limitée au fonds de formation des artistes-auteurs, la mesure s’appliquera jusqu’au 31 décembre 2026. Les enseignements professionnels dans lesquels ces outils n’interviennent qu’à titre secondaire restent éligibles.

06/08/2026, 10:06

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Les premières traductions françaises de L’Odyssée : une odyssée littéraire

On parle beaucoup de la sortie du film de Christopher Nolan. Mais quelles sont les premières éditions françaises de ce poème épique ? Publiée en 1716, la plus célèbre est la traduction en prose de la philologue Anne Dacier, qui sert de base à une autre traduction en vers suivie d’une polémique entre les deux traducteurs se terminant par un bon repas. La traductrice d’Homère sera plus tard immortalisée dans le comics américain Wonder Woman.

06/08/2026, 10:02

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À Ceuta, 72 000 migrants et des vies laissées hors compte

À Ceuta, Madrid estime que 72 000 personnes ont franchi la frontière et que 70 000 sont reparties ou ont été reconduites. Le bilan humain reste disputé, tandis qu’environ un millier de mineurs non accompagnés demeurent dans l’enclave et que des familles cherchent leurs proches. Sept récits, romans, albums et essais rouvrent ce que les mots « flux », « retour » et « sécurisation » voudraient déjà refermer.

05/08/2026, 17:34

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Lipœdème : “Aucun régime ni aucun sport ne le fera disparaître“

Comment expliquer qu’une maladie touchant des centaines de milliers de femmes demeure si souvent confondue avec un simple surpoids ? « Il faut perdre du poids » : c’est probablement la réponse que les patientes atteintes de lipœdème entendent le plus souvent. Et pourtant… aucun régime ni aucune activité sportive ne suffisent à faire disparaître cette pathologie chronique. Dans Le Guide complet du lipœdème (éditions Dangles), Manon Chavaudrey entend briser l’invisibilité qui entoure encore la maladie et donner aux femmes les moyens de mieux comprendre leur corps.

04/08/2026, 14:59

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Après Makassar, qui paiera le prix de l’édition indépendante ?

L'effondrement de Makassar a agi comme un révélateur des fragilités de la diffusion-distribution indépendante. Dans cette tribune, Christophe d’Estais interroge l’ensemble de la chaîne du livre : éditeurs et libraires sont-ils prêts à assumer collectivement le coût de l’indépendance, de la spécialisation, du temps consacré aux textes et d’une logistique moins industrielle ? 

03/08/2026, 12:11

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Splendeur et misère de Donald Trump, raconté en huit livres

À 80 ans, Donald Trump a transformé la pelouse de la Maison-Blanche en arène. Pour retracer l’héritier, le promoteur, la vedette, le candidat, le président défait, le condamné puis le revenant, nous avons retenu huit œuvres qui composent une biographie oblique. Romans, manga, théâtre, tragédie et philosophie mettent au jour les mécanismes d’une ascension que les chutes n’ont jamais interrompue.

03/08/2026, 11:13

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Précomptes prescrits : des droits perdus au “Fonds solidaire pour les artistes”

Plus de 31 millions € : telle est la somme correspondant aux « précomptes prescrits », des cotisations sociales versées par des diffuseurs pour des artistes-auteurs bénéficiaires, qui n'ont finalement jamais reçu cette somme, faute d'identification. La Maison des Artistes et le syndicat Solidarité Maison des Artistes - CFDT (SMdA-CFDT) proposent, dans une tribune, de mettre ces moyens dans un « Fonds solidaire pour les artistes ».

03/08/2026, 09:29

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Comptine Le Bon Roi Dagobert : une histoire d'organisation et de management toxique

Alors que ma progéniture jubile d'avoir en boucle l'histoire d'une culotte mise à l'envers, j'endure le supplice du pal, version musicale. Elle rit d'une distraction, quand son père est effrayé par ce monarque prompt à dépouiller qui vole à son secours. Au fil de 24 couplets, « le bon saint Éloi » perdra ses vêtements, son argent, ses cheveux, sa dignité – et sa vie ne tient qu'à un fil. Que les enfants s'égosillent, fort bien : l'inspection du travail a du pain sur la planche

01/08/2026, 08:41

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Quand les États tournent le dos à la justice mondiale : la crise du CPI

Le Niger, le Burkina Faso, le Mali, le Venezuela et le Tchad ont annoncé ou engagé leur retrait de la Cour pénale internationale, tandis que son procureur Karim Khan vient d’être destitué. Les procédures ouvertes ne s’éteignent pas, mais leur exécution dépend des États. De Philippe Claudel à Svetlana Alexievitch, huit livres rappellent ce que cette fragilisation menace : des preuves, des voix et des noms.

31/07/2026, 09:30

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Pourquoi ChatGPT refuse d’imiter Stephen King, Houellebecq ou Agatha Christie

Donc ChatGPT refuse d’imiter les écrivains célèbres — sauf un peu. Lors de tests menés fin juillet, la machine n'a pas accepté de rédaction de texte reproduisant la voix précise de divers écrivains célèbres, vivants ou disparus. OpenAI n’a pourtant annoncé aucune nouvelle règle. Et le verrou laisse une porte entrouverte : le service accepte encore d’en reprendre l’atmosphère, le rythme ou les procédés généraux. C'est que chacun des assistants actuels garde sa propre définition du pastiche acceptable.

 

30/07/2026, 17:04

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Dans les ruelles hantées de Casablanca

J’aborde la lecture de Galerie marocaine de Jamal Eddine Naji à travers une grille psychopathologique. La ville est traversée de syndromes névrotiques. La société paradoxale marocaine s’y prête parfaitement. L’ouvrage est une psyché collective. Les portraits, les souvenirs sont autant de vignettes mnésiques. Il ne s’agit pas d’un récit continu, mais d’une juxtaposition de scènes, de figures, de visages, de voix. 

29/07/2026, 18:25

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“L'emprise est invisible. Elle ne fait pas de bruit.”

Comment comprendre les mécanismes invisibles de l'emprise. « Pourquoi est-ce que tu ne pars pas ? » C'est probablement la question que l'on pose le plus souvent aux personnes sous emprise. Et pourtant… c'est peut-être la plus mauvaise. Christel Bringia publie aux Editions Jacques Grancher L'Emprise, où elle tente d'expliquer cet enfer.

28/07/2026, 10:58

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#balancetonediteur VS #balancetonauteur : le monde littéraire à contre-pied

Aujourd'hui, il est tendance de balancer par des #. L'un des derniers en date est #balancetonediteur. Par des auteurices souvent en mal de reconnaissance.  Certes, l'industrie du livre n’est pas parfaite, mais à quand le délectable #balancetonauteur ? Allons-y donc et pas vraiment, gaiement. Par Auguste Feydeau, éditeur.

25/07/2026, 20:08

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Frère Jacques, Meunier tu dors : quand dormir devient une faute professionnelle

Un jeune parent finit toujours par découvrir qu’une chanson peut être répétée sans limitation légale. Trois syllabes suffisent pour transformer le foyer en résidence artistique. Après Il était un petit navire, ma progéniture a logiquement partagé les déboires de Frère Jacques et Meunier, tu dors. Deux œuvres courtes, mais répétitives. Et répétées. Encore. Et encore. Jusqu'à se souhaiter des crises de narcolepsie...

25/07/2026, 08:30

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“Monsieur le ministre, nous demandons un moratoire sur la fusion Abes-Amue”

Parlant d'abord de « convergence », le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace a confirmé la fusion à venir de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (Abes) et de l’Agence de mutualisation des universités et des établissements d’enseignement supérieur ou de recherche et de support à l’enseignement supérieur ou à la recherche (Amue). Un projet qui suscite questionnements et inquiétudes : l'intersyndicale Abes interpelle, dans une lettre ouverte reproduite ci-dessous, Philippe Baptiste, ministre de l'ESRE.

24/07/2026, 10:49

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Défaillance de Makassar : la “vulnérabilité croissante” de l'édition indépendante

La situation économique du distributeur-diffuseur Makassar, partenaire d'un grand nombre de maisons d'édition indépendantes, met en danger un grand nombre de structures, qui ne recevront pas de paiement pour des ouvrages vendus. Dans une tribune, le Syndicat de l'édition alternative appelle les pouvoirs publics à agir rapidement pour préserver la bibliodiversité, par la mise en place d'un fonds de soutien exceptionnel.

22/07/2026, 09:29

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Celle qui sait : 12 000 livres imprimés, 3067 vendus… mais une rupture de stock ?

À peine paru, déjà en rupture ? Le thriller Celle qui sait, de Riley Sager, aurait donc provoqué une razzia, à en croire son éditeur, Verso, un label du Seuil. Fort d’un premier tirage de 12.000 petits pains, le roman, traduit par Dominique Haas, comptabilisait 3067 ventes au 12 juillet, d’après les données GfK communiquées par la maison. Mais alors, où sont les quelque 9000 autres volumes ? Petit exercice de mathématiques à l’usage des nostalgiques du cahier de vacances.

21/07/2026, 16:53

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“La littérature est un sport-business : bienvenue dans le mercato le plus opaque du monde”

Et si l’édition fonctionnait comme un jeu de management sportif ? Charles Garatynski compare la sélection des manuscrits au « scouting » footballistique : des milliers de candidats, quelques signatures, des filtres de plus en plus rapides et, souvent, aucun retour.

20/07/2026, 18:11

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La comptine “Il était un petit navire” : autopsie d’un cannibalisme parfaitement évitable

Mon enfant adore Il était un petit navire. Moi aussi, à son âge, j’étais censé apprécier cette histoire maritime pleine d’entrain, dans laquelle un équipage mal préparé envisage de manger un mousse avant même d’avoir vérifié s’il restait une boîte de sardines. Devenu père, me voici contraint de rouvrir le dossier. Et les conclusions sont toujours aussi accablantes. Bande de buses de marins d'eau de baignoire...

18/07/2026, 15:04

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Réduire la lecture à un plaisir ? C'est avant tout “un instrument de liberté”

À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.

16/07/2026, 15:07

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Antiquité : ce que les Anciens avaient compris bien avant Internet et l’IA

Pourquoi l’Antiquité continue-t-elle de nous fasciner ? La question mérite d’être posée car nous savons aujourd’hui que les sociétés antiques étaient loin d’être parfaites. Elles connaissaient les guerres, les inégalités, l’esclavage, les luttes de pouvoir et les violences politiques. Pourtant, plus de deux mille ans après leur disparition, elles continuent d’habiter notre imaginaire collectif. Léa Varachaud publie aux éditions Grancher un essai sur ces rites et ce qu'ils nous apporteraient aujourd'hui encore.

15/07/2026, 15:12

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On a regardé Au fil des années : Prime Video remet l’amour d’été à flot

Prime Video replonge dans les amours d’été avec Au fil des années, adaptation de Tous nos étés, le phénomène de Carley Fortune. Entre deux temporalités, un lac canadien et 10 ans de non-dits, Percy et Sam rejouent la romance de la seconde chance. Fidèle au cœur du roman mais plus libre avec ses personnages secondaires, la série séduit malgré quelques longueurs et des dialogues parfois trop appuyés. Le charme, lui, demeure jusqu’au dernier épisode.

15/07/2026, 11:50