À 27 ans, Tadej Pogačar remporte son cinquième Tour de France et rejoint Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Derrière le jaune, Mads Pedersen emporte le vert, Richard Carapaz reconstruit sa course en pois et Isaac del Toro grandit dans la roue du maître. Quatre livres pour relire quatre manières de gagner, lorsque la victoire change de couleur.
Le 28/07/2026 à 10:24 par Clotilde Martin
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Publié le :
28/07/2026 à 10:24
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Pendant trente et un ans, le club des cinq n’a compté que quatre membres : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Un point commun : Quintuple vainqueur du Tour de France.
Dimanche, Tadej Pogačar a enfin complété la bande. Mais à 27 ans, le Slovène compte bien ne pas y rester.
3197 kilomètres, 21 étapes, 24 jours : Pogačar les a avalés en 73 h 56 min 26 s, à 43,227 km/h de moyenne. Un record. Pour la première fois, la Grande Boucle dépasse les 43 km/h. Les vacances sont méritées.
La Grande Boucle, c’est une affaire de chronomètre : le vainqueur est celui qui cumule le moins de temps sur les 21 étapes. En gagner une offre le prestige, le bouquet et dix secondes de bonification, sauf lors des contre-la-montre. Chaque équipe protège un leader, entouré d’équipiers qui le ravitaillent, le replacent, coupent le vent et poursuivent les échappées. Le classement est individuel. La victoire, beaucoup moins.
À ces quatre couleurs répondent quatre livres. Le Prince, de Machiavel, éclaire le jaune de Pogačar ; Courir, de Jean Echenoz, étire le sprint de Pedersen jusqu’au vert ; Premier de cordée, de Roger Frison-Roche, suit Carapaz dans sa conquête des pois ; Éloge de la transmission, de George Steiner et Cécile Ladjali, accompagne le blanc de Del Toro hors de la roue du maître. Quatre maillots, quatre récits. Et autant de façons de gagner son Tour.
Dans Le Prince, Machiavel appelle virtù l’art de saisir les circonstances et de les plier à sa volonté. Pogačar en fait la règle de son Tour : attaquer au bon moment, imposer son rythme, puis défendre son chronomètre, c’est lui qui dicte le temps.
Le Tourmalet, la 6eme étape, devient son champ de bataille. À 43 kilomètres de l’arrivée, le Slovène prend le visage du lion de Machiavel : il sort du peloton, affronte la montagne et roule seul jusqu’à Gavarnie-Gèdre. Jonas Vingegaard termine à 2 min 38 s.
Au classement général, les 2 min 42 s d’écart prennent valeur de loi. Chez Machiavel, le pouvoir commence lorsque les autres règlent leurs gestes sur ceux du prince. Les rivaux de Pogačar doivent désormais attaquer. Lui gouverne la course.
Le prince choisit aussi ses batailles. Lorsque Remco Evenepoel remporte le contre-la-montre, Pogačar prend la deuxième place et garde le jaune. Le lion a conquis le Tour. Le renard protège le royaume.
La chute de Vingegaard rappelle ensuite la fortune, cette part de hasard qui bouleverse les destins chez Machiavel. La virtù de Pogačar avait déjà fixé la hiérarchie : depuis le Tourmalet, son rival courait derrière lui.
À l’Alpe d’Huez, Machiavel fournit encore la clé. Un prince entretient son autorité par de grandes actions. Pogačar attaque à 12,5 kilomètres du sommet, avale l’échappée et gravit l’Alpe en 35 min 26 s, un nouveau record dans les rayons du prodige.
Machiavel juge enfin un chef à la valeur des hommes qui l’entourent. Lors de la dernière étape de montagne, Pogačar roule pour Isaac del Toro, son coéquipier, protège son maillot blanc et l’accompagne vers le podium. Son règne profite aussi à sa cour.
À Paris, ses cinq victoires d’étape et ses 6 min 26 s d’avance résument Le Prince. Le lion conquiert, le renard conserve, la virtù maîtrise la fortune. Pendant trois semaines, Pogačar transforme une course en règne.
Jean Echenoz suit Émile Zátopek dans son livre Courir. Ce coureur de fond remporte en 1952 le 10 000 mètres, le 5 000 mètres, puis le marathon, une distance encore inconnue pour lui. Ce triplé reste unique dans l’histoire olympique.
Echenoz raconte un homme aussi énigmatique que performant, un athlète qui transforme chaque course en épreuve d’endurance. Mads Pedersen gagne le maillot vert selon la même méthode : il fait durer le sprint pendant trois semaines.
Dans Courir, Zátopek répète ses séries jusqu’à épuiser ses adversaires. Sur le Tour, Pedersen enchaîne les sprints intermédiaires, les échappées et les arrivées. Son avance se construit point après point.
Zátopek découpe la souffrance en séries pour apprendre à son corps à repartir. Pedersen découpe le Tour en lignes à franchir. Il grimpe pour atteindre les sprints, puis sprinte pour garder le vert.
La vingtième étape devient son marathon. Comme Zátopek à Helsinki, Pedersen s’aventure sur un terrain étranger : 170,9 kilomètres, 5 450 mètres de dénivelé et la Croix-de-Fer pour un sprinteur. La plaisanterie dure longtemps.
Zátopek quitte la piste pour gagner un marathon. Pedersen quitte le terrain des sprinteurs pour chercher des points dans les Alpes. Courir résume ainsi son Tour : pousser l’effort, repartir, recommencer. Au bout, le maillot vert.
Dans Premier de cordée, la montagne ferme d’abord la route de Pierre Servettaz. Son père meurt aux Drus, puis une chute lui donne le vertige et l’éloigne des sommets. Richard Carapaz connaît le même basculement : au début du Tour, il perd du temps et voit le maillot jaune s’éloigner. Une autre course commence.
Pierre reprend confiance sur un rocher facile. Carapaz, grimpeur lui aussi, choisit un nouvel objectif : gagner des étapes et récolter des points au sommet des cols pour conquérir le maillot à pois. Chez Frison-Roche, la reconstruction avance prise après prise. Sur le Tour, elle progresse col après col.
Sa victoire à Orcières-Merlette marque le premier appui. Deux jours plus tard, l’étape la plus montagneuse du Tour dresse 5 600 mètres de dénivelé devant lui. L’Équatorien franchit en tête trois grands cols : la Croix-de-Fer, le Télégraphe et le Galibier. Ces passages lui donnent assez de points pour assurer le maillot à pois. Il vise alors la victoire d’étape.
Comme Pierre, Carapaz retrouve sa place en montagne en changeant de voie. Premier de cordée raconte ainsi son Tour : un premier objectif s’éloigne, un autre prend forme. Deux victoires d’étape, 156 points et le maillot à pois. La reconstruction touche au sommet.
Le Tour d’Isaac del Toro s’écrit à deux : avec Tadej Pogačar. Dans Éloge de la transmission. Le maître et l’élève, George Steiner et Cécile Ladjali décrivent l’enseignement comme un passage : le maître ouvre une voie que l’élève devra finir seul. Le Tour d’Isaac del Toro, raconte ce trajet, de la roue de Tadej Pogačar, son coéquipier, jusqu’au podium de Paris.
Au départ, del Toro apprend dans le sillage du maître. Comme l’élève de Steiner, il observe une méthode : tenir sa place, économiser ses forces, reconnaître le moment où la course bascule. Pogačar lui transmet son rythme autant que son expérience.
À 22 ans, le Mexicain aborde la dernière étape de montagne avec le maillot blanc et 24 secondes d’avance sur Paul Seixas (coureur français). La leçon devient une épreuve. Dans le Galibier, puis vers Sarenne, Pogačar hausse l’allure et conduit son équipier jusqu’au seuil de son propre effort. Le maître protège du vent comme il protège du doute. La pente, elle, reste à gravir seul.
Dans Sarenne, del Toro quitte la roue de Pogačar et attaque à 18 kilomètres de l’arrivée. Ce geste accomplit la séparation décrite par Steiner et Ladjali : l’élève reprend la méthode du maître, puis en fait son propre mouvement. Pogačar lui a montré comment durcir une course. Del Toro choisit l’instant où gagner la sienne.
Lorsque Remco Evenepoel part dans le final, Pogačar attend son équipier. Le maître s’efface au moment où l’élève trouve la force de revenir jusqu’à lui. Les deux hommes franchissent la ligne épaule contre épaule, à 1 min 05 s de Richard Carapaz. L’image ressemble à une passation.
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Machiavel donne au jaune l’art de régner, Echenoz apprend au vert à recommencer, Frison-Roche accroche les pois à une nouvelle voie, tandis que Steiner et Ladjali conduisent le blanc de la roue du maître jusqu’au podium. Pogačar remporte la course. Pedersen, Carapaz et del Toro inventent la leur. Sur 3 197 kilomètres, la victoire change ainsi de sens, de couleur et parfois de rayon.
Crédit image : Capture d'écran vidéo Youtube Le Tour de France
Par Clotilde Martin
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2 Commentaires
Paul
28/07/2026 à 17:11
Super papier ! Comme pour le football, ça donne envie de regarder plus souvent le Tour de France.
BENTAIBA
29/07/2026 à 23:03
J'aime bien ce coureur slovène qui fait vibrer tout le monde avec son panache.
J'espère, de tout cœur, qu'il est clair et qu'il n'a rien à voir avec le dopage.
J'avoue que j'ai, malgré tout, quelques petits doutes.