En préparant la rénovation de ses réserves, le Musée national d’histoire naturelle et des sciences de Lisbonne a démonté un meuble. Sous l’une de ses tablettes apparaissait un court texte manuscrit, daté du 2 août 1878 : quelques lignes laissées après le déménagement du secrétariat de l’ancienne Escola Politécnica. Une archive parfaitement rangée, à condition de penser à retourner l’étagère.
Les archives réservent parfois de longues heures de classement avant de consentir à livrer quelque chose. À Lisbonne, il aura surtout fallu démonter un meuble.
Le Musée national d’histoire naturelle et des sciences de l’Université de Lisbonne a choisi pour « objet du mois », en juillet 2026, une petite feuille découverte dans les réserves de son fonds historique. Elle ne se trouvait ni dans une boîte mal cotée ni entre deux dossiers : le papier avait été collé sur la face inférieure de l’une des tablettes.
L’institution procédait alors au vidage et au démontage des installations, avant la rénovation des dépôts. En déplaçant le mobilier, les équipes ont fait apparaître ce message manuscrit resté invisible tant que personne n’avait eu l’excellente idée de regarder dessous.
Le contenu, lui, n’a rien d’un testament secret ni d’un chapitre perdu. La note consigne un déménagement : « Le transfert de l’ancien secrétariat vers le nouveau a eu lieu le 28 juillet, un dimanche. Les travaux ont commencé le 29. Escola Politécnica, 2 août 1878. »
Le texte original se termine par des initiales, que l’établissement reproduit sans identifier leur auteur. Il s’agit donc d’un bref avis en papier, daté avec précision, mais dont le rédacteur demeure inconnu.
Le dimanche mentionné par la feuille correspond bien au 28 juillet 1878. La personne qui l’a rédigée est revenue sur l’opération quelques jours plus tard, le 2 août, afin de signaler le changement de secrétariat et le début des travaux. Pas de révélation fracassante, donc, mais la trace très concrète d’un aménagement vieux de près de cent cinquante ans.
Pourquoi fixer ces quelques lignes sous le mobilier ? Le MUHNAC avance prudemment l’idée d’un témoignage laissé par ceux qui avaient participé au transfert. La position du papier ne paraît en tout cas guère accidentelle : il se trouvait précisément sur l’étagère liée à l’installation que la note entendait conserver en mémoire.
La cachette était discrète, mais pas nécessairement conçue pour dissimuler quoi que ce soit. Le message ressemblait plutôt à ces inscriptions que les artisans, ouvriers ou occupants d’un bâtiment abandonnent derrière une cloison, sous un plancher ou au revers d’un élément de mobilier. Une manière de dater le travail accompli et d’adresser quelques mots à celui qui, un jour, démonterait l’ensemble.
À la différence près que l’attente aura duré un peu. La pièce renvoie à l’histoire de l’Escola Politécnica de Lisbonne, institution créée au XIXe siècle et installée dans les bâtiments qui accueillent aujourd’hui le musée. Celui-ci est l’héritier de plusieurs établissements scientifiques et universitaires dont les collections, les archives et le mobilier ont traversé réorganisations, changements de tutelle et transformations des espaces.
Dans ce contexte, la feuille ne constitue pas seulement une curiosité bien placée. Elle documente à sa modeste échelle la vie matérielle de l’établissement : ses bureaux, ses travaux et le déplacement d’un service administratif au cours de l’été 1878.
Le MUHNAC présente régulièrement un objet issu de ses collections afin d’en éclairer l’histoire. La sélection de juillet montre qu’il est toujours avisé de regarder de près ce que l’on s’apprête à jeter…
Crédits photo : MUHNAC
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
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