Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.
Le 22/07/2026 à 15:51 par Hocine Bouhadjera
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22/07/2026 à 15:51
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Au milieu de la forêt d’Orléans, le prix entend offrir une ressource rarement accordée aux artistes militants : du temps. Pas d’œuvre à produire ni de restitution artistique imposée : seul un retour d’expérience, sous une forme libre, sera demandé. Jusqu’à 10 membres du collectif lauréat pourront séjourner trois jours et deux nuits au domaine Parenthèse, à Chambon-la-Forêt.
L’hébergement et les repas seront pris en charge, ainsi que les déplacements dans la limite de 1500 €. Des espaces seront mis à disposition pour travailler, réfléchir à la stratégie du groupe ou, simplement, se soustraire aux urgences quotidiennes. Les organisateurs présentent cette immersion comme un « temps protégé », destiné à renforcer la cohésion du collectif et à offrir un répit face aux risques d’épuisement militant.
Une proposition qui a immédiatement parlé à Cy, graphiste, illustratrice et autrice de bande dessinée, choisie comme marraine de cette première édition. Elle confie à ActuaLitté : « Pour être au contact de personnes bénévoles et militantes, et en étant moi-même une, je ne connais que trop bien le coût en énergie, en santé mentale et physique, d’un investissement pour le collectif. Le Prix SAIF est l’un des rares - le seul, peut-être - qui offre à un collectif une bulle de respiration. Il ne récompense pas seulement l’action, mais aussi l’investissement intrinsèque pour une cause et les humains qui luttent ensemble. »
Créé par la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe, en partenariat avec l’association Ce qui nous lie, le prix s’adresse aux collectifs d’artistes-auteur·ices qui placent la création au service de l’intérêt général. Les candidatures pouvaient relever de la défense des droits, de la justice sociale, de la lutte contre les discriminations, de l’écologie ou de la protection des biens communs.
La récompense vise ainsi les groupes qui utilisent l’art comme outil d’action, de transmission, de résistance ou de transformation sociale. Elle doit être remise le 13 septembre 2026, lors de la première édition du festival littéraire et artistique Les Muses.
Le choix d’un prix collectif correspond à l’histoire même de la SAIF. Fondée en 1999 par des artistes désireux de défendre ensemble leurs droits, la société de gestion collective représente près de 9000 architectes, photographes, graphistes, illustrateur·ices, plasticien·nes, designer·euses et autres créateurs des arts visuels (8657 sociétaires au 31 décembre 2025). Elle perçoit et répartit notamment les droits issus de la copie privée, de la reprographie, du prêt en bibliothèque ou de la diffusion des œuvres.
Pour Cy, le « faire ensemble » ne constitue ni un supplément d’âme ni un simple thème de discours. Il est à l’origine des droits dont bénéficient aujourd’hui les créateurs. « Toutes les avancées - et je ne parle pas seulement des artistes-auteur·ices - sont l’œuvre d’une lutte commune. Je bénéficie actuellement d’un héritage collectif pour nos droits, de centaines de personnes qui ont œuvré ensemble pour le bien commun. Mon militantisme prend racine dans cet état des lieux : redonner, préserver et avancer. »
Cette conviction traverse également ses bandes dessinées. « C’est une thématique très transversale dans mes ouvrages : seul·e, on va certes plus vite ; ensemble, on va plus loin. »
Ce nouveau prix apparaît dans un contexte où les créateurs restent confrontés à une forte précarité et à des protections sociales incomplètes. Les constats repris en 2025 par la SAIF à l’issue d’une mission parlementaire indiquaient que 43 % des artistes-auteur·ices vivaient sous le seuil de pauvreté, tandis que 3,4 % d’entre eux concentraient 48 % des revenus artistiques. La société d’auteurs soutient notamment la mise en place d’une continuité de revenus et l’accès des créateurs à l’assurance chômage.
À ces inégalités s’ajoute le dossier de l’Agessa. Pendant plusieurs décennies, des artistes-auteurs qui pensaient cotiser pour leur retraite n’ont pas acquis les droits correspondants, faute de prélèvement de leurs cotisations vieillesse. Environ 190.000 créateurs pourraient être concernés, selon les estimations régulièrement citées dans ce dossier.
Cy replace le prix dans cette histoire des mobilisations professionnelles : « Nous n’avons pas le choix : il faut lutter activement pour la préservation et l’avancée de nos droits. Cette lutte n’est pas unilatérale ; il y a plein de manières de résister ensemble, en rejoignant des associations ou des syndicats, ou en aidant à son niveau par la pédagogie, les dons, etc. »
Et d'être formelle : « Sans le collectif, pas de Sécurité sociale, pas d’avancées du droit du travail, pas d’aides… Et, dernièrement, chez les artistes-auteur·ices, pas de lutte pour faire reconnaître le scandale de l’Agessa et accéder à la continuité des revenus. »
Le collectif intervient aussi en amont des revendications, au cœur même du travail artistique. Les discussions entre pairs, la circulation des références et la confrontation des pratiques permettent, selon l'autrice, de déplacer les habitudes individuelles. « Sans le collectif, on ne fait pas émerger de nouvelles idées. C’est en dialoguant, en partageant avec mes collègues et mes ami·es, en m’abreuvant du travail d’autrui, que j’ai ouvert de nouvelles portes créatives. »
Autrice du Vrai Sexe de la vraie vie, de Radium Girls et, avec Marc Dubuisson, de la série Ana et l’Entremonde, Cy développe un travail dans lequel les enjeux sociaux, les rapports de pouvoir et les formes d’émancipation occupent une place récurrente. Formée au graphisme, elle a travaillé comme directrice artistique avant de se consacrer à ses projets d’illustration et de bande dessinée.
Dans Radium Girls, elle raconte le destin des ouvrières américaines empoisonnées dans les années 1920 par la peinture au radium utilisée dans l’industrie horlogère. Au-delà de la catastrophe sanitaire, le récit met en scène leur amitié et leur mobilisation commune face à leur employeur.
Pour Cy, toute création s’inscrit nécessairement dans une organisation du monde, même lorsqu’elle ne se revendique pas militante. « Créer, c’est politique. Et quand un artiste clame que son œuvre n’est pas politique, c’est un positionnement politique. A contrario, toutes les œuvres ne sont pas forcément engagées : il y a une distinction intrinsèque. »
Elle constate : « L’art est un soft power incroyablement puissant. Nous sommes des créateurs et créatrices d’images, de textes et de sens. Quand on mélange l’art à l’engagement militant, le résultat n’en est que décuplé. »
L’engagement peut être placé au centre du récit, ou apparaître de manière moins frontale. « Personnellement, mes engagements et mes valeurs perfusent mon travail, que ce soit au premier plan avec ma bande dessinée Radium Girls, ou en arrière-plan avec Ana et l’Entremonde, à travers les thèmes abordés en toile de fond. Dans mon travail, l’un ne fonctionne plus sans l’autre. »
La remise du prix se déroulera pendant Les Muses, un nouveau festival consacré à la littérature, à la bande dessinée, à l’illustration et aux arts graphiques. Organisée à Chambon-la-Forêt, dans le Loiret, cette première édition revendique une implantation rurale et la volonté de rapprocher les artistes de publics éloignés des grandes métropoles culturelles.
Le domaine Parenthèse s’étend sur cinq hectares au cœur de la forêt d’Orléans. Ses 22 petites maisons ont été personnalisées par différents artistes-auteur·ices, parmi lesquels Cy, Mona Chollet, Benoît Peeters, Salomé Saqué ou Mathou. Depuis son ouverture en 2021, le lieu a accueilli plus de 70 retraites créatives et résidences.
Pour Cy, cet environnement n’est pas un simple décor. Elle connaît personnellement Samantha Bailly et Antoine Fesson, qui portent le projet Parenthèse, et y a elle-même travaillé à plusieurs reprises. « Depuis des années, ils s’appliquent, à travers cette initiative, à créer un havre de paix créatif au cœur de la forêt de Chambon. Samantha est une amie de longue date et j’ai vu chaque étape de ce projet, qui prend toujours plus d’ampleur. »
Elle y a séjourné de nombreuses fois, « pour les aider, pour mener des retraites créatives » ou pour se « ressourcer ». « J’y ai écrit nombre de pages de scénario et réalisé une quantité conséquente de croquis, dans cette forêt hors du temps. Le festival Les Muses est un nouveau maillon de cette chaîne d’ébullition créative. »
Le programme du 13 septembre doit mêler rencontres, tables rondes, ateliers, lectures dessinées, dédicaces et marché d’artisans. Plus d’une dizaine d’invité·es sont annoncés, parmi lesquels Mona Chollet, Salomé Saqué, Benoît Peeters, Samantha Bailly, Julien Neel ou Boulet.
Interrogée sur le collectif idéal à récompenser, Cy ne trace pas de profil précis, mais fait émerger une exigence essentielle : « Qu’il soit aussi tourné vers les autres. Il ne faut pas avoir la sensation qu’il privilégie uniquement un entre-soi. Le bien commun doit être commun à tous et toutes. »
En ne demandant ni résultat immédiat ni nouvelle production, le Prix La SAIF x Ce qui nous lie déplace la définition habituelle d’une récompense artistique. Il distingue moins une œuvre achevée qu’une manière de s’organiser, de transmettre et de durer.
La création y est envisagée comme une force collective, mais le repos aussi. Une façon de rappeler que les luttes ont besoin de dessins, de textes et d’images - autant que de temps pour celles et ceux qui les portent.
Crédit Photo : Cy (© Lisa Miquet)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 01/11/2016
223 pages
Les éditions Lapin
12,00 €
Paru le 08/02/2018
210 pages
Les éditions Lapin
12,00 €
Paru le 26/08/2020
144 pages
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22,00 €
Paru le 21/09/2022
104 pages
Glénat
16,95 €
Paru le 20/09/2023
104 pages
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16,95 €
Paru le 02/01/2025
104 pages
Glénat
18,00 €
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NAUWELAERS
22/07/2026 à 23:59
Eh bien non, madame, certaines créations artistiques de toutes époques ne revendiquent absolument rien sur le plan politique et sociétal et ont fait rêver les foules depuis des décennies.
Je crois certes à l'engagement collectif nécessaire pour défendre des droits bafoués.
C'est très important.
Mais évitez ce travers gravissime d'embrigader de force des oeuvres qui ne s'inscrivent pas dans un contexte de luttes, de dénonciations diverses etc.
Divers types d'oeuvres peuvent cohabiter et on n'a pas le droit de proclamer qu'une oeuvre non politique l'est tout de même par essence.
C'est de l'escroquerie intellectuelle.
C'est totalement abusif.
Autre chose: dans cette présentation, un manque absolument criant...
Pas un traître mot sur ce qui ressemble à une prise de pouvoir de l'IA sur le monde culturel (entre autres) !
Au point que des livres créés par l'IA peuvent être vendus sous le nom d'un auteur bien réel qui n'a rien à voir...
Un article édifiant est paru sur ce thème -avec un exemple concret et justement dénoncé -sur ce site.
Une usurpation d'identité gravissime et contre laquelle il est encore très difficile de réagir: un comble !
Outre vos combats dont je ne conteste nullement la nécessité, cela me semble une priorité totale...absente donc dans cet article.
Et svp, ne pas politiser la beauté et la créativité qui tient à s'affranchir du quotidien...
C'est un choix et on a l'obligation de le respecter.
L'imaginaire a encore ses droits, contre les embrigadements d'ailleurs contre-productifs.
Bonne chance quand même.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
23/07/2026 à 07:53
NAUWELAERS je suis à la fois d'accord et pas d'accord avec vous.
L'étymologie grecque, "la vie de la cité" , donnerait raison à l'auteur, quoique...
Et par ailleurs je vous suis tout-à-fait dans votre démonstration.
NAUWELAERS
23/07/2026 à 21:38
Merci Marie mais peut-être à l'occasion, pourrez-vous développer plus avant votre réfkexion à ce sujet.
La vie de la cité: oui, mais de nombreuses oeuvres -et surtout pas toutes évidemment -ont justement le droit de s'affranchir de la vie de la cité pour nous emmener ailleurs voire plus haut...en cas de vraies réussites artistiques, de vraie inspiration, de vraie vision.
La sphère artistique ne doit pas systématiquement être tenue en laisse voire prise en otage par la vie courante...
Quand je vois qu'un nouveau film se déroule dans une unité de soins pédopsychiatriques, pour moi c'est du reportage et non du cinéma.
Pas envie pour un cinéphile vétéran comme moi...
Ce mélange des genres permanent et qui devient obligatoire, je le fuis comme la peste aujourd'hui car trop c'est trop.
Du harissa sur mon couscous: parfait !
Une assiette de harissa avec deux grains de semoule et demi, je dis non...
Mais tout cela se discute en toute courtoisie, pas comme sur les réseaux dits sociaux !
Bonne continuation.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
24/07/2026 à 15:35
Bien d'accord avec vous, l'inspiration actuelle cinématographique engendre du "reportage" et non un récit- fiction qu'est le film.Je fuis comme vous. Le manichéisme a de beaux jours (encore) devant lui. Je suis atterrée lorsque je vois des gens connus devenir acteurs sans "avoir rien appris". Avez-vous perçu comme une foultitude d'acteurs "mangent" les mots, sont très difficiles à suivre dans leur propos. Ma conclusion : peu importe leurs dire, les "yeux" sont pris et c'est suffisant...C'est politique.
Revenons à "la vie de la cité. "Vous démontrez fort bien que des réussites cinématographiques se suffisent à elles-mêmes hors politique.
Quentin Dupieu a signé un film massacreur du nouveau métier lucratif d'influenceur:" L'accident de piano". C'est politique??
Pour conclure, ni bien ni mal, c'est moi qui décide si c'est politique ou pas. Et au fond je m'en balance.
Acceptez mes excuses si je suis encore difficile à comprendre.
NAUWELAERS
25/07/2026 à 23:03
Marie,
Là je vous comprends parfaitement, Marie...reçu 5 sur 5 et totalement d'accord avec vous !
En gros, ras-le-bol de ceux et celles qui instrumentalisent leur domaine d'expression (et surtout pas leur art, cela ne les concerne pas !) pour nous asséner leurs convictions.
Je préfère Bardot, Marilyn et Kim Novak (et moult autres), de merveilleuses actrices qui nous ont fait (voire nous font encore) tant rêver (je me fous de leurs déclarations politiques, vous voyez à qui je fais allusion: je m'en fous: elle me fait rêver sur l'écran et même en chansons, pour certaines d'entre elles au moins, pas les ligues de vertu), à des Delphine Seyrig ou Adèle Haenel...
Cette dernière est totalement rebutante voire répulsive.
Mais je reconnais que c'est subjectif...
On n'a pas le droit de prendre l'art en otage...ou alors on exprime des convictions, révoltes, manifestes divers mais avec un grand talent qui transcende le propos de base !
Mais tous les cinéastes dits engagés ne sont pas capables de nous donner «Le Cuirassé Potemkine» ou «Le Jour Le Plus Long»...pour ne mentionner que le domaine du cinéma ici !
Tout ne doit surtout pas être politique, je suis prêt à pilonner ce mensonge matin, midi et soir.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
26/07/2026 à 09:15
Nauwelears je vous remercie. Adèle Haenel me révulse. Elle s'en est pris moralement ! à W. Allen et Polanski. J'ai lu la biographie rigolote et censée de Allen, l'actrice Haenel est une inculte .Moi aussi je n'ai que faire des positions politiques ou autres d'artistes, acteurs, chanteurs que j'aime...J'ai récemment bavardé une heure avec un Iranien résumant ainsi : "ce sont les médias qui font LA GUERRE". Il part en vacances dans son pays sans problème...m'invitant à y retourner après autorisation des RG. C'est politique???
Sab
31/07/2026 à 12:15
Les collectifs d'artistes auteurs autoédités peuvent-ils candidater ?