Celle que je suis raconte le silence d’une femme que l’emprise conjugale a rendue presque invisible. Invitée de notre émission L'Été dans les pages, Claire Norton nous parle de Valentine, celle vit derrière les murs de sa peur, avec son fils comme seul point de lumière. Une rencontre, celle de Suzette, ouvrira une brèche. Mais à quel prix ? Ce roman de violence, mais surtout de reconquête : retrouver sa voix, son nom, sa place, et peut-être enfin celle que l’on est.
Le 20/07/2026 à 13:58 par Nicolas Gary
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20/07/2026 à 13:58
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Valentine peut écrire ce qu’elle subit ; elle ne parvient pas encore à le nommer. Celle que je suis loge toute la tension dans cet intervalle : entre les faits consignés et la violence reconnue, entre le silence d’une femme et la voix extérieure qui rend le départ pensable.
Claire Norton est notre invitée de l'été, pour cette nouvelle émission, à écouter ci-dessous :
Publié en avril 2021 chez Robert Laffont, ce quatrième roman fait travailler son héroïne dans une librairie. Valentine vit depuis seize ans avec Daniel. Leur fils Nathan reste son point de lumière ; les livres lui ménagent une échappée. Dans ce quatrième épisode de L’été dans les pages, l’autrice revient sur une matière qu’elle ne revendique pas comme une pure invention : « […] toutes les scènes du roman ont été réellement vécues. »
Cette affirmation est la sienne. Elle dit avoir passé du temps avec des femmes confrontées à ces situations pour saisir ce que l’emprise fait au quotidien : elle isole, brouille les repères et rend l’inacceptable presque ordinaire. Le roman suit ce travail souterrain de la peur.
Au mot de « refuge », Claire Norton préfère celui d’ouverture, une nuance qui change la donne : Valentine ne lit pas seulement pour se cacher, mais pour retrouver, quelques pages durant, la possibilité d’un ailleurs. « Parce que chaque fois que vous avez un livre, vous avez un monde nouveau. Et le seul monde réel de Valentine, c’est l’horreur qu’elle vit chaque jour, chaque soir quand son mari rentre. »
Le journal intime prolonge ce mouvement, avec une fonction plus secrète encore. Valentine y dépose ce qu’elle ne peut formuler devant les autres. « Parce qu’en fait le journal intime, pour elle, ça devient d’abord un espace clandestin de survie mentale. C’est non seulement le seul endroit où elle peut penser et exister librement, mais c’est aussi et surtout le moyen de montrer de l’intérieur les effets de la violence conjugale. »
La page n’apporte pas immédiatement la lucidité. Elle retient pourtant ce qui se défait : « La solitude, la confusion, la perte de repères. » Le lecteur comprend avant Valentine, puis attend qu’une parole venue d’ailleurs rompe le huis clos.
Cette parole appartient à Suzette, la voisine. Elle écoute, observe et nomme ce que l’héroïne minimise. Surtout, elle déplace le regard vers Nathan. « […] c’est également grâce à Suzette que Valentine va prendre conscience que son enfant, son fils est également une victime de violence conjugale. »
Valentine s’était jusque-là construit une frontière protectrice : « Son mari n’était pas un bon mari mais était un bon père, au prétexte qu’il n’avait jamais frappé son enfant. » Lorsque cette certitude tombe, le mouvement devient possible : « […] ce qu’elle n’a jamais pu faire pour elle, elle va devoir le faire pour son fils. »
Claire Norton insiste ainsi sur la nécessité d’un regard informé. Les signes peuvent rester invisibles aux proches comme aux collègues, précisément parce que les victimes dissimulent leur réalité et que l’isolement fait partie du mécanisme.
« Mais quand on n’est pas sensibilisé à cela, c’est vrai qu’on peut passer à côté de beaucoup de femmes qui le vivent au quotidien, parce qu’elles passent beaucoup de temps à masquer leur réalité et que finalement la seule chose qui puisse les aider c’est une aide qui vient de l’extérieur. »
Restituer cette vie sous contrôle exigeait d’abord une écouten souligne l'autrice pour qui « […] l’écriture devient réellement authentique à partir du moment où vous êtes en capacité de retranscrire les émotions des gens ».
Elle ne sépare pas cette recherche de ce qu’elle provoque chez elle : « Et moi pour comprendre ce qu’elles vivent, j’ai passé beaucoup de temps avec elles à vraiment comprendre ce qu’était pour elles, leur quotidien, leur peur, et une fois que vous les entendez, que vous êtes imprégnés de ce qu’elles vivent, bien sûr que c’est difficile, bien sûr qu’à certains moments, vous ne pouvez pas ne pas faire le lien avec vos propres enfants. »
La romancière évoque alors sa propre fille : « Moi j’ai une fille, j’espère vraiment qu’elle n’aura jamais à vivre cette horreur là parce que c’est absolument insoutenable et qu’on est très très loin d’imaginer quelle est l’horreur réellement de leur quotidien. »
Son intention tient dans une formule sans détour : « Et moi ce que je voulais avec ce roman c’était leur donner cette parole, c’est-à-dire montrer cette vérité brute sans chercher à amoindrir un peu ce qu’elles vivent. »
Le chiffre d’environ 270.000 victimes avancé au cours de l’entretien appelle toutefois une précision. Pour 2024, le ministère de l’Intérieur indique que les services de sécurité ont enregistré 272.400 victimes de violences commises par un partenaire ou ex-partenaire, dont 84 % de femmes. Le SSMSI souligne parallèlement qu’une victime sur six seulement porte plainte. Ce total mesure donc les situations enregistrées, et non l’ensemble des violences subies.
L’entretien ramène finalement le titre du singulier au collectif. « On est tous concernés par ce sujet. » Une collègue, une amie, une fille ou un enfant peuvent placer cette violence dans le champ de chacun. À la suggestion de renommer le livre Celle que nous sommes, Claire Norton répond avec humour : « Celle que nous sommes. Je vais demander à changer le titre. »
L'été dans les pages avec Claire Norton parcourt les sept premiers romans de l’autrice, pour aboutir aux Enracinés, dont le premier tome est annoncé pour le 13 août 2026.
Crédits photo : Claire Norton - ActuaLitté, CC BY SA 4.0
DOSSIER - Un été dans les pages : Claire Norton en huit romans, podcasts et confidences
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 01/04/2021
432 pages
Robert Laffont
20,00 €
Paru le 07/04/2022
398 pages
9,00 €
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À la librairie Bisey de Mulhouse, Sarah Bio défend un roman court mais saisissant. Avec Nous n’avons rien à envier au reste du monde, sélectionné pour le Prix Frontières 2026, Nicolas Gaudemet met en scène une histoire d’amour sous contrainte, dans une Corée du Nord où les sentiments eux-mêmes deviennent suspects.
19/03/2026, 15:46
Dans une librairie de Mulhouse, une conversation s’ouvre autour d’un premier roman qui ne laisse pas indifférent. Les Certitudes, de Marie Semelin, entraîne le lecteur dans une fresque humaine où les trajectoires individuelles croisent la grande histoire, entre Jérusalem et Ramallah. Pour Raphaële Gueit, libraire à la librairie 47° Nord, le livre frappe d’abord par sa capacité à mêler souffle romanesque et profondeur politique.
07/03/2026, 09:30
Un homme se réveille sous terre, sans explication, contraint de ramper dans un boyau obscur. Avec Mouette, Dimitri Rouchon-Borie signe un roman exigeant qui transforme l’enfermement en expérience de lecture. Romain, libraire au Grain des Mots à Montpellier, revient sur un texte qui éprouve, dérange, et continue de travailler le lecteur bien après la dernière page.
10/02/2026, 16:54
Dans la librairie Albin Michel du boulevard Raspail, la discussion glisse vite du simple conseil de lecture vers une immersion totale dans l’univers d’Eldorado, le roman graphique de Marcello Quintanilha. Clément Doucet replace d’emblée l’ouvrage dans une perspective historique et sociale large, rappelant qu’il s’agit d’un récit qui traverse plusieurs décennies d’histoire brésilienne, tout en restant profondément ancré dans l’intimité familiale.
02/02/2026, 16:23
Avec L’Arche de Mère, Pierre Bordage signe un space opera ample et habité, où l’aventure cosmique se double d’une interrogation grave sur l’amour, la foi et la survie collective. À la librairie La Dimension Fantastique, Julien revient sur une lecture marquante : un roman qui embrasse le spectaculaire sans jamais renoncer à l’intime, et qui rappelle combien la science-fiction peut encore parler au cœur autant qu’à l’esprit
31/01/2026, 18:39
Ni méthode clé en main ni discours théorique : 12 ateliers d’écriture créative, d’Isabelle Mercat-Maheu, propose une approche sensible et progressive de l’écriture. À travers le regard de Louise, libraire au Rêve du papillon, le livre se révèle comme un outil d’accompagnement, pensé pour lever les blocages et remettre la pratique au centre.
24/01/2026, 11:55
Dans l’ombre des salles de classe, les délégués pédagogiques façonnent silencieusement le lien entre enseignants, élèves et livres. À travers le parcours de Laura Gilles, c’est toute une vision exigeante et incarnée de la transmission des langues qui se dessine.
19/01/2026, 17:00
Présent dans la dernière sélection du prix BD Fnac France Inter 2026, Silent Jenny de Mathieu Bablet déploie une science-fiction grave, traversée par la perte et l’éco-anxiété. À travers le parcours de Jenny, le récit interroge ce qu’il reste à transmettre quand le monde d’avant a déjà disparu.
02/01/2026, 16:44
Sélectionnée dans la dernière liste du prix BD Fnac France Inter 2026, Soli Deo Gloria serait un roman graphique qu’on ne mesure qu'en l’ouvrant, nous assure Cédric, libraire à la Fnac Lille. Une fresque sombre et lumineuse où la musique s’invente en images, portée par le destin de deux jumeaux arrachés à la misère.
02/01/2026, 16:35
À la Fnac La Défense, au cœur d’un matin volontairement matinal, la discussion s’engage autour d’un livre qui ne laisse pas indemne. Sibylline. Chroniques d’une escort girl, roman graphique de Sixtine Dano publié chez Glénat, s’impose d’emblée comme un objet singulier, à la fois fragile et frontal. Sélectionné pour le prix BD Fnac France Inter 2026, l’ouvrage fait l’objet d’un regard attentif et sensible de la part de Virginie, libraire, lectrice… et mère.
02/01/2026, 16:27
À la Fnac Bercy, la discussion démarre presque comme un jeu de rôles. Lionel Viscogliosi sourit : le général de la BD nous accueille dans son bureau et le décor est posé : Les Gorilles du Général n’est pas une bande dessinée sur le pouvoir vu d’en haut, mais sur celui qui s’exerce dans les angles morts, dans les couloirs, dans les voitures aux vitres closes. Une politique vécue à hauteur d’hommes – et de corps.
02/01/2026, 16:23
Il suffit parfois d’une couverture pour déclencher un trouble. Celle de Ces lignes qui tracent mon corps, de Mansoureh Kamari publié chez Casterman, agit comme un aimant discret. Un regard, à la fois frontal et fuyant. Une promesse de récit intérieur. Figurant dans la sélection des cinq albums du prix BD Fnac France Inter 2026, ce roman graphique marque entre douceur du trait et violence du propos.
02/01/2026, 16:21
Le dépôt-vente, ce sont ces circuits parallèles aux lieux habituels de commercialisation des livres, pour toucher d’autres publics. Sophie Caillat, fondatrice et directrice des Éditions du Faubourg, maison indépendante lancée en janvier 2020 et Kézia Lacour, nous raconte comment leur vie a changé dans la gestion de ces stocks, par nature éparpillés…
08/12/2025, 16:33
Quand il se présente, Maxime Garbarini esquisse un sourire timide, presque incrédule face au chemin parcouru. Il se décrit d’abord simplement comme « dessinateur et auteur de comics dans mon temps libre ». Et pourtant, quinze ans après la naissance de Close Call Comics, ce label indépendant devenu, presque malgré lui, une petite pépinière internationale, force est de constater que son univers est désormais solidement bâti, réfléchi, exigeant — à son image.
22/11/2025, 16:01
Dans Rattraper l’horizon, Khosraw Mani retrace l’itinéraire d’un jeune Afghan sans nom, propulsé des étendues immobiles d’un village isolé vers la violence vibrante de Kaboul. À L’Opuscule, le libraire Waldeck raconte la découverte de ce roman singulier, « un ovni littéraire », dont l’écriture incisive, les résonances féministes et la puissance d’évocation continuent de travailler longtemps après la lecture.
17/11/2025, 09:30
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6 Commentaires
Marie
21/07/2026 à 16:24
Bien sûr que les problèmes de société nous concernent tous. Mais si on arrêtait de mettre l'accent sur tout ce qu'il y a de "négatif" dans nos vies, on vivrait mieux...Ce sont les médias qui font la guerre, me disait hier un Iranien en partance (vacances) dans son pays ...Comme si de rien n'était...
Et ce média par auteur interposé utilise le qualificatif "conjugales" pour qualifier des violences, alors que l'institution "mariage " n'existe presque plus et, le cas échéant, dure de moins en moins...
NAUWELAERS
01/08/2026 à 00:28
Bravo Marie.
Et désolé, les hommes qui aiment leur femme ou amie et la traitent bien, pourquoi diable seraient-ils concernés par les dysfonctionnements et abus de certains ?
Qui sont ultraminoritaires en dépit d'une certaine désinformation crasse qui pourrit l'atmosphère et crée tant de dégâts sociétaux ?
Si mon voisin est un voleur, je n'en suis pas un.
Chacun et chacune est responsable de ses actes propres.
Arrêtons d'utiliser abusivement ce «tous», qui a surabondé comme de mauvaises herbes envahissantes avec cette affaire Pélicot qui a incité certains et certaines idéologues délirantes à faire accroire que tous les hommes seraient capables de tels crimes: le père, le frère, l'oncle etc.
Cela s'appelle: amalgames et stigmatisations scandaleuses !
Le problème orwellien est que ces délires nauséabonds, à force d'être martelés partout par des médias complices et des essayistes hors sol et coupés -et coupées-de la vraie vie, finissent par s'imposer, grégarisme imbécile oblige...
Et je suis hélas obligé de préciser que mes philippiques ne justifient en rien ceux qui perpètrent des crimes contre les femmes (ni les criminels en général d'ailleurs) !
Cela paraît évident mais certains yeux ne voient qu'au travers de déformations idéologiques.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
01/08/2026 à 18:29
C. Nauwelaers, "concernés" ne signifie en rien "partie prenante". C'est une info supplémentaire...Mais qu'est-ce qu'on y peut? A (long) terme voter pour désigner un parti qui a promis de concocter une loi pour punir cette "violence"? Du vent. Les manifs hurlantes donnent bonne conscience, j'ai mieux à faire. Je hais le "collectif" , où le pire se marie avec le meilleur. "Suivre" n'est pas "être". Ex "je suis Charlie".Qui suis-je, à la queue leu leu?
Non mais
10/08/2026 à 18:37
Vous vous énervez beaucoup, pour quelqu'un qui n'a rien à se reprocher.
Ce n'est d'ailleurs pas le propre des personnes irréprochables que de dire d'elles-mêmes qu'elles sont irréprochables.
Quant à la "désinformation crasse", elle s'appuie au contraire sur des données chiffrées issues d'enquêtes interministérielles.
Pas tous les hommes, mais quasiment que les hommes.
On rappellera qu'en France la non-assistance à personne en danger est un délit qui peut vous coûter 5 ans de prison et 75 000 € d'amende.
Marie
11/08/2026 à 10:10
Mais oui, c'est vous le crédule, réveillez vous, ne faites pas l'innocent.
NAUWELAERS
11/08/2026 à 17:55
Non mais,
Votre réponse ne vaut rien car on ne sait même pas à qui elle s'adresse !
Et mes amis et moi-même n'avons strictement rien à nous reprocher quant à notre conduite vis-à-vis des femmes.
Rappel: l'amalgame est un procédé totalement malhonnête voire dégueulasse.
Salutations.
CHRISTIAN NAUWELAERS