Un pays jamais nommé s’effondre derrière eux ; devant, toutes les routes filent vers le nord. Dans Septentrionale, Karim Kattan lance Maryam et Joseph à travers une nuit de guerre, de prodiges et de souvenirs. Porté par les trajectoires queer de ses deux protagonistes, ce roman de l’exil mêle argot, visions cosmiques et tendresse sans édulcorer les violences héritées. Une traversée saisissante, parfois freinée par des symboles trop appuyés. Sortie le 4 septembre.
Le 17/07/2026 à 10:37 par Nicolas Gary
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17/07/2026 à 10:37
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Tout part vers le nord. Les voitures, les familles, la peur. Maryam quitte Iunu au crépuscule ; près du poste-frontière ruiné de Tjeku, elle recueille Joseph, resté un jour de trop à Mafkat pour un homme et un lever de soleil. Ils viennent d’Urusalim. Elle cherche ses parents et, peut-être, Hind ; il veut retrouver sa mère et Nour. Derrière eux, le territoire brûle, tremble, se vide.
Devant, Ijon, Arqa, puis l’inconnu. La catastrophe dure depuis si longtemps qu’elle s’était confondue avec l’ordinaire : « Incroyable comme ça peut aller, comme c’est rien, puis un jour, ça ne va plus, c’est quelque chose. » Cette fois, ça ne va plus. Alors la voiture bondit.
De 17 heures à l’aube, les chapitres scandent une course presque en temps réel. Ce compte à rebours donne sa poussée au récit, mais la route ne file jamais droit : chaque secousse ouvre une chambre de mémoire. Une enfance battue, Younis emprisonné, le grand-père horloger, les amours interrompues remontent dans l’habitacle avec les pommes, les bonbons, les slips soigneusement pliés et la batterie vide d’un téléphone.
Le quotidien ne disparaît pas sous la guerre. « Ces réalités ne s’annulent pas. Qui a vécu la guerre le sait. » C’est même dans leur collision que Kattan trouve son ton. Quand le merveilleux dresse un sphinx sur le chemin, Joseph lui oppose ce trait définitif : « Nique ta race le sphinx. » Le sublime vient de rencontrer un type épuisé. Le roman respire.
Maryam et Joseph ne pensent pas à la même vitesse. Elle conduit comme on reprend possession de son corps, avec l’instinct acquis auprès d’une mère violente et le plaisir presque sensuel de l’accélération. Lui boude, plaisante, désire, panique ; sous la désinvolture affleure la peur de rendre les coups reçus. La troisième personne épouse leurs monologues jusqu’à glisser vers le tutoiement intérieur.
La syntaxe suit : phrases cassées, reprises, listes qui débordent, brusques envolées. L’argot n’annule jamais la ferveur. Il lui évite de poser. Et Joseph comprend que la fuite porte un autre nom : « Non, ce qui nous pousse tous, comme des dingues, vers le nord, c’est l’amour. »
La voiture devient arche, refuge, confessionnal, dernier morceau de pays. Ceux que Maryam accueille en chemin ne sont pas de simples passagers : chacun oblige les deux protagonistes à décider ce qu’ils sauveront d’autrui et d’eux-mêmes. Rien n’est propre. La bonté voisine avec la lâcheté, le pardon avec la brutalité. De cette nuit moralement cabossée émerge pourtant une phrase droite : « Sauver une personne, un jour, voilà pour quoi on existe. »
La fable perd cependant de sa force lorsque Kattan explique ce que ses images avaient déjà fait sentir. Le nord comme désir, le territoire comme corps, la brutalité logée dans la poitrine : les motifs reviennent, d’abord incantatoires, puis parfois soulignés.
Même réserve devant le bestiaire de la débâcle. Loups, sauterelles, monstre marin, ciel sanglant et métamorphoses composent un merveilleux saisissant ; leur superposition finit par émousser le choc. Nouh ou le vieil homme de Nahalal, remarquablement dessinés en quelques gestes, deviennent alors un peu trop visiblement les stations d’un parcours moral.
Mais le livre retrouve sans cesse la matière : une pomme, du khôl, une odeur de résine, une main tenue sur une plage. C’est là qu’il est le plus juste, lorsque la joie ne nie rien et persiste tout de même, ancienne, physique, presque insolente : « il y a un savoir-faire du bonheur. »
Septentrionale ne promet donc ni guérison ni refuge définitif. Son étoile indique une direction, jamais une arrivée : « Le nord. Le nord, jusqu’au prochain nord. » L’exil continue. La violence aussi. Mais l’amour, embarqué de force dans la voiture, refuse de descendre.
DOSSIER - Les romans de la rentrée littéraire 2026
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 04/09/2026
160 pages
Elyzad
19,50 €
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Lait cru, premier roman de Steve Poutré, paraîtra le 20 août 2026 aux éditions Les Escales. Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général, ce roman plonge le lecteur dans une ferme laitière québécoise où un enfant grandit au sein d'une famille marquée par les troubles psychiques, la rudesse du monde agricole et une violence omniprésente.
06/08/2026, 17:44
Elle le mangerait, roman de Nicolas Robin publié aux éditions Le Soir venu le 27 août 2026, suit une femme persuadée qu’une rencontre fortuite lui promet enfin l’amour, avant que cette conviction ne se transforme en obsession.
06/08/2026, 09:05
Les Souvenirs inachevés, roman de David Frèche publié aux Éditions du Rocher le 26 août 2026, raconte le retour aux sources d’un homme d’affaires dont les souvenirs d’enfance ressurgissent au contact du monde paysan.
06/08/2026, 08:00
Parus entre le 20 août et le 10 septembre 2025, six ouvrages voient déjà avancer les 461 romans annoncés pour la rentrée 2026. Plutôt que de rejoindre docilement le fonds, ils ont créé le FLOR, Fonds de lutte contre l’obsolescence romanesque. Décidés à ne pas se laisser impressionner, ils ont adressé à ActuaLitté un manifeste, préparant une contre-rentrée, avec la volonté ferme d'occuper les tables de librairie.
05/08/2026, 17:15
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