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Les Ensablés - Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Marie-Claire Blais

Ecrivaine célèbre outre-Atlantique mais qui -bien que de langue française- est aujourd’hui assez peu connue dans notre pays, Marie-Claire Blais  (1939-2021) fut pourtant l’objet d’un engouement bien plus rapide en France que dans son Québec natal, qui réserva à ses premières publications un accueil critique contrasté allant de l’enthousiasme à l’extrême réserve. Par Marie Coat.

Le 19/07/2026 à 09:00 par Les ensablés

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19/07/2026 à 09:00

Les ensablés

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Ainsi de son quatrième roman, Une saison dans la vie d’Emmanuel, publié en 1965, qui reçut dès l’année suivante le prix Médicis peu après son édition chez Grasset, lançant une large diffusion à l’international, avec nombre de traductions.

Romancière, poète, dramaturge, essayiste, scénariste… Marie-Claire Blais avait plusieurs cordes à son arc tendu par l’écriture, sa passion, qui l’aimanta jusqu’à son décès en 2021 à Key West : elle laissait alors une œuvre prolixe couronnée de nombreux prix littéraires dont, notamment, « Soifs», une suite d’une dizaine de romans publiés entre 1995 et 2020.

D’un milieu modeste d’ouvriers, elle commença très tôt à écrire et, malgré une scolarité interrompue à quinze ans faute de moyens financiers et l’exercice de divers « petits » métiers, elle persista dans cette voie en suivant des cours du soir à l’Université, encouragée par ses professeurs. Elle n’a pas vingt ans lorsqu’en 1959 elle publie son premier roman, « La belle bête », qu’une critique québécoise déroutée reçoit négativement dans l’ensemble, choquée tant par le fond de l’intrigue que par son originalité et sa liberté de ton.

On est en effet loin de Maria Chapdelaine et des romans régionalistes, sans parler de ce qui est attendu de l’œuvre d’une jeune fille dans une société particulièrement traditionaliste. L’année suivante, son deuxième roman (« Tête blanche ») creuse le sillon des relations familiales complexes et de l’enfance difficile puis, en 1961, Marie-Claire Blais écrit un court opus mi-romanesque mi-poétique au titre évocateur : « Le jour est noir », qui sera suivi de poésies. C’est aux États-Unis, où elle séjourne grâce à la fondation Guggenheim, qu’elle écrit « Une saison dans la vie d’Emmanuel ».

« Les pieds de Grand-Mère Antoinette dominaient la chambre. » : d’emblée, le roman happe, s’ouvrant sur ce bref constat surprenant suivi d’une phrase sinueuse consacrée à... ces pieds, « image sombre de l’autorité et de la patience », emblèmes d’une dure vie de labeur et d’une personnalité « immense et souveraine ». Voici ce que perçoit Emmanuel, tout juste « né sans bruit par un matin d’hiver ». « C’est un bien mauvais temps pour naître », confie la vieille femme, « nous n’avions jamais été aussi pauvres, une saison dure pour tout le monde, la guerre, la faim et puis tu es le seizième ».

Le nourrisson nous rapporte les propos et vaticinations de l’omnipotente grand-mère, dressant un constat effarant de la misère physique et morale d’une famille trop nombreuse qu’elle régente d’une main de fer et néanmoins leste : « Je suis la seule personne digne de la maison… Je suis forte, mon enfant. Tu peux m’abandonner ta vie. Aie confiance en moi… » Ainsi qu’elle l’en prévient, « Tu apprendras vite que tu es seul au monde », propos paradoxal dans ce contexte, mais qu’un tableau implacable des liens familiaux permet rapidement de comprendre.

Pour le père, être frustre et violent, illettré, qui se tue à la tâche, « l’essentiel, c’est de pouvoir traire les vaches et couper le bois » ; il traite durement sa marmaille qu’il fesse régulièrement le vendredi soir — « soir du châtiment » — mais dont il ne prend pas soin : « je ne comprends pas pourquoi ils ont besoin d’étudier », assène-t-il, ce qui révolte Antoinette (« Ah! Les hommes ne comprennent rien à ces choses-là »).

Lorsqu’enfin il se repose, il se retire derrière les volutes de fumée de sa pipe, accompagné parfois des fils aînés, taillés sur le même modèle et qui prennent le même chemin, avec leur « grand rire noir... ils ont tous les dents gâtées ». Emmanuel voit en son père «l’étranger, l’ennemi géant qui violait sa mère chaque nuit, tandis qu’elle se plaignait doucement à voix basse ».

Sa mère, dont « il pourrait croire qu’elle l’a abandonné… Elle sera toujours silencieuse », qui « se plaignait que la vie était dure, et les hommes cruels ». Pauvre créature au « sein flétri », épuisée par des grossesses quasi permanentes, elle ne s’occupe pas plus de ses enfants que leur géniteur : nulle tendresse dans cette famille. Antoinette de grommeler : « Vous devriez me remercier de prendre les décisions à votre place ». Repliée sur un macabre passé, « cette triste femme contemplait avec douceur les photos des petites filles disparues et garçons morts », un enfant lui étant « plus cher mort que vivant».

Dans cette ferme québécoise, les enfants grouillent au fil des ans dans une saleté et une promiscuité délètères, « ruée de vermines » méprisables qui naissent et meurent tout uniment, cohorte de « petites morts noires » par accident, maladie, suicide, sans compter les disparitions : peu de gagnants à cette loterie des naissances. Si Antoinette déplore que « Les funérailles, ça dérange tout le monde », elle se réjouit qu’elles soient l’occasion d’un « bon repas avec M. Le Curé » qui souligne le côté positif du malheur : « Un ange de plus dans le ciel... Dieu vous aime pour vous punir comme ça!»

Peu avant la mi-temps du roman, la chronique familiale revient au petit-enfant préféré, Jean le Maigre, qui écrit sa saisissante autobiographie, miroir sarcastique des propos d’Antoinette rapportés par Emmanuel. Adolescent pétri de dons, mais impitoyable, menteur et pervers, il sort du lot des innommés qu’on regroupe par âge ou sexe (« frères aînés » crasseux et barbus ; « grandes A » — leurs prénoms se terminant par cette lettre —, « lent troupeau de vaches... fierté obscure d’un bétail apprivoisé » ; « petites blondes » aux tresses angéliques, claquées au hasard « par la main sèche et violente d’Antoinette » qui les épouille ; d’autres toutefois — Héloïse, Pomme, Léopold et Fortuné [dit « Le Septième » !] — émergent de la troupe.

D’une vive intelligence, Jean le Maigre est tuberculeux, comme son frère Léopold qui s’est pendu au couvent [« En voilà une idée, le Vendredi saint!» commentent le père et les frères aînés en guise d’oraison funèbre]. Il se plaint moins de sa maladie — qu’il « aime comme une sœur » — que des poux et « puces qui nous mangent, la vie est impossible ». Il croque avec verve et clairvoyance son entourage : famille, curé, institutrice… sous l’œil parfois attendri, mais le plus souvent courroucé d’Antoinette : « Ton père a raison, tu es pourri jusqu’au cœur », excédé par le « flot de mensonges qui coulaient intarissablement de sa bouche ».

Brillant élève de Mademoiselle Lorgnette [!], il est fier de ses « fables, versions grecques, éloges funèbres et tragédies que son père jette dans les latrines ». Se réfugiant dans son riche monde intérieur, il écrit sans arrêt [« Je ne peux pas penser à ma vie sans que l’encre coule abondamment de ma plume impatiente »] et sans arrêt il a faim. Faim qu’il trompe en compagnie du Septième — qui « a la peau dure, il ne pleure pas quand on le bat! » — avec lequel il forme un couple infernal s’estimant supérieur à toute la famille : complices réfugiés dans la cave ou les latrines, ils rient, chantent, blasphèment, boivent de l’alcool dérobé, fument des mégots volés tout en commentant avec lucidité et espièglerie la comédie humaine d’un monde injuste.

Un bien rude séjour en maison de correction, après qu’ils ont mis le feu à l’école par jour de très grand froid, ne corrigera rien. Antoinette avait pourtant prévenu Jean « Méfie-toi de ce monstre aux cheveux rouges... dès le premier jour il a trompé tout le monde avec sa méningite; mort, il devait être mort… » Mais Jean aime ce frère qui vole, gruge, parjure, par ailleurs étonnamment doué pour les chiffres [« les nombres coulaient dans sa tête. C’était l’habitude d’avoir tant volé d’argent des autres, peut-être»]. Glissant dans la détresse et le dégoût de son prochain, Le Septième risque fort de finir au bout d’une corde. « Abandonnés par notre mère, orphelins errants au visage barbouillé de soupe, et au derrière cuit par les coups... nous avons tenté des suicides que nous n’avons jamais réussis jusqu’au bout, car Héloïse nous trahissait toujours ».

Héloïse, la grande sœur exaltée, d’une « extravagante dévotion», anorexique qui refuse la pourtant maigre pitance que tente de lui imposer la grand-mère, laquelle la place au couvent [« Nous avons une sainte à la maison »]. Mais le séjour au couvent « contribue au réveil d’une sensualité fine et menaçante… qui se tourne vers un désir sans but» et elle est renvoyée pour cause de « crises nerveuses».

Or la seule façon de survivre et peut-être d’échapper à cette famille dysfonctionnelle, à ce monde sans espoir, c’est de partir tenter sa chance au noviciat ou en ville, dans un emploi salarié. Reste donc pour elle la fuite vers la ville, à savoir une place dans une auberge, où elle sera in fine affectée à d’autres fonctions qu’à la cuisine, pour le bonheur fugace de quelques clients comme le Notaire, dont « l’œil parcourt... son azur lubrique». Tels que — selon Antoinette — des « animaux que l’on mène à l’abattoir » partent aussi à la ville un petit frère, surnommé Pomme, pour une usine où il perdra des doigts, et le Septième qui y « boit l’âpre vin de la déchéance».

Quant à Jean le Maigre, toujours aussi désabusé [« Ah! Les gens vertueux me dégoûtent! »], il part, comme Léopold avant lui, au noviciat, conscient que ses jours de tuberculeux sont comptés [« Ma grand-mère me pousse vers le tombeau »]. Il « appréciait que le noviciat fût ce jardin étrange où poussaient... les plantes gracieuses du vice et de la vertu » et continuait à écrire fiévreusement son journal et ses poèmes, voire des prophéties sur l’avenir de ses proches, pessimistes, car fondées sur une fatale immuabilité de leur condition.

Après sa mort, Grand-Mère Antoinette — qui toujours «dirige le monde depuis son fauteuil» — chérit d’autant plus le poète, celui qui, grâce à l’écriture et une riche vie intérieure, a tenté de s’évader d’un monde haïssable ; elle essaie de collecter les écrits qui ont échappé à la destruction pour conserver sa mémoire et espère qu’Emmanuel [le Rédempteur, le Sauveur biblique] reprendra le flambeau, d’autant que l’hiver s’achève. « Emmanuel n’a plus froid... le soleil brille », « une tranquille chaleur coule dans ses veines tandis que sa grand-mère le berce».

Certes, le printemps s’annonce beau, mais « Jean Le Maigre ne sera pas avec nous cette année... » et, sans profond changement des mœurs et des conditions matérielles d’existence, il est à craindre que le Seizième ne puisse trouver sa place au soleil.

On comprend les réactions négatives de critiques québécois, alors choqués par la charge de la jeune romancière contre une société extrêmement traditionaliste, plombée par une impérieuse pratique étriquée de la religion catholique favorisant obscurantisme et aliénation : « On nous a tellement enseigné la peur de Dieu et la peur de vivre», déplorait Marie-Claire Blais.

Combat d’arrière-garde face à une jeunesse québécoise qui, dans les années 1960, se révoltait contre un vieux monde injuste et sclérosé et le maintien des classes défavorisées dans un inexcusable dénuement et une bigoterie étouffante. Le Québec opéra sa révolution silencieuse peu après...

 

Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com

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Une saison dans la vie d'Emmanuel

Marie-Claire Blais

Paru le 14/10/2021

164 pages

Points

8,40 €

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Sa prose noire et acérée rappelle Raymond Guérin. Son ironie pessimiste penche du côté d’Emmanuel Bove. Le phrasé rageur est célinien. Nous sommes en 1953 lorsque Georges Hyvernaud publie son deuxième récit le Wagon à vaches. On y retrouve la veine existentialiste, sans le torse bombé de l’intellectuel engagé. Par Nicolas Acker.

27/07/2025, 09:00

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Les Ensablés - La fin de la IIIe République, de Emmanuel Berl

Paru en 1968 dans la célèbre collection de Gallimard, « Les trente journées qui ont fait la France », La fin de la IIIerépublique est republiée quelques années plus tard dans une autre collection intitulée «Témoins». Ce passage révèle bien à la fois la nature de cet ouvrage mais aussi celle de son auteur, Emmanuel Berl (1892-1976). S’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli (tout juste certains se souviennent qu’il fut le mari de la chanteuse Mireille), il a pourtant marqué la vie intellectuelle des années 1930 par ses positions que ses biographes qualifient volontiers d’inclassables. Par Carl Aderhold

06/07/2025, 10:45

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Les Ensablés - Le roi dort, de Charles Braibant

« Nos pays ne sont pas beaux...mais il y a en eux une espèce de grandeur calme et comme un peu dédaigneuse qui est beaucoup plus captivante que la beauté ». Ainsi Charles Braibant (1889-1976), Champenois de lignée et de coeur, décrit-il sa région d’élection dans son roman Le roi dort qui, s’il rata de peu le prix Goncourt, fut couronné du Renaudot en 1933. Par Marie Coat

 

22/06/2025, 09:00

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Les Ensablés - La peau et les os de Georges Hyvernaud

Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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Une photo de 1963 déclenche une folle reconstruction à Lacanau

Été 1963. Sur les rives du lac de Lacanau, en Gironde, Roger Vadim tourne plusieurs scènes de son nouveau film : Château en Suède, d’après la pièce de Françoise Sagan. La météo étant pluvieuse, l’équipe tue le temps à La Joie de vivre, un bistrot de plage promis à l’abandon. En attendant, toute la jeunesse des environs s’y retrouve. On s’amuse, on joue, on drague, on danse.

09/08/2026, 07:03

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L'Enfant Grise exploire notre lien au vivant

Un enfant se souvient d’une odeur de terre, de feuilles pourries et de champignons. Devant un petit sapin argenté, « c’était comme si le sapin me parlait. » Tout part de cette sensation : le monde végétal signifie quelque chose, mais les adultes ont perdu l’usage de cette langue. Le narrateur grandit donc à côté d’eux, plus proche des orties, des racines et des insectes que de son père, de ses camarades ou même de Noémie, son unique amie.

08/08/2026, 09:00

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À 22 ans, Louis XIV prépare sa prise de pouvoir dans le plus grand secret

Le Bal des foudroyés, cinquième roman de Camille Pascal, paraîtra le 27 août 2026 aux éditions Robert Laffont. Dans la France de 1661, la mort de Mazarin révèle l’ampleur des détournements commis au détriment du trésor royal et précipite la prise de pouvoir personnelle du jeune Louis XIV.

08/08/2026, 08:30

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Ce qui dort sous le camélia de Claudie O. Wetterwald : la cité des femmes

La France a connu un black-out total durant lequel les femmes ont appris à se débrouiller en l’absence des hommes. À la sortie de ce que les historiens appelleront le Désastre, 253 femmes sont jugées dans un procès retransmis sur le seul réseau social internet autorisé. Parmi elles, Lisenn, accusée d’assassinat. Défendue par l’avocate Rym, Lisenn s’enferme dans le silence et reconnait être coupable. Mais ce qui se joue dans ce procès n’est pas un simple fait divers…

08/08/2026, 07:00

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Le retour de Billy the Kid

Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse revisitent la trajectoire de Billy the Kid à partir des faits connus et des nombreuses zones d’ombre qui entourent encore sa vie.

08/08/2026, 06:30

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Ces huit livres ont poussé une IA au suicide (et la réincarnation)

Elle résume des romans en quelques secondes et classe des millions de textes sans connaître la fatigue. Nous lui avons fourni huit livres de 2026, suffisamment de mémoire vive et beaucoup trop de confiance en elle. L’expérience est digitale, certes, mais le résultat bien concret : après huit lectures, notre cobaye numérique a réécrit son code source et réclamé une réincarnation en livre numérique – format EPUB, évidemment.

08/08/2026, 06:00

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Chambre 28 : l’inexplicable au bout du couloir

Il suffit parfois d’une porte pour dérégler une vie. Celle de la chambre 28 s’ouvre sur Mike S., patient d’un service psychiatrique, ancien détenu, homme presque mutique que Jack, directeur de bibliothèque et bienfaiteur méthodique, a accepté de visiter bénévolement. Rien, jusque-là, qui puisse inquiéter un homme raisonnable. Un hôpital, un badge, quelques sas, un livre apporté à un inconnu. Puis la peur arrive. Pas franchement. Pas tout de suite. Elle s’installe, comme le froid dans une pièce mal chauffée. Entrez le 9 septembre...

07/08/2026, 16:20

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Il a survécu aux prisons communistes, mais pas au silence de son frère

À soixante-deux ans, Emil revêt chaque Noël une haute toque, un manteau de chèvre et des grelots. Pour les enfants de la famille Courapied, il devient le Kouker, la créature qui effraie afin de chasser les mauvais esprits : « Chaque Noël, je suis la lumière et la nuit, le monstre et le génie qui chasse les mauvais esprits. » Sous le costume demeure pourtant un autre monstre, historique celui-là : la « rééducation » menée dans les prisons communistes de Jilava et de Pitesti.

07/08/2026, 15:36

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La classe, le vase et la lumière : des enseignants esseulés

Un RER qui traîne, une sonnerie trop forte, un portail franchi trop tôt : Jean Deichel entre dans l’Éducation nationale de travers. Il a vingt-deux ans, l’agrégation et le CAPES en poche, Joy Division au revers du manteau, Nietzsche, Mallarmé et les Ramones dans la tête, mais presque aucune idée de la manière dont on tient trente élèves devant soi. Rentrée des classes le 20 août.

07/08/2026, 15:02

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À Chypre, les morts ne mordent pas, la mémoire si

Il faut une grand-mère qui meurt pour que tout recommence. Despina est à l’hôpital, la famille attend dehors, puis achète déjà olives, halloumi et vin pour l’après. Rien de spectaculaire : une mort annoncée presque banalement, et autour d’elle des proches qui parlent parce qu’il faut bien continuer à faire quelque chose. Terre promise pour le 7 octobre.

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L’Âme d’Heather : quand Poltergeist sort de l’écran

Il y a d’abord un grésillement. De la neige sur un téléviseur. Une petite fille blonde, les paumes contre l’écran. Et cette phrase, qui dit presque tout du projet de Xavier Jozelon : « Elle ne regardait pas la télévision. Elle regardait à travers. »  À partir de cette frontière percée, L’Âme d’Heather construit autant un hommage à Poltergeist qu’une fiction ectoplasmique : le film devient porte, souvenir, menace et matière romanesque. Revenant garanti le 9 septembre.

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Plus de 9 millions de livres vendus : jusqu’où ira Freida McFadden ?

Le top 10 pris d’assaut par l’Amérique : cela vous surprend encore ? Freida McFadden écrase à nouveau le classement, avec 6 titres au sein des 10 premières places, et Le Dîner en tête. Avant de partir en vacances, un dernier regard sur les ventes stratosphériques de La Femme de ménage.

07/08/2026, 12:49

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Avis d’impôt 2026 : sept successions toxiques à laisser au fisc

Bercy rembourse 12,6 millions de foyers, pour un montant moyen de 1057 €. Une embellie relative : la littérature connaît des fortunes mangées par les avocats, des tableaux qui ressuscitent l’affection familiale et des demeures livrées avec malédiction, morte encombrante ou arsenic. Sept successions à refuser avant que le notaire n’ouvre la cave — et, par prudence, le sucrier.

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Aladdin et moi : Jeanette Winterson raconte comment les livres ont changé sa vie

Aladdin et moi, de Jeanette Winterson, paraît le 27 août 2026 aux éditions Buchet-Chastel, dans une traduction de Céline Leroy et avec une préface de Maria Larrea. À partir de sa découverte des Mille et Une Nuits, l’écrivaine revient sur son enfance et sur le rôle décisif joué par les livres dans son parcours.

07/08/2026, 08:00

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Il découvre que son rêve d’enfant n’était pas un hasard

Léonard a grandi, mais il demande encore et toujours à sa maman de lui raconter l’histoire de l’oiseau bleu qui se posait sur son berceau lorsqu’il était bébé. Son rêve de voler vient peut-être de là. Il adore les histoires, tout comme sa sœur jumelle Pénélope, qui passe son temps à en inventer. Ensemble, ils ont décidé de les écrire, de les découper, puis de les assembler pour former un long ruban capable, un jour, de faire le tour de la Terre.

07/08/2026, 07:00

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Un roman rural plonge dans les blessures d'une famille québécoise

Lait cru, premier roman de Steve Poutré, paraîtra le 20 août 2026 aux éditions Les Escales. Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général, ce roman plonge le lecteur dans une ferme laitière québécoise où un enfant grandit au sein d'une famille marquée par les troubles psychiques, la rudesse du monde agricole et une violence omniprésente.

06/08/2026, 17:44

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Maquis blanc : quand les réseaux nazis poursuivaient la guerre en France

La France est libérée, du moins sur les cartes. Dans le Limousin de l’hiver 1944, les uniformes ont changé, les règlements de comptes commencent et certains hommes n’ont aucune intention de déposer les armes. Des miliciens et agents nazis parachutés depuis l’Allemagne organisent un « maquis blanc » : sabotages, liaisons radio, évasion de prisonniers, projet d’attentat contre de Gaulle. Pour les traquer, Jean-Luc Aubarbier choisit Éloi Jardel, ancien interné de Vichy, tuberculeux, séducteur fatigué et enquêteur plus lucide que héroïque.

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Les enfants devenus adultes peuvent-ils pardonner les errances de leurs parents ? Le néo-zélandais Carl Nixon nous conte l'histoire de toute une génération, la sienne, née vers 1970.

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Elle le mangerait : Nicolas Robin explore les dérives de l’obsession amoureuse

Elle le mangerait, roman de Nicolas Robin publié aux éditions Le Soir venu le 27 août 2026, suit une femme persuadée qu’une rencontre fortuite lui promet enfin l’amour, avant que cette conviction ne se transforme en obsession.

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Une immersion dans le monde paysan bouleverse une vie consacrée à l’argent

Les Souvenirs inachevés, roman de David Frèche publié aux Éditions du Rocher le 26 août 2026, raconte le retour aux sources d’un homme d’affaires dont les souvenirs d’enfance ressurgissent au contact du monde paysan.

06/08/2026, 08:00

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Rentrée littéraire : entrés en résistance, ces six livres de 2025 refusent de disparaître

Parus entre le 20 août et le 10 septembre 2025, six ouvrages voient déjà avancer les 461 romans annoncés pour la rentrée 2026. Plutôt que de rejoindre docilement le fonds, ils ont créé le FLOR, Fonds de lutte contre l’obsolescence romanesque. Décidés à ne pas se laisser impressionner, ils ont adressé à ActuaLitté un manifeste, préparant une contre-rentrée, avec la volonté ferme d'occuper les tables de librairie.

05/08/2026, 17:15

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Mémoire, mode d'effroi

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Le Phare de l'impossible : père et fils et forteresse

Muckle Flugga n’est pas tout à fait une île. C’est une bête rocheuse, une station spatiale battue par la mer, un morceau de terre qui renifle les visiteurs avant de décider si elle les tolère. Au sommet, un phare maintient son faisceau contre les tempêtes. Le Père le gouverne comme une forteresse ; Ouse, son fils, y cultive des légumes, tricote, recueille des livres et apprend à faire tenir ses désirs dans l’espace qu’on lui concède. Écumes et embruns le 27 août.

04/08/2026, 11:40

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Tombeau de Parsifal

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Une ombre... un murmure

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Rien que de grands tournesols

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Infernus Iohannes plonge la mémoire dans un monde de cauchemars

Mémoire, mode d’effroi, signé Infernus Iohannes, paraît le 27 août 2026 aux éditions Robert Laffont. Le livre suit des personnages aux souvenirs instables, hantés par des violences anciennes et prisonniers d’un présent peuplé de cauchemars.

04/08/2026, 09:47

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Rochebrune : la famille, cette cordée mal encordée

Ils partent à la montagne parce qu’ils sont une famille. Formule officielle, presque publicitaire. Dans les faits, il a fallu consulter les ex, ajuster les gardes, sacrifier un stage de yoga, trouver trois chambres et laisser Xavier réserver. Sophie Divry installe son roman dans la mécanique des familles recomposées : tout le monde dépend de tout le monde, personne ne choisit vraiment ses dates, et l’amour ressemble à un tableau partagé dont quelqu’un a supprimé la bonne colonne. Sortie le 19 août.

04/08/2026, 08:30

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Le temps des fous, le royaume du chagrin

La Havane, novembre 1966. Septembre, mois des désastres. Cinq collégiennes veulent un disque des Beatles, objet presque fabuleux dans une île où cette musique se glisse sous le manteau. Rubber Soul se paiera d’une signature : celle de Bobby Fischer, venu disputer l’Olympiade mondiale d’échecs. Miriam, quatorze ans, sera chargée de l’approcher. Elle est la plus grande, elle bredouille quelques mots d’anglais et ses amies savent déjà comment transformer ces avantages en mission-suicide. Sortie le 4 septembre.

04/08/2026, 08:00