La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?
Le 09/07/2026 à 10:26 par Nicolas Gary
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Publié le :
09/07/2026 à 10:26
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À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être en capacité de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI devront aussi les émettre à cette date ; les PME et microentreprises suivront au 1er septembre 2027, selon le calendrier rappelé par Bercy. Dans le livre, Dilicom et OPlibris veulent éviter que cette bascule ne se traduise par un détour massif vers des portails généralistes, déconnectés des usages éditoriaux.
La solution commune, annoncée le 10 juin par OPlibris dans ActuaLitté, répond d’abord à une préoccupation simple : ne pas disperser le travail. Éviter les saisies multiples, conserver les habitudes de production, ajouter des contrôles intermédiaires, suivre les statuts depuis l’instance de l’éditeur, mutualiser les volumes : le cahier des charges reste volontairement pratique.
Pour Pat Cova, co-fondateur & administrateur d'OPlibris, la facturation électronique s’inscrit dans une relation déjà installée avec Dilicom. « Il y a un accord de partenariat technique depuis quasiment les débuts d’OPlibris et Dilicom. Cela s’est traduit, par exemple, par un travail sur les métadonnées, et cela ouvre aussi des horizons sur d’autres types de collaboration. »
L’enjeu immédiat reste la mise en conformité. Mais la réponse devait, selon lui, rester dans l’environnement professionnel du livre. « Notre souhait était de faire en sorte que les éditeurs puissent tout piloter depuis leur instance, sans trop changer leurs habitudes. » OPlibris aurait pu tenter de bâtir une petite plateforme agréée, ou renvoyer ses utilisateurs vers des offres existantes. Aucune des deux voies ne paraissait pleinement satisfaisante.
« Il y a une véritable jungle des plateformes : il y en a beaucoup, et, pour beaucoup d’entre elles, on ne sait pas toujours très bien quels seront les tarifs, ni si elles seront en capacité de traiter les cas d’usage spécifiques à notre métier. » À l’inverse, Dilicom présente, pour OPlibris, un double intérêt : la maîtrise des flux et la connaissance des métiers de l’édition.
Véronique Backert, directrice générale de Dilicom, revendique cette double compétence. « Nous faisons de la facturation depuis 2008, donc nous avons une certaine expérience, même si le projet actuel est beaucoup plus complexe. » La difficulté ne vient pas seulement des formats. Elle tient aux règles de sécurité, à la certification, aux exigences de l’administration et aux particularités du secteur. Les droits d’auteur, notamment, introduisent plusieurs scénarios selon la manière dont ils sont traités. « S’il n’y avait pas d’organisme interprofessionnel, il serait plus compliqué de discuter avec l’État. »
La réduction de la charge administrative, la sécurisation des échanges et la maîtrise des données comptent évidemment. Mais Pat Cova y ajoute un point plus politique, au sens professionnel du terme : « Au-delà de ces aspects purement opérationnels, il y a aussi la question de rester dans notre écosystème. »
Cette phrase résume l’inquiétude de nombreuses petites structures. Beaucoup n’ont pas d’équipe comptable dédiée, travaillent avec un prestataire extérieur, jonglent entre commandes, factures fournisseurs, relevés de droits, règlements et relances. Ajouter un portail supplémentaire peut produire l’effet inverse de celui recherché : multiplier les manipulations, les connexions et les risques d’erreur.
Véronique Backert parle, elle, d’efficacité opérationnelle. « On voit bien, quand les clients mettent déjà en place certains échanges, qu’ils gagnent en fiabilité et en délais de paiement. » La réforme arrive comme une contrainte, mais elle peut aussi dégager des gains de productivité, dans un secteur où les marges restent étroites. « Les taux de rentabilité sont quand même assez faibles dans le livre, donc il faut gagner des points de productivité pour assurer la rentabilité des entreprises.»
Le choix d’une solution interprofessionnelle relève aussi d’une logique de mutualisation. « Plus il y aura d’utilisateurs interprofessionnels, plus nous aurons du volume, et plus nous pourrons, à terme, lisser ou faire baisser les prix si nous en avons les moyens. » Derrière le sujet technique, Dilicom défend ainsi un rôle d’infrastructure commune pour la filière.
Côté OPlibris, le dispositif repose sur trois modules. Le premier scanne les bases clients et fournisseurs, pour repérer les données manquantes — SIREN, numéro de TVA, informations d’identification — avant qu’elles ne bloquent l’émission ou la réception d’une facture. Le deuxième transforme le processus habituel : au lieu de produire seulement un PDF, l’éditeur génère une facture électronique structurée, au format CII. Le troisième assure le connecteur avec Dilicom.
Le principe tient en une chaîne courte. « La facture est validée par l’éditeur, qui reste dans son schéma habituel de gestion. Le flux part vers Dilicom. Nous avons déjà réalisé une première vérification au niveau d’OPlibris. Cela arrive chez Dilicom, qui effectue un contrôle qualité de ce flux. » Si tout est correct, la facture poursuit son chemin. Si une erreur apparaît, elle remonte avant que le document ne soit définitivement engagé.
Ce contrôle intermédiaire est essentiel. Une facture non figée peut encore être corrigée. Une fois devenue pièce originale, la rectification impose un avoir et une nouvelle facture. « Cela évite ce flou consistant à envoyer une facture dans un système sans savoir très bien où elle part, ni si elle va être acceptée ou refusée. »
Le suivi compte autant que l’envoi. OPlibris doit recevoir de Dilicom les statuts de traitement : facture acceptée, rejetée, réglée, en attente ou à corriger. Ces informations s’afficheront dans l’outil de l’éditeur, avant d’alimenter la comptabilité interne et les fichiers transmis au cabinet comptable. Véronique Backert insiste sur le bénéfice immédiat : « L’intégration comptable est effectivement importante, parce qu’elle évite la ressaisie des factures fournisseurs. »
Pat Cova y ajoute un usage très concret : le rapprochement bancaire. Il s’agit de retrouver plus facilement quel virement correspond à quelle facture. « Notre volonté, dans ce que nous avons essayé de mettre en place avec Dilicom, est de leur dire : en fait, nous ne changeons rien à vos habitudes. »
Les modules de facturation électronique seront inclus dans l’abonnement OPlibris. Les éditeurs devront, en revanche, souscrire au service Dilicom s’ils ne l’ont pas déjà fait. OPlibris recommande d’engager les démarches avant le 9 août, afin de laisser le temps nécessaire à Dilicom pour sécuriser les ouvertures et l’inscription dans l’annuaire avant septembre.
Les explications permettent aussi de clarifier un point de vocabulaire. DiliFac n’est pas un nouvel acteur placé entre Dilicom et OPlibris. « DiliFac, c’est le nom du service de factures électroniques de Dilicom », rappelle Pat Cova, ce que confirme Véronique Backert : « C’est un service de Dilicom. »
Dans le schéma retenu, Dilicom intervient comme solution compatible, en amont de la plateforme agréée. Cette position permet d’effectuer des contrôles métier avant dépôt dans l’infrastructure certifiée. « La plateforme agréée fonctionne de manière très rigide du fait de sa certification. Elle ne peut pas faire ce qu’elle veut : elle est extrêmement formatée. »
La solution compatible conserve donc une marge d’adaptation métier : créer des règles de contrôle, accompagner les clients, traiter les cas spécifiques avant que les erreurs ne deviennent plus lourdes à corriger. « Tous les contrôles sont effectués en amont de la plateforme, de façon à ce que la facture soit rejetée avant qu’elle ne soit créée. »
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Dilicom assurera également le support après traitement. Véronique Backert décrit un suivi quotidien des flux, sur le modèle des autres services déjà opérés : vérifier que les factures ont bien été traitées, contrôler les notifications, analyser les erreurs non prévues, alerter l’émetteur si nécessaire. L’objectif n’est pas seulement d’acheminer des documents, mais de rendre les anomalies visibles et traitables.
À terme, la directrice générale de Dilicom voit dans cette réforme plus qu’un passage obligé. « Une fois que ce sera un peu rodé, il y aura de l’efficacité opérationnelle et donc des gains de productivité. Cela va simplifier les process, les workflows. Le règlement des litiges aussi va être fluidifié. »
La facture électronique pourrait n’être qu’une première étape. Pat Cova évoque déjà d’autres points de friction dans l’édition indépendante : « Quels sont les endroits où cela coince, où c’est compliqué, et qu’est-ce que nous, au niveau des deux structures, sommes capables d’apporter comme simplification ? »
La centralisation des paiements figure parmi les prolongements possibles, notamment pour les éditeurs autodistribués et les libraires qui ne sont pas en compte. Aujourd’hui, une commande isolée peut supposer l’établissement d’une facture proforma, son règlement, puis l’expédition du livre. Le temps administratif peut suffire à perdre une vente.
« La facture n’est donc qu’un début. Il y a un service à créer autour de cette dématérialisation, et la centralisation est une suite assez logique du service de facturation électronique », estime Véronique Backert. Dilicom dispose de la connexion avec les libraires : OPlibris rassemble une communauté d’éditeurs et concentre leurs données de gestion. À partir de là, les partenaires envisagent d’autres circulations.
Et pour l'avenir ?
L'une des perspectives avouée d'OPlibris est d'oeuvrer à la découvrabilité des ouvrages et des auteurs, un point qui passera forcément par la qualité des métadonnées : OPlibris, dans une logique d’ERP, rassemble des informations de catalogue, quand, de son côté, Dilicom possède une expertise ancienne dans leur circulation professionnelle.
Deux poles de compétences et de solutions en mesure de répondre aux attentes des plateformes professionnelles, aussi bien que des lecteurs.
Alors que la réforme impose une échéance, Dilicom et OPlibris veulent en faire une occasion de structuration : non pas ajouter un outil de plus, mais faire passer factures, statuts, paiements et, demain peut-être, métadonnées par des circuits déjà familiers aux acteurs du livre.
Vous souhaitez échanger directement avec Véronique Backert et Pat Cova sur la facturation dématérialisée ?
Un webinaire est prévu le lundi 22 juillet, de 10 à 12h. Inscription auprès de : support@oplibris.org
Crédits illustration : Mohamed_hassan CC 0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
1 Commentaire
Rose
10/07/2026 à 06:49
La simplification se complique. Le prix de la facture électronique sera prélevée sur les entreprises, ça va aider, les données rassemblées seront utilisées par l'IA et tout sera sous contrôle ; on ne va pas parler de la pollution numérique, c'est hors sujet...N'est-ce pas ?
Ah, la servitude volontaire va coûter cher, mais pourquoi ils font ça ?
Je vais faire la mouette rieuse, en regardant honnêtement l'état de la planète, de la nature (que nous ne pourrons jamais dominer) dont les humains, il semble bien que ces initiatives sont décalées et réellement inutiles.