Ravagée entre 2014 et 2016 par les combats opposant groupes jihadistes et forces du maréchal Khalifa Haftar, l’Université de Benghazi reconstruit aujourd’hui son campus. Dans les décombres de l’institution, une autre histoire de survie affleure : celle de manuscrits anciens, pillés pendant la guerre puis récupérés, dont certains remonteraient à près de sept siècles.
À Benghazi, la reconstruction se lit dans les documents que la guerre avait dispersés. Alors qu’un vaste campus doit ouvrir à l’automne 2026, le président de l’Université de Benghazi, Ezzedin Younis Eddressi, a rappelé le sort de manuscrits rares conservés par l’établissement avant les affrontements.
Un reportage de l’AFP se consacre à des volumes « uniques », vieux d’environ 700 ans, qui avaient été pillés avant d’être retrouvés par l’université. Le responsable assure également qu’environ 90 % du complexe universitaire avait été détruit durant les combats.
Le récit s’inscrit dans celui d’une institution qui n’a jamais totalement cessé d’enseigner. Pendant deux ans, les étudiants ont suivi leurs cours dans des écoles de la ville, après les classes des enfants. « L’université, c’est la vie même », résume Ezzedin Younis Eddressi, dans une formule rapportée par l’AFP et traduite de l’anglais.
Les propos du président trouvent un écho dans les archives de l’UNESCO. L’organisation évoque une collection de plus de 2500 manuscrits anciens conservés par la bibliothèque universitaire, dont certains remontent au XVe siècle. Elle documente également la découverte, en 2017, d’une partie du fonds volé dans une maison du quartier de Ganfouda.
La police de Benghazi y avait retrouvé 30 ensembles de manuscrits, couvrant des domaines religieux, culturels, littéraires et scientifiques. Certains documents avaient alors plus de 600 ans. Leur état exigeait une intervention rapide : après les déplacements, les pillages et les conditions de stockage précaires, la seule récupération matérielle ne garantissait en rien leur conservation.
Le chiffre de 700 ans avancé en juin 2026 ne peut toutefois être rattaché, à partir des seules sources publiques disponibles, à un manuscrit identifié ou à l’un des lots précisément retrouvés en 2017. Il doit donc être compris comme une estimation formulée par le président de l’université, tandis que l’UNESCO établit, elle, l’ancienneté remarquable du fonds et la récupération partielle d’œuvres âgées de plus de six siècles.
En avril 2018, une mission d’expertise a évalué l’état de la collection. L’année suivante, 15 agents de l’Université de Benghazi ont été formés au classement, à l’enregistrement numérique, au dépoussiérage et à la désinsectisation des documents. 300 manuscrits ou pièces documentaires ont alors été traités sous la supervision d’un spécialiste mandaté par l’UNESCO.
L’opération révèle l’ampleur du chantier. L’organisation estimait encore à quelque 2000 le nombre de contenants sous vide nécessaires pour assurer une protection complète de la collection. Les manuscrits ne sont donc pas simplement revenus dans les murs de l’université : ils ont rejoint un programme de sauvegarde destiné à stabiliser des pièces fragilisées par la guerre et à permettre leur transmission.
Le futur campus, établi sur 600 hectares, doit notamment accueillir une nouvelle grande bibliothèque, appelée à remplacer celle qui a été détruite. Près de 70.000 étudiants poursuivent encore leurs études dans des installations provisoires, mais l’ouverture annoncée doit redonner à l’université une infrastructure durable.
Crédits photo © UNESCO / Stavros Andreou
Par Cécile Mazin
Contact : cm@actualitte.com
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