34-32 à Christchurch, samedi 4 juillet : pas besoin de canicule pour suffoquer durant cette première journée des phases de poule. Nouvelle-Zélande – France, affiche de rêve du Championnat des Nations. Oppressés, les Bleus ont cédé face à des All Blacks qui les ont usés sans jamais vraiment les écraser. Duel de titans ? Sûr. Et pour mieux le mesurer, je vous propose trois œuvres pour mieux le comprendre.
Le 06/07/2026 à 20:30 par Clotilde Martin
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Publié le :
06/07/2026 à 20:30
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Pendant quatre-vingts minutes, ce match aura refusé le confort du scénario écrit d’avance. Les All Blacks l’ont emporté 34-32 : cinq essais à quatre, deux points d’écart, une France encore debout après la sirène. Mon compte rendu tient en quelques lignes, mais cette rencontre débordait de toutes parts.
La Nouvelle-Zélande a gagné comme on garde un vaisseau debout dans une mer déchaînée : en tremblant. Repoussant la défense néo-zélandaise, les Français ont donné du fil à retordre, oui. Mais pas assez. Une résistance méthodique, face à la violence des éléments, qui me rappelle le roman de Joseph Conrad, Typhon (traduit en son temps par André Gide), il suit le Nan-Shan, navire à vapeur pris dans un cyclone tropical, sous le commandement du capitaine MacWhirr, qui fera de son mieux…
Les All Blacks ressemblaient à ce bâtiment secoué, solide sans être serein. À peine le coup d’envoi donné, le vaisseau noir prend l’eau en alerte maximale : après 78 secondes de jeu Damien Penaud transperce la défense pour marquer le premier essai, transformé par Maxime Lucu : 7-0 pour la France. Ruben Love reçoit un carton jaune dès la troisième minute, après un plaquage haut sur Max Spring. Christchurch sent poindre l’exploit.
Mais la Nouvelle-Zélande ne s’affole pas. Elle remet de la vitesse, de l’occupation, des courses droites, du jeu après contact : les voiles sont levées, les marins visent le large. Will Jordan riposte dès la 7e minute, Peter Lakai frappe au cœur du premier acte, puis Cam Roigard surgit avant la pause. Rien n’est parfaitement propre — ka mate ka ora, d’accord, l’important est que la coque tienne.
Chez Conrad, la tempête ne répond pas aux grands discours : elle teste les réflexes, les nerfs, la faculté à affronter la Nature quand tout se défait autour du navire. MacWhirr tient parce qu’il reste à son poste, avec une obstination simple, face à un déchaînement que seule l’endurance permet de traverser.
À la pause, les All Blacks ont déjà repris la barre : 19-13, comme un navire qui s’arrache aux vagues françaises au moment précis où elles semblaient encore le retenir.
La clé de la victoire néo-zélandaise réside dans cette capacité à survivre à leurs propres trous d’air. Ils perdent treize ballons, laissent la France revenir par séquences, mais préservent 51 % de possession, 501 mètres parcourus ballon en main et un parfait 100 % en mêlée. L’équipe n’a rien d’impérial : juste des hommes répondant à chaque menace et créant un rempart quand l’Hexagone essayait de prendre du terrain.
La France n’a rien lâché, mais contre plus grand que soi, ni les efforts ni la lutte n’offrent d’issue. Les Travailleurs de la mer, de Victor Hugo, résume parfaitement cet état de lutte : Gilliatt affronte la mer, les rochers et l’épuisement dans une lutte où chaque obstacle appelle un effort supplémentaire, jusqu’à faire de l’endurance une forme de courage.
Loin de servir de décor, chez Victor Hugo, la mer devient une force qui déferle, un adversaire autant physique que mental : une puissance qui éprouve les corps autant que les volontés. Gilliatt lutte pour réussir autant que pour ne pas être défait par l’immensité de ce qui lui résiste.
Ainsi, les Bleus retrouvent le fil à plusieurs reprises, sans parvenir à trouver l’amarre qui les maintiendrait à quai. Maxime Lucu, Antoine Hastoy, Théo Attissogbe puis Matthieu Jalibert ramènent tour à tour la France dans le combat, mais chaque éclaircie française voit la Nouvelle-Zélande refermer le passage.
À la 56e minute, Fabien Brau-Boirie croit inscrire l’essai qui aurait pu faire chavirer Christchurch. Mais la vidéo revient sur un en-avant de Max Spring : l’éclaircie française s’éteint, et les All Blacks reprennent de l’air.
Puis le navire néo-zélandais semble prendre le large. À 34-25, à la 70e minute, le supporter français le voit filer vers l’horizon sur une mer presque calmée. Mais Matthieu Jalibert surgit à la 77e minute pour ramener le score à 34-32 et rouvrir une dernière fois la houle.
Une défaite amère, car les Français n’ont pas bu la tasse. Les statistiques leur rendent justice : 481 mètres parcourus, douze franchissements contre onze aux All Blacks, 57 % de possession dans les dix dernières minutes. Les Bleus ont eu du caractère, de l’imagination, de la continuité offensive. Ils ont aussi payé des détails : une mêlée moins sûre, deux touches perdues, neuf pénalités concédées, un passage avant la pause où la défense, longtemps héroïque, a fini par plier sous les charges répétées.
Avec autant d’eau, la partie elle-même ne pouvait échapper à la pièce de Shakespeare, La Tempête. C’est une œuvre de désordre organisé, de pouvoirs qui s’affrontent, d’illusions, de renversements et de scènes où personne ne possède longtemps ce qu’il croit tenir.
Chez Shakespeare, chacun croit jouer son rôle au mieux, qu’il s’agisse de tenir sa revanche, de garder son pouvoir ou d’aménager sa sortie. Mais l’île dérègle les certitudes : ce qui semblait commandé échappe, ce qui paraissait perdu revient, ce qui semblait écrit se déplace encore.
Ce match n’a jamais basculé d’un seul coup. Il a avancé par vagues, par reflux, par ressacs. La France trouvait l’ouverture, reprenait de l’air, mais la Nouvelle-Zélande ramenait aussitôt une vague plus lourde. Le vaisseau noir des All Blacks a fini par ressembler à un drakkar : secoué par les vagues françaises, mais toujours capable d’avancer, mètre après mètre, jusqu’à toucher terre en vainqueur.
Crédits photo : Capture d’écran
Par Clotilde Martin
Contact : mc@actualitte.com
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2 Commentaires
Paul
07/07/2026 à 10:06
Merci pour cette chronique vibrante au vocabulaire rugbystique impeccable. L'analogie avec les batailles navales est brillante : elle illustre à merveille la fureur et la puissance des affrontements sur la pelouse. Une très belle plume !
J'ai déjà hâte de lire votre prochain article sportif.
Clotilde Martin
07/07/2026 à 10:33
Merci beaucoup, Paul ! Et merci de suivre aussi assidûment mes nouvelles chroniques sportives. À très vite, rendez-vous au premier virage ! ;)