Au MetLife Stadium d’East Rutherford, la France a éliminé la Suède (3-0), mardi 30 juin, en seizième de finale de la Coupe du monde. Doublé de Kylian Mbappé, but de Bradley Barcola, deux passes décisives de Michael Olise : plus qu’un large succès, une rencontre dont Valéry, Beckett et Cocteau aident à saisir l’enjeu, les tactiques et l’issue de ce match.
Le 02/07/2026 à 16:47 par Clotilde Martin
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Publié le :
02/07/2026 à 16:47
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France 3, Suède 0. La netteté du résultat raconte une autorité, moins le chemin qui y a conduit. Avant de plier, la Suède avait proposé un bloc compact, une composition défensive : 4 défenseurs, 4 milieux et 2 attaquants. Mais à en croire le score, les Français ont pris leur temps pour complètement transformer la défense suédoise en terrain de jeu – et d’expérimentations, imposant leur volonté.
Une frappe de Mbappé repoussée, un but refusé pour hors-jeu, puis un tir sur le poteau signé Olise avec un retourné acrobatique... ah oui, c'est magnifique, mais assiéger l'ennemi ne garantit pas la victoire. La force des tricolores a été de faire mûrir les situations et d'obliger le camp adverse à répondre à des assauts répétés.
Pour raconter cette équipe de France, ouvrons donc Monsieur Teste, de Paul Valéry, un texte qui ne décrit ni conquête ni tactique : il invente une figure vouée à l’attention, consciente de ses propres opérations, et qui élimine de ce qui est susceptible de le disperser. Monsieur Teste n’est pas le héros de l’inspiration soudaine : cherchant dans chaque situation le point où une décision devient décisive, il est celui qui refuse de confondre l’agitation et l’action.
Chez Valéry, l’exigence intellectuelle produit une tension qui évolue en discipline du regard : surtout ne pas se laisser emporter par la première impression, garder assez de distance pour intervenir quand il le faut. Or, la performance française ne saurait être vue comme une simple démonstration : la précision a pesé lourd dans la balance.
À la 45e minute, sur un corner joué rapidement par Michael Olise et Ousmane Dembélé, Mbappé reçoit le ballon excentré à gauche, efface la défense puis enroule du droit dans le petit filet. Huit minutes après la pause, Tchouaméni a trouvé Olise dans l’axe : le meneur français glisse une passe dans un espace infime vers Barcola, qui croise sa frappe. Hic, et nunc.
En prenant un peu de hauteur, Valéry éclaire d'ailleurs l'ensemble du match. Les défenseurs français, Saliba et Upamecano ont raréfié les ballons exploitables devant, tandis que Rabiot et Tchouaméni évitaient aux attaquants de recevoir dos au jeu ou sous pression. Olise a été le régisseur de cette clarté : il a offert à Barcola le 2-0, puis servi Mbappé à la limite du hors-jeu pour le troisième but, à la 74e. Pour Monsieur Teste, l’intelligence ne ralentit pas le mouvement : elle lui donne sa justesse. Déjouer les plans suédois impliquait une vraie finesse...
Dans son décryptage pour L’Équipe, Dan Perez a isolé la zone clé qui a permis aux Bleus de défaire la Suède : appelé “demi espace”. Cet espace entre les lignes, dans le couloir intérieur, où la défense suédoise ne savait plus s’il fallait sortir, coulisser ou protéger la profondeur. Les gars de Didier Deschamps ont déroulé leur savoir-faire : vitesse, drible, reprise de volée, tentative de retourné d’Olise … Ou comment la vitesse individuelle s'est changée en piège collectif.

Assez logiquement, cette Suède dans l'expectative ramène à la pièce de Samuel Beckett : En attendant Godot. Vladimir et Estragon ne cessent d’occuper le vide : ils parlent, se querellent, se reprennent, inventent des gestes pour différer l’effondrement d’un temps qui n’avance pas. Leur attente n'est jamais passive, mais demeure une activité sans prise sur l’événement tant espéré. Une possibilité qui finit par user ceux qui s’y attachent.
L'équipe suédoise avait quelque chose de cette endurance obstinée : fermer les intervalles, tenir l’axe, repousser les vagues françaises, garder constamment un oeil sur Olise... et chercher, dès la récupération, Isak ou Gyökeres. L'organisation dessinait une stratégie de survie et de bascule : résister jusqu’à ce qu’un ballon long, un duel gagné ou une sortie manquée ouvre enfin une brèche. Sauf que leurs rares séquences se sont éteintes avant d’exposer Maignan durablement.
La pièce de Beckett se construit sur cette mécanique lancinante de questions et de gestes réitérés, comme si la répétition comblait le vide. Une trame que la Suède a subie, recommençant minute après minute : se replacer, repousser, repartir, et conserver malgré tout la conviction qu’un épisode différent finirait par advenir. « Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux », murmurait le dramaturge irlandais, s'il a regardé le match...
À 0-0, la Suède pouvait encore mesurer la rencontre à l’aune de sa résistance : on serre les rangs, compacts le camp, minutieux dans les passes, sans réelle menace pour la sélection française. Puis le premier coup de massue : l'attente s'est mue en fardeau. Le 2-0, dès la 53e minute, obscurcit l'horizon. Au 3-0, c'est rideaux : dans cette bataille des temporalités, la France était tapie pour bondir, la Suède attendait l’accident. Beckett n'aurait pas désavoué.
Ironie, en sportif très accompli – cricket, au point de jouer pour Trinity College Dublin, ou encore rugby, boxe, tennis, natation, golf ou course – on ne lui connaît pas spécialement d'atomes crochus avec le ballon rond...
Et ces 90 minutes, alors, qui mieux que La Machine infernale de Jean Cocteau pour en faire état ? Dans cette réécriture du mythe d’Œdipe, la tragédie ne procède pas d’un coup de force : elle avance à travers une ironie terrible, tandis que le spectateur aperçoit peu à peu ce que les personnages ne peuvent pas encore comprendre. L’issue ne paraît inévitable qu’à mesure que les signes s’assemblent : en somme, la montée du visible donne la violence singulière de la pièce.
France-Suède n’avait évidemment rien d’une fatalité. La France, grande favorite à répondu avec autorité pendant son 16e de finale, et fait passer un message : Mbappé meilleur buteur et Olise meilleur passeur. Sans oublier une défense, presque irréprochable et un milieu qui arrive très souvent à supprimé des lignes de défenseurs en une seule touche grâce, là ou la Suède en manquait, à leur spontanéité, mais aussi, la force d’une cohésion d’équipe.
À LIRE - Norvège-France : derrière le triplé de Dembélé, un match à pleine vitesse
La Suède a joué son match, et la France aurait pu gâcher sa domination. Pourtant, chaque mouvement a fini par renforcer le précédent : le corner vite exécuté avant la pause, la passe de Tchouaméni vers Olise au retour des vestiaires, puis l’ouverture de l’ailier pour Mbappé à la 74e. À chaque fois, les Bleus n’ont pas eu besoin de multiplier les gestes ; ils ont trouvé celui qui modifiait la scène. La Suède voyait le danger, mais devait sans cesse choisir lequel contenir. Rendez-vous au prochain match!
Crédit image : Vidéo Youtube : "Résumé FRANCE - SUÈDE, MBAPPÉ encore LÉGENDAIRE (16èmes de finale)" - BeIN Sport.
Par Clotilde Martin
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2 Commentaires
Laure
03/07/2026 à 11:21
Merci pour vos analyses très intéressantes et qui me donnent envie de découvrir des oeuvres littéraires non lues.
Clotilde Martin
03/07/2026 à 12:29
Avec plaisir !