Le Prix BD des Inrocks a livré son palmarès 2026, avec trois distinctions attribuées à des œuvres qui interrogent chacune, à leur manière, les formes du récit graphique et les tensions politiques contemporaines.
Le 24/06/2026 à 11:56 par Hocine Bouhadjera
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Le jury, présidé cette année par Philippe Katerine, a récompensé Detroit Roma, d’Elene Usdin et Boni, publié chez Sarbacane, dans la catégorie Prix BD. Le Prix manga revient à Mujina into the Deep, d’Inio Asano, publié chez Kana, tandis que le Prix de la première œuvre distingue Trop tard, de Baptiste Delengaigne, aux éditions 2042.
Créé en 2020, le Prix Les Inrockuptibles Bande Dessinée s’est étoffé ces dernières années. Depuis 2025, il distingue trois catégories : la meilleure bande dessinée, le meilleur manga et la meilleure première œuvre. L’objectif affiché reste de mettre en avant la création contemporaine, les propositions graphiques singulières et des albums capables de prolonger leur vie en librairie au-delà de leur seule actualité de parution.
Avec Detroit Roma, Elene Usdin et Boni signent un ample roman graphique publié chez Sarbacane. L’album suit notamment Becki et Summer, deux jeunes femmes engagées dans un road trip entre Detroit et Roma, en Géorgie. À travers leur trajectoire, le livre convoque l’histoire américaine, les héritages raciaux et sociaux, le scandale sanitaire de Flint, mais aussi un imaginaire nourri par le cinéma.
Elene Usdin, artiste française formée aux Arts décoratifs de Paris, travaille le dessin, la peinture, la photographie et la bande dessinée. Elle avait déjà publié René.e aux bois dormants chez Sarbacane, Grand Prix de la critique ACBD 2022. Boni, né à Paris en 1998, est présenté par Sarbacane comme un artiste pluridisciplinaire, à la fois compositeur, scénariste, artiste visuel, multi-instrumentiste et développeur sonore.
Les Inrocks voient dans Detroit Roma un « imposant objet artistique » dont la lecture ne suffit pas à épuiser les richesses. Le magazine souligne la manière dont le livre mêle fiction, mémoire américaine, scandale sanitaire, racisme, inégalités et histoire du cinéma.
Detroit Roma s’impose plus largement comme l’un des albums les plus récompensés de ces derniers années. Avant le Prix BD des Inrocks 2026, le roman graphique d’Elene Usdin et Boni avait déjà reçu le Prix BD France Télévisions – Villa Médicis 2026, première édition de cette distinction, attribuée par un jury de lecteurs et assortie d’une résidence d’un mois à la Villa Médicis.
Il a également été couronné par le Prix Première du Roman Graphique 2026, décerné à l’unanimité par un jury d’auditeurs et d’auditrices de La Première, puis par le Prix BD Fnac Belgique 2026 et par le Grand Prix de la BD Elle 2026.
Le Prix manga 2026 revient à Mujina into the Deep, d’Inio Asano, publié chez Kana dans la collection Big Kana et traduit du japonais par Thibaud Desbief. La série imagine un Japon dystopique où les droits fondamentaux dépendent d’une « rights card ». Ceux qui en sont privés deviennent des sans-droits, les mujina, rejetés en marge de la société.
Le récit suit notamment Ubume, tueuse à gages, et Terumi, un homme d’une quarantaine d’années progressivement entraîné dans les zones les plus sombres de cette société. Connu pour Solanin ou Dead Dead Demon’s Dededededestruction, Inio Asano déplace ici son regard vers un récit plus violent, entre dystopie sociale, action et satire.
Pour Les Inrocks, Mujina into the Deep marque une inflexion brutale dans l’œuvre du mangaka, avec une série qui aborde la marchandisation des corps, la violence sociale et la perte de dignité dans un monde où l’humanité même devient conditionnelle.
Le Prix de la première œuvre est attribué à Trop tard, de Baptiste Delengaigne, publié aux éditions 2042. Le livre met en scène Claudine, jeune homme candide arrivé dans une grande ville à la recherche de son cousin Alain. Sa quête le conduit jusqu’au gang des Mamelouks, groupe inquiétant dont le projet politique prend la forme d’une contre-révolution réactionnaire.
L’éditeur présente Trop tard comme une première bande dessinée nourrie par les maîtres du manga et les pionniers du dessin animé. Le récit s’attaque à l’extrême droite par une veine satirique, cartoonesque et politique. Les Inrocks rapprochent son graphisme d’Osamu Tezuka et saluent une œuvre qui combat par l’humour et le ridicule une idéologie dangereuse.
Baptiste Delengaigne a grandi près de Lens avant d’étudier aux Arts décoratifs de Paris, où il s’est formé au cinéma d’animation. Les éditions 2042 soulignent son goût pour le manga, son dessin marqué par Tezuka et une écriture qui mêle langue volontairement surannée, sens politique et modernité graphique.
Pour cette édition 2026, Philippe Katerine succédait à Dominique A à la présidence du jury. À ses côtés figuraient Emmanuel Hoog, Carole Boinet, Vincent Brunner, Elsa Pereira, Sylvie Tanette, Pauline Le Gall, David Blot, de Radio Nova, Lucas Harari, lauréat 2025 avec Arthur Harari pour Le Cas David Zimmerman, ainsi que Vincent Esches, directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême.
La sélection complète 2026 comprenait quinze titres, répartis en trois catégories. En bande dessinée figuraient Detroit Roma, d’Elene Usdin et Boni, Rouge Signal, de Laurie Agusti, Le Petit Gendarme, de Théo Grosjean, Terre ou Lune, de Jade Khoo, et Tachycardie, de Maybelline Skvortzoff. En manga étaient retenus Mujina into the Deep, d’Inio Asano, Tower Dungeon, de Tsutomu Nihei, Cité Parasite 1 et 0.1, de Shintaro Kago, Jun, de Shotaro Ishinomori, et Peanut Rain, de Yōjirō Orita.
Pour la première œuvre, concouraient Ces lignes qui tracent mon corps, de Mansoureh Kamari, La Tête sur mes épaules, de Bénédicte Müller, Trop tard, de Baptiste Delengaigne, Les Guerres invisibles, tomes 1 et 2, de Marina Lisa Komiya, et Mendax, de Zad Kokar.
L’an dernier, le jury du Prix Les Inrockuptibles BD était présidé par Dominique A. Trois albums avaient été récompensés : Le Cas David Zimmerman donc, de Lucas et Arthur Harari, publié chez Sarbacane, dans la catégorie meilleure BD ; Yon, de Camille Broutin, publié chez Dargaud, dans la catégorie manga ; et Katya, d’Antoine Schiffers, publié chez Casterman, dans la catégorie première œuvre.
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DOSSIER - Le Prix Les Inrockuptibles
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 05/11/2025
368 pages
Sarbacane Editions
35,00 €
Paru le 10/10/2025
200 pages
Dargaud
13,25 €
Paru le 06/02/2026
184 pages
2042
23,00 €
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