Les Éditions Université Paris Cité ont décerné leur premier prix de thèse à Ines Medjkoune, pour un travail consacré à l’histoire de la Grèce ancienne. Intitulée Les schêmata barbares. L’altérité corporelle et vestimentaire à l’époque classique, sa thèse interroge la manière dont les Grecs représentaient les « barbares », c’est-à-dire les non-Grecs, à travers les corps, les vêtements et les façons de les porter.
Le 19/06/2026 à 18:11 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
19/06/2026 à 18:11
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Décerné par un jury composé de chercheurs, d’éditeurs et de journalistes, le prix distingue une thèse d’excellence soutenue en 2025 à la faculté Sociétés et Humanités de l’Université Paris Cité, où environ 150 thèses sont soutenues chaque année.
Pour cette première édition, le jury a choisi de récompenser un travail qui croise textes antiques et iconographie. À partir d’un vaste ensemble de vases et de nombreux textes de l’époque classique, Ines Medjkoune fait revivre les vêtements associés aux figures dites « barbares », en particulier les souverains et souveraines babyloniens, mèdes et surtout perses.
L’autrice analyse les représentations des corps, les habits, les attitudes et les manières de porter ces vêtements. À travers ce matériau, elle revisite l’opposition entre Grecs et barbares, telle qu’elle a été transmise jusqu’aux représentations contemporaines de l’altérité.
Sa thèse montre que cette altérité n’est pas tant construite pour dominer un groupe ethnique que pour rendre visibles d’autres pratiques du politique. L’étranger n’y serait donc pas nécessairement essentialisé ou infériorisé : il incarnerait plutôt une autre façon d’habiter le pouvoir, de le montrer et de le mettre en scène.
Ce déplacement est au cœur du travail récompensé. Alors que les représentations actuelles du « barbare » renvoient souvent à un « nous » opposé à un « eux » impossible à dépasser, la thèse invite à repenser la manière dont nous construisons aujourd’hui l’altérité comme naturelle. Elle rappelle au contraire que cette altérité est d’abord le produit d’une configuration politique précise et provisoire.
L’étude souligne aussi l’importance des vêtements et des attitudes corporelles dans la conception grecque du politique. Une question traverse ainsi ce travail : avons-nous hérité de cette incarnation du pouvoir, au point de continuer à lire les signes politiques dans les corps, les gestes et les apparences ?
Le jury a également attribué une mention spéciale à Maxime Maréchal, pour sa thèse de linguistique intitulée Faire parler les étrangers. Langage et traduction, dans l’administration de l’asile en France. Ce travail est consacré aux interprètes de l’OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et à leur rôle décisif dans la transmission des demandes d’asile.
À travers ces deux distinctions, le prix rappelle la manière dont les sciences humaines nourrissent des réflexions très actuelles. L’histoire de la Grèce ancienne et la linguistique y rejoignent des questions contemporaines : la construction de l’altérité, la représentation de l’étranger, le rôle du langage, de la traduction et des institutions dans la reconnaissance des personnes.
Organisatrices du prix, les Éditions Université Paris Cité publieront la thèse d’Ines Medjkoune sous la forme d’un ouvrage accessible en librairie dès la fin 2027, afin de la mettre à disposition d’un public plus large.
Le jury réunissait Michel Agier (EHESS), Céline Bessière (Université Paris-Dauphine), Lauréline Fontaine (Université Sorbonne Nouvelle), Éric Guerassimoff (Université Paris Cité), Marie-Orange Rivé (Université Paris Cité), Marie Salaün (Université Paris Cité), Julien Brocard (Éditions Gallimard), Vincent Casanova (Éditions du Seuil), Philippe Pignarre (Éditions La Découverte), Juliette Cerf (Télérama), Anne Chemin (Le Monde) et Thibaut Sardier (Libération).
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Crédits photo : Centre universitaire des Saints-Pères, Paris-Descartes (Velvet, CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
2 Commentaires
Edco
20/06/2026 à 15:41
Bon , espérons ....que le jury a soumis....son approbation à ....Arrêt sur Image.....🫣🫣🫣🫣🫣 Non j ' déconne !!!!!!
Félix
22/06/2026 à 01:34
Extrêmement intéressant et innovant sur le plan civilisationnel.
En effet, durant plus de deux mille ans, le point de vue occidental était erroné, puisque tout ce qui n'était pas grec ou romain était considéré "barbare", c'est-à-dire "mal civilisé", selon la définition qu'en donne Littré et Larousse.
Or, le terme péjoratif "barbarus" emprunté au latin vers 1308 renvoyait surtout à ce qui était un usage incorrect de la langue.
Et c'est pourquoi chez les auteurs chrétiens, on préférait les termes latins "gentilis" et "paganus" (gentil et païen).
En fait, les Romains avaient repris "barbarus" du grec "barbaros", une onomatopée évoquant un bredouillement linguistique, qu'on avait du mal à comprendre.
Finalement, toute cette histoire d'incompréhensibilité a comme source indo-européenne le "barbara" - celui qui bredouille" - du sanskrit, la langue-mère civilisationnelle - et ce en passant notamment par le sumérien "bar-bar" (signifiant étranger) et le babylonien "barbaru" qui lui ne signifiait que "loup".
À rapprocher aussi avec le latin "balbus" (un balbutier, une personne qui bégaie, qui balbutie).
En résumé, c'est peut-être le sens que lui donnait Boileau au XVIIe siècle qui est le plus correct, celui "d'une expression qui choque, qui heurte les règles", pour barbare.
Par contre, les poètes romantiques, tels que Lamartine et Alfred de Vigny, n'avaient-ils pas corrigé la donne en utilisant "barbare" de façon élogieuse, comme voulant dire jeune et vigoureux par rapport à une civilisation occidentale soi-disant raffinée comme décadent plutôt?
À la page 190 du Dictionnaire Historique de la langue française d'Alain Rey, édition Dictionnaires Le Robert de juillet 2010.