François Bégaudeau n’a jamais vraiment cherché à lisser son image. L'écrivain, critique, cinéaste, ancien professeur et ancien chanteur punk-rock traîne depuis longtemps une réputation de débatteur cassant, volontiers professoral, souvent accusé de regarder les autres de haut. Son nouveau livre, Du mépris, publié chez Cause perdue éditions, s’avance précisément sur ce terrain miné : non pas pour nier le mépris, mais pour en distinguer les formes, les usages et les cibles.
Le 18/06/2026 à 18:22 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
18/06/2026 à 18:22
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Son image a été sérieusement abîmée auprès d’une grande partie de la gauche, après l’affaire dite Ludivine Bantigny, dans laquelle il a été relaxé des poursuites en diffamation, le tribunal ayant toutefois relevé le caractère sexiste des propos en cause. C’est avec ce passif que l’écrivain entre aujourd’hui dans une nouvelle dispute à gauche.
Dans Du mépris, il consacre plusieurs pages à Ascendant beauf, l’essai de Rose Lamy paru en 2025 au Seuil. L’autrice et militante féministe y interroge la figure du « beauf », la honte sociale et culturelle, et ce que ce mot charrie de mépris de classe. L'auteur, lui, conteste frontalement son analyse.
Le différend, d’abord théorique, a pris ces derniers jours une tournure beaucoup plus personnelle, après une réponse de Rose Lamy sur Instagram, puis une longue réplique de François Bégaudeau sur Facebook.
Le point de départ est simple : Rose Lamy dit avoir lu les sept pages que François Bégaudeau consacre à Ascendant beauf. Elle n’y voit « aucun intérêt sur le fond », mais relève surtout la façon dont l’écrivain l’appelle régulièrement par son prénom. Pour elle, ce choix n’est pas neutre.
« La bouillie habituelle des intellos en déclassement dépassés par de nouvelles idées et qui ragent que des influenceurs de gauche leur prennent leurs parts de marchés », écrit-elle. Puis elle ajoute : « Mais je tiens à saluer l’aplomb macho old school qu’il a fallu pour m’appeler tout le long par mon simple prénom. Procédé sexiste classique pour diminuer ma fonction d’écrivaine / me faire passer pour une enfant / un personnage grotesque de bécassine. »
Rose Lamy cite ensuite plusieurs occurrences tirées du livre : « Rose se sent personnellement offensée », « selon Rose », « Rose estime que non », « Rose est souvent sur le qui-vive », « Rose décide donc que », « La beaufe de Rose », ou encore « Rose ne parvient pas à écrire ». Elle conclut par une formule adressée directement à l’écrivain : « Comme quoi François tu vois qu’on peut être de gauche et être un beauf misogyne. »
La réplique de François Bégaudeau ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre ouverte, l’écrivain feint d’abord de se réjouir que les pages consacrées à Ascendant beauf puissent devenir « une rampe de lancement pour une discussion contradictoire » sur le sujet. Mais l’ironie tourne vite à la charge.
Pour l'auteur, Rose Lamy ne répond pas au fond de sa critique. Elle déplacerait le débat vers son ton, ses intentions supposées et l’usage répété de son prénom. « Non seulement vos quelques lignes ne répondent pas à mes 7 pages sur votre livre, mais elles s’emploient bec et ongles à ne-pas-répondre », affirme-t-il.
Il décrit alors une « stratégie-esquive » : rejet sans argument, disqualification morale, puis focalisation sur le prénom « Rose ». À propos de l’expression « bouillie habituelle des intellos », il réplique : « Pareille façon de brocarder sans argumenter rappelle les plus belles heures du persiflage mondain à Saint-Germain-des-Prés. » Avant d’asséner : « Comme quoi, madame Lamy, on peut être une jeune féministe 3.0 et avoir des pratiques de vieux bonshommes blancs et infatués de 1912. »
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Puis il revient sur les accusations portées contre lui : sexisme, misogynie, posture de « macho old school », ressentiment d’intellectuel dépassé. « Ce qui nous fait un admirable taux d’insultes par ligne. »
L’usage du prénom. François Bégaudeau répond qu’il s’agit d’une pratique récurrente dans ses livres, appliquée aussi bien aux femmes qu’aux hommes, affirmant même vouloir produire par là un « fumet égalitaire » et mettre à distance le patronyme, « le nom du père ».
Pour appuyer sa défense, il cite deux exemples masculins : Jordan Bardella, appelé « Jordan » dans Du mépris, et Nicolas Mathieu, nommé « Nicolas » dans un texte de son ouvrage, Psychologies. La charge devient ensuite plus brutale : « Décidément vous excellez à ne-pas-lire. Vous parvenez même à ne-pas-lire les passages que vous reportez. Performance. » Avant de conclure que le « procès en misogynie », « outre qu’insultant, est nul et non avenu ».
Derrière le règlement de comptes, il y a pourtant un débat réel. François Bégaudeau reproche à Ascendant beauf de faire glisser la figure du beauf vers celle du prolo, et donc de confondre, selon lui, mépris de classe et critique politique.
Sa thèse : le beauf, historiquement, n’est pas d’abord un prolétaire. C’est une figure de droite. Il renvoie à Cabu, à Renaud, à une construction satirique marquée par le racisme, la misogynie, l’homophobie, le poujadisme, les discours contre les impôts, les fonctionnaires, les syndicats ou les « assistés ».
Dans sa réponse à Rose Lamy, il formule l’objection ainsi : « Votre livre repose sur une synonymie, historiquement et sociologiquement fallacieuse, entre beauf et prolo. C’est le mépris envers les prolos que vous vouliez évoquer, et vous vous êtes à tort hasardés à les appeler beaufs. »
« Votre beauf, écris-je, est comme un serial killer qui ne tuerait personne. Il n’existe pas. » Dans un entretien accordé à Mind Exploreur pour la sortie de Du mépris, il enfonce le clou : « Elle invente un beauf qui n’existe pas. Et donc tout son livre tourne autour d’une figure qui n’existe pas. » Pour lui, appeler « beauf » un prolétaire de gauche n’a pas de sens. Un prolo peut être beauf, mais seulement lorsqu’il adopte des affects politiques réactionnaires.
Le troisième désaccord porte sur les goûts culturels. Rose Lamy évoque dans Ascendant beauf la honte associée à certains goûts dits populaires, et notamment son amour pour Joe Dassin. François Bégaudeau conteste là encore la carte sociale proposée par le livre. Pour lui, opposer des goûts bourgeois légitimes à des goûts populaires illégitimes ne permet plus de comprendre le présent.
Il estime que Joe Dassin, Sardou ou Cabrel ne sont plus simplement des goûts populaires méprisés par la bourgeoisie culturelle. Ils sont désormais repris, intégrés, célébrés dans d’autres milieux sociaux. Il parle d’une fusion progressive entre goût populaire-identitaire et goût bourgeois, et voit dans ce phénomène un signe politique.
« En somme votre carte des goûts est périmée », écrit-il. Puis il ajoute, dans une formule sans ménagement : « Comme quoi, madame Lamy, on peut avoir moins de 40 ans mais quarante ans de retard sur le présent. » François Bégaudeau reproche, en somme, à Rose Lamy d’être approximative. Il le fait dans un style qui lui ressemble : celui d’un écrivain qui corrige, reprend, classe les erreurs et distribue les mauvais points.
Il le sait sans doute. Il en joue aussi. L’ironie finale le montre : « Je suis misogyne beauf sexiste aigri et vieux mais accordez-moi au moins que mes objections démontrent que je vous ai lue attentivement. » Puis il retourne l’accusation : « Oui mes “Rose” dénotent assurément une volonté de “diminuer votre fonction d’écrivaine” — on peut tout dire —, à cette nuance près que moi je vous ai lue. Vous ne pouvez pas en dire autant. Qui méprise qui ? »
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Cette réponse ne devrait pas vraiment arranger l’image de François Bégaudeau dans une partie de la gauche, où on lui reproche autant ses désaccords que sa manière de les administrer.
Crédits photo : à droite, Rose Lamy (Marie Rouge, Seuil), à gauche François Bégaudeau (Francesca Mantovani, Gallimard)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 25/04/2025
165 pages
Seuil
18,50 €
Paru le 14/04/2026
160 pages
Cause perdue éditions
15,00 €
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NAUWELAERS
18/06/2026 à 20:49
Et on s'étonne que tant de gens en aient plus qu'assez des discussions byzantines et nombrilistes qui prennent indûment la place de vrais enjeux politiques et surtout économiques voire écologiques et environnementaux !
Et d'une supposée gauche voire pseudo-gauche qui s'égare dans le n'importe quoi.
Il y a un incendie, elle se préoccupe d'un grain de poussière dans la maison qui brûle.
Tout cela est minuscule et sans intérêt.
Les deux essais aussi inutiles l'un que l'autre.
Et non ce post n'est pas politique n'en déplaise aux obsédés fatigants.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Dutrieux Jean-Marc
19/06/2026 à 07:35
Le dernier paragraphe, faussement conclusif car arbitraire et déconnecté de ce qui le précède, reprend exactement la "manière" discutable supposée de François Begaudeau : il démontre donc absolument à fois la partialité de son auteur, et le bien fondé de la forme et du ton de François ! C'est comme si l'auteur de l'article n'avait pas lu... son article !
CQFD
Llamada
19/06/2026 à 23:53
La structure ressemble à un résumé généré par IA.
Hocine Bouhadjera - ActuaLitté
20/06/2026 à 11:34
Bonjour,
C’est surtout la structure classique d’un article de synthèse : contexte, citations, positions en présence, puis désaccord de fond. Autrement dit, oui, ça rappelle vaguement les méthodes qu’on apprend à l’école ou à la fac, ce qui, sauf erreur, n’était pas encore considéré comme une preuve d’intelligence artificielle, à la limite d’intelligence contrainte.
Qu’on me dise que l’article manque de saveur, est trop mécanique, je peux l’entendre. Vu le sujet et les protagonistes, j’ai préféré la jouer sobre.
On peut aussi contester le dernier paragraphe. Mais dire qu’il est “déconnecté” me semble étrange : l’article montre justement deux choses à la fois, un désaccord de fond réel et une manière très particulière de l’administrer. Le texte ne dit pas que François Bégaudeau a tort parce qu’il est cassant, il dit que son style de réponse confirme en partie l’image qu’il traîne, et que cela risque encore de lui être reproché. Il ne s’agit pas de trancher la querelle, mais d’en rendre compte.
Dutrieux Jean-Marc
20/06/2026 à 15:51
Vous ne dites rien du "style de réponse" de Mme Lamy ! Ni de "l'image qu'il laisse" : pourquoi ce choix arbitraire ? (parfaitement cohérent avec ce que je vous reprochais dans mon premier message)...
L'objectivité d'une méthode n'a jamais assuré l'objectivité des commentaires qu'elle peut entraîner : je vous reconnais l'objectivité de la méthode, pas la neutralité de votre commentaire...
Et je persiste à penser que ce dernier paragraphe tombe comme une conclusion sur la soupe (pour reprendre l'image du cheveu) et correspond à une intention de votre part d'induire une conclusion chez le lecteur...
Bien cordialement,
Jean-Marc Dutrieux
spengler
24/06/2026 à 08:30
Ce charmant auteur, ancien prof et blablateur classique commence, tout comme ces imbéciles qui traînent sur les réseaux sociaux et autres plateaux de TV, sérieusement à me fatiguer. On étale sa confiture intellectuelle dans un beau bureau, plateau et l'on délivre son précieux message à qui voudra bien l'écouter. On s'écharpe gaiement, s'insulte parfois, on montre son cerveau pour un résultat qui ne restera aucunement. L'art de la branlette se travaille et à l'image de son si sympathique ennemi JUAN ASENSIO, on rivalise de KULTURE MOI MOI MOI;
François, si tu me lis, reviens enseigner, on manque de profs, tu y seras bien plus utile.
Merci
Un collègue
Lic
25/06/2026 à 08:50
"Un beau bureau "
Il ne faut jamais avoir vu un interview de begaudeau chez lui pour affirmer telle chose!
spengler
28/06/2026 à 11:25
Je vous réponds gentiment. De son bureau, je le confesse, je m'en moque totalement. Vous aurez compris à mon message qu'il s'agissait d'une métaphore. Rassurez-moi ?
Quant à ces deux critiques ( oui, je l'associe à Juan Asensio tant ils semblent compatibles !! ), j'éprouve pour ces deux cocos un rejet intégral .
Le parisianisme bobo qui ne consiste qu'à se "branler" le neurone pour démontrer le néant, très peu pour moi et pour d'autres assurément.
Lic
28/06/2026 à 20:13
On ne prononce plus le mot de "bobo "depuis bien 10 ans je dirais.
La métaphore est ratée autrement.
spengler
29/06/2026 à 08:03
Merci de ces remarques forts utiles (?). Vous avez raison "bobo" est obsolète ( tiens ? date périmée ?) et ma métaphore possiblement ratée. A part ces remarques désagréables à mon sujet, que pensez-vous de votre chouchou ( on n'utilise plus ce terme depuis...) ?
A quoi servent vos interventions ?
Quant à ma déception sur les deux Hommes, il me semble que tout un chacun peut apprécier ou non. Ceci dit, quant à vous lire, qu'apportez-vous ?
BILLY
29/06/2026 à 08:20
Lic, à te lire et à reprendre spengler, on voit bien que tu t'amuses drôlement.
mais ton avis ? à part de jouer le petit con de base digne d'un tweet, on ne voit pas l'ombre d'une idée. Le fond était ailleurs : j’ai le sentiment qu’une partie du débat intellectuel contemporain tourne souvent à l’entre-soi, à la joute permanente et à la démonstration de soi. Beaucoup d’analyse, beaucoup d’affrontements verbaux, et au bout du compte pas grand-chose qui dépasse le cercle de ceux qui parlent déjà entre eux. Répondre à deux détails de forme illustre assez bien ce qu'il voulait dire. Et vous, sur le débat ? on attend avec impatience le fond de votre immense pensée.
Juan Asensio
18/07/2026 à 23:24
Anonyme baltringue, fais donc fonctionner tes deux-trois neurones valides et médite si tu en as les capacités sur ce minuscule distinguo : je ne parle jamais que des auteurs, grands ou petits (Bégaudeau en est un, minuscule) alors que ce prétentieux de première magnitude ne parle que de lui.
spengler
19/07/2026 à 13:47
"tiens que donc qui voici ?" le seigneur des ténèbres qui s'amuse à répondre à des anonymes, les traitant de Baltringues et autres niaiseries de quartier. Il est vexé le Juan ?
Tu veux mon nom ? mon adresse ? et pourquoi ?
1- harcèlement ou 2-te faire un ami
Puisque vous êtes là, on pourrait relayer vos diarrhés provenant de x ou yt, non ?
c'est du "high level"; un échantillon ? oui ? ok !
je cite : "Je m'amuse toujours de constater avec quel évident plaisir le moindre imbécile mononeuronal sous pseudonyme étale son crétinisme. Qu'est-ce que j'en ai à battre, pauvre gnome infundibuliforme, que tu t'arrêtes à 10 secondes ou 10 minutes, puisque tu pourrais m'écouter pendant un siècle que ta cervelle serait toujours aussi crasseusement vide ?"
Sympa les échanges !!
Au final, entre les insultes consternantes de JA et les prétentions péteuses de françois, on peut sans souci les boycotter, la planète littéraire ne s'en portera que mieux !
Sinon, tout va bien chez vous ?
La digestion du monde
27/06/2026 à 11:13
Je confirme la thèse de François Bégaudeau. Je suis prolétaire et (j'ose l'espérer) pas du tout beauf'. Mon beau-frère est chef d'entreprise et coche, malheureusement, toutes les cases.