Beneath the trees where nobody sees

Patrick Horvath

À Woodbrook, tout semble tenir dans la promesse d’un refuge : les commerces familiers, les voisins polis, l’odeur du bois et des tartes aux pommes. Une petite fissure pourtant, dans le décor : « Ne pas tuer les gens du coin. » Samantha Strong, ourse brune, citoyenne modèle et serial killer, respecte ce principe avec une discipline presque domestique. Elle tue ailleurs, loin de cette communauté où elle a construit sa place, jusqu’au jour où un autre meurtrier frappe précisément chez elle.

Tout le livre tient dans cette collision : un décor de conte, une criminelle méthodique, et le malaise qui naît de leur parfaite cohabitation. Paru chez Ankama en octobre 2015, l’album de 160 pages a déjà conquis plus de 13.200 lecteurs (données Edistat), dans une traduction de Margot Negroni. 

Patrick Horvath, auteur complet du récit, a raconté que le projet naît d’un dessin : un ours anthropomorphe avançant avec une hache ensanglantée. En regardant cette image, il imagine un serial killer installé dans une « jolie petite ville de livre pour enfants » proche de l’univers de Richard Scarry. L’idée se précise lorsqu’un second tueur apparaît dans la même communauté ; le contraste entre l’innocence du cadre et la violence lui semble alors « formidable et assez obscène ».

L’album fonctionne parce que cette obscénité reste tenue. Horvath refuse de transformer Samantha en monstre spectaculaire ou en victime explicable. Horvath affirme avoir écarté toute « raison justifiable » à ses actes.

Le récit s’appuie donc sur une gêne plus froide : le lecteur suit une meurtrière organisée, presque aimable en surface, dont la vie sociale sert aussi de camouflage. Woodbrook la protège autant qu’elle la contraint. Lorsqu’un cadavre apparaît en ville, son enquête tient moins de la justice que de la préservation d’un ordre personnel.

La force du livre vient aussi de son graphisme. Les personnages gardent cette rondeur qui appelle spontanément la confiance ; les maisons, les rues et les attitudes composent un monde lisible, presque tendre. Interrogé par AIPT, Horvath attribuait l’adhésion du public à « l’élément nostalgique du livre d’enfance » et à l’angle « blasphématoire » consistant à faire subir « des choses horribles » à des figures adorables. La formule éclaire le piège : la douceur du trait ne dissimule pas l’horreur, elle la rend plus sèche.

Une michronique de
Nicolas Gary

Publiée le
17/06/2026 à 16:45

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Beneath the trees where nobody sees

Patrick Horvath trad. Margot Negroni

Paru le 10/01/2025

160 pages

Ankama éditions

19,95 €